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Full text of "La Réforme et les Églises réformées dans le département actuel d'Eure-et-Loir, 1523-1911"

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LA RÉFORME 



ET LES 



Eglises Réformées 



DANS IvE DEPARTEMENT ACTUEL 

(1523-1911) 

PAR 



HENRY LEHR 

PASTEUR A CHARTRES 



OUVRAGE ILLUSTRÉ DE 24 GRAVURES 
ET D'UNE CARTE 



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CHARTRES 



IMPRIMERIE ED. GARNIER 

23, rue du Bois-Merrain 
10, rue Rabuan-du-Coudray 



PARIS 

ÏmBILURIE FISCHBACHER 

(Société anonyme; 
33, Rue de Seine 



1912 



DU MEME AUTEUR 



Dans les Protestants d'autrefois, vie intérieure des Églises, mœurs 
et usages, par Paul de FÉUCE (Paris, Fisehbacher). 

5 e série : Vie et institutions militaires, 1901. 
6 e série : Sur mer et outre-mer, 1907. 

Notions d'histoire ecclésiastique, pour servir à l'instruction reli- 
gieuse et aux familles protestantes. (Paris, Fisehbacher.) 



LA REFORME 



ÉGLISES RÉFORMÉES 

DANS LE DÉPARTEMENT ACTUEL D'EURE-ET-LOIR 
(1523-1911) 



II, A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE : 

Vingt-cinq exemplaires sur Japon impérial, numérotés de i à 25. 
Quinze exemplaires sur Hollande Van Gelder, numérotés de 26 à 40. 

(Les exemplaires sur Hollande^n'ont pas été mis dans le commerce.) 



LA RÉFORME 



ET LES 



Églises Réformées 

DANS LE DÉPARTEMENT ACTUEL 

D'KURK=BT=IyOIR 

(1523-1911) 

PAR 

HENRY LEHR 



PASTEUR A CHARTRES 



OUVRAGE ILLUSTRE DE 24 GRAVURES 
ET D'UNE CARTE ■ 



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CHARTRES 

IMPRIMERIE ED. GARNIER 

23, rue du Bois-Merrain 

10, rue Rabuan-du-Coudray 



PARIS 

LIBRAIRIE FISCHBACHER 

(Société anonyme; 
33, Rue de Seine, 33 



1912 



ERRATUM 



P. 93, note. — Nous avons oublié de dire que l'attribution au 
chanoine Lepelletier du ms. 4174 de la Bibliothèque de l'Arsenal 
est dû à M. l'abbé I^anglois, bibliothécaire de l'Institut catholique 
de Paris. 




u 



PRÉFACE 



Nous ne sommes pas le premier que l'histoire des protes- 
tants d'Eure-et-Loir ait tenté. Il n'y a pas loin de trente-cinq 
ans, M. Jean Bianquis, alors pasteur à Marsauceux, s'était 
proposé de l'écrire, mais les événements ne le lui ont pas per- 
mis. 

En 1893, le projet a été repris par son frère Joseph, l'un de 
ses successeurs. Il nous associait à son travail, et se mettait 
à l'œuvre. Mais il dut bientôt, lui aussi, quitter le pays ; du 
moins, il laissait sur la Réforme dans le Drouais, quelques 
notes qu'il a libéralement mises à notre disposition. 

Resté seul sur la brèche, nous étions encore mal préparé à 
entreprendre notre tâche. Et, tout en nous livrant à d'autres 
études historiques, nous nous sommes borné longtemps à jeter 
ici et là des coups de sonde, quelquefois heureux (pas toujours) , 
et que plus tard, mieux averti, nous avons pu utiliser. 

Etant donné qu'il existe aujourd'hui des Églises réformées 
dans le département d'Eure-et-Loir, il s'agissait d'étudio 
leurs origines et leur histoire: de là, cette mention du départe- 
ment, circonscription toute moderne et quelque peu arbitraire, 
dans le titre d'une étude qui s'étend principalement sur 
l'ancien régime. On pourra se convaincre, en lisant les pages 
qui suivent, que tout autre plan était, en fait, plus défectueux 
que celui-ci, car par un heureux hasard, les Églises protes- 
tantes dont les Associations cultuelles contemporaines ont 
recueilli la succession, ont eu un territoire circonscrit sensi- 
blement par les limites du département ; peu importe, d'ailleurs, 



VI PREFACE 

qu elles se soient partagées entre plusieurs Colloques et plusieurs 
Provinces synodales. 

Il nous reste V agréable devoir de remercier tous ceux q\ i, 
à un titre quelconque, ont été nos auxiliaires et nos collabora- 
teurs. Et tout d'abord, nos confrères de la Société Archéolo- 
gique d'Eure-et-Loir, dont beaucoup ont pris tant d'intérêt à nos 
travaux ; ils nous permettront de les comprendre tous dans cette 
mention sommaire, et de ne désigner personnellement que le 
président actuel de la Société,' M. Roger Durand, toujours 
prêt à nous ouvrir ses précieux dossiers; M. Gastambide, 
notaire à Courville, qui a mis à notre disposition, avec tant 
d'obligeance, les archives de son étude; enfin, M. Jusselin, 
l'aimable et érudit archiviste du département d'Eure-et-Loir. 

A la Bibliothèque municipale de Chartres, dans les bureaux 
de la Préfecture, dans les greffes des tribunaux {surtout à 
Chartres, Châteaudun et Nogent-le-Rotrou) , dans les secréta- 
riats des mairies et les archives des hôtels de ville, dans les 
presbytères de Gaubert et de Marsauceux, l'encombrant 
fouilleur que nous étions a toujours rencontré la plus exquise 
complaisance. 

M. Weiss, le savant bibliothécaire de la Société de l'Histoire 
du Protestantisme français, a dirigé nos recherches avec la 
plus grande bonté. Et nous avons trouvé aussi le meilleur 
accueil aux Archives nationales, aux Archives du Ministère 
de la Guerre — auprès de MM. Brun et Martinien — et, 
à l'étranger, aux Archives de l'État et de la ville de Neu- 
châtel, où M. Piaget et M. Doutrebande ont fait tout leur pos- 
sible pour répondre à nos questions. 

S'il y a, dans ce gros volume que nous présentons au public, 
des imperfections et des erreurs, il ne faut donc en rendre 
responsable que l'auteur. 

Chartres, 2 janvier 191 2. 

Henry Lehr. 



NTRODUCTION 



LES ORIGINES DE LA RÉFORME DANS LE DÉPARTEMENT 
ACTUEL D'EURE=ET=LOIR (1523=1559) 

S'il n'est pas difficile de dater la fondation de l'Église 
réformée de Chartres et de plusieurs de ses voisines, en 
revanche, il est beaucoup plus malaisé de dire comment et 
à quelle époque les idées religieuses nouvelles ont pénétré 
dans la contrée, assez disparate, qui constitue aujourd'hui 
le département d'Eure-et-Loir. Une idée échappe, par sa 
nature même, à de telles investigations. Un état d'esprit 
ne s'analyse pas. La Réformation n'a pas été, au début, 
comme on le croit souvent, un mouvement de révolte 
contre l'Église et ses autorités : sœur jumelle, sinon fille, 
de la Renaissance, procédant des mêmes causes qu'elle, 
mais se manifestant dans d'autres domaines et souvent 
chez d'autres personnes, elle a été l'invasion des idées 
modernes dans les notions religieuses, et, de même que la 
Renaissance s'est affranchie du Moyen âge en renouant 
directement les traditions de l'Antiquité, le courant d'idées 
qui a fini par devenir le protestantisme a cherché, lui aussi, 
dans ses documents authentiques, l'Antiquité chrétienne 
dont, pour mille causes, le Moyen âge s'était plus OU moins 
écarté (i). Il y avait donc là une tendance analogue à ee 
qu'est de nos jours le modernisme. Cette tendance, on ne 

(i) I/ouvrage le plus récent sur Les Origines de lu Réforme e-t celui de M. Imbart «le la 
Tour, Paris, Hachette i 

1 



2 INTRODUCTION 

peut en mesurer la puissance et la profondeur que par ses 
manifestations, et combien imparfaitement ! Car de telles 
manifestations sont forcément rares, soit que le mouvement 
demeure latent, instinctif, spontané, soit qu'il n'ait pas 
l'occasion de se montrer au grand jour, soit enfin que cer- 
taines affirmations hardies ne soient pas dépourvues de 
danger, et qu'on les garde volontairement pour soi. 

Nous n'essaierons donc pas de dire par suite de quelles 
influences les doctrines nouvelles se sont répandues dans 
notre région; s'il faut songer à une répercussion du mouve- 
ment qui s'était fortement dessiné dans le diocèse de Meaux, 
où, sous la paternelle complicité de l'évêque Briçonnet, 
l'expérience du docte et vieux Lefèvre d'Étaples et la 
juvénile ardeur de Farel savaient si bien s'unir pour prêcher 
un Évangile renouvelé; ou bien si les écrits de Luther, qui 
avaient pénétré partout après 1520, étaient lus dans le 
diocèse de Chartres, ou enfin, s'il faut alléguer d'autres 
agents ou d'autres influences. 

Toujours est-il que dès 1523, le mouvement qui s'était 
fait dans les esprits se manifeste par un incident vio- 
lent (1). Le 21 septembre, un nommé Rouland Greslet 
« dit autrement Floquet», pénètre dans la cathédrale de 
Chartres pendant la messe, et jette par terre une image de 
la Vierge; l'un des bras de l'enfant Jésus fut rompu. 
Immédiatement, Greslet est arrêté et conduit aux prisons 
du Chapitre. 

Oui était cet homme? D'où venait- il? Pourquoi cet 
acte de fanatisme assez sot? Souchet se garde de le dire, 
et il est seul, avec Pintard, à raconter cette histoire. Tout 
ce que nous savons, c'est que « maistre Michel Chantault, 
maire dudit Chapitre» interrogea Greslet « sur sa foi et 
croiance)), en présence d'Adrien de la Voue, officiai du 
Chapitre, et de Robert Raoulin, docteur en théologie. Il 
paraît que Greslet, au lieu de répondre aux questions 
qu'on lui faisait « parloit d'autre chose et contrefaisoit 

(1) Souchet, III, 518. L'édition imprimée indique à tort la date de 1524. 



LES ORIGINES DE LA REFORME ICN EURE-ET-LOIR 3 

le fol, de sorte qu'on ne put tirer de lui ce qui l'avoit meu 
à ce faire». On passa outre; il fut condamné à être brûlé, 
et exécuté (i). Nous n'en savons pas plus long. 

C'est peu, en vérité. Jusqu'à quel point le cas de Greslet 
est-il isolé? D'une part, le très grand attachement de la 
population à la foi catholique, son caractère conservateur 
et prudent interdisent de croire que Greslet ait eu beaucoup 
de partisans; mais, d'autre part, la persistance des idées 
réformées, attestée par les martyres qui précèdent l a 
fondation des Églises vers 1560, le nombre croissant d'assem- 
blées, l'importance du mouvement aussitôt qu'il se dessine, 
prouvent avec la dernière évidence que les idées nouvelles 
étaient non seulement dans l'air, mais dans les esprits. 

Il y avait donc eu infiltration positive. Par quels agents, 
et dans quelles classes de la société? Recueillons avec 
soin les rares indices que nous possédons. I^e 13 mars 1522, 
Jacques Spifame est reçu chanoine de Notre-Dame de 
Chartres. Or Spifame, qui fut plus tard évêque de Nevers, 
finit par abandonner l'Église catholique. Il se maria, il fut 
pasteur à Genève. Quelles étaient ses idées en 1523, et 
jusqu'à quel point les laissait-il transpirer? 

Toujours est-il qu'en 1527, l'évêque I^ouis Guillard (2) 
est fort inquiet des progrès de l'hérésie dans son 
diocèse (3). Mais c'est à Blois surtout qu'elle sévit (4). Parmi 
les cinq Blaisois arrêtés et condamnés à cette occasion, 
figurent un protonotaire apostolique, Nicolas de Saint-Gelais, 
un médecin, Guillaume Dunis, deux particuliers dont la 
profession n'est pas indiquée, Fabri et Martin, et « la 
petite nourrice de Madame Charlotte, fille de Sa Majesté». 
Mais Blois n'est pas Chartres. Cependant Souchet raconte 



(1) Pintard, qui l'appelle tantôt Laurent Greslet, tantôt « Rôoland Grôlôt », ajoute quel- 
ques menus détails : son refus de chanter, au cours d'une procession expiatoire improvisée 
incontinent, le répons : Gaude Maria Virgo canotas hœreses: la mention que l'exécution eut 
lieu cloître Notre Dame, etc. Histoire de Chartres (ms. Bibl. de Chartres 7/c toi }), P» 381, et 
Histoire chronologique de la ville de Chartres (ms. 7/c 101 3), f° 258. 

(2) Installé le I er juillet 1525. 

(3) Souchet, III, 532-3- 

(4) Blois était alors dans le diocèse de Chartres. 



4 INTRODUCTION 

que « le venin », s'il était particulièrement virulent à Blois, 
était répandu dans tout le diocèse. 

Comme on le voit, Iyouis Guillard, qui un jour sera 
gagné à l'hérésie, était au contraire à cette époque un 
prélat fort zélé. Déjà le 13 mars 1526, il avait fait arrêter, 
pour cause de luthéranisme, Clément Marot (1). Au reste, 
non content de faire emprisonner les malsentants de la 
foi, comme on disait alors, il réformait l'administration de 
son diocèse, qui avait été fort abandonnée auparavant, et 
portait une attention particulière aux couvents. 

Cependant dès 1530, les idées nouvelles se répandent 
rapidement dans le Perche. On les prêche dans les rues, 
sur les places, et des curés, des vicaires s'en font les 
apôtres (P. Bruyant, notes manuscrites). 

Souchet affirme positivement (2) que c'est de Vendôme 
et de Blois que la Réforme pénétra à Châteaudun, grâce 
aux relations qui existaient entre ces villes. En 1532, les 
Dunois avaient « des Nouveaux Testamens et Bibles en 
françois, avec autres livres deffendus, qu'ils lisoient publi- 
quement et portoient à l'église, au lieu d'heures et prières. » 
Et pour ' comble de malheur, ces Nouveaux Testaments et 
ces Bibles en français, « ils se mesloient de les interpréter 
tant en public qu'en particulier, à leur fantaisie, et non 
suivant le sens receu dans l'Église catholique. » Bien plus, 
ils « entreprenoient de disputer de la foi, des sacremens 
et articles de notre croiance, avec les idiots et ignorants 
qu'ils pervertissoient, avançant beaucoup de discours 
téméraires, scandaleux et hérétiques es conventicules, 
qu'ils faisoient clandestinement et en cachette. » Ainsi, 
c'est par les livres, c'est par l'entremise des classes cultivées 
que les idées nouvelles se sont répandues ; de là, elles ont 
pénétré dans les milieux populaires. Dès 1532, il y a des 
assemblées secrètes et des discussions publiques. 

Jean I^efebvre, abbé de la Madeleine, et Jean Fournier, 



(1) On l'enferma à Chartres dané la prison de Iy' Aigle, ou plus exactement dans l'auberge 
de l'Aigle, suivant une note de M. Merlet, dans la France protestante. 

(2) III, 553- 



I.KS ORIGINES DK LA RÉFORME EN EURÈ-ET-LOIR g 

officiai de l'archidiacre de Dùnois, sont chargés par l'évêque 

d'exercer des poursuites contre les coupables, en même 
temps que l'on sévissait, à Biois, contre les iconoclastes 
qui avaient endommagé les statues de l'église Saint-Lau- 
mer. Nous ne savons quelle fut l'issue de l'affaire de Châ- 
teaudun. 

L'an d'après (i), le 15 octobre, arrive à Chartres un 
prêtre du diocèse de Clermont, Jean Sabellat, qui est 
reçu chanoine de Notre-Dame. Il est juriste, il est ami 
intime de du Moulin, et on le soupçonne, au Chapitre, de 
pencher vers les idées nouvelles. Spifame n'est plus là, 
mais ses opinions sont encore représentées. C'est vers cette 
époque (1528 et 1529) que Calvin a séjourné à Orléans. Y 
a-t-il vu des Chartrains, et a-t-il exercé quelque influence 
sur eux? 

Nous n'avons pas de faits saillants à relever les années 
suivantes. Nous savons seulement qu'en 1537 on signale 
un petit groupe de réformés à Bellesmes, dans le Perche ; 
que l'année suivante, l'évêque de Chartres continue à 
pourchasser, du moins par ses ordonnances, les nouveaux 
livres imprimés en Allemagne. Voilà donc une mention 
très nette des écrits de Luther, mais elle est bien tardive ! 
L'on sait aussi avec quelle ardeur le chanoine Josse 
Clichtoue faisait la guerre à Luther; on l'appela Maliens 
Lutheri (le maillet de Luther) ; mais il semble avoir pré- 
féré le rôle de théologien à celui de policier, ce que nous 
n'avons garde de lui reprocher. 

Il y avait longtemps aussi qu'on lisait la Bible et le 
psautier de C. Marot. Ce dernier fit un séjour à Chartres, 
cette fois de son plein gré, en 1541, dans l'abbaye de 
Saint-Cheron. 

En septembre 1547, « comme les hérésies augmentoient 
dans le diocèze de Chartres et particulièrement contre Le 
sacrement de l'Eucharistie, les parroissiens de Notre-Dame 
de Nogent-le-Rotrou » demandent à l'évêque l'autorisation 

(1) Roullier, notes ms„ Bibl. de Chartres. 



D INTRODUCTION 

de fonder une Confrérie du Saint-Sacrement, avec octroi 
d'indulgences à tous ses membres (i). L/évêque y consentit, 
et en même temps (le 25 décembre, dit une note manuscrite 
de Roullier) il envoya une circulaire aux abbés, doyens des 
Chapitres et des Collégiales, prieurés de tous ordres, curés 
et vicaires pour les engager à extirper du champ de l'Église 
l'ivraie des doctrines luthériennes. On peut conclure de ces 
deux faits connexes que la Réforme avait fait de très 
sensibles progrès depuis les quinze dernières années. 

C'est d'ailleurs à ce moment que le Parlement commence 
à sévir, et que nous pouvons mesurer à la lueur des bûchers 
les progrès des idées nouvelles. Une chambre spéciale a été 
créée au Parlement de Paris pour juger les procès d'hérésie. 
Aussi trouvons-nous des réfugiés du diocèse de Chartres à 
Genève (Cf. Bull, du Prot., 1898, 412). 

Dès le I er avril 1548, un frère prêcheur de Chartres, Adrien 
Veau, est poursuivi à Blois pour hérésie et blasphème. 
Nous ne citons qu'à titre d'indice cet épisode qui sort du 
cadre de notre étude. L'an d'après, un prêtre de Vendôme, 
Galimard, est arrêté à Cléry, près de Blois, et brûlé à Paris, 
avec d'autres, le 9 juillet 1549 ( 2 )- Eri 1550, un Chartrain, 
Claude Thierry, « jeune compagnon apothicaire », qui s'en 
vient de Genève, est arrêté à Orléans. Il confesse courageu- 
sement sa foi. Condamné à être brûlé vif, il refuse d'abord 
d'en appeler; puis, sur les supplications de ses parents et 
de ses amis, il se ravise. Le Parlement confirme simplement 
la sentence, et Thierry endure une mort atroce « au grand 
avancement de la gloire du Seigneur et édification de 
plusieurs ». 

La même année, Ablis devient un centre important de 
réformés ; on chansonne les femmes, on les appelle grandes 
morues rouges, parce qu'elles mangent de la viande le 
vendredi (3). Le 12 avril (4) Christophe de Hérouard, 

(1) Souchet, III, 585. 

(2) Crespin, Martyrs. 186. 

(3) Roullier, note ms. 

(4) Souchet, III, 587. 



LES ORIGINES DE I,A RÉFORME EN EURE-ET-I.OIB 7 

« maistre des Requêtes de l'hôtel de M. le Dauphin, lieu- 
tenant-général au bailliage et siège présidial de Chartres 
obtient l'autorisation d'ériger une Confrérie du Saint- 
Sacrement dans sa paroisse Saint-Hilaire de Chartres. C'est 
son frère Jean de Hérouard (1) « écuier, secrétaire de 
M. Durfé, ambassadeur du roi à Rome» qui, par une singu- 
lière ironie du sort, est chargé de demander la confirmation 
à Jules II, avec les indulgences requises. Ainsi que le fait 
remarquer Souchet, il ne jouit pas de celles-ci, car il devint 
protestant, et nous verrons que c'est « dans la maison du 
sieur de Sausseux» que les réformés de Chartres tiendront 
leurs premières assemblées, environ douze ans plus tard (2). 

Ainsi donc, en 1550, il est parfaitement certain que la 
Réforme est installée à Chartres, et qu'elle compte dans 
ses rangs des personnages notables. L'abbé de Saint-Père- 
en- Vallée, Pierre de Brizay, neveu du Cardinal Hémard, 
est plus que suspect d'hérésie. Le Procureur général 
l'enjoint de « se contenir en habit décent et honneste, 
selon son estât (3) ». Il ne tiendra aucun compte de ces 
admonestations; plus tard, il fera ouvertement profession 
d'hérésie et se mariera. On juge quelle dut être l'influence 
de pareilles défections. Dès 1553, Pierre de Brizay s'est 
retiré dans son château de Denonville. 

Cette même année 1553, de nouveaux sévices et de 
nouvelles victimes prouvent l'extension et la vitalité de 
la Réforme dans notre région. Le 2 mars, la demoiselle de 
Challet est brûlée vive à Chartres, sur le Marché-aux-Pour- 
ceaux (aujourd'hui place des Épars) (4). Le 15 avril, 
c'est le tour de Jean Dinochau — que Crespin appelle, 
inexactement, semble-t-il, Pierre Denochau — et d'Etienne 
Leroy (5). Leroy, natif de Chauf fours (Bouvart dit de Sain t- 

(1) Hérouard de Sausseux. 

(2) Christophe de Hérouard possédait trois maisons à Chartres, comme on le verra dans 
la suite. I/une d'elles était-elle habitée par sou frère? Mais Christophe Lui-même est plus 
tard signalé comme huguenot. 

(3) Souchet, III, 591. 

(4) Journal de Jean Bouvart (copie de la Bibliothèque de Chartres, 27). Pintard 
Chartres, mss cites. 

(5) Souchet, IV, 1. Crespin, 263. Bouvart, 27. 



8 INTRODUCTION 

Georges-sur-Eure), était notaire à Saint-Georges (i) ; c'est 
(je Strasbourg, où il avait demeuré, qu'il avait rapporté 
sa foi nouvelle. Il avait pour premier clerc Dinochau, fils 
d'un drapier de Chartres, converti à Genève. Conversion 
réelle, car il « enseignait les ignorants et reprenait les blas- 
phèmes». Ils sont arrêtés en décembre 1552 et enfermés 
dans la prison de l'évêque, qui était depuis peu Charles Guil- 
lard, neveu de Louis (2). Jusqu'au bout, ils demeurent iné- 
branlables. Dinochau trouva moyen d'écrire sa confession 
de foi, dont Crespin a conservé le texte complet; c'est une 
paraphrase du Symbole des apôtres, augmentée de considé- 
rations sur le culte des saints, le pape, le purgatoire, 
l'Eucharistie; le ton est grave, digne et ferme; on sent 
l'homme nourri de la Bible et des Pères. Leroy confessa sa 
foi avec le même courage et le même calme, mais il n'écrivit 
rien. Tous deux se réjouissaient dans leur prison, de la 
grâce que Dieu leur accordait en leur permettant de souf- 
frir pour lui. 

Condamnés au feu, ils en appellent au Parlement de 
Paris, pour avoir une occasion de plus de proclamer leur 
foi. Inutile de dire que la sentence des juges de Chartres 
fut purement et simplement confirmée. L'exécution eut 
lieu, comme nous l'avons dit, le 15 avril sur le Marché- aux- 
Pourceaux (3) — ce qui est certainement une délicate 
attention (4) . 

Peu de jours après, les réformés de Chartres tirèrent 
de cette exécution la vengeance qui leur fut dans la suite 
coutumière, et que souvent, on leur a reprochée à l'égal 
du pire des crimes : ils traitèrent ignominieusement et bri- 
sèrent une image de la Vierge qui se trouvait aux Vaux- 



(1) Du moins Crespin l'affirme; mais les documents de la Chambre des notaires de 
Chartres ne confirment pas cette assertion. A-t-il administré quelque domaine? Peut-être le 
Coudray à Bailleau-sous-Gallardon? Un terrier du Coudray (1528-15 52) figure aux archive^ 
de M° Plitrier, notaire à Chartres. 

(2) Il n'avait que 19 ans. 

(3) Ils furent • brûlés vifs et à petit feu », dit Bouvart. 

(4) Conforme aux usages du temps. Cf. Coutume d'Oléron, art. 26, la peine infligée 
aux nauf rageurs. 



LES ORIGINES DE LA RÉFORME EN ETJRE-BT-LOIR Ç) 

Roux (i). On fit une procession « pour détourner l'ire de 
Dieu ». 

Pour en revenir au tabellion de Saint-Georges-sur- Eure et 
à son clerc, retenons ce fait qu'ils se sont livrés à une propa- 
gande active, et nous expliquerons aisément l'origine du 
groupe de protestants qui aura pour centre, un demi-siècle 
plus tard, le hameau tout voisin de Pont-Tranchefêtu. 

Au commencement de 1555, l'inquiétude du clergé au 
sujet des progrès de la Réforme s'accentue. On ordonne des 
processions pour la paix de l'Église de Chartres et de toutes 
celles du diocèse. Ces processions auront lieu pendant la 
Semaine Sainte. En même temps, on procédera «extraordi- 
nairement contre ceux qui sentent mal de la foi catholique, 
comme aussi contre ceux qui avoient souillé d'ordures les 
affiches des indulgences qui étoient attachées aux portes de 
l'église cathédrale (2).» Ee fonds, encore inexploré, des 
archives du tribunal de Chartres nous livrera-t-il le détail 
de ces procès et les noms des accusés? Et y a-t-il une con- 
nexion quelconque entre ces faits et le vol du ciboire et des 
hosties de l'église Saint-Maurice-lès-Chartres, survenu le 
6 juin? Souchet, en racontant ce trait, ajoute qu' « il y 
avoit quantité d'hérétiques dans le diocèse ». Et on peut l'en 
croire. Car, bien qu'il ait vécu au xvn e siècle, son témoignage 
vaut celui des contemporains, dont il s'est borné à copier 
les chroniques. 

Cette même année 1555, Eouis de Bourbon, prince de 
Condé, plus tard seigneur de Nogent-le-Rotrou, est gagné 
à la Réforme, à Nérac. Il trouvera à Nogent un petit 
noyau de réformés, qui bientôt formera une Église, d'ailleurs 
éphémère, semble-t-il. 

En 1558, nous recueillons une plus ample moisson de 
menus faits. C'est d'abord le martyre d'un compagnon 
cordonnier de Janville (3), appelé Nicolas. Il avait été à 
Genève, et il en avait rapporté, avec quelques deniers, une 

(1) Emplacement actuel de la gare de Chartres. 

(2) Souchet, IV, G. 

(3) Cre?pin, 430. 



10 INTRODUCTION 

solide connaissance de la Bible; il paraît que ce n'était 
pas rare chez les gens de sa condition. Son père eut le 
triste courage de le dénoncer. Nicolas est condamné à 
être pendu., mais le juge déclare que le père est plus digne 
de la sentence que le fils; à quoi celui-ci répond que le 
malheureux a agi par ignorance. Le Parlement confirme la 
sentence, et Nicolas est exécuté dans sa ville natale. 

Le 4 juin, Charles Guillard, qui est déjà évêque de 
Chartres depuis six ans, manifeste l'intention de faire, le 12, 
son entrée solennelle dans la ville épiscopale (1). Il adresse 
à cet effet au Chapitre une double requête, tendante : i° à être 
dispensé des cérémonies coutumières, 2° à être autorisé à 
porter toute sa barbe à l'instar de son oncle et prédécesseur. 
Les chanoines examinent gravement ces importantes 
questions ; ils répondent que les cérémonies, étant consacrées 
par d'antiques traditions, sont intangibles; mais que le 
port de la barbe était laissé à sa discrétion. Il y avait 
aussi une invitation à dîner : le Chapitre n'eut garde de la 
décliner. Le prélat barbu et ennemi des cérémonies, hormis 
les banquets, fut dans la suite fortement suspect de favo- 
riser l'hérésie. 

Cependant, le vendredi 10 juin, Charles Breton, convaincu 
bien dûment du même crime, était condamné à faire amende 
honorable. 

A la fin du même mois, le célèbre juriste du Moulin se 
mariait à Chartres. Né à Paris en 1500, il était de noble 
extraction; sa famille était apparentée à la reine Elisabeth. 
C'est par son premier mariage avec Louise de Beldon, en 
1538, qu'il prend contact avec la Beauce; sa femme était, 
en effet, dame d' Allonnes. Bile mourut le 31 décembre 1556, 
laissant trois enfants en bas âge à ce petit homme, qui 
avait bien des soucis. Protestant depuis 1542, il ne s'entendit 
guère avec les réformés, se fit luthérien, et finit par mourir 
catholique. Il épousa donc, en secondes noces, Jeanne du 



(I) Pintard raconte longuement la cérémonie. Annexe du Recueil de documents histo- 
riques (ms, 7/c 1.015, Bibl. de Chartres), p. 73 ss. 



EES ORIGINES DE LA REFORME EN EURE-ET-LOIR II 

Vivier, et donna ainsi une mère à ses enfants. I,a noce fut 
gaie. Un célèbre avocat chartrain, Jean Moisy, composa un 
épithalame. Ce Jean Moisy était, comme beaucoup d'aul res> 
malsentant de la foi. 

La Réforme gagnait rapidement du terrain, surtout dans 
la petite noblesse; le Blaisois, le Vendômois, le Dunois, 
le Perche, le Drouais étaient en mouvement. Jean de 
Dampierre ouvrait un prêche dans son château de la 
Chênelière, près de Nogent-le-Rotrou; en 1830, Roullier 
vit cet oratoire, alors ruiné. Le curé des Étilleux, près 
d'Authon, embrassait la Réforme. A Cherville, près d'Oin- 
ville-sous-Auneau, le culte protestant se célébrait réguliè- 
rement. 

Le 27 septembre, Taurin Gravelle, de Dreux, subissait 
le martyre. Après avoir étudié le droit à Toulouse, il s'était 
établi à Paris, où il avait connu l'Évangile. C'est là qu'il 
fut exécuté pour avoir ouvert aux assemblée interdites 
une maison dont il avait la garde (1). 

Et dès lors, les événements vont se précipiter. Nous 
touchons à cette année 1559, où, malgré de nouvelles 
« quérimonies » contre ceux qui lisent et chantent publi- 
quement les psaumes de Cl. Marot et de Th. de Bèze, les 
curés de Mézières-en-Drouais et de Varize passent à la 
Réforme, entraînant une partie de leurs paroissiens, 
et formant ainsi le noyau des Églises actuelles de Marsau- 
ceux et de Gaubert; où, partout, les réformés s'assemblent; 
où les Églises s'organisent; où Charles Guillard « qui ne se 
plaisoit guère en son métier» (2), délègue une partie de ses 
pouvoirs à Messire Jean des Ursins, évêque de Tréguier, 
qui demeurait en son doyenné de Saint-Denis de Nogent-le- 
Rotrou. 

En résumé : nous constatons que les idées nouvelles ont 
des représentants à Chartres dès 1523 dans la population, 
mais nous ne savons pas au juste sous quelles influences 



(1) Crespin, 431. 

(2) Souchet, IV, 19. 



12 INTRODUCTION 

elles y ont pénétré, ni quel rôle a joué dans l'affaire le 
chanoine Spifame. Nous constatons qu'en 1527, Blois est 
un foyer d'hérésie ; que ces idées nouvelles existent surtout 
dans les classes instruites (clergé et laïques), qu'elles sont 
venues par les livres. Y a-t-il eu génération spontanée ou 
importation, et, dans ce cas, l'impulsion est-elle partie d'Or- 
léans? on ne saurait le dire avec certitude. Nous constatons 
que la Réforme a été importée de Blois à Châteaudun, 
où elle s'est immédiatement installée. Nous constatons 
que dans tout le diocèse de Chartres, il y a des suspects 
d'hérésie, et que les idées nouvelles font de lents, mais 
incessants progrès. Nous constatons parfois qu'elles ont 
été apportées de Genève (1) ou de Strasbourg; qu'elles 
existent dans le clergé, dans la bourgeoisie instruite, dans 
la noblesse, dans le peuple, qu'elles ont leurs apôtres et 
leurs martyrs, que, propagées sourdement d'abord, elles 
obéissent à une poussée irrésistible et finissent par se mani- 
fester au grand jour, tantôt par des actes de révolte, tantôt 
par des assemblées de culte, et cela malgré les procès, malgré 
les bûchers. Et nous en arrivons ainsi à l'époque de la fonda- 
tion des Églises, ayant suivi pas à pas les traces et les 
progrès du mouvement, mais incapables la plupart du 
temps de prendre sur le fait ses origines. 

Ce fait est significatif, et il fait perdre beaucoup de son 
importance à l'absence de renseignements sur l'origine 
effective et la propagation, pour ainsi dire matérielle, des 
influences protestantes dans notre région. Il est évident, 
en effet, qu'à beaucoup d'esprits de ce temps, le christia- 
nisme du Moyen âge semblait suranné dans quelques-unes 
de ses formes, que les besoins religieux cherchaient des 
manifestations plus conformes à la mentalité nouvelle, 
et qu'ainsi, l'âme des foules — ou d'une partie des foules, 
car il ne faut pas exagérer — se modifiait lentement. On 
continua longtemps d'aller à la messe, mais on y apporta 



(1) Il y a eu à Genève beaucoup d'hommes de notre région. Ils y restaient quelquefois. 
Ainsi Charles de Jonvilliers (1517-1590) fut secrétaire de Calvin. 



UvS ORIGINES DK LA RÉFORME EN EURE-EÏ-I,OIK 1; 

des livres interdits. On n'avait pas, du plus loin, l'idée de 
fonder une religion nouvelle. Ce qui a forcé le protestan- 
tisme français en général, et celui de notre région en parti- 
culier, à se séparer de l'Église, à fonder un organisme 
distinct, c'est simplement la persécution. 

Jusque vers 1560, il n'y a aucune limite précise entre les 
catholiques orthodoxes et ceux qui ne le sont pas ; on ne sait 
même pas très bien comment il faut les nommer ; on hésite 
entre diverses désignations qui veulent être flétrissantes, 
et qui sont surtout gauches. De nombreux prêtres sont 
conquis à la Réforme, mais n'en remplissent pas moins, 
avec exactitude, avec zèle, les devoirs de leur charge, de 
telle sorte qu'un historien insuffisamment averti peut, de 
la meilleure foi du monde, contester, nier même un attache- 
ment aux dogmes nouveaux qui était notoire du vivant des 
personnages, ou bien suspecter leur loyauté et leur courage. 
Et combien cette erreur n'est-elle pas plus facile lorsque 
l'on part instinctivement de l'idée, insoutenable, que la 
Réforme a été une insurrection contre toute foi et toute 
morale ! On en arrive alors à proclamer bons catholiques, 
malgré l'évidence, des hommes qui en sont arrivés peu à 
peu à soutenir ouvertement l'hérésie. 

M. l'abbé Haye (1) croit fermement à la parfaite ortho- 
doxie des évêques Louis et Charles Guillard; il discute avec 
soin les objections qu'on y oppose, ou plutôt, il donne triom- 
phalement la preuve que ces objections ne reposent sur 
rien. Or, il n'a pas réussi à nous faire partager sa conviction. 
Laissons à plus tard notre jugement sur Charles Guillard, 
que nous n'avons encore guère vu à l'œuvre, et parlons de 
son oncle. Il est certain qu'il a été une conscience droite, 
un administrateur zélé, un réformateur de tous les abus 
et de tous les désordres; il est certain aussi que, tant qu'il 
a considéré les idées nouvelles comme un désordre, il les 
a énergiquement combattues. Mais comment se fait-il 
que son attitude ait changé? Comment expliquer sa 

t) Mém. Soc. Arch. d'E-et-L, X, passinu 



14 INTRODUCTION 

démission d' évêque de Chartres, et, quand il est nommé 
évêque de Châlons, l'antipathie préconçue de ses nouveaux 
diocésains, qui refusent de le recevoir? M. l'abbé Haye ne nous 
y aide pas. Et comment expliquer encore que Louis Guillard 
ait tenu à être remplacé à Chartres par son jeune neveu, 
âgé de 19 ans seulement, dont on verra la mentalité caracté- 
ristique? Il est toujours difficile de scruter la conscience 
d'un homme, d'analyser ses pensées secrètes, celles qu'une 
pudeur intime aussi bien qu'une prudence nécessaire lui 
interdisent d'exprimer trop haut. Mais obstinément, Louis 
Guillard nous fait songer à un personnage qui a commencé 
par être un persécuteur, et qui a fini par devenir un apôtre. 
Mutatis muîandis, on observe chez l'évêque de Chartres 
le même processus que dans l'esprit de saint Paul. On 
sait quelle était la piété, quel était le zèle de Saul de Tarse. 
Élevé pharisien, il considérait qu'être un bon pharisien 
était l'idéal; il avait vu le Christ, mais on lui avait appris 
à le tenir pour un adversaire. Peu à peu, des doutes s'éle- 
vaient dans son âme, et pour les faire taire, il se jetait 
avec une sorte de rage désespérée dans la persécution de 
l'Église naissante. Puis, un beau jour, il eut la vision du 
chemin de Damas... 

N'y a-t-il pas eu, dans l'esprit de Louis Guillard, une 
transformation analogue? Il combattait les abus : n'a-t-il 
pas fini par voir que les partisans des idées nouvelles les 
combattaient aussi, mais avec plus de logique et plus de 
profondeur? N'avait-il pas discerné chez eux, chez ces 
hommes cultivés, chez ces hommes pieux, une menta- 
lité supérieure et une moralité supérieure ? Et reconnaissant 
peu à peu qu'il s'était trompé sur leur compte, n'a-t-il 
pas voulu se ménager une retraite honorable, et choisir, 
pour le remplacer, ce jeune homme ouvert aux opinions 
les plus neuves et dont il prévoyait que l'esprit se forme- 
rait dans le sens où nous verrons qu'en effet il s'est formé? 
vSaura-t-on jamais, d'ailleurs, l'impression que l'attitude 
de Leroy et de Dinochau a pu graver dans l'esprit du 
jeune évêque? On dira qu'il est toujours resté évêque. 



LES ORIGINES DE LA RÉFORME EN EURE-ET-LOIR 15 

Mais on oublie que pour lui, il n'était pas possible de prendre 
ouvertement parti, du moment qu'il tenait à conserver sa 
situation. 

Ainsi, il faut bien considérer que pendant fort longtemps, 
pour certains jusqu'au règne de Henri IV, il n'y a pas eu, 
dans la pratique, de ligne de démarcation visible entre 
catholiques et protestants. Les Synodes nationaux ont une 
peine extrême à faire comprendre aux fidèles, et même 
— pour ne pas dire : en particulier — à certains membres 
du clergé conquis à la Réforme, qu'on ne peut demeurer 
dans une situation équivoque, qui en revient à bénéficier 
de tous les privilèges découlant de la qualité de catholique, 
à éviter les dangers d'une profession ouverte de protestan- 
tisme, tout en ayant perdu tout attachement aux dogmes de 
l'Église. Cette insistance des Synodes à prescrire de rompre 
délibérément avec le catholicisme révèle un état d'esprit 
dont on ne saurait tenir trop de compte. Qu'un homme 
ait été baptisé, marié, enterré dans l'Église catholique, 
qu'il ait été assidu à la messe, qu'il ait semblé un abbé, un 
curé, un chanoine, un évêque modèle, on n'est donc pas en 
droit d'en conclure, au xvi e siècle, qu'il n'ait pas été hugue- 
not, si l'on a quelque bonne raison de soupçonner que son 
orthodoxie était plus apparente, plus prudente ou plus 
coutumière que réelle. 



PREMIÈRE PARTIE 

LES ÉGLISES JUSQU'A L'ÉDIT DE NANTES 



CHAPITRE PREMIER 

i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1559 A I 5 6 7 

Comme nous l'avons dit, la Réforme a fait, en 1559, de 
très grands et très décisifs progrès. C'est l'année où se 
réunira secrètement, à Paris, le premier Synode national, 
et où de toutes parts les Églises s'organisent. Celle de 
Chartres est du nombre (1). Divers indices amènent à 
placer l'événement encore sous le règne d'Henri II, et par 
conséquent dans la première moitié de l'année. Quoi qu'il 
en soit, c'est à la sollicitation du sieur de Sausseux, dont 
nous avons déjà parlé, que les adeptes encore rares et sans 
cohésion de la Réforme, à Chartres et dans « les villages 
d'alentour» (2), se groupent et reçoivent une organisation. 

Comment faut-il entendre ces villages d'alentour? On ne 
peut le dire avec une entière précision, mais le circuit 
semble être assez étendu, une journée de marche environ, 
s'il faut en juger d'après les lieux de réunion que les réfor- 



(1) Elle ressortissait du Synode provincial de l'Ile-de-France et du Colloque de Beauce. A 
l'origine toutefois (Synode de la Ferté, 1564), mais seulement pendant quelques années, les 
Églises du Pays Chartrain avaient été rattachées au Synode de l'Orléanais, comme dépen- 
dant administrativement du Gouvernement d'Orléans. 

(2) Histoire ecclésiastique des Églises réformées du Royaume de France (autrefois attribuée 
à Th. de Bèze), I, 92 de l'cd. Vesson (Toulouse, 1882) que nous citerons faute d'avoir sous 
la main l'éd. Baum et Cunitz. 



l8 I,ES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

mes chartrains eurent dans la suite. De toute manière, le 
sieur de Sausseux paraît avoir joué un rôle prépondérant 
dans la création et l'administration de la jeune Église. 

Dès le début, elle eut une existence fort précaire. 

Son premier pasteur, Barthélémy Causse (i), avait exercé 
le saint ministère dans les possessions bernoises, sans doute 
dans le Pays de Vaud. Il ne resta à Chartres que sept ou 
huit mois. Dès avril 1560, on signale sa présence à Dieppe. 
Il ne put remplir ses fonctions à Chartres que secrètement. 
Des assemblées clandestines avaient lieu dans les faubourgs. 
Elles n'avaient pas tardé à être découvertes et on jugea 
dangereux de les continuer. Pendant tout le mois d'oc- 
tobre, des « quérémonies » avaient été publiées (2) contre 
ceux qui chantaient publiquement, tenaient chez eux ou 
apportaient à l'église les psaumes de Marot et de Th. de 
Bèze, qui s'assemblaient, en public ou en secret, pour 
entendre des leçons de l'Écriture contraires à celles des 
docteurs, et dites, ô sacrilège ! dans la langue vulgaire dont 
se servent entre eux les artisans et les femmelettes; qui, 
dans leur ignorance, interprétaient l'Évangile comme bon 
leur semblait, et de plus, pervertissaient l'esprit impres- 
sionnable des escholiers. Dans les huit jours, ceux qui 
« trempaient en tels crimes » devaient être déférés à qui de 
droit. 

Souchet ajoute que des personnes de tout rang social, 
et même des prêtres et des moines, assistaient à ces assem- 
blées, et tout autrement qu'en curieux (3). Cet appui de 
personnages haut placés et de membres du clergé explique 
comment, en dépit de tant de difficultés, les protestants de 
Chartres ne perdirent pas courage. Après le départ de 
Causse, on demanda un ministre à l'Église de Paris. Il ne 
sembla pas prudent d'accéder à cette requête; les Parisiens 



(1) Auteur du Vray Bouclier de la Foi chrétienne, qui eut trois éditions, en 1558, 1560 
et 1562. La France protestante ne cite pas la seconde, dont un exemplaire a été vendu à 
Paris en 1908 (librairie Durel). 

(2) Souchet, IV, 21. 

(3) Cf. Pintard, Histoire chronologique de Chartres, p. 326 (Bibl. de Chartres, ms. 1141)' 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1559 A 1567 19 

se bornèrent à déléguer un de leurs ministres, Antoine de 
Chandieu, avec un « surveillant» laïque, Zacharie Le Maçon, 
pour visiter l'Église de Chartres — y compris Illiers et Coin 
ville — désigner des anciens et mettre un peu d'ordre dans 
le chaos. 

L' année 1560, au cours de laquelle le roi interdit aux 
seigneurs haut- justiciers les assemblées protestantes; où la 
reine-mère, sur les instances de Coligny, promet de cesser les 
persécutions si les réformés gardent discrètement leur foi 
dans leur for intérieur ; l'année de la conjuration d' Amboise ; 
l'année où se propage le sobriquet de huguenot; l'année où 
les luttes civiles se préparent, n'est marquée par aucun évé- 
nement dans la petite Église de Chartres. Elle continue à se 
terrer, impuissante, surveillée, privée de pasteur, de res- 
sources et presque d'organisation. Les échevins l'ignorent 
encore, mais ils ne l'ignoreront plus longtemps. 

A vrai dire, le 29 mars (1), ils ont reçu des missives du roi, 
datées d' Amboise, qui racontent la conjuration et recom- 
mandent aux autorités municipales une vigilante fidélité; 
mais la seule sanction que comporta cette recommandation, 
fut de provoquer l'achat « d'armes et autres bâtons de 
guerre pour démouvoir et empescher les séditions ». 

Le 26 novembre cependant, on reçoit une lettre de 
Charles de Bourbon, gouverneur de Chartres, Orléans, etc., 
datée du 18, par laquelle il prie les magistrats de choisir 
l'un d'entre eux pour l'informer de tout ce qui peut troubler 
la paix religieuse. Il signalera d'abord les assemblées illi- 
cites, puis les scandales dans les églises, les bris d'images, les 
infractions aux commandements de l'Église, et surtout 
l'abstention aux sacrements; le tout mêlé de questions de 
simple police, dont plusieurs trahissent le désir d'enlever, 
par la suppression des abus, des exactions et des injustices, 
tout prétexte aux insurgés. Ce mélange de police religieuse 
et de police civile est bien significatif. Il montre que dès le 
début, on ne sut pas voir dans la Réforme une affaire de 

(1) Reg. des échevins, à la date. 



20 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

conscience, et qu'on prétendit l'assimiler à une jaquerie, 
plus ou moins justifiée. L'enquête demandée se poursuivit 
en silence : la réponse est du 6 janvier 1561. Bile sera 
apportée au gouverneur par le sieur de Gauville, qui se 
présentera en bel équipage, avec deux chevaux (1). 

Que nous apprend ce rapport? Que la ville est tranquille; 
qu'il n'y a pas d'assemblées illicites; on sait, par ailleurs, 
qu'il y en avait en revanche ou qu'il y en aura bientôt 
d'innombrables dans la campagne, à Gallardon, à Ablis, au 
Chêne (près de Sainville), à Jonvilliers, à Châteaudun, à 
Authon-du-Perche, à Favières, à Iya Ferté-Vidame, à 
Allonnes, à Germignonville, à Viabon, à Fontenay-sur- 
Conie, à Montlouet, à L,aons, à Églancourt, à Denonville, à 
Fontaine-sous-Prémont, à Dangeau, à Bazoches-en-Dunois, 
à Champrond-en-Gâtine, à Saint-Éliph, mais de celles-là, 
les autorités de Chartres n'ont point à parler, et elles n'en 
parlent pas. Il n'y a pas eu de scandale dans les églises. 
Y a-t-il eu des émeutes? Oui, trois ans auparavant, des 
gens de guerre de passage se sont mal conduits dans la cathé- 
drale, mais les bourgeois y ont mis bon ordre; je ne sache 
pas, du reste, que ces soudards aient été protestants. A 
part cela, le rapport nous apprend que les vitres d'un 
vicaire ont été cassées; qu'une pierre, jetée dans les vitres 
de l'Hotel-Dieu (2), est tombée dans l'église; que l'on a 
dérobé de nuit les filets de quelques preneurs d'alouettes (3), 
et que l'on a mangé ces oiseaux un vendredi; que l'on a 
trouvé dans le chœur de la cathédrale un livre sur lequel est 
écrit : « Confession de ceux qui sont faussement appelés 
huguenots)); enfin que, nuitamment, des coureurs de pavé 
armés chantent les « chansons» de Marot. 

Ce sont là des peccadilles; et quel soin on devine dans 
l'enquête ! Comme on s'est appliqué à tout découvrir et à 
tout dire ! Et voilà tout ce que l'on a trouvé. Il est vrai 

(1) Il ira aussi présenter les hommages de la ville à la duchesse de Ferrare, alors à Orléans. 

(2) Il était tout voisin de la cathédrale. 

(3) A Chamblay, près de Berchères-les-Pierres. 



L'ÉGLISE DE CHARTRES DE I559 A 1567 21 

« qu'à l'Assemblée générale des États particuliers de la 
Province de Chartres, les députés des villes auroient pré- 
senté des articles grandement contraires à notre religion 
chrétienne et foi catholique)), mais c'est là une allégation 
assez vague, et qui prouverait tout au plus que les protes- 
tants des autres villes étaient plus hardis, sans doute parce 
que plus forts, que ceux de Chartres. Mais la situation ne 
tarda pas à se modifier. 

Dès le 25 avril 1561, la vigilance des échevins est sollicitée 
par la présence de « malfaiteurs de la foy», qui ne vivent 
pas selon les ordonnances de l'Église ; on décide d'en infor- 
mer « M r de Bourdeaux, conseiller au Présidial»; cepen- 
dant, on n'a aucun grief précis à formuler, puisque, le même 
jour, on écrit au gouverneur que tout est tranquille, et que 
seulement quelques particuliers n'ont pas fait leurs pâques. 

Mais le surlendemain, nous apprenons qu'il y a eu « tu- 
multe et sédition populaire»; on défère les « délinquants et 
coupables» au présidial. I^e 29 avril, cinq notables parois- 
siens de Saint-Jean-le-Viandier comparaissent. Ils signalent 
l'existence, dans plusieurs maisons, de « conventicules et 
assemblées contre la religion chrétienne », et se plaignent de 
ce que, bien loin d'exercer des poursuites contre les « mal- 
sentans de la foy», on a tout au contraire arrêté « avec 
force et violence ceux qui ont voulu les reprendre ». Plainte 
ingénue, et impartialité étrange pour l'époque. L,e procu- 
reur du bailliage répondit qu'il n'avait pas eu connaissance 
de l'affaire, et qu'il importait de faire une enquête plus 
sérieuse. Ce procureur est-il huguenot (1), comme Mathu- 
rin Trouillart, qui remplit ces fonctions en 1567? Alors, 
tout s'expliquerait; huguenots aussi, la plupart de ses col- 
lègues (2). 



(1) D'après Iyépinois (II, 620), c'est Jean Couldrier qui était procureur, de 1556 à 1562; 
doit-on le rapprocher du Pierre Couldrier dont la veuve est signalée comme huguenote 
dans un rôle de 1567? I<épinois n'est pas toujours absolument exact : ain=i , il dit que 
Claude Trouillard devint procureur en 1568, après Pierre Simon. Or, d'après le rôle de 1567. 
c'est Mathurin Trouillard, qui remplissait ces fonction? dès cette année-là. 

(2) Et voilà pourquoi, au lieu de suivre les voies normales, les échevins s'adressent, le 
25 avril, à un simple conseiller au présidial, personnellement, et à « M. de Bourdeaux » plu- 
tôt qu'à un autre. Il était bon catholique. 



22 LES EGIJSES JUSOU A I/EDIT DE NANTES 

, Et nous comprenons que le 8 juillet, les échevins décident 
de stimuler le zèle des grands vicaires, officiai et promo- 
teur de la ville, pour « faire et parfaire le procès de ceux 
qui n'ont pas fait leurs pasques à Pasques derniers », et que 
néanmoins, il n'en soit plus question. 

D'ailleurs, on eut bientôt d'autres soucis. La Réforme 
faisait d'immenses progrès. Il y avait 2.150 Églises. Le 
quart des Français était huguenot. Dans ce même mois 
de juillet 1561, l'Église de Chartres avait enfin reçu un pas- 
teur, Hugues Renard, dit Saint-Martin (1), qui, patronné 
par Jean Hérouard de Sausseux, prêcha pour la première 
fois, le 4, dans la maison que celui-ci possédait à Baillolet, 
dans la commune de Bailleau-sous-Gallardon. Suivant cet 
exemple, d'autres gentilshommes ouvrirent leurs mai- 
sons aux assemblées du culte. Un baptême est célébré à 
Poyers (2). Des prêtres racontent qu'on s'est servi pour cela 
d'eau chaude, sous une cheminée, qu'on a circoncis l'enfant 
et qu'on lui a coupé les doigts; or l'enfant était une fille. 

En août, d'autres assemblées ont lieu aux environs de 
Chartres, à Jouy, à Jonvilliers (3), à Hermeray (4), à Cher- 
ville (près d'Oin ville-sous- Aune au). Les paysans y viennent, 
malgré les menaces de leurs curés. Il est vrai que ces 
assemblées ne sont pas encore publiques. C'est le mois sui- 
vant seulement qu'elles le deviennent, à Brou pour com- 
mencer. Et cela sans préméditation. L'assemblée de Brou 
avait débuté dans une maison. Mais une femme, dont le 
mari assistait à la réunion, ayant divulgué tout haut ce fait. 
on sortit bravement. Et depuis ce moment, on ne se cacha 
plus, bien que parfois, il y eut échange de horions. C'est 
ainsi que l'on se réunit au « Bois-Sainct-Martin » (5), à 
Houx, à Hermeray, localités qui toutes se trouvent à peu 
de distance de Gallardon, et par conséquent de Baillolet, 



(r) Hist. ecclés., II, 409, ss. 

(2) Commune d'Orphin (ft.-et-O.) sur la limite d'E.-et-I^. 

(3) Commune d'Ecrosnes, près de Gallardon. 

(4) Canton de Rambouillet. 

(5) Saint-Martin-de-Nigelles. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1559 A I 5 f) 7 23 

où pendant longtemps, grâce aux châtelains du lieu, 
l'Église réformée de Chartres aura son véritable centre. Kt 
nous ne parlons ici que des assemblées présidées par le pas- 
teur de Chartres. La simple énumération des localités 
prouve que l'on avait organisé des prédications régulières, 
ayant lieu chaque dimanche dans une autre localité. 

Ive service du 5 octobre donna lieu à un incident grave. 




Le château de Bouglainval. (Bull, du Prot, 1898, p. 622.) 

Ce service avait été célébré dans le château de Bouglain- 
val (1), à quatre grandes lieues de Chartres. Comme, en s'en 
retournant, les fidèles venus de cette ville traversaient 
Berchères-la-Maingot (2), ils sont assaillis par les villageois, 
que le vicaire et d'autres prêtres ont ameutés au son du 
tocsin. « Mais, dit l'Histoire ecclésiastique, à l'ayde de 
quelques gentilshommes à cheval, ils n'en emportèrent que 



(1) Bouillenal (éd. Baum et Cunitz) ou Bouilleval (éd. Vesson) dans VHtSt, ecclés. 
I/auteur a probablement écrit Bouillenval, ce qui est assez conforme à la prononciation 
locale. 

(2) Que M. Vesson confond à tort avec Berchères-les-Pierre* ou Berchères-l'Kvêque. 



24 LES ÉGLISES JUSQU'A 1,'ÉDIT DE NANTES 

des coups. Cela fut cause que quelques jours après, les cha-. 
noines de Chartres, seigneurs du village de Berchères, 
feirent mettre en prison cinq hommes de la religion réfor- 
mée, lesquels toutefois furent délivrés à caution, la cause 
estant évoquée au conseil privé ». 

L'affaire fit grand bruit. Quatorze mois plus tard, on en 
parlait encore. Le 27 décembre 1562, huit jours après la 
bataille de Dreux, le duc de Guise faisait écrire ce qui suit 
aux échevins de Chartres : 

« Messieurs, j'ai commandement de Mgr le duc de Guise 
de vous escrire que si le seigneur de Bouglainval en la mai- 
son où il est à présent logé vous a fait quelque foulle, comme 
on lui a fait entendre, et empesche les passages des gens 
d'église ou autres, allans et revenans de notre ville que vous 
avez envoyés devers lui avant son partement (1), afin qu'il 
puisse vous faire administrer justice selon qu'il en a volonté, 
priant le Créateur après m' être recommandé à vostre bonne 
grâce vous maintenir en la sienne. Contre : Bouglainval 
ce 27 décembre 1562. Votre serviteur et amy Vialart. Et sur 
la superscription : à MM. les Esche vins de Chartres. » 

« Sur quoy, opinent ceux-ci, a esté répondu que le sieur de 
Bouglainval est en mauvaise opinion en cette ville et es 
environs pour le fait de la religion, qu'en sa maison ont esté 
faites plusieurs presches et assemblées, et qu'il s'est trouvé 
à celles qui ont esté faites «s faux-bourgs de cette ville, dont 
il y a information au greffe du bailliage et décret de prise de 
corps qu'on envoyé, et que sur le chemin de Chartres à 
Nogent-le-Roy (2) ont esté faites plusieurs volleries et 
entr' autres un marchand de Flandres a esté tué, volé et 
détroussé (3) sur le chemin près de la maison dudit Bou- 
glainval, dont informations ont esté faites de l'autorité du 
Prévost des Maréchaux de Montfort (4) et de la juridiction 



(1) Dans ce pendant de la fable du loup et de l'agneau, le copiste a sans doute, ici, sauté 
une ligne, où le duc de Guise offre ses services. 

(2) Ce chemin passait par Berchères-la-Maingot et Bouglainval. 

(3) Par qui? 

(4^ Montfort-1'Amaury. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1559 A ^5^7 25 

ordinaire de Nogent-le-Roi, etc. A l'instant est comparu le 
sieur de Bois-Richeux, qui a dit et remontré que sur sa vie 
et sur tout son bien, le sieur Bouglainval (i) est huguenot 
et a porté les armes à Orléans, etc». 

Mais revenons à l'an 1561. Le 17 octobre, les échevins de 
Chartres s'assemblent. Ils ont entendu dire que 3 à 4.000 per- 
sonnes projettent de venir au prêche à Chartres, et de 
s'emparer à cet effet d'une des églises, comme on l'a fait 
ailleurs. Il est hors de doute que ces exagérations cachent un 
fond de vérité. Bientôt, en effet, les huguenots s'assemble- 
ront à Chartres même. Ils en ont certainement déjà conçu 
le projet, et ce projet a transpiré. Ils viendront en armes? 
Eh ! l'échauffourée de Berchères explique pourquoi. 

Quoi qu'il en soit, les échevins prennent des mesures 
de prudence; les portes seront tenues fermées, les hôtel- 
liers communiqueront les noms et les faits et gestes des 
voyageurs, on saisira les armes trouvées chez les serruriers, 
et on s'informera de leurs propriétaires. Le 30 octobre (2), 
le Chapitre prend de son côté des mesures analogues, pour 
le quartier clos, petite ville dans la grande, dont il a la pos- 
session et la garde. 

Ces préparatifs, qui semblent viser un coup de main, 
n'empêchèrent pas l'assemblée projetée d'avoir lieu. Le 
30 novembre, grâce à soixante gentilshommes qui font 
bonne garde, on se réunit dans la maison du sieur de Saus- 
seux (3). En même temps, dans la cathédrale, un moine 
huguenot nommé Verdun, venu de Saint-Denis, prêche des 
doctrines dont l'hétérodoxie ameute la population (4). 



(1) Sans cloute Charles de Gallot. Iyes de Gallot étaient propriétaires du château de Beau- 
villiers (canton de Voves), où ils ont ouvert un prêche en 1609. Du milieu du xvii e siècle au 
milieu du xvni e , le château de Bouglainval a appartenu aux de Sailly, qui l'ont fortement 
remanié, mais en laissant subsister le plan ancien. 

(2) Souchet, IV, 33. 

(3) Sans doute Christophe de Hérouard, lieutenant du bailliage, qui possédait trois 
maisons rue Saint-Pierre (Cf. Terrier de 1553, Arch. départ. d'E.-et-I,., G 277); ou bien 
son frère Jean, qui habitait peut-être une de ces trois maisons. 

(4) M. l'abbé Haye (Mém. Soc. Arch. E.-et-L. X, 463) suppose que l'évêque ignorait les 
opinions de ce moine; les circonstances du temps, la vigilance de tout le clergé, les mesures 
prises contre les huguenots ôtent toute vraisemblance à cette hypothèse, inspirée unique- 
ment par le désir de laver Ch. Guillard du soupçon d'hérésie. 



26 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

Cette première journée se passa toutefois sans incident 
notable. 

Alors, on s'enhardit. Le dimanche suivant, 7 décembre (1), 
nouvelle assemblée, toujours dans la maison Hérouard de 
Sausseux. Près de cent gentilshommes, qui se sont logés 
dans la ville, malgré les mesures prises, et un petit nombre 
de bourgeois écoutent le sermon. Mais il y a, dehors, un tel 
tumulte, avec jets de pierres, que le prédicateur ne peut 
qu'à grand peine se faire entendre. Cependant, on n'eut pas 
à tirer l'épée; les gentilshommes se retirèrent auprès de 
l'évêque, que Y Histoire ecclésiastique dit positivement 
avoir été favorable à leur cause (2), pour lui exposer les 
raisons de leur affluence. Pendant ce temps, les échevins 
délibéraient, tandis que chanoines et juges présidiaux 
s'efforçaient de détruire, dans l'esprit de Ch. Guillard, l'im- 
pression produite par la démarche des cadets huguenots. 

Nouvelle séance des échevins le 9 décembre. On décide 
d'aller consulter la Cour. Dix jours après, les échevins se 
résolvent à n'ouvrir, le dimanche, que les portes des Épars, 
Drouaise et Guillaume, et à les faire garder chacune par 
douze habitants. Quant à Jean Hérouard de Sausseux, et à 
un Italien dont le nom est demeuré en blanc dans le registre, 
on leur fait défense de permettre des prêches dans leurs 
maisons. Peine inutile, car l'évêque avait conseillé d'inter- 
rompre provisoirement les assemblées tenues dans la ville 
même. Au même moment, M. de Monterud, « lieutenant 
de M. le prince de Iya Roche-sur- Yon au Gouvernement 
d'Orléans», arrivait à Chartres pour maintenir l'ordre. Il 
écrit aux autorités municipales qu'elles auront à répondre 
des séditions, à défaut de quoi il enverra vingt gentils- 
hommes « qui en cas d'émotions et séditions interpelleront 
MM. de la Justice de leur donner la force de les empescher ». 



(1) 1,'Hist. ecclés. dit à tort Le registre des échevins spécifie : le dimanche 7 décembre. 

(2) M. l'abbé Haye dit qu'il était en mauvais termes avec les échevins; oui; mais si natu- 
relle et si habituelle qu'ait pu être cette rivalité, en temps ordinaire, le fait qu'elle s'aggrave, 
au moment précis où il s'agit de défendre la foi catholique, permet il de soutenir que Ch. Guil- 
lard était de foi orthodoxe ? 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1559 A 1567 27 

Sur quoi, les échevins et les délégués des paroisses s'as- 
semblent, le 22 décembre, dans la Tour du Roi, et promet- 
tent humblement qu'ils seront bien sages, qu'ils sauront se 
garder. Et surtout, qu'on daigne ne pas leur envoyer les 
vingt gentilshommes. On les remplaça par une milice de 
vingt à vingt-cinq hommes dans chaque quartier (1). 
C'était sept fois plus d'hommes — et les gentilshommes 
durent être flattés de cette différence — mais les Chartrains 
restaient maîtres chez eux, et libres de leurs mouve- 
ments. 

Sur ces entrefaites, l'Édit de janvier fut proclamé 
(19 janvier 1562). Révoquant l'Édit de juillet précédent, qui 
interdisait toute manifestation de la foi nouvelle, et avait 
été reconnu inexécutable, à cause de sa rigueur même, 
l'Édit de janvier se bornait à interdire les prêches dans les 
villes, à ordonner la restitution de toutes les églises et biens 
ecclésiastiques pris aux catholiques, à menacer des peines 
les plus sévères les iconoclastes. 

En revanche, les assemblées étaient provisoirement per- 
mises hors des villes; on recommandait aux magistrats de 
punir indistinctement et « sommairement » les séditieux de 
tout culte ; mais en retour, on interdisait le port des armes aux 
assemblées. Dans celles-ci, les ministres étaient tenus de ne 
recevoir que des personnes honorables; d'ailleurs, les magis- 
trats avaient le droit absolu d'assister à ces réunions. Quant 
aux Consistoires et aux Synodes, il était interdit de les 
réunir sans autorisation ; il était interdit aussi de créer une 
organisation politique et militaire. Enfin, la liberté de 
parole et celle d'imprimer étaient sérieusement entra- 
vées. 

Forts de ces droits, restreints, mais réels, les protestants 
de Chartres s'assemblent dans une maison des faubourgs, 
appartenant à Jean Hue (2) . Le peuple outrage les gens qui 



(1) 150 hommes furent, en effet, choisis pour ce service, le 7 février suivant (Reg. des 
échevins) . 

(2) Hist. ecclss. I, 411. D'après le Terrier de la ville de Chartres en 1553 (Arch. dép. d'E.-et- 
1,., G, 277) cette maison devait être située dans le faubourg de la Porte Drouaise. 



28 I,ES ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

vont au sermon, et oblige Hue à quitter la ville. Après quoi, 
feignant une saisie pour dettes, les sergents pénètrent dans 
son logis, emportent la chaire du ministre, et la mettent 
en vente le lendemain, en plein marché. De plus, on décide 
de refuser l'ouvrage aux artisans de la religion, de renvoyer 
les ouvriers qui ne vont point à la messe, procédé de coerci- 
tion qui a été couramment employé depuis, et dont la tra- 
dition ne s'est pas complètement perdue. D'après l'Histoire 
ecclésiastique, c'est « en chambre de ville », que cette déci- 
sion a été prise. On en chercherait en vain la trace dans le 
registre des échevins, mais les résolutions prises dans la 
séance du 7 février sont trop significatives pour que l'on ne 
soit pas en droit de supposer que le silence sur cette mesure, 
d'ailleurs difficile à avouer, n'était pas voulu. 

On commence par faire comparaître Jean Charpentier, 
qui est chanoine de Notre-Dame, et Pierre Legay, qui est 
jacobin; on les accuse, ainsi que le légat, d'avoir tenu des 
propos incendiaires dans leur sermon du dimanche précé- 
dent, et on les invite à s'en tenir désormais à la prédication 
de l'Évangile. Puis, on feint de prendre au sérieux le bruit 
que quatre à cinq cents gentilshommes marchent sur la 
ville, « pour faire presche et assemblée », et l'on prescrit une 
série de mesures pour se garder de ce péril. A-t-on fait le pro- 
jet de se saisir du ministre? U 'Histoire ecclésiastique l'af- 
firme. Bien entendu, la délibération des échevins ne le dit 
pas, et elle ne pouvait pas décemment le dire. Si l'on ajoute 
que le 7 février était un samedi, le complot, dissimulé sous 
les excès de zèle pour le maintien de l'ordre, devient par- 
faitement clair. 

La crainte d'être ruinés, d'être condamnés à périr de 
faim, avait provoqué du coup dans l'Église de Chartres de 
nombreuses défections. Cependant, « les assemblées conti- 
nuoient». Le Consistoire — dix à douze membres — s'étant 
réuni dans une maison de la ville, on allégua que c'était 
une assemblée interdite. L,a foule s'ameute, les sergents 
surviennent, ils maltraitent les assistants, ils traînent dans 
la Tour du Roi le ministre et deux membres du Consistoire. 



i/ÉGLISE DE CHARTRES DE 1559 A 1567 29 

I,eur captivité dura quatre mois. H. Renard se réfugia, 
dans la suite, au Chêne, près de Sainville. 

A la même époque, un soldat condamné à être pendu 
refuse de se confesser. Aussitôt, la populace le tire à bas, lui 
crève les yeux et le déchire en pièces. Il meurt; on l'en- 
terre (1). Trois fois, la foule le déterre. Ce n'est pas par de 
tels moyens que la paix religieuse pouvait être maintenue. 

D'autres incidents ne tardent pas à se produire. l,e 
7 avril, on arrête « un jeune homme n'ayant qu'un bras » (2) 
porteur « d'un pacquet non clos sans subscription, dans 
lequel estoient trois lettres non closes ni cachetées, dont 
l'une d'icelles adressées à la Reine mère, l'autre à M. de 
Mortier et la troisième à M. du Cormier, prévôt des Maré- 
chaux du Mans». Le jeune homme allègue, à la vérité, qu'il 
est « messager et gagne denier», et que M. de Vignolles, 
lieutenant particulier de la ville du Mans, l'a envoyé por- 
ter ces lettres en Cour. Son arrestation est néanmoins main- 
tenue. Il paraît que les lettres contenaient des choses 
« contre la Majesté du Roy et de la Reine et pour le fait 
de la Religion». Aussi les prisonniers « seront nourris de 
pain et d'eau aux dépens de la ville ». Ce pluriel, alors 
qu'on ne nous parle que d'une arrestation, n'est-il pas une 
allusion à la captivité du pasteur et des deux anciens 
arrêtés en février? 

Sur ces entrefaites, des lettres de Charles IX et de Cathe- 
rine de Médicis, écrites à Melun le 11 avril, viennent renou- 
veler aux échevins de Chartres la recommandation, assez 
superflue, étant donnée leur humeur, de faire bonne garde 
et de ne pas tolérer l'entrée, dans leur ville, de gens armés. 
Ce qui se traduit par une série de mesures de rigueur prises 
à partir du 18 avril. L'Histoire ecclésiastique les résume en 
quelques lignes, mais les délibérations des échevins nous 
permettent d'en suivre le détail. On commence par inviter 
tous ceux que l'on soupçonne de fréquenter les prêches à 

(1) Un * surveillant de l'église» Jean de Ginais, se chargea de ce soin, dit VHist. ecclés, 
(I, 411). Il s'agit du bailly Jean-Jacques de Givès. 

(2) Reg. des échevins, à la date. 



30 LES ÉGUSES JUSQU A I, EDIT DE NANTES 

déposer leurs armes à l'Hôtel de ville. Leurs allées et venues 
seront sévèrement contrôlées aux portes de la ville. 

Le Chapitre, le 3 mai, avise de faire sans sortir des murs 
les processions accoutumées des Rogations. Le 16 juin, on 
arrête Michel Tronguet, marchand à Chartres, et on l'inter- 
roge sur ses convictions religieuses; il se défend d'être 
huguenot et se proclame chrétien, mais il avoue que depuis 
six mois, il n'a pas été à la messe. C'est le gouverneur, 
d'Éguilly, qui a procédé à l'interrogatoire. Huit jours après, 
exécutant un ordre du Connétable, il chasse les huguenots 
de la ville, de ses faubourgs et de sa banlieue, et fait saisir 
leurs armes, pour les distribuer aux « fidèles». L'annonce 
est faite à son de trompe dans les carrefours. La proscrip- 
tion n'épargne personne : hommes et femmes, gens de qua- 
lité et gens d'église, magistrats, bourgeois, artisans, pauvres 
et riches, tous sont expulsés. Leurs meubles, saisis, seront 
vendus pour payer les fortifications de la ville. 

On dresse une liste de 161 suspects, dont le copiste du 
Registre des échevins ne nous a, par malheur, pas con- 
servé les noms. Nous avons pu néanmoins reconstituer 
la liste, à l'aide du registre des échevins, de divers 
historiens, et d'un état dressé en 1567 (1), et dont nous 
reparlerons. 

Le 13 et le 18 juillet, on précise l'ordonnance du 15 juin. 
Ce même 18 juillet, la ville refuse le passage à 1.200 reî- 
tres (2) que « Roquendorff » conduit à Blois, au roi de 
Navarre, et que l'on dirige sur Dammarie. Le 19 août, 
l'expulsion des huguenots n'est pas encore faite, car une 
assemblée générale précise une fois de plus les moyens 
d'exécution. Les jours précédents, d'Éguilly a su, par une 
lettre de Brissac, gouverneur de Paris, que les huguenots 
d'Orléans ont tenté de surprendre Chartres. Ils se sont bor- 
nés, jusque-là, à des reconnaissances. Mais Brissac juge 



(1) Voir Pièces annexes, I. 

(2) Sans doute une erreur de copie pour 120; l'Histoire ecclésiastique (I, 544) dit 
ron sept vingt chevaux». 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1559 A 15(7 



13 



prudent de renforcer la garnison de la ville, et il envoie à cet 
effet M. de la Tour, avec sa compagnie. 




La maison de Claude Huvé à Chartres. 

Le 29 septembre, l'assemblée délibère sur la levée de 
quatre cents hommes, que le roi fait faire pour la défense 



32 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

de la place, et décide de les loger chez les suspects expulsés. 
Nouvelle assemblée le 27 octobre. Quelques personnages de 
marque protestent contre leur inscription sur la liste des 
proscrits : c'est le maître des requêtes Jean de Montescot (1), 
pour sa femme Anne Macéas; c'est Jean de Beaucouché, 
conseiller au siège présidial, pour Anne de Montescot sa 
femme. Ces dames ont bien assisté aux assemblées interdites, 
mais c'était par simple curiosité. De même, le lieutenant 
général du présidial (2) et le docteur Huvé, dont on con- 
naît le charmant hôtel (dit Maison du Médecin) , se plaignent 
d'avoir eu à payer leur part de l'entretien des quatre cents 
guerriers. Tous ces solliciteurs sont déboutés et expulsés. 

I^e 9 novembre, d'Éguilly est prévenu d'avoir à se garder 
d'une nouvelle tentative des huguenots contre Chartres. 
Et le lendemain, maître Hacquin, Jean de Beaucouché, 
Jean le Cheneaux (3), conseiller, et Bernard Chaillou, 
second avocat du Roi, font une nouvelle tentative pour 
obtenir d'être réintégrés dans leurs fonctions. Ils n'ob- 
tiennent pas gain de cause. On leur oppose « un arrest du 
Parlement de Paris sur les recherches et emprisonnemens 
des vagabonds et exilés pour malsentir de la foy catho- 
lique)). A supposer qu'ils fussent alors vagabonds (ils 
étaient au camp de Rouen), ils ne l'étaient pourtant pas de 
leur plein gré ni pour leur plaisir ! 

L,es habitants de Chartres n'étaient d'ailleurs pas seuls à 
souffrir. L,a guerre était déchaînée avec toutes ses horreurs 
dans la région, et comme il arrive toujours, elle avait amené 
son cortège de désorganisation politique et sociale. Des 
bandes de brigands, soi-disant capitaines, pillaient les 
demeures des seigneurs huguenots (4). C'est ainsi, pour nous 
borner à la Beauce et au Perche, que les domaines du 



(1) Vers la même époque, un Michel de Montescot est ministre à Authon. Cf. Bull, du 
Prot., 1853, 26. 

(2) Christophe de Hérouard. 

(3) Il eut la singulière idée, le 27 décembre de se faire recommander par le duc de Guise ! 
Registre des échevins. 

(4) Hist. ecclés., I, 568 



i/ÉGWSE DE CHARTRES DE 1559 A 1 5 () 7 

Boullay (i), de Cherville, de Sausseux (2), de Plateau (3), 
de la Coudraye (4), de Belle ville (5), de la Chauletière (6), 
de la Chey et d'autres, furent saccagés. 

Cependant, l'armée de Condé approchait. Il songea un 
instant à marcher sur Chartres, mais il y renonça, ses forces 
étant insuffisantes; détail que le duc de Guise connaissait 
parfaitement, et dont il informa les Chartrains (7) . Ceux-ci 
n'ignoraient donc pas que son artillerie se réduisait à 
deux gros canonset une couleuvrine, avec des munitions pour 
cent coups seulement, et, ajoute Th. de Bèze, de mauvais 
attelages et un nombre insuffisant de « pionniers » — nous 
dirions aujourd'hui de canonniers servants. Le 10 dé- 
cembre, Condé se met en marche. Il couche successivement 
à Palaiseau, à Limours, où il reste trente-six heures, puis à 
Saint-Arnoult, dont il s'empare de vive force, et où il 
séjourne deux jours. C'est à ce moment qu'il renonce à 
gagner Chartres et qu'il se dirige sur la Normandie. Il va 
camper le 15 à Ablis, et le lendemain à Gallardon. On lui 
dispute la place (8), mais il l'emporte, ce « dont les prestres 
se trouvèrent très mal et ceux qui furent rencontrés les 
premiers ». L'amiral dut intervenir pour faire cesser ce 
désordre. Mais le soir, on fit bonne chère. Le greffier Le Feure, 
convaincu d'avoir, trois jours auparavant, fait piller la 
maison d'un apothicaire protestant, est pendu au portail 
de l'église. Un avocat, son complice, parvient à s'échapper. 

Souchet affirme que de Gallardon, Condé envoya des 
sommations à Chartres, et que d'Éguilly manifesta digne- 
ment la résolution de se défendre. 

Le 17, Condé passe devant le château de Maintenon. 

(1) Sans doute le Boulay d'Aucon ville (commune de Champseru), vassal du marquisat de 
Gallardon. 

(2) Près de I*a I<oupe. 

(3) Commune de Saint-Prest; propriété du sieur de Sausseux. 

(4) I<e Coudray, à Bailleau-sous-Gallardon? 

(5) Belleville-la-Saucelle, près de Senonches. 

(6) I,a Choltière, commune d'Orrouer. En 1589, I«a Choltière appartenait aux Hallot de 
l^estourville, après avoir été la propriété des Chollet, dont elle porte le nom. 

(7) Reg. des éckevins, 21 nov. 1562. Hist. Ecclés., I, 605. 

(8) Cf. Souchet, IV, 41. 



34 LES EGLISES JUSQU A I/EDIT DE NANTES 

.Comme, un instant auparavant, il traversait l'Eure (i), une 
vieille femme se jette à l'eau, le prend par la botte, et, le 
regardant en face, lui dit : « Prince, va, tu souffriras; mais 
Dieu est avec toi. » Il lui répondit : « Ma mie, priez Dieu 
pour moi. » Et la nuit suivante, Condé fit un songe vraiment 
prophétique sur ce qui allait arriver le lendemain (2). Le 
samedi 19 décembre, en effet, il perdait la bataille de 
Dreux, et bientôt après, il était amené prisonnier à Chartres, 
où on le loge à l'abbaye de Saint-Père (3), après l'avoir tenu 
quelque temps au château de Levés ville. Condé semble 
avoir été mis aux fers jusqu'à la fin de janvier, date de son 
départ pour Blois, où le roi, qui avait fait un assez long 
séjour à Chartres, l'emmena. 

Les bourgeois de Chartres amenèrent comme trophée un 
des canons huguenots, qui s'était embourbé dans la retraite 
et qu'on avait dû abandonner. On donnera à cette pièce 
le nom de Huguenote, et elle jouera un rôle dans la défense 
de la ville en 1568. Elle lançait des boulets de 30 livres (4). 

Comme épilogue de la bataille de Dreux, signalons les 
poursuites exercées, à Chartres, le 15 janvier 1563, contre 
Baptiste Juglet, sieur de la Motte, convaincu d'avoir suivi 
l'armée de Condé et d'avoir fait prisonnier un chanoine de 
Chartres nommé Leseneux, qu'il traita de papaux. 

Laissons l'armée huguenote se retirer par Gallardon, 
Auneau, le Puiset (près J an ville) et Patay, où Coligny « fit 
pendre quelques pillards, et entre autres, un malheureux 
ayant forcé une fille (5) ». Le 30 mars 1563, la paix d'Am- 
boise est signée (6). Elle est notifiée aux autorités de 



(1) Ou ta Voise; car, si Souchet nomme l'Eure, Y Hist. ecclés. parle d'un ruisselet. 

(2) Souchet emprunte textuellement cette anecdote à l'Histoire ecclésiastique. 

(3) Reg. des échevins I er mars. 1,'Histoire ecclés., dit Saint-Cheron (I, 617), ce qui nous 
semble une erreur, Plntard précise que la prison, dépendant de Saint-Père, s'appelait la 
Regnardière. Hist. chronol., p. 329 (ms. 1141, Bibl. de Chartres). 

(4) M. Guillen père en possède un, qui n'a pas servi. D'après l'emplacement où il a été 
trouvé, nous supposons qu'il était destiné à la Huguenote. 

(5) Hist. ecclés., I, 616. 

(6) Elle autorise l'exercice du culte protestant dans les faubourgs d'une ville par bailliage, 
et la continuation partout où il avait lieu en mars 1563, sauf Paris et son ressort. Un arrêt 
du Parlement de Paris, en date du 8 mai 1563, défend de tenir des prêches dans les terres 
appartenant au Chapitre de N,-D. de Chartres. 



L'ÉGLISE DE CHARTRES DE 1559 A 1 5 () 7 35 

Chartres par une lettre de M. de Sipierre, datée de Saint- 
Mesmin,le 4 avril. V Assemblée générale se réunit le 7; elle 
écoute l'exhortation à « garder inviolablement les articles 
de cette paix», en vertu de laquelle les proscrits revien- 
dront et seront remis en possession de leurs biens et hon- 
neurs, tandis que l'on ne se mettra « point en peine des 
presches de la nouvelle religion ». Bile consent à enregistrer 
la lettre, à fournir les vivres qu'on lui demande pour la 
compagnie de M. d'Éguilly, mais elle ajoute « qu'au surplus 
sera informé des voleries et larcins qu'on dit avoir été faits 
par les huguenots». 

Nouvelle assemblée le 15 avril, où l'on enregistre « la 
déclaration du Roi sur la pacification des troubles, avec 
autres déclarations des villes et faux bourgs desquels 
l'exercice de la Religion se peut faire ». Il y eut, en effet, une 
accalmie. Le 28 octobre, on rend à Pierre Drappier, mar- 
chand apothicaire à Chartres, « une Bible couverte de veau 
noir, un petit livre intitulé : L'Éternelle génération de Christ 
venant du Père, les premiers et derniers feuillets déf aillans ; 
un autre livre intitulé : La céleste pensée des grâces divines ; 
et un autre petit livre intitulé : L'art, science et pratique de 
pleine musique ; qui ont esté pris en la maison dudit Drap- 
pier et apportés en la chambre de ville le 23 juin 1563 (1). » 
Ainsi, on prenait encore les livres, mais on les restituait, 
sans inquiéter autrement leurs propriétaires. Nous retrou- 
verons plus tard ce Pierre Drappier. 

Le pape, cependant, ne désarmait pas. Il citait à Rome 
un certain nombre de prélats français, coupables d'hé- 
résie (2). Parmi ces prélats, figure Charles Guillard. Sou- 
chet en est surpris, car dans son administration, il se mon- 
tra bon catholique. Le 14 mars 1563, il écrivait même « à 
maistre Louis Charpentier, chanoine théologal de Chartres, 
son grand vicaire» une lettre dont Souchet dit : « Ce n'est 
pas là, ce me semble, parler en hérétique, mais en bon pré- 



(t) Reg. des Échevlns. 

(2) Souchet, IV, 48 se. Cf. Pratis de huit évéques /tançais Stupeds U ■ 
À. Degeit. Revue des questions historiques, juillet 190.1, v. 61 à 108. 



36 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

lat catholique. » Or, quelle est la teneur de ce document? 
Nous le transcrivons in extenso, tel que Souchet nous l'a 
transmis : 

Monsieur Charpentier, aiant l'occasion de ce porteur, je n'ai 
voulu faillir de vous remercier des bons offices et debvoirs de pré- 
dication, où vous vous emploies souvent pour moi et en mon acquit, 
où je suis marri que je ne puis mesmes assister pour en percevoir 
le fruit, que j'espère que Dieu fera fructifier à vos auditeurs; ce 
dont je le supplie et pour nous le semblable s'il lui plaist. Et d'au- 
tant que fay entendu que les ordres se tiennent à Chartres sabmedi 
prochain par Mgr l'évesque d'Ebron, je vous prie, adjoutant tou- 
jours aux obligations précédentes, joindre aussi cette peine, que de 
vouloir assister à l'examen des ordinaires et les faire, s'il est pos- 
sible, tous passer soubz votre avis et examen, car je ne désire pas 
qu'il y en aie un grand nombre, estimant que, quelque avertisse- 
ment et renvoi qu'on leur a fait par le passé, peu encores ou plu- 
tost nuls se trouveront dignes de ceste charge, et vous promets que 
ce qui m'a tant retenu et retardé depuis quelque tems jusques à 
ceste heure d'en promouvoir, çà esté la caution que j'ai veu que 
plusieurs gens de bien y requéroient et qu'il ne s'en admit aucun 
qui ne fût ascript au service et ministère de quelque église, remet- 
tant donc à vostre prudent advis et religion ceste affaire. Écrit 
aux Vaux, ce 14 mars 1563. 

Ainsi, voilà un prélat qui délègue à son grand vicaire ou 
à un évêque in partibus résidant dans son diocèse les plus 
importantes de ses fonctions, la prédication, l'ordination et 
l'examen qui le précède, et qui se croit obligé de protester 
de ses bonnes intentions auprès d'un subalterne; il explique 
pourquoi il tient à restreindre le nombre des ordinaires; 
Souchet va nous dire « qu'il était moins retenu en ses parolles 
qu'en ses mœurs, n'approuvant beaucoup de choses qui se 
pratiquoient dans l'Église, desquelles il parloit trop libre- 
ment», et l'on s'étonne qu'il ait passé pour hérétique ! Sou- 
chet rend hommage à son sérieux, et donne pour preuve 
triomphante de son orthodoxie qu'« il est mort en la com- 
munion de l'Église romaine». Mais nous savons que ce 
fait ne signifiait pas grand' chose. Ch. Guilla^d tenait à 
rester évêque, et il avait des idées libérales, pour ne pas 
dire plus (voir la scène du 7 décembre 1561). Qu'une telle 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1559 A 1567 37 

attitude l'ait amené à des compromis, cela n'a rien de sur- 
prenant (1), et voilà pourquoi Roma locuta est. 

L'an 1564 se passa sans incident notable. Le I er février, 
Charles Foynard, avocat à Chartres, demande qu'on lui 
restitue une Bible en français, « prise en sa maison durant les 
troubles ». On décide de la communiquer préalablement « à 
M. Parmentier, pour connoître s'il y a quelque chose en 
icelle qui ne soit bon». Le 16 mai, un bruit que rien ne con- 
firmera, fait prendre aux échevins des précautions contre 
une agression de la part des huguenots. Pendant le reste de 
l'année, et en 1565, la tranquillité est complète dans la ville 
de Chartres. Nous parlerons ailleurs des assemblées qui ont 
eu lieu, dans cette période, aux alentours. En 1566, le seul 
événement saillant est une visite de la duchesse de Chartres, 
qui habitait Montargis depuis quelque temps. 

Dès que le maître d'hôtel de la duchesse eut annoncé 
aux échevins son départ de Montargis, son arrivée pour le 
vendredi suivant et son désir d'être reçue sans cérémonies, 
les dignes édiles s'assemblent (27 mars) et règlent les détails 
de la solennité. On fera « un poile de velours noir à franges 
noires et crépines d'or, qu'on lui présentera ». Et « sur ledit 
poile on fera faire Escussons et armoiries de Broderie avec 
les devises de Madite Dame ». On lui fera présent de « quatre 
poinçons de vin, dont trois de clairet et l'autre de blanc, 
le plus excellent qu'on pourra recouvrer », et « on avisera au 
surplus quel nombre des plus notables personnages de la 
ville seront requis d'aller au devant de Madame». Le len- 
demain, assemblée générale, où l'on règle les préparatifs. 
Les maisons, sur le passage de la duchesse, seront tendues 
« de tentures les plus honnestes », on fera « curer les rues », 
sous peine d'amendes dont le chiffre élevé montre bien à 
quel point ce soin était d'habitude négligé. Il y aura des 
ménétriers, avec des trompettes et des hautbois ; ils se tien- 
dront près de la porte Morard. Et, malgré le désir exprimé 



(1) Souchet donne encore comme preuve de l'orthodoxie de Guillard le fait que le 2r dé- 
cembre 1567, dans un jubilé pour l'extirpation de l'hérésie, il tint à officier lui-même. lais- 
sons Souchet être dupe de ce zèle, et ne le soyons pas. (Cf. IV, 59, 60.) 



38 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

par « Madame» de ne déranger personne, on joindra au 
cortège des magistrats et des notables qui doivent aller à 
sa rencontre, « douze des plus adroits» de chacun des 
métiers; même, si cela peut lui être agréable, on fera por- 
ter sur la muraille « six ou sept des plus grosses pièces 
d'artillerie)); on lui offrira, dans un panier propre et fait 
exprès, les fruits les plus exquis qu'on pourra trouver. 

Alors le vice-bailly se lève, et il remontre que la duchesse 
ne veut d'aucun de ces préparatifs, si ce n'est le nettoyage 
des rues. — Ainsi fut, et la duchesse alla loger à l'évêché. — 
Elle y fit venir l'ancien curé de Mézières-en-Drouais, devenu 
pasteur. L'Église de Chartres n'avait, en effet, plus de 
ministre depuis l'arrestation de H. Renard. 

Le prêche eut lieu dans la grande salle de l'évêché (i) ; et 
cela se répéta chaque dimanche, pendant tout le séjour de 
la duchesse (2). Un jour, un ancien sergent, qui est entré 
par curiosité, interrompt grossièrement le prédicateur, en 
criant : « Tu as menti, cela est faux. » Offensée, la duchesse 
le fait comparaître et lui demande pourquoi il traite de la 
sorte un homme qui est là pour dire la vérité. L'ancien ser- 
gent réplique qu'à l'époque où le prédicateur était curé de 
Mézières, il enseignait exactement le contraire de ce qu'on 
lui entendait dire maintenant, et que, par conséquent, l'un 
ou l'autre était faux. Ce bon mot sauva le bonhomme, qui 
ne reparut plus au prêche. 

Pour le dire en passant, si grande que pût être la défé- 
rence de l'évêque pour la duchesse de Chartres, comment, 
s'il n'avait pas été quelque peu complice, n'aurait-il pas 
jorotesté contre cette prédication hérétique, faite dans son 
palais par un apostat? Or, ce n'est pas lui qui protesta. Le 
but de la duchesse était bien certainement de rendre cou- 
rage à ses coreligionnaires. Souchet raconte qu'ils com- 
mirent bien d'autres insolences, comme, entre autres, de 
placarder aux endroits les plus apparents de la ville le 

(1) Souchet, IV, 55. 

(2) F,lle partit le 15 avril, pour Maintenon, par un « grand vent et grande pluie». Arch. 
dép. E.-et-L. G, 3.839. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1559 A 1567 y) 

dizain suivant, où ils avaient remplacé les voyelles par des 
points. Après Souchet, nous rétablissons le texte. 

Si donque sa chair est viande 
Pour tromper la petite oublie, 
Est cause que l'on me deftende 
I^a Cène, où Jésus me convie. 
Mais, puisque lui seul est ma vie, 
Malgré le Pape et tous ses prebstres, 
Les hommes ne seront les maistres 
De Jésus-Christ, et la raison 
On n'entre point par les fenestres, 
Or il est l'huis de la maison. 

Aussitôt la duchesse partie, échevins et Chapitre se ras- 
semblent (le 23 avril), et décident d'aller se plaindre de sa 
conduite au Roi et à la Reine mère. Si la duchesse revient 
dans la ville, permettra-t-on les prêches? Nous ne savons 
quelle fut la réponse. 

Les premiers mois de 1567 furent encore calmes. Mais, 
vers l'automne, il est visible que la guerre est imminente. 
Des deux côtés, on s'y prépare. Cette fois, Chartres, qui 
avait été épargné par les hostilités dans les luttes précé- 
dentes, non seulement y jouera son rôle, mais sera même un 
des enjeux de la partie. 



CHAPITRE II 

I«E SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 

I. Les préparatifs. — Un dimanche de septembre 1567, 
les bourgeois de Chartres furent témoins d'un spectacle 
qui les intrigua fort. Pendant deux heures, on vit, avec un 
certain effroi, aller et venir une troupe de 150 hommes 
déguisés et masqués, porteurs d'armes assez hétéroclites : 
qui un corcelet, qui une jaque de maille, qui une rondelle 
ou un bouclier d'acier, et, comme armes offensives, des 
pertuisanes, des hallebardes et d'autres engins, qu'ils ne 
dissimulaient nullement. Que signifie cela? C'est présage de 
troubles; une assemblée générale avisera. 

Expliquons le mystère. Dès 1562, les huguenots avaient 
créé une organisation militaire très complète, très remar- 
quable pour l'époque, et dont le principe, importé en 
Prusse après la Révocation de l'Édit de Nantes, a servi de 
base à la constitution des forces de cette puissance. En 
vertu de cette organisation, chaque Église devait fournir à 
l'armée une compagnie. Les compagnies d'un Colloque 
formaient un régiment; et les régiments de chacune des 
seize Provinces synodales, un corps d'armée. 

Bien entendu, dans la pratique, ou ne se pliait pas à 
cette symétrie. Telle Église importante fournissait tout 
un régiment, alors que dans d'autres cas, plusieurs petites 
Églises se réunissaient pour former une compagnie. De plus, 
comme les ressources de l'armement étaient fort variables 



LE SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 41 

on n'envoyait à l'armée active que les compagnies bien 
équipées. Les autres servaient à garder les places, ou 
même, n'étaient pas réunies du tout. C'est le cas de plusieurs 
des compagnies beauceronnes. La mascarade qui avait 
effrayé les Chartrains, ce dimanche de septembre 1567, 
n'était autre chose que la revue de la compagnie hugue- 
note. On fut édifié sur les services qu'elle était capable de 
rendre. On ne l'assembla plus. 

Néanmoins, les bourgeois de Chartres ne sont pas 
tranquilles, et, dans l'assemblée générale du 30 septembre, 
ils envisagent sérieusement l'éventualité d'une attaque. 
On organise, dans chacun des six quartiers, une compagnie 
de cent bourgeois bien équipés, qui se devront tout entiers à 
leur service. On dispose l'artillerie ; on fait rentrer les bateaux 
— l'Eure était alors navigable jusqu'à Chartres — on fait 
aussi rentrer les échelles et les râteliers des faubourgs. 
On fait des rondes et des visites domiciliaires; on invite 
les habitants à se pourvoir de vivres et d'armes. On n'oublie 
pas la table du gouverneur : d'Éguilly a droit à « deux 
pots de vin à son dîner et deux pots à son souper ». 

Il n'eut pas longtemps à les boire, car, le lendemain, un 
émissaire de la Cour, ,Chelderon, venait lui annoncer qu'il 
était nommé à Orléans, et remplacé par Fontaine-la- 
Guyon. Le dit Chelderon raconta à l'Assemblée ce que 
pensait la reine. Elle ne voyait pas, dans la présente guerre, 
une revendication de la conscience, « mais que ce sont 
voleurs et assassinateurs qui se sont assemblés pour piller 
et ruiner le Royaume ». Elle priait donc que l'on n'inquiétât 
pas les religionnaires de la ville, et que l'on permît même à 
ceux de la campagne de s'y réfugier, à condition qu'ils ne 
prennent pas les armes. 

Malgré ces bonnes paroles, les protestants de Chartres ne 
se sentaient guère en sûreté. Gilles Chollet, Thomas Bichot, 
Pierre Noël, Simon Dubois et Pierre Lemaire demandent 
(2 octobre) des garanties, ou le droit de s'en aller. On les 
rassure, leur demandant seulement de rester chez eux de six 
heures du soir à huit heures du matin, et de livrer leurs armes. 



42 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

D'ailleurs, le même jour, on ordonne aux capitaines de 
faire des perquisitions dans toutes les maisons des huguenots 
pour saisir leurs armes, injonction qui est renouvelée une 
semaine plus tard. Il y a même aggravation. On interdit 
aux huguenots de sortir de la ville. 

On fait aussi comparaître le frère Etienne Petit, reli- 
gieux de Saint-Père, et un nommé Poypon, pour leur deman- 
der compte de certains bruits qui courent sur leur compte. 
Le lendemain, interdiction aux gens de métier d'occuper 
des protestants. 

Ce même jour, on lit une lettre (i) de l'évêque, qui, 
selon son habitude, séjournait dans son château de Pont- 
gouin. Charles Guillard est mécontent. On l'a obligé de 
contribuer aux dépenses faites pour la sécurité de la ville. 
Il veut bien en payer la part qui revient à tout bon et 
fidèle citoyen, mais il trouve qu'à son égard on a forcé la 
mesure, et qu'on le traite comme un suspect. Aussi, il 
exhibe une lettre que le roi adresse, en date du 7 octobre 
« à MM. les Bailly de Chartres ou ses Lieutenans, magistrats, 
capitaines, maire (2) et Eschevins », par laquelle ses biens 
meubles et immeubles sont placés sous la sauvegarde royale. 

Cependant, l'inquiétude croissante des bourgeois se 
trahit par la fréquence des séances du Corps de ville et les 
démarches que l'on y fait. Ainsi, le 15 octobre, on n'écrit 
pas moins de trois lettres. La première au roi, pour lui 
faire savoir que Montgommery et Maligny (3) pourraient 
opérer leur jonction, menacer Chartres, et que si braves et 
dévoués que soient les habitants, ils ne peuvent se défendre 
sans l'appui de quelques compagnies de gens de guerre 
professionnels, 

La seconde à la duchesse de Chartres, pour la prier 
d'intervenir en faveur de la ville, de la prendre sous sa 
protection, et de ne pas attribuer à des motifs religieux. 



(1) Comme elle a été écrite le même jour, on peut remarquer en passant que les échevins 
se réunissaient dans la soirée. 

(2) Il n'y avait pas de maire de Chartres à cette époque. 

(3) Jean de Malignv, seigneur de Ferrières, vidame de Chartres, 



I,E SIÈGE DE CHARTRES EN I568 43 

le meurtre du geôlier Mathurin Pételard, tué dans une 
rixe vulgaire. 

La troisième à Montgommety, pour l'assurer « qu'on a 
retenu ceux de la religion pour les favoriser, et que s'ils 
eussent partis de la ville, ils auroient été offensés en leurs 
personnes et biens et qu'ils n'ont à se plaindre d'aucun 
mauvais traitement» Après quoi, on lui raconte l'histoire 
de Pételard. 

Le 24 octobre, on décide que les gens de guerre ne seront 
pas logés chez les protestants, puisque chacun d'eux est 
appelé à fournir « par forme d'avance la somme de 20 livres 
chacun » pour le premier mois de solde des quatre cents hom- 
mes levés pour la garde de la ville (1) . La duchesse de Chartres 
a fait bon accueil à la lettre des échevins; on a reçu d'elle 
une lettre datée du 23 octobre, «par laquelle elle marque que 
le bon accord et union qui est entre tous les habitans de la 
ville de Chartres est très agréable au Roi, son seigneur et 
neveu, qu'on ne fait nulle différence entre ceux de l'une 
et de l'autre religion, qu'il y en a si peu de la religion 
réformée dans Chartres qu'on peut s'en assurer plus facile- 
ment, qu'ils peuvent aller, venir et converser tant en la 
ville que dehors pour leurs affaires particulières, autrement 
ceux qui ont charges et offices du Roi et de la servir ne 
pourroient jouir de cette liberté qui leur appartient, et 
qui est due également à tous, qu'ils ne doivent estre si 
mal avisés que d'appeler forces ni gens de guerre par les 
Exemples qu'on leur donne, pliant la part la plus grande et 
la plus forte des deux religions d'avoir en protection la 
moindre, et qu'ils ne soient en rien différenciés de traitement 
et de liberté. Qu'elle leur envoie la sauvegarde qu'ils 
demandent, et quant au meurtre commis en la personne 
du geôlier, de la veuve duquel elle a reçu une lettre par 
l'un de ses fils, pourquoy elle enjoint très expressément de 



(1) Il existe, aux Archives de la ville (cote L, D 'i) un « Estât de la recepte et despense 
faicte par Jehan Chevalier, commis à recepvoir les deniers prestes par aucuns particuliers 
de la ville de Chartres pour l'avance du paiement des quatre cents hommes de pied levés pour 
la garde et deffense dicelle. » Ees particuliers taxés 20 livres sont au nombre de 68. (Voir 
appendice I). Cet état est daté du 29 octobre. 



44 LES EGLISES JUSQUA I/EDIT DE NANTES 

s'informer du fait, afin que Justice en soit faite ainsi que 
droit et raison à ladite veuve et orphelins qu'elle recommande, 
et ne voulant pas qu'ils soient molestés pour les deniers que 
le défunt lui pouvoit devoir, etc. » 

Belles et nobles paroles, qui furent écoutées (car les 
huguenots de Chartres ne furent nullement inquiétés 
pendant le siège) et qui, au surplus, nous donnent de 
précieux renseignements sur l'importance relative de 
l'Église réformée de Chartres et sur l'attitude de la popu- 
lation à son égard, maintenant que l'effervescence de 
1560 à 1563 s'était calmée. Cette lettre était suivie d'une 
sauvegarde dont voici le texte : 

Nous Renée de France, Douarière de Ferrare, Duchesse de 
Chartres, Comtesse de Gisors, dame de Montargis, sçavoir faisons à 
tous qu'il appartiendra, que pour les droits, franchises, autorités, 
privilèges, prérogatives et autres causes et raisons données et 
accordées aux filles des rois de France et à leurs serviteurs, offi- 
ciers, gentilshommes, domestiques et commenceaux, prenons et 
mettons en notre protection et sauvegarde tous les habitans de la 
ville et Duché de Chartres, ensemble icelle ville, baillage et res- 
sort d'icelle avec tout le Pays Chartrain, leurs familles, maison, 
meubles, biens et possessions qu'ils ont tant dans la ville que hors 
d'icelle, pourquoi prions tous justiciers et officiers du Roi, mon 
seigneur et neveu, leurs lieutenans commis et députés, tous gou- 
verneurs, capitaines, chefs, conducteurs de gens de guerre et sol- 
dats de ne leur méfaire ne souffrir estre méfait, ne loger en leurs 
maisons, et de ne leur nuire ni préjudicier, tant en leurs personnes, 
bien que toutes autres choses qui leur appartiennent, mais plus 
tost de les secourir, garder et favoriser. Donné à Montargis le 
23 octobre 1567, ainsi signé Renée de France, et sur le reply : par 
Madame Chesneau (1), et scellé sur double queue de cire rouge. 

Si, par ces voies diplomatiques, les bourgeois de Chartres 
tentaient d'écarter le danger d'un siège, ou tout au moins 
de retarder l'échéance fatale, et de gagner ainsi le temps 
nécessaire pour s'y préparer, ils ne négligaient cependant 
pas les mesures de précaution plus positives. Les arme- 



(1) Est-elle femme de Jean Cheneaux, conseiller au présidial, dont nous avons parlé 
précédemment et qui figure, avec nombre d'autres magistrats, dans 1' * Estât » des notables 
huguenots mentionné plus haut? 



LE SIEGE DE CHARTRES EN 1568 45 

ments étaient poussés avec la plus grande activité, ainsi 
que nous l'avons déjà donné à entendre. De quelles ressources 
disposait-on alors, à Chartres, pour résister éventuellement 
à une attaque (i) ? 

Pendant longtemps, on n'eut pas à se préoccuper d'un 
événement plus qu'improbable, depuis la fin de la guerre 
de Cent ans. En 1536, cependant (2), les bourgeois s'avi- 
sent qu'il est imprudent de laisser leurs murailles désarmées. 
Chacune des communautés d'arts et métiers est chargée de 
fournir une grosse pièce d'artillerie, que l'on déposera 
« dans l'Hostel commun et magasin des habitants». L/an 
d'après, on essaie les pièces. Mais il est assez difficile de 
savoir ce qu'elles étaient devenues au bout de trente ans. 
Sans doute, les comptes de la ville pour le siège de 1568 
mentionnent une « pièce des chaussetiers » ; sans doute aussi 
l'inventaire de l'artillerie fait en 1545 énumère quarante 
canons et vingt-trois « hacquebutes à croc », dont plusieurs 
portent des noms de corporations, et des indications 
analogues figurent dans les inventaires dès 1549 e ^ I 557- 
Mais ce matériel semble avoir disparu graduellement. Bn 
1557, il n'y a plus que douze canons et dix arquebuses sur 
les remparts. Et si l'arsenal contient quarante pièces au 
début des guerres de religion (3) , il paraît ne plus en renfermer 
qu'une vingtaine en 1568, y compris la fameuse Huguenote, 
dont nous avons parlé. 

Dans tous les cas, les arquebuses à croc, sorte de fusils 
de rempart, ne manquaient pas, non plus que les « lances à 
feu», et l'on avait les moyens d'armer les deux cents arque- 
busiers et les piquiers de la garde bourgeoise. Quant à la 
poudre, on la fabriquait dans une des tours de l'enceinte ; 
cette tour fut démolie en 1662. 

Cependant, tel qu'il était, ce matériel se suffisait pas 



(1) Nous tirons la plupart des détail? qui suivent de l'étude que nous avons publiée, en 
1897, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme, sur U siège de Chartres par 
Condé (p. 281 ss. 348 ss.) 

(2) Janvier de Flainville, vol. A B, p. 373- ms, Bibl. de Chartres. 

(3) Registre des échevins. 



46 LES ÉGUSES JUSQU'A L'ÉDIT DE NANTES 

et il était mal entretenu ; on ne négligea rien pour le mettre 
en état. On coupe les gros ormes qui ombrageaient le 
cimetière de Saint- André, et on fait des affûts de canon (i). 
L'artillerie ainsi remontée, on la munit de tous ses accessoi- 
res. On crée de toutes pièces un armement et un outillage 
considérables; on prévoit tous les besoins d'une place 
assiégée; on fabrique des gabions, des sacs à terre, des 
mèches ; sept cents à huit cents piques, des « amorsouerres » 
de grenades; de la poudre, des artifices, des balles, des 
boulets. Dix ateliers travaillent à l'entretien de l'artillerie; 
le service de l'arsenal et la distribution des munitions sont 
assurés. Un corps de mineurs et d'écouteurs de contre- 
mines est organisé sous la conduite d'un capitaine. En un 
mot, tous les services auxiliaires fonctionnent parfaitement. 

Les fortifications, délaissées à la suite d'une longue paix, 
avaient besoin de sérieuses réparations. Huit cents à mille 
pionniers, sous les ordres de dix capitaines, des maçons, des 
charpentiers, des serruriers, tout ce que la ville possède de 
bras et d'intelligences, gens de métier et indigents, est mis 
en réquisition. On démolit les maisons adossées à la muraille ; 
on la visite et on la consolide. On renforce les ravelins, 
et, pour pallier à l'absence de saillants qui est le défaut 
capital de l'enceinte de Chartres, on appuie derrière les 
murs des cavaliers de terre, que soutiennent des pièces de 
charpente et de la maçonnerie. On bouche les ouvertures 
inutiles, on blinde les autres. On nettoie les tours, on en 
refait les planchers et les vitrages. On répare pont-levis, 
herses, chaînes, portes, serrures. La nuit même n'interrompt 
pas cette activité fiévreuse : car tous les instants étaient 
comptés (2). 

Le service des renseignements était à la hauteur des 
autres. De nombreux espions vont, à 15 et 18 lieues à la 
ronde, s'enquérir des manœuvres des huguenots et de la 



(1) Cf. Livre de Bois de Saint- André (sorte de livre de raison de la paroisse Saint- André, 
ainsi nommé à cause des ais dont il était recouvert. (Arch. dép. d'E.-et-Iy.) 

(2) V. État des dépenses laites par la ville de Chartres, du I er octobre 1567 au 18 avril 1568, 
par I,. Merlet. Bull. hist. et philol., 1890; p. 395 ss, 



I,E SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 47 

position de leurs troupes, tandis qu'un système de signaux, 
installé sur la cathédrale, dénoncera à la garnison les 
moindres mouvements et jusqu'à la composition des déta- 
chements ennemis visibles. 

Quant aux vivres, c'est leur abondance même qui faisait 
de Chartres un point stratégique d'une importance capitale, 
dont la possession pouvait assurer aux huguenots le 
triomphe. A Chartres s'accumulait, avant de s'écouler 
sur Paris, le blé et le vin que la Beauce produisait en 
quantité (1). Dès les premières menaces des huguenots, 
les habitants amassent des provisions pour deux mois. Les 
passages de troupes, l'entretien de la garnison, ne touche- 
ront guère à cette profusion. Disons tout de suite que 
pendant toute la durée du siège, les rations demeureront 
copieuses. Biles n'auraient pas dû comporter de viande, 
puisque, à ce moment, on était en carême. Mais le poisson 
n'arrivant plus, le hareng et la morue ne tarderont pas à 
manquer, et les bouchers recevront l'ordre de délivrer à 
chaque compagnie un demi-bœuf et un quartier de porc par 
jour, pour les soldats à la brèche, les malades et les blessés. 
On fixera la ration à une livre et quart, et on y ajoutera, 
au moins pour les malades, quelques douceurs (2), un 
dessert composé des « quatre mendiants». La quantité de 
pain sera largement suffisante, et le vin coulera à flots. 
D'ailleurs, comme il était facile aux assiégeants de détourner 
la rivière pour arrêter les moulins, on construisit cinq ou 
six moulins à bras; palliatif insuffisant, par parenthèse, 
car un moulin à bras, mû par un homme, ne peut guère 
moudre qu'un hectolitre et demi par jour. 

Ajoutons enfin que le service de santé était assuré par 
neuf chirurgiens et par les quatorze apothicaires de la ville ; 
parmi eux nous trouvons notre vieille connaissance, le 
huguenot Pierre Drappier, qui fournira pour 15 livres 
de remèoles, 



(1) I,e vignoble beauceron, réduit aujourd'hui à quelques lambeaux autour de Chartres, 
était alors assez important. 

(2) f Ung mignon de veau», Bull, hist, et philol., 1890, p. 40g. 



48 I,ES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

L,a garnison de Chartres avait présenté, jusqu'au dernier 
moment, un effectif variable, et en somme, assez faible; 
on hésitait entre le besoin de protection, quand le danger 
semblait proche, et la dépense, accrue par les mille dépré- 
dations des soudards. Vers le milieu de février 1568, arrive 
le régiment gascon commandé par Jean de Bourdeilles, 
baron d'Ardelay — le frère de Brantôme. Il est composé 
de douze compagnies d'infanterie et d'une compagnie 
d'arquebusiers à cheval; il demeure cantonné dans les 
faubourgs, jusqu'à ce que l'approche de Condé l'oblige 
à se mettre à couvert derrière les murailles. Iye 24 février, 
à 8 heures du soir, se présente à la porte Drouaise le gouver- 
neur envoyé par le roi pour remplacer Fontaine-la-Guyon, 
qui ne s'entendait pas avec les bourgeois. C'est Nicolas des 
Essarts, sieur de lainières; il a combattu à Dreux dans 
les rangs huguenots, et bientôt, à la bataille de Jarnac, il 
sera tué par ses anciens compagnons d'armes. Il amène 
avec lui les dix compagnies françaises et la cornette d'arque- 
busiers à cheval de M. de Cerny. 

Ainsi, à la veille du siège, la garnison de Chartres com- 
porte une force régulière de 4.400 fantassins et de 200 cava- 
liers (1) ; en y ajoutant les 600 hommes de la milice bourgeoise, 
les 13 maîties canonniers et leur personnel, les pionniers, 
les ouvriers, etc, on arrive à un total de plus de 6.000 hommes. 
Pour une place de 3.400 mètres de circuit, c'est un chiffre 
énorme, qui donne à la défense des éléments de supériorité 
positifs. Nous allons voir comment lainières sut tirer parti 
de ces ressources imposantes, et à quels adversaires il se 
heurta. 

II. Le Siège. — Après la bataille de Saint-Denis (10 no- 
vembre 1567), l'armée huguenote, ayant à sa tête Coligny 
et Condé, s'était avancée jusqu'en Lorraine, à la rencontre 
des reîtres qu'amenait le duc Jean-Casimir, fils de l'Électeur 
palatin Frédéric III. C'est à ce moment que se place un 

(1) De Thou {Histoire universelle, foudres, i734)> tome V, p. 413» indique le chiffre de 
4.000 hommes. 



I,E SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 49 

admirable acte de désintéressement, dont La Noue et d'Au- 
bigné nous ont laissé le récit. Les Allemands s'attendaient 
à recevoir 100.000 écus. Condé en avait à peine 2.000; ses 
officiers et ses soldats se cotisent, malgré leur extrême 
pauvreté, réunissent la moitié de la somme demandée, et 
de leur côté les reîtres n'en exigent pas davantage. 

Une marche fort remarquable avait ramené Coligny 
et Condé au cœur de la France. Sans cesse harcelés par 
des forces supérieures, ils avaient fini par atteindre la 
Beauce, malgré les intempéries et la difficulté de se ravi- 
tailler dans un pays épuisé. Ils avaient délivré Orléans 
menacé, et tandis qu'on s'emparait de Beaugency et de 
Blois, le gros de l'armée se mettait en route pour Chartres 
le 23 février. On voit que Lanières y arrivait juste à temps. 

D'après le comte Delaborde (1), Coligny aurait assisté 
au siège. C'est certainement une erreur. Non seulement, 
en effet, on ne trouve aucune trace de sa présence sous 
les murs de Chartres, mais la manière dont les opérations 
ont été conduites prouve péremptoirement que ce stratège 
hors ligne n'y a pris aucune part. Il faut en inférer qu'il com- 
mandait l'armée d'observation, corollaire indispensable de 
l'armée de siège, et c'est d'ailleurs ce que confirme le rôle 
qu'il a joué dans l'affaire de Houdan. 

Nous avons dit de quelle importance capitale la possession 
de Chartres était pour les huguenots. Comme le dit La Noue, 
Chartres, grenier de la capitale, devenu huguenot, c'était 
« une épine aux pieds des Parisiens)). Et c'est bien ce mobile 
tout politique qui semble avoir hanté l'esprit de Condé, 
car il se lançait dans l'aventure avec une légèreté et une 
impéritie rares. Il ignorait tout de la situation militaire de 
Chartres, et les précautions prises, et les renforts arrivés, 
ou il ne s'en souciait pas. Il ne se rendait pas compte que 
penser s'emparer de la ville par un coup de main hardi, 
c'était admettre l'impossible et aller au-devant d'un désas- 
tre. Il ignorait qu'aucun de ses mouvements n'échappait 

'1) Gaspard de Coligny, II, 533» 



50 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

à l'adversaire, et qu'un espion, pénétrant à Orléans, avait 
vu au Martroy la faible artillerie huguenote. Il se lançait 
dans une expédition périlleuse avec des forces dérisoires 
et presque pas d'équipages. L'armée de siège ne comptait, 
au dire de La Noue, qui en faisait partie, pas plus de 6.000 
fantassins et de 3.000 cavaliers. Dans cette troupe disparate, 
les dix à douze compagnies françaises de d' Andelot, les con- 
tingents normands, saintongeois et poitevins des capitaines 
Piles et des Champs, les onze compagnies de Gascons, de 
Dauphinois et de Provençaux du capitaine Mouvans (1), 
coudoyaient les reîtres, les lansquenets et les canonniers du 
duc Jean-Casimir (2) ; parmi les lansquenets, il y avait 
quatre compagnies alsaciennes, commandées par un patri- 
cien de Mulhouse, avec lequel Montaigne trinqua à l'hô- 
tel du Raisin, en se rendant en Italie (1580). L'artille- 
rie se réduisait à cinq canons (3) et quatre légères couleu- 
vrines; les huguenots étaient toujours pauvres en artillerie. 
Nous dirons avec La Noue : « Que pouvoit faire cela 
contre tant de gens de défense et de travail qui là 
estoyent? » 

Si encore Condé avait su tirer parti de ses maigres 
ressources, la tentative pouvait réussir malgré tout. En 
fait, on verra qu'elle n'en a pas été loin, en dépit des fautes 
commises; et puis, à la guerre, il faut compter beaucoup 
sur le hasard; il le fallait surtout à cette époque où, l'art 
militaire étant encore dans l'enfance, les opérations se 
réduisaient très souvent à des coups de main. Mais Condé 
semble avoir pris à tâche de braver toutes les règles de la 
prudence et de l'expérience professionnelle. Il avait eu sous 
ses ordres le vidame de Chartres, Jean de Ferrières ; que 
celui-ci ait préféré suivre Coligny plutôt que de contribuer 



(1) Mémoires de Jacques Gâches, 66. T,e général Susane [Histoire de V Infanterie française, 
V, passint) indique comme ayant pris part au siège de Chartres les régiments de Corbozon, 
Pardaillan, Bourry, Piles, Morat, Mouvans et Acier; ainsi, d'une part il omet d* Andelot et 
Deschamps; d'autre part, il indique cinq régiments qui ont dû faire partie du corps d'observa- 
tion. 

(2) Cf. la légende de la gravure de Tortorel et Perrissin. Il en existe une contrefaçon de 
Hogenberg, dont on connaît plusieurs éditions. V. ci-dessous p. 62. 

(3) De 16, d'après les boulets trouvés. 



Uî SIÈGE DE CHARTRES EN 15O8 51 

à la ruine de Chartres, on le comprend sans peine. Mais 
ne pouvait-on pas lui arracher au moins quelques rensei- 
gnements, éviter, grâce à sa connaissance du pays, des 
écoles fâcheuses? Et que faisaient, non pas les éelaireurs 
(ils ne purent approcher de la place), non pas les protestants 
chartrains (ils étaient tenus en respect et réduits à 
l'impuissance), mais les nombreux huguenots delà contrée, 
seigneurs, bourgeois, roturiers? Pas un n'a été là, on pour- 
rait affirmer que pas un n'a été consulté. Condé était 
brave, il avait, de plus, les plus éminentes qualités d'esprit 
et la culture intellectuelle la plus étendue, mais bien que 
soldat excellent, il manquait des qualités essentielles du 
stratège. vSes manœuvres étaient commandées, plus par des 
considérations politiques que par des raisons militaires. 
Sa témérité, son incurie, son insigne légèreté sont surtout 
l'absence de coup d'œil et d'expérience (i). On en verra 
la preuve dans le détail des opérations, comme elle apparaît 
déjà dans la conception d'ensemble de l'entreprise. 

Le 25 février (2) un détachement de cavalerie huguenote, 
devançant l'armée partie d' Orléans, gagnait la vallée de 
l'Eure et la remontait jusqu'à 2 lieues de Chartres; il 
tombait, entre Jouy et Saint-Prest, sur les goujats et les 
bagages du régiment d'Ardelay. Il y eut un moment de 
panique; le bruit courut à Chartres que d'Ardelay était 
mis en déroute. L'église de Jouy était en flammes. Cet 
incendie, à vrai dire, n'a pas été bien terrible. Il n'a pas 
ébranlé les murs du xn e siècle de l'église, ni effondré ses 
fenêtres en plein cintre. A propos de ces destructions, 
qu'il est plus facile de déplorer après coup que d'empêcher 
dans l'excitation des combats, les expressions de « vanda- 
lisme incorrigible » et de « sauvage fureur», dont on a 
tant accablé les huguenots, 'sont bien grandiloquentes. 



(1) Il avait pourtant fait la guerre. Il était même colonel général de l'infanterie «. delà 
les monts»; mais à cette époque, de pareils titres n'étaient pas toujours des garanties de 
capacité. 

(2) Nos deux sources principales, dans ce récit, sont le Bref discours du sicsc de Chartres 
en 1568, par Simon de Givès. (Édition Métate, Chartres, Durand, 1895) et Souchet, dont 
Pintard ne s'écarte guère. 



52 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

Quels sont les belligérants de ce temps qui n'ont commis 
semblables excès, et même de bien pires? 

A la nouvelle de cet engagement, lainières envoie des 
renforts. Tandis que la cavalerie prend derrière les Filles- 
Dieu, à travers les vignes, le chemin du haut, deux cents 
arquebusiers à pied suivent les bords de l'Eure. Quand ils 
arrivent sur le champ de bataille, les éclaireurs de Condé 
se sont déjà retirés. 

Cependant Lainières, dans une dernière tournée d'ins- 
pection, faisait couper le pont Saint-Martin-au-Val, ainsi 
que ceux de l'avant-fossé du front Est (i); précaution 
inutile, car ce fossé était guéable par endroits. Le 28 février, 
on signalait l'approche des têtes de colonne de Condé. 
lanières prit quelques officiers et vingt-cinq arquebusiers 
à pied, et s'avança à un quart de lieue de la ville, jusqu'aux 
moulins à vent dont les frêles carcasses se détachaient sur 
le ciel, entre Saint-Cheron et la maladrerie de la Banlieue. 
Il aperçut, dans la direction d'Orléans, les escadrons de 
Condé, avec leurs cornettes déployées au-dessus des casques, 
et les compagnies d'infanterie, forêts de piques encadrées 
d'arquebusiers. 

Se repliant en toute hâte, Lainières fait détruire les 
bâtiments qui pouvaient servir de couvert aux assaillants : 
on met le feu au couvent et au faubourg Saint-Jean, au 
village de Mainvilliers ; on anéantit, dans le faubourg des 
Épars, le couvent des Cordeliers (2) et sa belle bibliothèque ; 
non loin de là, la chapelle Saint-Thomas, puis d'autres 
édifices encore (3), beaucoup de maisons particulières. 
Pendant plusieurs jours, les incendies continuent, au 
milieu d'une grande confusion. Si quelques-uns des habitants 
acceptaient avec une joie austère un sacrifice dont ils 
escomptaient les résultats, d'autres, préférant leurs intérêts 
particuliers à ceux de la cité, allaient éteindre le feu. 



(1) I^épinois, Histoire de Chartres, II, 235. 

(2) Emplacement de la brasserie Hornung. 

(3) I/hôtel du vidame J. de Ferrières dut être de ce nombre, car il était situé hors la porte 
Châtelet, sur l'emplacement de la maison Fessard actuelle. 



LE SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 53 

Cependant, les huguenots avançaient toujours. Bientôt 
ils chassent les incendiaires, ils s'installent dans les faubourgs. 
Piles se rend maître sans coup férir de Saint-Maurice et de 
Saint- Jean, tandis qu'en arrière les lansquenets s'établissent 
à Josaphat et à Lèves, et que, débordant sur son flanc droit, 
Mouvans occupe les faubourgs de l'est et du sud, surtout les 
parties les plus éloignées de la ville. Les compagnies françaises 
et normandes pénètrent dans les demeures cossues, restées 
presque intactes, des faubourgs Guillaume et Morard, et, fran- 
chissant l'inutile obstacle de l'avant- fossé, arrivent à couvert 
jusqu'à la contrescarpe de la place. La cavalerie campe dans 
les faubourgs Saint-Barthélémy et Saint-Cheron ; les officiers 
y dressent leurs tentes. On détruit les églises, inutiles pour 
l'attaque, ou du moins on les endommage, car, après le 
siège, les bois, les tuiles et même les cloches provenant de 
la démolition de Saint-Barthélémy, serviront à restaurer 
Saint-Cheron (1). 

La résistance avait été presque nulle; à Chartres, on 
était consterné. La plupart, dit Givès, croyaient avoir 
affaire à soixante ou quatre-vingt mille combattants. Le 
Livre de Bois de Saint- André, plus modeste, se contente de 
quarante-cinq mille. 

Au lieu de parfaire l'investissement, dont la partie la 
plus essentielle a été négligée, Condé se préoccupe, dès le 
lendemain, I er mars, d'assurer ses communications. Les 
Gascons, les Provençaux de Mouvans vont réparer les 
arches rompues du pont Saint-Martin-au-Val. De la 
cathédrale, ce mouvement est signalé; une troupe d'arque- 
busiers sort par la porte Saint-Michel, et, descendant le 
faubourg Saint-Brice, assaille les huguenots. Mais les 
travailleurs se tenaient sur leurs gardes; solidement 
ietranchés, ils contraignent la sortie à la retraite, après 
une heure d'escarmouche. 

Vers le soir, nouvelle sortie d'arquebusiers, cette fois par 
la porte des Épars; elle est encore repoussée, mais grâce à 

(1) Reg. des échevins, 21 mars 1568. 



54 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÈDIT DE NANTES 

cette diversion, Minières avait eu pendant quelques heures 
ses coudées franches dans les faubourgs. Il avait pu 
consommer la ruine des Cordeliers et de Saint-Jean-en- 
Vallée; et pourtant, raconte Souchet (i), les « boute feux», 
pourchassés par les soldats huguenots, étaient souvent 
obligés de « se retirer plus vite qu'ils n'estoient allés, 
les moins diligens desquels demeurèrent pour leurs gages ». 

Le 2 mars encore, les attaques contre le clos Saint-Lubin 
et le faubourg Saint-Brice se renouvellent, sans plus de 
succès : après deux heures et demie d'efforts, les arque- 
busiers sortis par la porte des Épars battent en retraite. 
Pendant ce temps, les pionniers de la ville redoublent 
d'activité; sans être sérieusement inquiétés, ils achèvent de 
raser une butte qui masque la porte Saint-Michel (on y 
travaillait depuis le 17 novembre) et ils élèvent trois 
cavaliers derrière le rempart, entre le bastion Saint-Michel 
— le seul bon de l'enceinte — et la porte Morard. 

C'est alors seulement que Condé, entouré de son état- 
major, fait une reconnaissance de la place. Perplexe, il tourne 
autour d'elle pendant deux jours. Bile lui apparut telle 
qu'on la voit sur le tableau de l'époque, timbré des armes 
des Grenet ^2), qui appartient aujourd'hui à la Société 
Archéologique d'Eure-et-Loir, et dont une réplique 
existe à la Bibliothèque de la ville de Chartres. La Noue 
déclare la ville de Chartres « ronde comme un pasté», 
par où il entend que l'enceinte manque de saillants et 
surtout de flanquements ; en réalité, le pâté est aplati à 
l'est jusqu'à en être concave. Quand on arrive à Chartres 
de Paris ou d'Orléans, par delà la pente douce qui descend 
vers l'Eure, d'emblée, le regard se heurte aux escarpements 
abrupts que la cathédrale domine de sa masse splendide. 
C'est le front le plus fort, grâce à cette falaise, grâce au 
triple cours de l'Eure. Au nord, au midi, deux ravins 
(celui du nord de beaucoup le plus accusé) , rendent encore 



(1) IV, 65. 

(2) D'argent à la bande tiercée d'azur, accompagnée de quatre Tau de même, posés en 
pal, deux en chef et deux en pointe. 



LE SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 55 

la défense facile. Mais à l'ouest, c'est le plateau, sans aucun 
obstacle naturel, et l'art n'avait nullement corrigé la 
nature. Il y avait même, à l'angle sud-ouest, sur l'emplace- 
ment de la place actuelle des Épars, un ravelin complète- 
ment en l'air, dont rien ne défendait les abords. Quant à 
la muraille, nous savons, par les débris qui en restent, 
quelle en était la hauteur et le profil. Ajoutez, sur les tours, 
l'éploiement des bannières de la garnison, et vous croirez 
être Condé lui-même. 

Quelle fut sa détermination, après ces deux journées de 
longues promenades? « Ayant, dit La Noue (1), reconnu une 
montagne qui dominoit par le flanc d'une courtine (2), sans 
entrer en autre considération, ils choisirent cet endroit-là, 
qui d'arrivée promettoit beaucoup, cependant le remède s'y 
pouvoit aisément trouver. » Ainsi Condé, frappé d'un avantage 
tout secondaire, tout théorique, n'avait pas su découvrir 
des dangers qui sautaient aux yeux. Il allait attaquer une 
place comme on attaque un raisonnement, en chicanant 
sur une expression incorrecte. Étrange défaut de coup d'œil 
militaire. Il n'avait pas vu le redoutable rempart naturel, 
bordé de murailles, hérissé de constructions, qui dominait 
la fameuse courtine. Il n'avait pas deviné à la direction 
des toitures, l'existence du long boyau, irrégulier et se divi- 
sant par endroits, qui va de la porte Drouaise à Saint-Père, 
et pourtant, il avait parcouru ce chemin cinq ans aupara- 
vant. Il n'avait pas songé à ce qui arriverait à ses colonnes 
d'assaut, si elles réussissaient à franchir la brèche : comment 
elles auraient été écrasées par le feu qui plongeait, à 
droite, des terrasses et des « tertres» (3), massacrées en 
détail au tournant de toutes les ruelles débouchant de l'Eure. 
Et à supposer que contre toutes les prévisions, un assaut 
lui eût livré la ville basse, il restait à prendre la ville haute, 
inexpugnable de ce côté. 

En revanche, Condé ne se rendit jamais compte de la 

(1) Discours politiques et militaires, 907 ss. (Ed. D. Bellon, 1595) . 

(2) Celle de la porte Drouaise. 

(3) Minières avait prévu le cas; il y avait un canon sur la terra^e de Saint- Aignan. 



56 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

disposition défectueuse du ravelin des Épars. Jamais il n'oc- 
cupa le Grand Faubourg; c'est pourtant delà que partaient 
toutes les contre- attaques; et toujours elles se brisaient 
contre les enclos de Saint-I/ubin et de Saint-Brice. Pourtant 
Linières avait prévu une attaque à l'angle sud-ouest, 
et voilà pourquoi il n'avait pas hésité à sacrifier le couvent 
des Cordeliers, la chapelle Saint-Thomas (i). C'est près de 
cette dernière que Condé aurait dû établir ses batteries de 
brèche, comme le fit plus tard Henri IV. Invulnérables, 
elles pouvaient paralyser la défense par des attaques de 
flanc, des feux de revers, et, lamu raille abattue et franchie, 
c'est à revers encore qu'on prenait les derniers réduits de 
l'assiégé. 

Tout cela, Condé ne le comprit jamais, même à l'heure 
décisive où, devant la porte Drouaise, « on connut que 
c'étoit perdre des hommes à crédit que d'attaquer par là». 
Mais, ajoute La Noue, « le François est si soudain qu'il 
veut incontinent avoir découvert ce qui ne peut se trouver 
qu'après avoir longtemps cherché. Et par cette promptitude, 
j'ai tant vu faire d'erreurs aux reconnaissances des places, 
que je tiens pour règle très utile de voir et revoir deux fois, 
voire trois, une chose, avant prendre résolution de s'y 
arrester. » 

Tandis que Condé se disposait à l'attaque, lainières, 
méthodiquement, continuait ses préparatifs de défense. 
Comme les arquebusiers embusqués dans les maisons du 
faubourg Guillaume tiraient sur tout ce qui se montrait 
derrière les créneaux, lainières fit tendre sur les murailles 
des toiles qui masquaient les allées et venues. Après avoir 
renforcé la courtine, entre la porte Morard et l'issue de l'Eure, 
il établit une batterie sur les pentes abruptes qui comman- 
dent, vers l'ouest, la porte Drouaise. Et voilà le « remède » 
signalé par La Noue aux avantages qui séduisaient Condé. 
Une animation plus grande dans le camp huguenot, des 



(i) On dira qu'il aurait pu les occuper au lieu de les détruire; mais cette idée de défense 
des approches n'entrait guère dans un cerveau du xvi° siècle. 



I.K SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 57 

stations plus fréquentes de Condé de ce côté, donnèrent- 
elles à Linières l'éveil sur les intentions de son adversaire? 
Toujours est-il qu'on traîna là, avec une pièce de campagne, 
l'imposante Huguenote. Iya batterie enfilait le fossé. 

Dès le 4, l'infanterie de Condé s'établit solidement dans 
ce qui reste de l'abbaye Saint- Jean et dans le Bourg-Neuf. 
I/église Saint-Maurice, située à 300 mètres de la porte 
Drouaise (1), est mise en état de défense; on installe dans 
le cimetière une batterie, masquée par la maison des 
Trois-Maures ; de son tir plongeant, elle écrasera le ravelin. 
Quant au clocher, il devient un excellent observatoire; 
du haut de ses charpentes, on plonge dans la place, 
on ne perd de vue aucun des mouvements des défenseurs, 
et si d'aventure, quelque pauvre bourgeois se promène dans 
la rue du Massacre (2), un coup d'arquebuse bien ajusté lui 
ôte à tout jamais l'envie de recommencer. 

I,e jour suivant, les lansquenets se transportent delyèves 
et Josaphat au monastère des Filles-Dieu. Ils amènent 
l'artillerie et commencent leurs travaux d'approche. Outre 
la batterie de Saint-Maurice, ils en installent une (cinq 
pièces en tout) dans le clos des Filles-Dieu, à l'angle le 
plus rapproché de la rivière ; la porte Drouaise et la courtine 
voisine sont ainsi frappées d'un tir oblique et rasant. Deux 
autres batteries, de deux petites couleuvrines chacune, 
sont placées plus haut, dans les vignes du Clos-1'Évêque ; 
établies à des niveaux différents, elles dominent et enfilent 
toutes deux la courtine, de manière à rendre intenables les 
abords de la brèche. 

L,e feu est ouvert le samedi 6 mars, entre 6 et 7 heures 
du matin; dès les premières décharges, les chaînes du 
pont-levis, rompues, s'abattent avec fracas; par suite de ce 
beau coup, on ne peut plus lever le pont. Alors une trentaine 
de soldats et de pionniers, sous les ordres d'un gentil- 
homme de Saintonge nommé du Bordet (3), s'avancent har- 

(1) A l'angle nord de la rue de la Croix- Jumelin (ancienne rue de Fresnay.) 

(2) Ainsi nommée des boucheries qui s'y trouvaient autrefois. 

(3) Ou de Bordes. 



58 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

diment dans le fossé même de la place, et viennent, sous les 
3'euxet sous le feu des défenseurs, saper la gorge duravelin. 
Un coup d'arquebuse renverse du Bordet, mais personne 
n'ose se jeter sur son héroïque détachement ; il peut d'ailleurs 
être rapidement soutenu au besoin. I^e ravelin est occupé 
sans autre perte. Vers midi seulement, Iyinières fait 
sortir de la porte des Épars — dont les abords ne sont 
même pas surveillés par l'assiégeant — un certain nombre 
d'arquebusiers, commandés par le capitaine Flojac. Portant 
de fallacieuses écharpes blanches (i), ils se coulent le long 
du fossé jusqu'au ravelin, attaquent les huguenots par 
derrière et les forcent à reculer. Un enseigne du régiment 
d'Andelot est fait prisonnier, un officier catholique griève- 
ment blessé. 

Pendant ce temps, d'autres escarmouches avaient lieu 
près de la porte Saint-Michel. Pour en surveiller les abords, 
les huguenots avaient établi une série de petits postes. 
Comme la garnison paraissait ne pas s'en être aperçue, ils 
se gardaient fort mal. C'est ce que remarqua le capitaine 
Jacques (2), qui se promenait sur le rempart. Vivement, 
il sort avec les hommes qu'il a sous la main; le poste le 
plus rapproché, surpris, s'enfuit en désordre, abandon- 
nant son tambour et ses armes. Il n'a pas eu le temps de se 
rallier et de donner l'alarme qu'une seconde troupe, forte 
de 130 hommes, mise en appétit par ce facile succès, tombe 
sur un deuxième poste. 1/ affaire ne fut guère sanglante et 
n'eut pas de suites; mais les Chartrains rapportaient 
comme trophée un lambeau d'enseigne; ils n'avaient pu 
s'emparer de la hampe. lainières remit 50 écus à l'auteur 
de cet exploit, un bourgeois nommé Nicolas de Boussi. 

Encouragement nécessaire, car le zèle des miliciens 
laissait fort à désirer. Ce même 6 mars, Iyinières, dans un 
ordre du jour, avait dû menacer de mort les bourgeois 
qui manquaient à l'appel de midi dans le cloître Notre-Dame ; 



(1) C'était l'insigne des huguenots. 

(2) Il était « allemand de nation», dit Souchet (IV, 62). 







Entrée de l'ancien Clos l'Évêque, à Chartres, en 1897 
{Bull, du Prot., 1897, p. 355). 



60 I.BS ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

les possesseurs de corcelets (i) qui refusaient de paraître 
sur les remparts étaient frappés d'une sorte de dégradation 
militaire : ils devaient déposer leurs corcelets à l'Hôtel de 
ville, au profit de plus dignes. Plusieurs s'exécutèrent (2). 

L'heure, en effet, était solennelle. I^e dimanche 7 mars, dès 
le matin, les batteries ouvrent le feu. A une heure, un 
large pan de muraille s'écroule, comblant une partie du 
fossé, entre la porte Drouaise et l'Eure. Aussitôt Condé 
forme ses colonnes d'assaut : d'Andelot au centre, les lans- 
quenets à gauche, des Champs à droite (3) se jetteront sur 
le ravelin, tandis qu'à l'autre extrémité de la ville, une 
fausse attaque sera dirigée sur la porte Saint-Michel. 

Trois ou quatre volées de canon balayent le ravelin; 
ses défenseurs l'abandonnent sans résistance. Lanières a 
l'impression très nette que tout est perdu s'il ne l'occupe pas 
avant les assaillants. Il a presque autant d'infanterie qu'eux, 
et de cette infanterie, qu'abritent des murailles, une partie 
se bat pr ans et focis ; son artillerie est double de la leur ; 
il a l'avantage de la position, et pourtant telle est la réputa- 
tion des huguenots, que la victoire lui semble douteuse. 

On le voit serrer la main à ses capitaines, puis, prenant 
courage, chefs et soldats s'élancent tête baissée; quelques 
planches, jetées à la hâte, remplacent le pont crevé par les 
boulets; on atteint les têtes de colonnes huguenotes, qui 
avaient franchi le fossé sur des fascines et des tonneaux 
vides; une mêlée corps à corps s'engage, où M. de Sainte- 
Preuve (4), un des meilleurs officiers catholiques, est tué 
avec nombre de ses hommes. Mais les huguenots sont 
repoussés. Des deux côtés, les pertes ont été considérables (5). 



(1) C'étaient les piquiers. 

(2) Bull.hist.et litt., 1890,418. Faut -il rapprocher de cette mesure le présent « d'un poin- 
çon de vin blanc et d'un poinçon de vin clairet » que lainières recevait le même jour des 
échevins? (Reg. des échevins). 

(3) Tortorel et Perrissin. 

(4) Ou Sainte-Épreuve. 

(5) lorsque, en mars 1908, on creusa les fondations de la pile de viaduc située dans le 
jardin de la Société d'horticulture, le long de l'avenue Beaurepaire, on découvrit de nom- 
breux squelettes, enterrés négligemment, presque à fleur de terre; aucun objet sur eux, ou 
en connexion avec eux. H est assez probable qu'il s'agit de cadavres huguenots, enterrés 
après l'assaut du 7 mars 1568. 



I,E SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 6l 

Neuf Allemands sont demeurés prisonniers. On les enferma 



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Emplacement de la Brèche de 1568, à Chartres 
{Bull, du Prot. 1897, p. 292). 

dans les celliers de I^oëns, où ils ne manquèrent de rien (1). 



(1) D'après Aine délibération des échevins, en date du 20 mars, il fallait, tant pour eux que 
pour leur garde, 29 pains et 18 pintes de vin par jour. 



62 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

. L'escalade tentée sur le ravelin Saint-Michel échoua aussi ; 
simple diversion, elle n'avait du reste pas été poussée à 
fond. Mais d'Ardelay fut blessé à mort. Il succomba le 
16 mars. On lui fit de magnifiques obsèques. 

Cependant, Condé ne se rebutait pas. Il avance ses batteries, 
il travaille à élargir la brèche; bientôt un nouveau pan de 
mur s'écroule; la tour des Herses est ruinée; le fossé est 
comblé sur une longueur de trente pas. A la hâte, Linières 
établit un retranchement avec tous les matériaux qu'il a 
sous la main : poutres, bûches, gaules, fascines, sacs de terre, 
pavés, cuves, tonneaux vides, ballots de laine et jusqu'à 
trois baignoires prises à l'évêché (i). L,es femmes ravitail- 
lent les travailleurs; quelques-unes mettent la main à 
l'ouvrage; d'autres ajoutent leurs matelas aux éléments 
hétéroclites de la barricade. 

Dans la nuit du lundi au mardi, le capitaine Jacques, 
celui que nous avons vu à l'œuvre à la porte Saint-Michel, 
descend au pied de la brèche avec quelques hommes, enlève 
les fascines et les tonneaux vides restés depuis l'assaut, et 
les brûle sur la muraille. 

Peine inutile, car le jour suivant les cinq pièces hugue- 
notes tirèrent sans interruption, de 6 heures du matin à 
3 heures du soir (2) . Assise par assise, la muraille est rasée 
jusqu'au pied. Mais lainières continue ses retranchements, 
les munit de traverses; il fortifie le pont du Massacre; il 
dispose des fougasses au pied de la brèche. 

Condé rassemble toutes ses forces pour un deuxième 
assaut. L,a cavalerie descend des hauteurs de Saint-Cheron ; 
une patrouille, qu'elle détache vers la place, perd trois 
hommes sur quatre. On voit des cavaliers mettre pied à 
terre et se joindre aux deux colonnes d'infanterie qui 
s'ébranlent. Plusieurs compagnies s'élancent sur le rave- 



(1) Bull. hist. et phil., 1890, 418. 

(2) Elles tirèrent 169 coups, dit Souchet (IV, 68); trois ou quatre par pièce et par heure- 
Et voilà pourquoi, à cette époque, il fallait, pour passer maître canonnier, savoir tirer trente 
coups dans sa journée. Il est vrai de dire que parfois, on savait aller plus vite. Sans parler de 
tours de force exécutés par simple amusement, ou parvenait, dans la pratique, à tirer 80 à 
too coup3 par jour, à la fin du xvi p siècle. Cf. J. Errard de Bar-le-Duc, Fortification, 3. 







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I<E SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 63 

lin, essayant, comme le 6, d'y entrer par la gorge; mais 
la Huguenote vomit des torrents de mitraille et rend 
le fossé intenable. D'ailleurs, les sentinelles postées dans 
le clocher de Saint-Maurice et dans les vignes ont signalé 
l'existence des retranchements, en arrière de la brèche. 
Condé, jugeant l'assaut impossible, fait rompre le combat. 

Les journées du ioet du n se passèrent en canonnades. 
Le soir du 1 1, Minières sort avec vingt-six arquebusiers, etsur- 
prend un corps de garde d'Allemands, auquel il tue quelques 
hommes. Il espérait parvenir à la batterie voisine et en 
enclouer les canons, mais, prétend Souchet (auquel nous 
laissons toute la responsabilité de l'explication), les guetteurs 
de la ville, voyant circuler les mèches allumées des arque- 
buses, signalent une attaque, et Minières, mieux à même, 
pourtant, d'en juger, se serait docilement retiré, sans autre 
raison, et sans autre enquête. 

Renonçant à poursuivre l'attaque de ce côté, Condé 
change ses batteries le 12, et les dirige contre la porte 
Morard. Ce point offrait, comme la porte Drouaise, l'incon- 
vénient de n'ouvrir que l'accès de la basse ville, mais dans 
des conditions beaucoup moins défavorables. Il avait 
cependant des avantages plus positifs, tirés beaucoup moins 
de sa situation même que des circonstances. On n'a pas 
oublié que dès les premières heures de l'investissement, les 
huguenots s'étaient solidement installés dans les faubourgs 
Guillaume et Saint-Barthélémy, de telle sorte qu'ils étaient 
à couvert jusqu'à la contrescarpe. Ils étaient ainsi maîtres 
des vannes et des batardeaux des fossés, et en état de 
détourner l'Eure et d'arrêter les moulins. Si Condé s'en 
était avisé plus tôt, il prenait la ville, Souchet l'avoue (1). On 
sait de quel faible rendement étaient les quelques moulins à 
bras dont on s'était précautionné. 

Condé fit tirer des coups de canon sur les ouvrages 
avancés de la porte. Pendant ce temps, les pionniers 
cheminaient sourdement, rompaient le batardeaudel'avant- 

(1) IV, 69, Pintard est du même avis. 



64 LES ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

fossé, et l'eau s'y précipitait. Quelques jours de plus, et 
Chartres, acculé à la famine sur ses monceaux de blé. 
allait être contraint à capituler. 

I Ainsi, dès le 12 mars, on constate un ralentissement très 
marqué dans les opérations militaires. L'attaque de la 
porte Morard n'était pas sérieuse. Que les assiégés aient 
attribué cette torpeur au découragement des huguenots, 
il ne faut pas en être surpris, ni leur donner tort absolument. 
Non seulement les apparences semblaient justifier cette 
opinion, mais il y avait bien réellement un peu de lassitude 
chez les soldats de Condé. Mais à l'encontre des Chartrains, 
qui s'attribuaient tout le mérite de cette démoralisation, il 
nous appartient d'en montrer les véritables causes. Biles 
sont tout entières dans les événements politiques qui se 
préparaient. 

Catherine de Médicis était convaincue que la chute 
de Chartres n'était qu'une question de temps. Avait- 
elle reçu les trois émissaires que les assiégés lui avaient 
envoyés (1) ? On ne le sait pas. Mais elle avait pu mesurer 
son impuissance à délivrer la ville. Bile avait tenté de le 
faire. Un « capitaine renommé», La Valette, s'était avancé 
avec 18 cornettes de cavalerie jusqu'à 4 lieues du camp de 
Coligny. Mais celui-ci, prévenu, l'avait vigoureusement 
assailli à Houdan, avec 3.500 cavaliers. La Valette est mis 
en fuite; on lui prend quatre drapeaux; si rapide a été 
l'affaire, qu'il n'a pas perdu beaucoup de monde, mais 
c'est à peine s'il a pu rallier quatre ou cinq cents che- 
vaux, qu'un millier de huguenots pourchassent et serrent 
de près (2). 

Par parenthèse, il n'est pas possible de préciser les 
mouvements de Coligny pendant le siège de Chartres. Il 



(1) Cf. Registre des échevins, séance du 15 mars 1568. 

(2) On ne sut rien à Chartres de cette échauffourée. Car le Livre de Bois d? Saint- André 
dit que la ville ne fut pas secourue. En 1909, M. l'abbé Boudet, curé de Tréon, a raconté à 
la Société Archéologique d'E.-et-I*. la découverte faite quelque temps auparavant à Crécy, 
de sépultures identiques à celles de l'avenue Beaurepaire, dont nous avons parlé. Avec elles, 
on aurait trouvé une des médailles frappées en 1567, où Condé est désigné sous le nom de 
i/ouis XIII (on ne sait ce qu'elle est devenue). Mais comme on a ramassé aussi un bouton de 
casque, nous devons être ici en présence de victimes du combat de Houdan 



EE SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 65 

semble s'être maintenu à une journée de marche de la ville, 
d'abord entre Auneau et Nogent-le-Roi (situé précisément 
à 4 lieues de Houdan), puis à Bonneval, où il est certain 
qu'il a établi son quartier général. En le quittant, il détrui- 
sit l'abbaye, qui était une véritable forteresse, défendue 
par de solides bastions. 

N'ayant rien à attendre du côté des armes, Catherine 
eut recours aux négociations. Coligny, qui connaissait et 
l'astuce de la reine, et la bonne foi trop facile à surprendre 
de Condé, n'était pas d'avis d'entrer en pourparlers. Mais 
Condé ne suivit pas ce conseil. De là, le découragement de 
ses troupes. Elles manquaient de vivres. Elles avaient 
reçu de mauvaises nouvelles de chez elles ; la guerre sévissait 
là-bas, et les familles des soldats étaient menacées. I^es 
contingents de la Saintonge et du Poitou avaient en partie 
quitté le camp, les Allemands désertaient. Tout faisait 
prévoir la fin des hostilités. 

Le 13 mars, arrive à Chartres un trompette du roi, 
suivi du sieur de Combault, qui apporte les préliminaires de 
la paix de L,ongjumeau et annonce une suspension d'armes 
jusqu'au 25 mars. L,a paix fut conclue le 23; elle rétablis- 
sait purement et simplement les prescriptions de l'Édit 
d'Amboise (1). 

I^e parlementaire royal est envoyé le 14 mars à d' Andelot, 
dans le faubourg du Bourg-Neuf. Aussitôt, une convention 
est conclue entre Condé et Minières . L,es huguenots s'éloi- 
gneront de la ville à une portée d'arquebuse (2), et défense 
sévère est faite à la garnison de communiquer avec eux, 
ce qui est assez significatif. 

D'après le traité, les huguenots devaient déposer les 
armes. Ils exécutèrent loyalement cette clause. Dès le 
15 mars, la retraite commence. On a préalablement ruiné 
les léproseries de Saint-Georges de la Banlieue et du Grand- 



(1) Il ne faut pas confondre la paix de I,ongjumeau avec la paix * boiteuse et mal assise » 
de 1570. D'après une lettre de Catherine de Médicis à Condé, le départ du duc Casimir est 
prochain, le 28 mars. lettres de Cath. de Médicis, III, T33. 

(2) D'après S. de Givès. Souchet parle d'une demi-lieue ! 

5 



66 LES ÉGUSES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

Beaulieu (13 mars). C'est à cela, très probablement, que se 
réduisirent les destructions systématiques, si tant est qu'elles 
aient eu ce caractère, ce qui n'est pas prouvé. Y a-t-il eu 
d'autres dégâts? Les renseignements sur ce point sont 
confus, contradictoires et souvent erronés. Ainsi, Souchet 
parle de nouveau, à ce moment, de la destruction de 
Saint-Barthélémy et de Saint-Cheron ; mais il nous dit 
lui-même qu'elles avaient été brûlées (on sait à quel degré), 
le I er mars. Il mentionne de plus l'église de Morancez, 
digne pendant de celle de Jouy. 

Le Papier journal de Saint-Martin (1) signale, pour les 
6 et 12 mars, l'incendie des abbayes de Saint- Jean-en- 
Vallée et de Saint-Martin- au- Val : mais la première avait été 
partiellement détruite par Linières, et toutes deux servaient 
de réduits aux huguenots; ils n'ont donc pu y mettre le 
feu à ces dates-là. Le même document indique l'incendie des 
paroisses de Luisant, Mainvilliers, Saint- Jean du Coudray 
et plusieurs autres. Tout est vague dans ces allégations. 
Mainvilliers avait été brûlé par Linières. On peut supposer, 
tout au plus, qu'il n'avait pas détruit l'église, située assez 
loin de Chartres. Or, cette église a certainement été brûlée, 
et il est facile de voir, par son état actuel, qu'à ce moment 
soufflait un vent violent du nord-est, mais est-ce le I er mars 
ou le 15? D'ailleurs, à part l'abbaye de l'Eau, quelles sont les 
« autres » localités qui auraient été détruites en même temps? 
Nous voilà loin des cinquantes églises dont parle, sans en 
nommer plus d'une, un auteur récent (2). 

Qu'il y ait eu dans les rangs des huguenots — et surtout, 
de leurs mercenaires — des maraudeurs, que par accident ou 
de propos délibéré ils aient allumé de ces incendies qui se 
propagent si rapidement sur les toits de chaume, il faudrait 
une certaine candeur pour le nier. Toujours est-il qu'on ne 
peut leur reprocher aucun attentat contre les personnes, 
dans ce siège de Chartres. 



(1) Aichives d'Eure-et-Loir, g. 383g. Plntard n'est pas plus précis. (Hist. de Chartres, 
ms., f° 426.) 

(2) Méritoires de la Soc. arch. d'Eure-et'Loir, X, p. 452, 



LE SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 ()J 

Souchet prétend, à vrai dire, qu « on trouva dans 
l'église des Filles-Dieu les corps à demi brûlés de plusieurs 
ecclésiastiques tombés entre leurs mains (i) », mais c'est là 
une affirmation peu vraisemblable et que rien ne confirme. 
Lorsqu'on veut à toute force imputer des cruautés aux 
soldats de Condé, on en est réduit à donner une valeur 
historique au conte suivant de Nicolas Le Fébure : «Le 
R. P. Bouvard, prieur du couvent de Chartres, décédé à 
Poissy, l'an 1605, après avoir souffert autrefois beaucoup 
de persécutions et de dangers de mort du temps des guerres, 
jusques là que d'avoir esté exposé et lié nud sur une grille 
et un feu allumé par les soldats hérétiques huguenots, à 
fin de le faire ainsi consumer et mourir; mais à l'ay de de 
la Saincte Vierge, qu'il réclama, il fut miraculeusement 
délivré de ce martyre par un profond sommeil qui saisit 
les soldats. » 

Le Fébure écrivait cela en 1625. Passons. 

Tandis que lansquenets et reîtres regagnaient à petites 
journées leur pays, les corps français de l'armée de Condé 
étaient disloqués et licenciés. Une colonne se dirigea par 
Thivars sur Bonneval, où elle trouva Coligny. Il y resta 
au moins jusqu'à la fin de mars, puis retourna à Orléans 
et de là à Châtillon. Une autre colonne, passant par Illiers, 
gagna Nogent-le-Rotrou, qui appartenait alors à Condé. 

Il est assez difficile d'évaluer les pertes de l'armée 
huguenote devant Chartres. Souchet, plus modéré que 
d'autres, parle de trois à quatre cents morts; bien qu'il 
n'eût aucun moyen d'appréciation, on peut considérer son 
évaluation comme relativement exacte; nous inclinerions 
cependant à la croire exagérée. Du côté des assiégés, il 
y eut deux cent cinquante morts et six cent trente ma- 
lades et blessés, dont soixante-neuf gravement atteints. 
Quelle est la part des malades? On ne peut le dire avec 
Une entière précision; mais d'après certains indices, on 
peut évaluer à près de cinq cents le nombre des blessés. 

(ï) Pintard raconte le fait à peu près dans les mêmes termeâ. Il est encore pins éloigné 
des événements que Souchet, qu'il copie fréquemment (Hist. de Chartres, ms., V 420). 



68 LES ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

Quant à la dépense, elle a été considérable pour la ville 
de Chartres; sans parler du dommage matériel causé aux 
propriétés municipales ou privées, la dépense a été d'envi- 
ron 80.000 livres (1). 

Aussitôt la ville débloquée, Linières inspecte les fortifi- 
cations et pourvoit aux réparations les plus urgentes, 
quatre cents pionniers et de nombreux ouvriers d'État 
relèvent la courtine détruite, rétablissent portes et ponts- 
levis, curent la rivière, encombrée de cadavres d'hommes 
et d'animaux, et devenue pestilentielle. On fait à d'Ardelay 
de pompeuses funérailles, et on prodigue félicitations et 
récompenses aux officiers, à la garnison et aux habitants. 

III. Les suites et les souvenirs du siège. — Peu d'évé- 
nements de l'histoire de Chartres ont fait une impression 
plus profonde sur l'âme de la foule et ont laissé des souve- 
nirs plus vifs. L,a foule est essentiellement ignorante et sim- 
pliste : ne sachant pas ce que nous savons des causes de la 
retraite des huguenots, il est fort naturel qu'elle l'ait attri- 
buée à la bravoure des assiégés. Nous verrons, à pro- 
pos du siège de 1591, ce qu'il faut penser de cette opinion, 
qui ne doit pas influencer à l'excès l'historien du xx e siècle. 
Contentons-nous, pour le moment, d'énumérer les souvenirs 
visibles et les légendes particulières qui ont trait à l'événe- 
ment. 

! Dès le 24 août 1568, on décidait d'enchâsser dans la 
muraille, sur l'emplacement de la brèche, « un épitaphe » 
en latin. Un de nos confrères de la Société Archéologique 
d'Bure-et L,oir a spirituellement raconté l'histoire de cette 
inscription (2) ; comment, depuis l'époque où Jean Grenet 
en a donné le premier projet, vingt-quatre écrivains affirmè- 
rent l'avoir vue, ou la virent en réalité, et en publièrent le 
texte avec de nombreuses variantes, qui se rattachent à 
trois familles, et qui sont toutes inexactes. Je figure dans 



(1) 77-652 1. 4 s. 10 d., d'après Merlet, 80.824 1. 5 s. 10 d. d'après I^épinois. 

(2) I/intéressante communication qu'il a lue à ce sujet, à la Société Archéologique d'Eure- 
et-T Y oir, n'a malheureusement pas été publiée. 



ii'ii 










I,E SIÈGE DE CHARTRES EN 1568 69 

la liste, je l'avoue à ma honte; ne pouvant pénétrer dans 
l'enclos d'où on peut voir l'inscription de près, je m'étais 
fié à mes devanciers. Eh bien, le travail n'a été exécuté qu'au 
bout de plus d'un siècle, et le seul texte authentique est 
celui de la photographie que notre confrère a prise à l'appui 
de son travail (i). 

Outre l'« épitaphe», qui alors n'existait pas encore, on 
éleva, en 1599, la chapelle de Notre-Dame de la Brèche. 
Un dessin à la plume de Lecocq nous a conservé la robuste 
silhouette de l'édifice primitif. Désaffecté en 1791, il a été 
remplacé, en 1843, par une construction d'un déplorable 
gothique troubadour, dont les clochetons mesquins sont 
ornés de chapelets de boulets enchaînés (souvenirs authen- 
tiques du siège), du plus fâcheux effet. Tous les ans, le 
15 mars, une procession venait commémorer là la délivrance 
de Chartres. 

Pourquoi cette chapelle, et pourquoi cette cérémonie 
religieuse? Ici, nous sommes en pleine légende. Il y a, dans 
la chapelle, une statuette de la Vierge, haute d'un peu plus 
d'un mètre, et qui date du xiv e siècle. Elle se trouvait 
autrefois au-dessus de la porte Drouaise, dans la tour 
aveugle que cette porte traversait. Or, c'est à cette statue 
que les pieux Chartrains ont attribué leur délivrance. 
Voici ce qu'écrit un contemporain, du Parc : « Combien 
que les chefs de ceste armée (celle des huguenots) furent 
estimés des plus grands guerriers de l'Europe, mais miracu- 
leusement ils furent aveuglés... I^e miracle est tel qu'il y 
avoit... sur la porte Drouaize ung image Notre Dame, 
contre lequel les ennemis tirèrent plusieurs coups de canon 
tant d'artillerie que d'arquebuze, sans le pouvoir seullement 
frapper, et pour monstrer qu'il fut tiré beaucoup de coups 
contre ladicte porte sur laquelle estoit ledict jmage, le 
pont d'icelle porte fut rompu et couppé à coups d'artillerie, 
et voit-on encore les marques des coups contre les pilliers 
de ladicte porte, et allentour dudict jmage, jusque à quatre 

(r) Ses petites dimensions n'en permettent pas une reproduction suffisamment nette. 



70 LES EGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

doigts, proche d'icelluy, sont encore et se voyent les marques 
de plusieurs coups d'arquebuze tirez à l'encontre d'icelui 
jmage sans qu'il soit frappé de pas ung, ains il y demeure 
sain et entier, malgré l'effort des ennemis pour abattre 
iceluy jmage sans qu'il soit frappé d'un seul coup. Je scay 
bien que les hérétiques et quelques autres guères meilleurs 
(ou pires), mal affectez à la relligion, font des risées de 
cecy», etc. 

Simon de Givès, qui n'était nullement « mal affecté à 
la relligion» — au contraire — ne dit rien de ce prodige. 
Souchet renchérit sur du Parc, et parle des traces de plus 
de mille coups d'arquebuse. Enfin, la tradition populaire, 
amplifiant encore, raconte que la Vierge recevait les balles 
ennemies dans son tablier; et les muses locales ont célébré 
ce prodige avec plus ou moins de bonheur (i). 

Quel fond de vérité y a-t-il sous cette légende? Sans doute, 
il est puéril de prétendre, comme du Parc, que les huguenots 
s'amusaient, en présence de l'ennemi, à tirer sur cette 
innocente statue. Et d'ailleurs, l'eussent-ils fait, cette 
petite image au fond de sa niche n'offrait qu'un but bien 
étroit aux armes imprécises du temps. L,a vérité, c'est qu'en 
tirant sur le ravelin, sur le pont-levis ou sur la courtine, 
les arquebusiers huguenots devaient précisément, en vertu 
du calcul des probabilités, ne pas atteindre la statue, qui se 
trouvait exactement au point mort. Voilà qui prouve que 
leurs balles ne se perdaient guère, et si leur arquebuse ne 
vacillait pas sur sa fourcine, c'est que sans doute leur cœur 
de vaillants soldats ne battait pas trop fort. I^es légendes 
ont du bon. I^e tout est de les comprendre. 



(i) Par un singulier retour, l'un des poèmes catholiques inspirés par le siège de Chartres 
en 1568 devait être l'origine du chant national néerlandais, le Wilhelmus van Nassauwe; 
c'est une chanson de Christophe de Bourdeaux, commençant par ces vers : 

O la folle entreprise 
Du prince de Condé ! 

Dans le Bulletin des Églises Wallonnes, VII, 341, M. J-W. Knschedé a raconté comment 
la mélodie est parvenue dans les Pays-Bas, et comment les paroles en ont été quelque peu 
modifiées. Chr. de Bourdeaux était à Chartres au moment du siège. 



CHAPITRE III 

i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1568 A 158g 

La fin de l'année 1568 n'apporta guère de changement à la 
situation des huguenots chartrains. L'Église est toujours 
dans un état fort précaire, privée de pasteur et très proba- 
blement de culte. 

Le 24 juin, d'Éguilly a été nommé pour la seconde fois 
gouverneur de Chartres. Il arrive avec des instructions pré- 
cises contre les huguenots (1), dont la Cour craint les dépor- 
tements. On les représente comme étant partout en armes, 
révoltés et menaçants. On a commis d'Éguilly pour les 
surveiller à Chartres, non sans avoir prévenu le Corps de 
ville, et, par déférence, la duchesse de Chartres. Entrant 
dans les vues du roi, les échevins prennent immédiatement 
contre les protestants la précaution bien inutile de leur inter- 
dire l'entrée en armes dans la ville; il faut dire, d'ailleurs, 
que toutes personnes armées seront surveillées par le guet, 
suivies dans leurs hôtelleries, et leurs armes « baillées en 
garde à leurs hôtes », personnages de confiance et suppôts 
de la police. Peu de jours après, d'Éguilly demande une 
liste des suspects en matière de religion; on la lui promet. 
Je ne sais quelle suite a eu cette décision, mais il est pro- 
bable que le rôle dressé le 29 octobre 1567 a dû servir de 
base à ce travail. 



(1) lettres datées de Boulogne-sur-Seine, du 3 juillet, et consignées à la date du 8 dan^ 
le registre des échevins. 



72 LES EGLISES JUSQU A E EDIT DE NANTES 

■ Le 13 mars 1569, Anne de Vauldery, sieur de Saint-Pol, 
est nommé gouverneur intérimaire à la place d'Éguilly, 
qui est absent pour six mois. Peu de jours après, le capitaine 
de Lisle signale des assemblées de huguenots armés, en 
Beauce et dans le Perche, et réclame des renforts pour les 
disperser. On demande au vice-bailly de Chartres de ras- 
sembler à cet effet tous les archers disponibles et tous les 
volontaires qui se présenteront; mais ce fonctionnaire 
répond « qu'il est bien malade, que son lieutenant est aux 
champs avec ses archers et qu'il fera tout ce qu'il lui est 
possible (1) ». Cette fin de non-recevoir peu déguisée n'a pas 
lieu d'étonner, quand on connaît les dispositions de la 
magistrature chartraine sous Charles IX. 

Six mois plus tard, les avertissements deviennent plus 
pressants; le roi signale une certaine agitation parmi les 
huguenots de Beauce et de Vendôme, et requiert d'Éguilly 
d'y mettre fin. Aussi décide-t-on (le 19 septembre) de lever 
une cornette de cinquante à cent arquebusiers à cheval; 
bien que, de tout temps, le clergé ait supporté les deux 
tiers des dépenses de cet ordre et les bourgeois le tiers, on 
supplie le roi d'autoriser le clergé à ne payer cette fois, à 
titre d'avance, que la moitié des frais, et ce, jusqu'à con- 
currence de 500 livres. Il est vrai que le reste sera levé sur 
les huguenots. En fait, un ordre du roi, daté du 24 sep- 
tembre, imposait aux religionnaires de la ville, du bailliage 
et de l'élection une contribution de 19.000 livres, pour l'en- 
tretien de la compagnie ; cette imposition devait frapper 
tout le monde, « exemts et non exemts, privilégiés et non 
privilégiés (2) ». Le lendemain, par compensation, le roi 
imposait une contribution de pareille somme de 19.000 livres 
sur la totalité des catholiques de la région, le clergé payant 
le tiers, les habitants de Chartres et de ses faubourgs un 
second tiers, et le reste « dudit bailliage et élection » le troi- 
sième tiers. Comme les catholiques formaient l'immense 



(1) Reg. des échevins, 29 mars 1569. 
'2) là. Séance du 4 octobre. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1568 A 1589 73 

majorité de la population, cette égalité de traitement entre 
les deux cultes ne laisse pas que d'être assez savoureuse; 
mais ce qui lui donne tout son charme, c'est cette pres- 
cription dernière, que la contribution des catholiques leur 
sera remboursée « sur les deniers qui sortiront de l'assiette 
et cotisation faite sur ceux de ladite religion ». On craignait 
simplement qu'étant donné leur petit nombre, on ne pût 
recouvrer toute la somme sur eux. 

Le 9 mai 1572, Jeanne d'Albret traverse Chartres; elle 
arrive, vers 2 heures de l'après-midi, à l'évêché. Son 
séjour fut court, car le 15 mai, elle est à Paris, où elle va 
loger en l'hôtel que Charles Guillard possédait près les 
Filles pénitentes. Bile devait y tomber malade le 4 juin, 
« d'une fièvre pulmonique », et mourir le 19. Peu après, le 
4 juillet, c'est le roi de Navarre lui-même qui passe par 
Chartres, se rendant à Paris pour son mariage ; il logea aussi 
à l'évêché, d'où il partit le lendemain (1). On sait ce que 
devaient être ses « noces rouges». Voici le contre-coup que 
la Saint-Barthélémy eut à Chartres. 

Le 25 août (2), le Corps de ville reçoit une lettre du roi, 
datée du 22, qui raconte comment Coligny a été blessé en 
sortant du Louvre. Charles IX est sincèrement affecté de 
ce malheur, et parle d'infliger un châtiment exemplaire au 
coupable. Il exhorte ses fidèles sujets à la vigilance contre les 
fauteurs de troubles; une lettre de Cossé, écrite le lende- 
main, mais arrivée en même temps, se fait l'interprète des 
mêmes recommandations. 

Au reçu de ces nouvelles, les échevins sont plongés dans 
la stupeur. Il est surtout une allusion qu'ils ne comprennent 
pas, c'est celle aux agents de désordre qu'on leur recom- 
mande de surveiller. Comme les huguenots, que vise la 
lettre royale, sont depuis plusieurs années les plus paci- 
fiques des hommes, on ne songe nullement à eux. A la fin, 
on s'avise que « quelques compagnies et gens inconnus» 



(1) Souchet, IV, 80, 

(2) Reg. des échevins 



74 UES ÉGLISES JUSQU'A r/ÉniT DE NANTES 

sont entrés au prieuré de Saint-Martin-au-Val, et y fré- 
quentent « des personnes suspectes à la ville». Nous y 
sommes ! pensent les braves édiles. Alors, « il est ordonné 
qu'on écrira au prieur dudit Saint-Martin-au-Val, en lui 
remontrant les conséquences et le requérant d'y pourvoir; 
autrement, il ne trouvera pas mauvais, si on y met garni- 
son ». Et les est amers, agents provocateurs destinés à sou- 
lever les huguenots, pour avoir ensuite un prétexte de les 
massacrer, sont contraints de s'éloigner. Voilà comment la 
Saint- Barthélémy ne fit peut-être guère de victimes à 
Chartres. Pourtant Cavalli, l'ambassadeur de Venise à la 
Cour de France, a pu citer Chartres parmi les villes où le 
massacre avait eu lieu (lettre au doge, le 27 août. Cf. Bull, 
du Prot., 1909, 541). I^a honteuse diplomatie de la Cour avait 
trouvé des consciences droites, qui ne la comprirent même 
pas. 

Tout, du reste, est loyauté et bon vouloir chez les éche- 
vins de Chartres. Car, dans la même séance, ils prennent 
leurs précautions contre l'éventualité d'une émeute. Cha- 
cune des six compagnies de la garde bourgeoise fournira 
un détachement de trente arquebusiers, pour maintenir 
l'ordre dans le quartier. N'y eut-il réellement aucun trouble? 
Nous le verrons tout à l'heure. 

Le 26, arrivent deux lettres de la Cour, écrites l' avant- 
veille, et qui racontent à leur manière le terrible drame du 
jour. Comme elles ont été adressées à d'autres villes, on les 
a souvent publiées; aussi nous n'insisterons guère sur leur 
contenu, sur le revirement qu'elles montrent dans l'esprit 
faible de Charles IX, hier séduit par Coligny, aujourd'hui 
subjugué par le parti responsable de sa mort. On connaît, 
du reste, l'explication officielle, qui s'étale dans ces docu- 
ments : le roi allait faire bonne justice du criminel qui avait 
blessé l'amiral, mais les huguenots se sont soulevés pour le 
venger, et il a fallu sévir contre eux. Et alors, protestation 
de vouloir maintenir l'Édit de pacification, exhortation à 
« courir sus à ceux qui voudraient enlever et désobéir » à la 
volonté royale. L,a deuxième lettre est plus explicite encore. 



l/ÉGIJSE DE CHARTRES DE 1568 A 1589 75 

Elle accuse positivement un vague capitaine La Bruyère de 
vouloir surprendre Chartres, et enjoint aux autorités de la 
ville de tenir leurs portes closes. 

Les échevins font publier ces deux lettres à son de trompe 
dans tous les carrefours, et ils envoient un exprès à 
d'Éguilly pour l'assurer que «l'on a pourvu à la garde de la 
ville, pour éviter qu'il riavienne autant que la nuit dernière». 
Ainsi, malgré les précautions prises, il y avait eu des 
troubles, et le mot de l'ambassadeur de Venise se trouve 
justifié. Mais, au surplus, il n'est pas possible de savoir 
jusqu'où les choses en sont venues, ni ce qui s'est réelle- 
ment passé. Les autorités n'ont certainement pas été 
complices des désordres; elles semblent avoir été débor- 
dées. 

Le 30, on reçoit une nouvelle lettre du roi (elle est datée 
du 28). La première version officielle de la Saint- Barthélémy 
ne chargeait pas encore assez les huguenots : il fallait, pour 
justifier l'horrible attentat, imaginer d'autres griefs. Alors 
on invente l'histoire d'une prétendue conspiration de l'ami- 
ral contre le roi, avec, comme complices, tous les notables 
huguenots. Sans doute, on ne prétend pas qu'un aussi détes- 
table forfait soit dans la pensée de tous les protestants, et 
l'on exprime de nouveau la touchante sollicitude que l'on a 
pour leur tranquillité et leur vie. Mais ce gage d'impartia- 
lité donné, on interdit formellement et radicalement les 
« presches et assemblées qui se pourraient faire tant es 
maisons desdits gentilshommes que ailleurs ». C'est ce que 
l'on appelait, à la Cour, observer les Édits. 

A d'Éguilly, on adresse le même jour des instructions 
plus précises encore. On lui affirme que le récit de la mort 
de l'amiral a été « déguisé» (i). Et on l'autorise à courir 
sus aux huguenots et à les tailler en pièces, s'ils refusent de 
« circuler», lorsqu'on les aura enjoints de dissoudre leurs 
assemblées. 



(1) Involontaire calembour! On avait, en effet, dépouillé ce récit des ornements que les 
Guise y avaient ajoutés. 



76 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

Mais comme, malgré toutes les explications de la Cour, 
on continuait à ne pas croire au soi-disant complot contre 
le roi, ni à ses bonnes intentions à l'égard des huguenots, 
il écrit encore le 19 novembre. Il paraît que certains pertur- 
bateurs « ont fait semer un bruit qui est allé de main en 
main ( ! ), par toute cette ville que l'on vouloit coure sus à 
ceux qui ont esté de la nouvelle opinion et les achever 
d'exterminer». Il me semble que le roi lui-même avait 
semé ce bruit qui, selon sa gracieuse expression, allait de 
main en main. Mais il paraît que l'on n'avait pas compris, 
qu'il ne s'agissait pas d'un massacre général, mais simple- 
ment d'une éventuelle « opération de police un peu rude », 
contre tous émeutiers quelconques. 

Charles Guillard n'avait pas attendu ces paroles rassu- 
rantes pour en agir à sa guise. Comme l'Église de Chartres 
était toujours sans pasteur, il s'était avisé, le I er no- 
vembre 1572, d'amener avec lui à Chartres « un certain 
moine des Vaux-de-Cernai, dont il était abbé», et de le faire 
prêcher dans la cathédrale. « Ce moine, dit Souchet, tou- 
jours convaincu de l'orthodoxie de l'évêque (1), ce moine 
aiant avancé quelques propositions mal digérées, devant le 
peuple de Chartres, qui a l'oreille assés délicate et l'esprit 
bon et la religion catholique en considération, il n'en fut 
content. » On fit un tel tumulte, que Guillard le fit descendre 
de chaire. Ils se retirèrent tous deux en l'hôtel épiscopal, en 
attendant les vêpres. Mais comme la populace, encore hou- 
leuse, s'amassait, l'évêque fit atteler son carrosse, et sortit 
de la ville. Jusque hors la porte Guillaume, des hommes, 
des femmes, des enfants le poursuivent de huées, lui jettent 
des pierres et de la boue. Il faut croire que d'aucuns ripos- 
tèrent, car il y eut plusieurs blessés. 

Il paraît que Charles Guillard eut tant de chagrin de 
cette échauffourée, qu'il jura de ne jamais revenir à 
Chartres, et qu'il résigna son évêché entre les mains de 
Nicolas de Thou, frère de l'illustre premier président du 

(1) iv, 83. 



i/ ÉGLISE DE CHARTRES DE 1568 A 1589 77 

Parlement de Paris. Retiré dans l'hôtel qu'il possédait 
dans la capitale, et que sans doute il avait hérité de son 
oncle, Charles Guillard mourut le 22 février 1573, muni des 
sacrements de l'Église, fait observer Souchet, qui tire de ce 
fait les conséquences qui lui sont coutumières; mais nous 
savons qu'à cette époque, le fait d'avoir reçu l'extrême- 
onction ne signifiait rien du tout, quant aux tendances de 
l'esprit et aux dispositions intimes de la conscience. 

Iya mort de l'évêque qui avait été leur secret allié n'eut 
pas d'influence sur la tranquillité des protestants de 
Chartres. Ils ne font guère parler d'eux les années suivantes. 
Le 23 octobre 1574, on renouvelle, à l'adresse d'Éguilly, le 
vieux cliché d'une menace d'agression, mais les échevins 
ne la prennent guère au sérieux. Il y eut encore une alerte 
du même genre en avril 1576; on fait réparer les fortifica- 
tions, moudre les grains, et on envoie au dehors des espions, 
mais il semble que ces mesures de prudence n'aient pas été 
poussées bien loin. On se rendait parfaitement compte que 
la ville ne courait aucun danger. 

L/Édit de pacification de septembre 1577 sanctionna la 
fin des troubles. 11 permettait aux réformés d'habiter par- 
tout sans être inquiétés pour motif de conscience, aux 
seigneurs hauts- justiciers de faire célébrer le culte protes- 
tant dans leur maison; à titre privé seulement, pour les 
seigneurs de moindre importance. I/exercice public est 
autorisé partout où il avait lieu le 17 septembre, et de plus, 
dans les faubourgs d'une ville, ou dans une localité quel- 
conque par bailliage. Enfin, des cimetières seront accordés 
aux huguenots. Tels sont, du moins, les articles de l'Édit 
de Poitiers qu'il peut être nécessaire de mentionner ici. 

L,es effets de l'Édit se firent très rapidement sentir à 
Chartres. Dès le 31 mars 1578, « M. de Montescot, notaire 
et secrétaire du roi, fait signifier aux échevins et habitans, 
l'arrest qu'il a obtenu contre eux au sujet des exemptions 
par lui prétendues et contre lequel les échevins entendent 
se pourveoir ainsi qu'il appartiendra ». 

Dans la séance du 27 mai, on examine la requête des 



78 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

réformés, demandant à avoir Brétigny (i) comme lieu 
d'exercice « et un cimetière pour enterrer leurs morts». 
Les échevins estiment que l'affaire exige une assemblée plus 
nombreuse que la leur, et, dans l'après-midi, ils font com- 
paraître en la Chambre de ville (2), MM. L,e Rousse, (il est 
huguenot, et peut-être membre du Consistoire), sieur de 
Fontaines et prévôt de Chartres; Goullet, procureur du 
roi, également huguenot; Chaillou, second avocat du roi, et 
Cochard, chanoine de Chartres, et plusieurs autres. Après 
mûre délibération, on décide de concéder comme cimetière : 
ou un jardin sis « devant le monastère des Filles-Dieu» et 
appartenant à M elle de Loche (dont nous aurons à parler 
dans la suite) ; ou le jardin que Pierre Lemaire possède der- 
rière Saint- Jean-en- Vallée, hors la porte Châtelet; ou bien 
encore celui de Pierre Drappier, hors la porte des Épars ; ou 
bien enfin un triangle de trois ou quatre perches, « faisant 
partie d'une grande place commune hors la porte Châtelet, 
près le cimetière de l'hostel Dieu, à prendre entre les che- 
mins qui traversent de Vaulx roux à la porte Châtelet, et de 
ladite porte à l'ancien couvent des Cordeliers et de la porte 
des Épars audit Vaulx roux » ; c'est-à-dire, une partie du 
Marché- aux-che vaux actuel, près d'une butte qui a été 
rasée lors de la construction de la gare, et qui était formée 
des balayures de la ville. Nous ne savons lequel de ces 
quatre emplacements fut définitivement choisi. Sans doute, 
l'incertitude se prolongea, puisque, après l'Édit de Nantes, 
on donna comme cimetière aux huguenots un cinquième 
terrain, situé à côté de l'emplacement de la salle Sainte-Foy 
actuelle. On remarquera aussi que le pasteur n'est nulle- 
ment mentionné parmi les personnages consultés, ce qui 
semble bien prouver que Hugues Renard n'avait jamais été 
remplacé (3). 



(1) Commune de Sours; le Brétigny dû traité. 

(2) Alors rue des Changes. 

(3) Cependant, il semble que les protestants de Chartres aient tenu des assemblées régu- 
lières dans l'un des jardins mentionnés ci-dessus. I,e ro janvier T579. ° n baptise, à Sainte- 
Foy, Josias, fils de Martin Cho9tereau et d'Anne Hostot; ils sont huguenots, et ils vou- 
laient faire baptiser l'enfant au parc, où se tient la damnabïe prêche. Mais leâ grands parents 



l/ÊGUSE DE CHARTRES DE 1508 A 1589 79 

Quant au lieu d'exercice, on trouva Brétigny trop près de 
Chartres (7 kilomètres!), et l'on estimait plus conforme 
aux Édits, qui prétendaient ne gêner en rien l'exercice de 
la R. P. R., de contraindre ses adeptes chartrains à se 
rendre dans les faubourgs de Châteauneuf ou à Gallardon, 
c'est-à-dire à 6 et à 4 lieues de la ville. Ce détail nous 
apprend, au surplus, que les Églises de Châteauneuf et de 
Gallardon étaient dans un état moins précaire que celle de 
Chartres. Le culte devait s'y célébrer à peu près régulière- 
ment, et par conséquent, il y avait un pasteur. 

Iyorsque, vers l'automne 1578, on nomma les députés de 
Chartres aux États de Blois, on délégua pour le tiers état 
deux avocats, dont l'un, Ignace Olive, est certainement 
huguenot, et dont l'autre, Nicole Guillard (1), l'est très 
probablement, s'il est fils de Hubert Guillard, dont la veuve 
est mentionnée sur la liste des protestants mis à contribu- 
tion en 1567. 

Le 29 septembre 1579, François d'Escoubleau de Sourdis 
est nommé gouverneur de Chartres. Peu de temps après, les 
hostilités recommencent, et Sourdis, que la prise de la Fère 
par Condé inquiète, recommande aux Chartrains d'être sur 
leurs gardes. On voit, par le détail de ses ordres, que la 
brèche de 1568 n'avait pas été réparée (2). Nouveaux ordres 
le 22 avril 1580; on redoute les gens de passage et on 
ordonne, sous peine de 10 écus d'amende, aux taverniers et 
cabaretiers de les signaler à la police. Il y avait des assem- 
blées de religionnaires dans les campagnes; des hommes 
partaient secrètement pour l'armée. Partout, on surveille 
les huguenots (3). 

On avertit les habitants de Courville, d'Illiers, de Brou, 



portent subrepticement le bébé à l'église. (Reg. de Sainte-Foy. Cf. Eecocq. Une Page du Pro- 
testantisme en 1565, in fine. Garnier, 1859). Par qui ce service était-il assuré? Très proba- 
blement par Michel Grosteste, pasteur à Châteauneuf. 

(1) Souchet, IV, 101. 

(2) Elle ne l'était pas davantage en mai 1580, ainsi que le prouvent les déclarations de 
Sourdis à l'assemblée réunie à cette date. 

(3) Mentionnons pour mémoire le fait que t Jean du Bois, dit le Nattier vert, luthérien » 
abjura cette année-là, et qu'à cette occasion un miracle aurait eu lieu dans la paroisse 
Saint-Maurice; 



80 I,ES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

de Bonneval, de Nogent-le-Rotrou (i), de Gallardon, d'au- 
tres villes encore, d'éviter des surprises possibles; d'où l'on 
peut inférer que ces localités étaient de petits centres pro- 
testants. Nous savons du reste que des assemblées s'y 
réunissaient vingt ans auparavant (2). 

Comme toujours, l'alerte fut vaine et il en fut de même 
en 1581, lorsque les échevins d'Orléans avertirent ceux 
de Chartres « qu'une grosse troupe de gens de guerre estans 
près et es environs d'Orléans, composée de gens inconnus, 
sans aveu et commission», marchait sur Chartres (3), et 
lorsque, huit jours après, le roi instruisait Sourdis des mou- 
vements, d'ailleurs lointains, de Condé. 

En mai 1583, M. de Reclainville signale des conventicules 
de gens armés ; mais six semaines plus tard, il n'en est plus 
question. On accuse seulement M. des Iyigneris, seigneur de 
Morancez, d'interdire aux marchands le passage sur ses 
terres. 

Tout est calme l'année suivante. En mars 1585, par- 
viennent à Chartres de lointains échos des luttes qui ont 
recommencé. Le Roi recommande d'observer les Édits de pa- 
cification, tout en maintenant le bon ordre. I^es mesures 
qu'il prescrit à l'égard des gens de guerre ne concernent 
plus spécialement les huguenots, car maintenant, c'est 
la Iyigue que le Roi combat. I^e 11 avril, on signale ses troupes 
dans le Pays chartrain, ou plutôt, des gens de guerre dont 
les desseins sont inconnus; mais, le 20 juin, c'est l'ap- 
proche des forces de Joyeuse qu'on redoute, et on lui envoie 
M. de Montescot (4) , pour le prier de ne pas permettre à ses 
troupes de paraître à moins de 2 lieues de la ville. Puis la 
tranquillité revient. I/Édit de Nemours (5) (18 juillet 1585) 
ne paraît pas l'avoir troublée à Chartres. 

(1) I,a délibération des échevins que nous citons (22 avril 1580) parle du « Bailliage de 
Chartres»; en conséquence, ne faut-il pas lire : Nogent-le-Roi? 

(2) Mentionnons encore la peste qui ravagea Chartres en 1580. On dut enterrer les corps 
dans le clos de Beaurepaire. Mais, sans doute, on ne les enterra pas sans soins et à fleur de 
terre, comme les corps découverts en 1908 ! 

(3) Séance du 6 février. 

(4) Claude de Montescot, dont il sera question dans le chapitre suivant. 

(5) Il révoquait tout ce qui avait été accordé aux protestants par les traités précédents. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1568 A 158g 8l 

Elle n'est menacée qu'en novembre 1587, vers le mo- 
ment de la bataille d'Auneau (1). I,e chancelier de Cheverny, 
qui est lieutenant général de Chartres et du Pays char- 
train, informe les autorités de l'approche d'un régiment 
d'infanterie, que le colonel Sarlabry (2) amène pour la 
défense de la ville. On dépêche à sa rencontre Montescot, 
qui est maintenant trésorier général de la Maison du Roi, 
avec un élu et un échevin; congratulations, présents, sup- 
plication de « contenir ses gens, de sorte que le peuple n'en 
soit foulé jusqu'à ce qu'il soit besoin de les introduire dans 
la ville ». Ils y entrèrent trois jours après, le 14 novembre, 
avec Sourdis et sa compagnie. On fit bonne garde, car les 
reîtres n'étaient pas loin. 

Après avoir campé, le 15, très près de Chartres, l'armée 
protestante avait rétrogradé (3) ; quelques jours plus tard, 
elle occupait Auneau, dont le château demeurait aux mains 
des ligueurs. L,e 21 novembre, une troupe de trois à quatre 
cents reîtres tombe dans une embuscade, que lui tendait 
L,a Châtre, un lieutenant du duc de Guise, et est ramenée 
vivement dans Auneau. L,e 24, au moment où l'armée s'ap- 
prêtait à décamper, elle est surprise par le duc de Guise ; il 
y eut une panique. L,es reîtres s'embarrassaient dans les 
chariots qui encombraient les chemins. Guise en fit un 
facile carnage et emporta un riche butin. A peine quelques 
hommes se sauvèrent-ils en sautant par-dessus la muraille. 

Iy' année 1588 n'offre aucun événement notable (4), si ce 
n'est, à la fin de septembre, la présence aux environs de 
Chartres de groupes de huguenots armés. On se borna à 



(1) I,e 26 octobre, Cath. de Médicis (Lettres, IX, 260; fait refluer sur Chartres les grains 
de la région. 

(2) Reg. deséchevins; Sarlabons, d'après Souchet; en réalité il s'appelait Raymond de 
Cardillac, seigneur de Sarlabous; il amenait 7 compagnies. Lettres de Cath. de Médicis, 19. 
274- • 

(3) Mêm. de la Ligue, III, 225 ss. Tous ces passages de troupes avaient beaucoup gêné la 
culture et produit une cruelle disette. On dut prendre, pour y remédier, des mesures spé- 
ciales, dont le détail sort de notre sujet. 

(4) Nous ne raconterons pas le court séjour de Henri III à Chartres après la journée des 
barricades, ni la harangue où il souhaite voir « le dernier Hérétique en peinture dans cette 
chambre». Mém. de la Ligue, II, 365, 



02 LES EGLISES JUSOU A L EDIT DE NANTES 

porter à dix hommes les corps de garde et à faire des rondes 
de nuit. 

Mais au commencement de 1589 (1), Chartres se rallie à 
la Ligue. Nous verrons que cet événement eut, tant pour 
les huguenots que pour la ville elle-même, les plus graves 
conséquences, 

(1) L,e 22 janvier 



CHAPITRE IV 

i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 

I. Chartres Ligueur. — Installée tardivement à Chartres, 
où elle compta toujours de nombreux ennemis, parmi les 
bourgeois, parmi le clergé, et tout d'abord l'évêque de Thou, 
la Ligue traita la ville en place conquise. Bien loin de cher- 
cher à se concilier des sympathies, on dirait qu'elle prit à 
tâche, dès le début, de s'aliéner tous ceux dont elle aurait 
dû, tout au moins, sauvegarder la neutralité. Un de ses pre- 
miers actes, le 6 février 1589, fut de faire « deffenses aux 
habitans de la ville, de quelques état, qualité et condition 
qu'ils soient, sur peine de la vie, de prendre ou forcer aucunes 
maisons de cette ville, ni d'entrer par violence, ni d'em- 
porter aucun meuble, argent, ni autres choses quelconques, 
et à l'égard des meubles, lettres, titres et enseignements 
étant es maisons de ceux qui se trouveroient hérétiques, 
fauteurs d'hérésies et contraires au party de l'Union, tels 
déclarés et approuvés en la chambre, seront lesdits 
meubles pris par bon inventaire pour estre vendus et em- 
ployés aux affaires de ladite Union)). 

Cette impudente spoliation commença le jour même. 
Nous aurions voulu nous borner à raconter les vexations 
dont les huguenots ont été les victimes, mais il n'est pas 
toujours facile de faire le départ entre les suspects des deux 
catégories. Le premier qui tomba entre les griffes de ces 
messieurs est Claude de Montescot, dont on connaît le 



84 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

charmant hôtel, aujourd'hui Hôtel de ville de Chartres. 
Claude de Montescot est « convaincu d'être contraire au 
parti de l'Union de la ville et proditeur de sa patrie», et 
pour ce motif, on ordonne une saisie de tous ses meubles, 
de ses métairies et de ses biens; on fera comparaître fer- 
miers et métayers « pour apporter et voir les baillées des 
fermes et métairies qu'ils tiennent de lui, pour icelles baillées 
viies, faire et ordonner sur ce que l'on verra à faire pour 
raison ». Montescot faisait bâtir à Oisème : on ordonne que 
les matériaux seront amenés à Chartres, « et employés aux 
fortifications et réparations d'icelle» (2 mars). Le 9, « saisie 
entre les mains de Jean Laurens, fermier du revenu tem- 
porel du prieuré de la Madeleine du Petit Beaulieu, sur le 
sieur de Montescot, titulaire dudit prieuré», et ce ne sera pas 
la dernière, mais n'anticipons pas. 

Ce même 2 mars, on envoie un homme à Jouy, « par 
devers un nommé Etienne Brière, facteur de la demoiselle 
dudit lieu », pour le sommer de comparaître devant la 
Chambre. On veut savoir « s'il a été payé du vin par lui 
vendu à Pierre Régnier, marchand demeurant audit 
Chartres, pour et au nom de ladite demoiselle». On fait 
l'inventaire des armes de René Dolandon. On interroge 
Jean Bernier; il jure n'avoir rien qui appartienne au sei- 
gneur ou à la dame de Jouy, ni à d'autres hérétiques, si ce 
n'est douze poinçons de vin clairet du crû de Jouy; mais 
qu'on lui doit encore le prix des tonneaux. Le vin est saisi et 
vendu. 

Le 6 mars, les suspects ayant été relégués dans leurs 
maisons, on commence par imposer une caution à tous les 
huguenots et politiques dont la liste a été arrêtée. Le len- 
demain les nouveaux édiles s' apercevant que les suspects 
ont pu communiquer avec le dehors, précisent les mesures 
prises la veille, pour assurer l'isolement de leurs prisonniers. 
Puis ils procèdent à un certain nombre de jugements. 
M e Mathurin Leroy, conseiller au présidial, présente deux 
cautions, et est relâché. De même, Adrien Aubert, sergent et 
archer du vice-bailly; puis Jean de la Croix, son camarade; 



l/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 85 

Michel Baudo, dit Furet, qui est mercier; Louis Bruneau, 
cordonnier; Jacques Le Maréchal, mercier; François de 
Villiers, procureur. On destitue Jarry, gager de la paroisse 
de Saint-Martin, qui avait mis un zèle insuffisant à lever 
des deniers pour les foitifications. 

Le 9, comparaît Pierre Lemaire, fermier de la Maladrerie 
du Grand Beaulieu, qui verse 400 écus sol, « en laquelle 
somme ledit sieur Lemaire s'est trouvé redevable par le 
sieur Saint-Privé, prieur et administrateur dudit Beaulieu ». 
On fait, dans toutes les maisons suspectes, des perquisitions 
pour saisir les livres hérétiques. On ordonne la saisie des 
biens du sieur de Sausseux et de la demoiselle de Loche. 

Nous apprenons, par l'énumération des fermiers, que le 
premier avait des propriétés à Saint-Prest (entre autres le 
moulin de Plateau), à Gasville, à Coltainville, à Baillolet. 

Cependant, le 13 mars, on veut bien élargir les suspects, 
sous bonne caution. Le 15, injonction « à tous les manans et 
habitans » de Chartres de dénoncer les biens des protestants 
et des ennemis de la Ligue, sous peine d'être traités comme 
eux. Le 16, nouvelle saisie des revenus du sieur de Saus- 
seux. Puis on interdit trois magistrats suspects : Pierre Che- 
veux, lieutenant particulier du bailliage, Macé Lapoustoire 
et Mathurin Leroy, tous deux conseillers. Le 17, on fait 
dénoncer à l'élu Cheron les biens appartenant à la demoi- 
selle de Loche, dont il est détenteur (1) ; on saisit tous les 
blés des hérétiques et des politiques, mais on relâche, sous 
caution, Thierry Le Boullanger, « maître texier en draps, 
serges et estamets». Le 18, saisie des blés de Montescot et 
de Chollet. On revient à la charge, le 20, pour le sieur de 
Sausseux; on vend ses meubles, 18 muids 3 setiers de blé 
saisis dans une de ses fermes. Puis, le lendemain, on retombe 
encore, après avoir tracassé à leur sujet Antoine Rossignol, 
l'avocat du roi Grenet, Michel Baudo; l'élu Cheron et M. de 
Boisbissay, sur Montescot, et sur M me de Loche, et sur 
Chollet, et sur la veuve du sieur de Beauj oyeux, née Chollet. 

(1) 225 livres de rente avec le capital, 1 muids 3 setiers de blé. 



SC) L,ES ÉOUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

On la condamnera, le 27 mars, ainsi que Mathurin Bellois, 
qui a été en affaires avec elle, ou plutôt on les détroussera 
tous deux (1). 

Ces opérations financières furent un moment inter- 
rompues par des préoccupations plus graves. Vers le mois 
de mai, le roi de Navarre, pourchassant le duc de Mayenne, 
se jette dans le Perche-Gouèt (2), surprend Châteaudun, 
Brou, Illiers et Courville, s'empare de Villebon (qui appar- 
tenait alors à La Vieuville) et menace Chartres. Les exac- 
tions des ligueurs avaient déjà porté leurs fruits. Les sus- 
pects, spoliés et traqués, se vengeaient en cherchant à 
empêcher l'accès des vivres, du bois, du charbon, et en trai- 
tant les fermes des ligueurs comme on avait traité les 
leurs (3). 

Le jeudi 18 mai, dans la semaine de Pentecôte, Châtillon 
et Sourdis passent la Loire à Beaugency, « avec mille ou 
douze cents chevaux et quelques arquebusiers (4) », et 
marchent sur Chartres. Apprenant que des cavaliers 
ligueurs battent l'estrade, ils jettent sur Bonneval un 
détachement de quelques hommes. Ils se heurtent, près de 
Luplanté, avec l' avant-garde des trois ou quatre cents sol- 
dats de Saveuse, qui, vigoureusement chargée, se retire au 
galop. Le gros est à Vitray, « à côté du chemin de Bonne- 
val ». Une rapide action s'engage, dans laquelle les ligueurs 
sont complètement battus (5). Leur chef, Saveuse, est 
blessé mortellement, et comme il a eu pour le soigner un 
chirurgien huguenot, Jean Ha, on accuse celui-ci d'avoir 
volontairement hâté sa fin « pour complaire au roi de Na- 
varre». D'où une rixe, au cours de laquelle Ha fut tué. 



(1) Reg. des échevins, à la date. 

(2) Souchet, IV, 162 ss. 

(3) Us obéissaient en cela à l'ÉMit du 27 avril 1589, par lequel Henri III avait déclaré 
coupables de lèse-majesté les ligueurs de plusieurs villes (Chartres entre autres), et avait 
confisqué leurs biens. 

(4) « 200 chevaux et pareil nombre d'arquebusiers >>, disent les Mém. de la Ligue, III, 
548- V. aussi de Thou, livre 95. 

(5) D'après les Mém. de la Ligue, III, 549, presque toute la troupe des ligueurs resta sur 
le carreau, soit pendant le combat, soit pendant la poursuite. Châtillon et Sourdis n'éprou- 
vèrent que des pertes insignifiantes. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE I589 A 1598 87 

Le soir du combat, il y eut un terrible orage, grâce auquel 
les bagages de Saveuse purent échapper au vainqueur. On 
conduisit les blessés à Chartres, et il y eut dans la ville une 
certaine inquiétude. Les huguenots arrivèrent jusqu'au 
faubourg des Épars, brûlèrent la maison du Chariot (i), 
tuèrent quelques hommes et firent plusieurs prisonniers. 
L'affaire, d'ailleurs, n'eut pas et ne pouvait avoir d'autres 
suites, un simple raid de cavalerie n'étant pas en état de 
prendre, même par un beau coup de main, une place de 
l'importance de Chartres. 

Cependant, mettant à profit cette alerte, Montescot, qui 
s'était réfugié à Beaugency, tenta de rallier la ville à la 
cause royale. Il écrivit à « Messieurs de la ville de Chartres ». 
et au « Receveur des deniers communs de ladite ville », les 
deux lettres suivantes, datées du 15 juin (2). 

« M rs , il a plu à Dieu si bien disposer les affaires du Roi que cha- 
cun peut prévoir que sans doute, l'autorité de S. M. se doit rétablir 
partout dans peu de tems, qui me fait penser que vous qui n'avés 
été et n'êtes des plus passionnés de ceux qui artificiellement ont 
été séduits, ne voudrés être des derniers à vous réduire. Je n'ai 
voulu faillir, pour l'obligation que j'ai à ma patrie en général, et 
l'affection que j'ai en particulier à mes amis, de vous faire cette 
lettre, pour vous avertir que, quand la volonté vous viendra de 
vous réduire sans que je prétende vous en donner autre persuasion 
que ce qui viendra de vous-même, je vous conseille, comme votre 
ami, de ne vous adresser à autre qu'au Roi directement, duquel 
vous aurés beaucoup meilleur marché que de vous adresser à 
aucun autre ; en quoi je vous assisterai de ce qui sera en ma puis- 
sance, nonobstant les indignités qui m'ont été usées, que je sais 
qui ne sont procédées des honnêtes gens, vous ayant conservé de 
bons amis qui intercéderont pour vous quand vous voudrés recon- 
noître, me tenant près de S. M. pour vous y servir. Si vous voulés 
envoyer quelques uns, je vous ferai envoyer passe-port pour la 
sûreté de leur voyage, et ferai pour le bien de la Ville comme vous 
sçavés que j'ai toujours fait. Nous allons droit à Paris où l'on a pas 
opinion que M r de Mayenne se puisse opposer aux forces du Roi, 



(1) I^épinois, Hist. de Chartres, II, 302. Pintard (Hist. de Chartres f» 471) place cet épi- 
sode le 2 juin; il !e raconte en détail. 

(2) Rég, des échevins, 17 juin 1589. 



88 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

qui sont plus grandes que vous ne voudriés croire de le vous écrire. 
Plus vous viendrés de bonne heure à vous reconnoître, plus vous 
aurés bon marché de ce qui s'est passé. Me reposant à vos bonnes 
grâces, je prie Dieu vous donner, Messieurs, en santé, très bonne et 
longue vie. De Beaugency le 15 juin 1589. An bas en souscription 
est écrit, votre bien affectionné et meilleur ami De Montescot, et 
au dessus, à M rs M rs de la ville de Chartres, à Chartres. 

« Monsieur, voyant les villes branler autant à se remettre en 
l'obéissance du Roi, comme elles ont été ausées à s'en divertir, j'ai 
pensé qu'un mot d'avis ne pouvoit nuire à la nôtre, qui a été cause 
que je vous ai adressé la lettre que j'en écris; laquelle je vous prie 
de faire voir, pour le moins, à ceux que vous jugerés de votre hu- 
meur, et non aveuglés de passion. Si on a envie de se reconnoître, 
je ferai tout ce qu'il me sera possible pour adoucir la colère du Roi, 
près duquel je conserverai des amis pour vous servir en général et 
en particulier en tout ce qu'il me sera possible. Souvenés vous que 
les plus courtes folies sont toujours les meilleures, et le plus tost 
que vous pourés reconnoître sera le meilleur. Si vous avés affaire de 
moi, vous aurés toujours nouvelles de mes nouvelles près du Roi. 
Me répondant à votre bonne grâce, je prie Dieu, Monsieur, vous 
donner en santé une bonne et longue vie. De Beaugency ce 1 5 juin 
1589, et au-dessous est écrit : Votre affectionné voisin, serviteur et 
meilleur ami : De Montescot. Et au dessus en superscription : A Mon- 
sieur Gobineau, Receveur des deniers communs de la ville de 
Chartres, à Chartres. » 



Cette double démarche reçut un fort mauvais accueil. 
Comme Gobineau était un personnage influent et qu'il avait 
entre les mains des documents importants, on s'empressa 
de s'assurer de sa personne, et on le retint dans sa maison 
« sous la charge et garde d'honnêtes hommes Pantaléon Re- 
bours et Jean L'home », avec défense de communiquer avec 
un autre que Rebours, jusqu'à ce qu'il ait réussi à se laver 
du soupçon de ne pas être un ligueur bon teint. Et, comme 
on pouvait s'y attendre, on procède, trois jours après, à de 
nouvelles saisies sur les biens de Montescot et de quelques 
autres notables qui ont quitté la ville ; ainsi Jérôme Rotrou, 
sergent à cheval; Jean Poussemotte, orfèvre, Michel Chau- 
vet, Martin Cottereau, et Nicolas Jary, tailleur, que nous 
avons déjà vu signaler comme hostile à la Ligue. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 89 

Le 15 juillet (i), La Châtre, envoyé à Chartres par le duc 
de Mayenne, après avoir sournoisement épié les dispositions 
de quelques suspects, fait brusquement saisir et « trousser 
dans son carrosse messire Nicolas Goulu, procureur du 
Roi, Pierre le Maire qui faisoit profession de la nouvelle 
opinion et quelques autres qu'il mena à Paris». De nom- 
breux officiers ligueurs s'étaient réfugiés à Chartres avec 
leurs troupes. Ils faisaient de fréquentes sorties, véritables 
raids qu'ils poussaient jusqu'à Bonneval, Châteaudun, 
Favières, où l'on prit « un vieil huguenot, nommé Boisgué- 
rin », que l'on ne relâcha qu'en échange d'une copieuse ran- 
çon. Procédé peu apprécié des gens paisibles, car il devait 
fatalement amener des représailles. 

Le 19 juillet, on opère une descente chez « M e Daniel Du 
Cormier (2), chanoine de Chartres, atteint et convaincu 
d'hérésie », et on saisit vingt poinçons de vin qui lui appar- 
tiennent. Le 23, on organise un cabinet noir, pour toutes 
les correspondances soit provenant de villes ou de person- 
nages hérétiques ou adversaires de la Ligue, soit adressées 
à des protestants ou à des politiques chartrains ; on ordonne 
l'inventaire des biens de tous les suspects arrêtés. Souchet 
raconte qu'à la fin de ce même mois, « un quidam» qui se 
présentait à la porte de Chartres, se déclare franchement 
huguenot. On le fait enfermer dans un cachot de la Tour du 
Roi ; il cherche à convertir ses codétenus, mais, vaincu par 
l'horreur de ce lieu, il devient fou. De ses divagations, qu'il 
rapporte, Souchet conclut gravement que l'hérésie conduit 
à l'athéisme. A cette époque, elle conduisait ailleurs. « On 
fit, dit le vénérable chanoine (3) , tout ce que l'on put pour 
le réduire à la vraie religion et recevoir tout les moins le 
sacrement de la pénitence. Ce qu'il refusa et mourut en 
beste, comme il avoit vescu(\). Aussi lui donna-t-on une 
sépulture semblable, aiant été traîné à la veoirie comme les 
brutes mortes et immondices de la ville. » 

(1) Souchet, IV, 170. 

{2) Il était natif de Chinon et parent de Rabelais. Cf. Souchet, IV, 2S2. 

(3) IV, 172. 



90 LES ÉGLISES JUSQUE l/ÉDIT DE NANTES 

Le 30 août, nouvelle airestation à l'entrée de la ville. 
C'est un cavalier qui se dit trompette du roi de Navarre, et 
qui va de Nogent-le-Roi à Blois. Comme ses allures sem- 
blaient suspectes, on le traite en espion, on l'emprisonne, 
et on confisque son cheval et ses hardes (1). D'ailleurs, il 
importait de faire bonne garde, car il y avait sans cesse des 
escarmouches à proximité de Chartres. Un jour, les ligueurs 
reprennent Villebon, que sa garnison a fort imprudemment 
abandonné pour « picorer» dans la plaine. Un autre jour, 
c'est Illiers qui succombe, le huguenot La Chauverie, qui 
commandait, ayant abandonné la ville, et s' étant réfugié 
dans le château. Il avisait de la situation Béthune, alors à 
Nogent-le-Roi; mais quand le secours fut proche, le châ- 
teau lui-même avait cédé, et La Chauverie avait été pris à 
rançon. Peu de jours après, Louis de Courcillon, seigneur de 
Dangeau (2), reprenait Illiers. 

Pendant que ces événements se passaient dans la cam- 
pagne, le gouverneur de Chartres, Babou de La Bourdai- 
sière, s'installait dans l'hôtel de Claude de Montescot (3) 
<( rue de la Fromagerie)). Cet hôtel (que son légitime pro- 
priétaire devait restaurer en 1614) avait été habité jusque 
là par le sieur de Saint- Arnoult, auquel on donna la maison 
que Pierre Lemaire (nous avons raconté son arrestation) 
possédait « près de la Croix de Beaulieu, en la rue Saint- 
Père», tout au haut de la rue; elle existe encore. Le 15 dé- 
cembre, nouvelles confiscations. On s'empare du blé appar- 
tenant à l'élu Guillaume Hubert, à Antoine du Marchais, 
dont Mérain ville occupe la demeure, au sieur de Palaiseau, à 
cause de sa ferme de Fresnay-le-Gilmert ; on confisque les 
225 livres de rente dues par l'élu Cheron à M me de Loche, 
et en général tout ce que l'on peut prendre. 

Du reste, il faut absolument trouver des ressources; 
comme on a porté à soixante cuirassiers et quarante arque- 



(t) Reg. des échevins, à la date. 

(2) Il était huguenot. 

(3) 7 novembre. La rue des Bas-Bourgs porte encore le nom de Babou de la Bourdai- 
sière; de là la prononciation populaire, et juste : rue des Babou. 



L'ÉGLISE DE CHARTRES DE 1580, A 1598 gi 

busiers à cheval la compagnie du feu sieur de Bréhainville, 
on rançonnera encore les protestants ; et, en attendant qu'on 
ait pu saisir leurs deniers et vendre leurs meubles (car le 
blé sera tenu en réserve) on fera un emprunt forcé de 
3.000 écus sur le clergé et les bourgeois (20 décembre). Le 
même jour, on fait vendre les meubles et les deux bahuts 
du sieur de Levasville et de l'élu Guillaume Hubert. Le len- 
demain, c'est au vieux et fidèle huguenot Pierre Drappier 
qu'on en veut. N'a-t-il pas commis le crime d'avoir vendu 
sans autorisation des drogues au capitaine Bast, comman- 
dant de l'hérétique château de Denonville ! Drappier aurait 
pu faire observer qu'en 1568 les Chartrains avaient trouvé 
bonnes à prendre ses drogues huguenotes, et n'avaient pas 
marchandé sur le prix; mais, s'il a fait cette remarque, on 
ne l'a pas écoutée. On le condamne à l'amende, avec con- 
trainte par corps. Quant à Léger Belot, qui a porté les 
remèdes interdits, on l'emprisonne. 

Drappier n'était pas au bout de ses peines, ni de ses 
moyens de défense. Le 23 janvier 1590, on examine une 
requête qu'il présente du fond de son cachot. Il demande 
« à ce qu'en considération de ses pertes et de son ancien et 
caduc âge, même de la maladie en laquelle il est à présent 
retenu èsdites prisons, il soit élargi et mis hors d'icelles et 
receu à demeurer en sa maison pour s'y faire penser et 
médicamenter, et aussi qu'il soit déchargé de la somme de 
100 écus d'amende (1), en quoi il est condamné envers 
ladite ville». On veut bien être clément; moyennant 50 écus 
payés comptant, on relâchera le malheureux ; mais s'il ne les 
trouve pas dans la huitaine, on s'en tiendra sans pitié à la 
sentence première, d'autant plus que Drappier est coupable 
d'un autre méfait encore : on a trouvé chez lui « un Nou- 
veau Testament de l'interprétation et correction des 
ministres de Genève», lequel a été « ards et brûlé» en sa 
présence; et qui sait s'il n'a pas d'autres livres suspects? On 
lui fera prêter serment à ce sujet. Nous savons du reste que 

(1) Cent écus, somme considérable pour l'époque, pour avoir vendu quelques drogues! 



92 1,3s ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

pour les livres hérétiques, Drappier était un incorrigible 
récidiviste. 

Quelques jours auparavant, nos farouches ligueurs 
avaient rançonné deux officiers étrangers au service 
d'Henri IV, Albert de Keboteski de Backonitz et Alexan- 
dre de Georges, dit Stuard. Puis, après s'être occupés du 
pauvre Drappier, ils avaient repris la série de leurs exac- 
tions et de leurs confiscations. On moleste le procureur du 
présidial, Jean Laurens, parce qu'il est fermier, pour une 
somme annuelle de 233 écus, du revenu temporel de la 
Madeleine du Petit-Beaulieu, par bail verbal de Claude de 
Montescot; on l'enjoint de verser la somme (1). On fait des 
saisies, le 6 avril sur les sieurs de Sainte-Colombe et des 
Ligneris, auquel on prendra encore une tapisserie le 25 mai, 
et le 22 mai sur Jacques Goullet, conseiller, lequel habite, 
dans la rue au Lait, la maison encore existante de la Tête 
Noire. Le 3 octobre et le 2 novembre, on saisira encore les 
revenus que le procureur Nicole Goulet a sur la chapelle 
Saint-Sauveur et sur sa métairie de Boisricheux, aux envi- 
rons de Maintenon. 

Une assemblée générale tenue le 29 octobre avait ordonné 
une fois de plus la saisie des biens des ennemis de la Ligue ; 
répétition qui semble une lointaine menace au roi, car les 
mesures précédentes n'étaient certes pas tombées en 
désuétude. Germain Vovelle, Jean Daguenet, fermier au 
service du chancelier de Cheverny, Nicole Goulet — une fois 
de plus — et demoiselle Deslandes, sa femme, sont spoliés de 
leurs grains, et on fait rechercher partout les meubles que 
les suspects ont pu confier à des amis complaisants (2) . Les 
8 et 9 janvier encore, on confisque les meubles de Nicole Le- 
rousse, procureur général, et de sa fille Léonor, mariée avec 
Guy Robert; le beau-père et le gendre se sont évadés 
ensemble. 

Il faut croire que la Ligue était moins aimée et servie 



(1) 17 février; ce revenu est mis sous séquestre le 2 juillet. 

(2) Reg. des échevins, 6, 20, 24 et 28 novembre. 



1/ EGLISE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 93 

que tolérée, car les évasions sont continuelles. Les prisons 
mêmes laissent échapper leurs hôtes. Ainsi le sieur d'Ar- 
pentigny, huguenot notable des environs de Châteauneuf, 
belliqueux défenseur de sa foi, réussit à s'échapper le 
9 octobre et reprend sa vie d'aventures. I^e sieur de Cherville, 
dont le château servait depuis longtemps de lieu de réunion 
aux religionnaires, prend, à Auneau même, sur Saint- 
Arnould, la revanche de la défaite des reîtres, et partout 
coups de main, surprises, escarmouches se succèdent, faisant 
passer bourgs et châteaux d'un parti à l'autre, sans qu'il 
soit très facile, ni très utile d'ailleurs, de suivre ces opéra- 
tions où rien ne rappelle un plan stratégique. Mais des évé- 
nements plus graves allaient avoir lieu. 

II. Le siège de 1591. — Comme en 1568, comme toujours, 
Chartres était un centre stratégique important, — l'une 
des clés de Paris — dont tôt ou tard Henri IV devait cher- 
cher à s'emparer (1). Malgré les constants progrès de l'art 
militaire, la place n'avait pas été améliorée. Bile était 
dans le même état qu'en 1568; on s'était borné à répa- 
rer la brèche, à entretenir les remparts, et même on ne 
s'était pas pressé de le faire : le ravelin de la porte Drouaise 
n'avait été remis en état qu'en 1584 ! 

En revanche, la situation intérieure était beaucoup 
moins favorable que lors du précédent siège. D'abord, 
malgré les proscriptions, le roi légitime conservait de mul- 
tiples et fort actifs alliés dans la place, et l'abondance 
même, la violence soutenue des mesures prises contre eux, 
montre à quel point ils étaient dangereux. Ces alliés, 
d'ailleurs, n'étaient pas des moindres, puisqu'ils comptaient 
dans leurs rangs l'évêque de Thou. Ensuite, les ressources 



(1) On possède trois récits détaillés du siège de Chartres en 1591, tous trois dus à des 
ligueurs : Souchet, les Mémoires de La Bourdaisière (publiés par M. l'abbé Métais dans le 
Carnet de la Sabretacke, en 1894) et un Journal des choses les plus mémorables advenues à 
Chartres et es environs, 1579-1592, ms. conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal (4174)* et 
dont la Société archéologique d'Eure-et-Loir possède une copie faite par I^ecccq. Ce journal 
est dû à un ecclésiastique chartrain, Le Pelletier, farouche ligueur, dont Souchet s'est 
borné à transcrire le récit en l'atténuant. Les récits plus sommaires ou de seconde main sont 
innombrables. 



94 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

militaires de la défense étaient fort insuffisantes. Babou de 
la Bourdaisière était, il est vrai, un chef hors ligne, mais 
combien faible était la garnison qu'il commandait ! En fait 
de troupes régulières, les quatre cents arquebusiers du 
régiment de la Pinelière, quelques détachements de cava- 
lerie, et, comme nous le verrons, quelques fuyards, formant 
un total d'environ trois cents hommes; à ce maigre effectif 
s'ajoutaient les six compagnies et les vingt-deux maîtres 
canonniers de la garde bourgeoise; en tout, à peu près 
mille quatre cents combattants, auxquels on peut joindre 
un nombre indéterminé de pionniers et d'ouvriers (i). La 
Bourdaisière, à vrai dire, sut tirer un parti sortable de ces 
chétives ressources. En homme attentif et avisé, il sut tout 
prévoir, tout utiliser et se souvenir de tout. Ainsi, il se rap- 
pela qu'en 1568, Condé avait fait couper le batardeau de la 
Courtille, arrêtant par cette manœuvre les moulins de la 
ville, et affamant Chartres gorgé de blé. La Bourdaisière fit 
tout pour prévenir le retour de cette aventure; les neuf 
moulins de Chartres travaillèrent tant qu'ils purent, et 
quand, assez tard, comme on le verra, Henri IV s'avisa 
d'imiter Condé, les bourgeois mirent en action les moulins à 
bras que la prévoyance du chef leur avait procurés. Néan- 
moins, dès le début du siège, le prix du pain doubla. 

Lorsqu'il eut, ensuite, distribué à ses officiers les postes 
de la défense, La Bourdaisière put attendre de pied ferme 
l'ennemi, dont tout lui signalait l'approche. 

Quelles étaient les forces d'Henri IV? A vrai dire, on 
manque d'évaluations précises. On connaît quelques noms 
d'officiers, et il semble que dans le nombre, il y ait eu des 
combattants du premier siège; on sait quelques noms de 
régiments (2), mais les connaît-on tous? On sait qu'à côté des 

(1) I,e chiffre de 3.500 fantassin? et 300 cavaliers donné par I,épinois (II, 317 ss.), est 
inadmissible. Il a dû compter comme combattants les villageois réfugiés dans la ville. Il est 
vrai que du temps de Pintard (au commencement du xviii siècle) la tradition évaluait à 
200 soldats et 3.000 bourgeois la garnison de Chartres, mais ce souvenir sans consistance 
ne mérite pas d'être pris à la lettre (Pintard, Recueil de documents historiques, ins- 7/c 1.014 
de la Bibl. de Chartres, f° 684.) 

(2) I<e général Susane (Histoire de V Infanterie française, V, pas9iin), cite les Gardes fran- 
çaises, Picardie, Navarre, Traisnel, Wischer suisse, Schauenstein grison, Vignolles hugue- 
not. On peut y ajouter Vivans, Marolles, Piles, etc. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 95 

contingents français, il y avait des reîtres, il y avait des 
Suisses. On sait que l'artillerie était forte d'environ vingt 
pièces (1), dont quelques-unes lançaient des boulets de 
38 et même de 42 livres. Mais tout cela ne nous donne pas 
un total, et si juste qu'elle soit, l'information de Souchet que 
« la principale force du roi estoit en son artillerie » ne laisse 
pas d'être un peu vague; elle nous apprend tout au plus 
que La Bourdaisière était aussi bien renseigné sur Henri IV, 
qu'Henri IV l'était sur les ressources de Chartres. 

Toutefois, il est possible d'arriver par déduction à une 
évaluation voisine de la vérité. Nous savons, en effet, de 
quelles forces le roi disposait lors de l'affaire de Chelles le 
I er septembre 1590 (2). 18.000 fantassins, dont 6.000 étran- 
gers; 5 à 6.000 cavaliers, dont 4.000 français étaient rangés 
en bataille, et cette force d'environ 24.000 hommes est à 
peu près le maximum de ce qu'à cette époque l'état de la 
voirie permettait de conduire et de ravitailler. 

Or ces 24.000 hommes, Henri IV ne les avait plus sous la 
main au début de 1591. Depuis qu'il avait levé le siège de 
Paris, il avait envoyé à droite et à gauche de nombreux 
détachements, dont beaucoup ne le rejoignirent pas sous les 
murs de Chartres. Il se mit certainement en marche avec 
de très faibles effectifs. Tout le prouve : le soin qu'il a pris 
de détourner l'attention du duc de Mayenne, en le laissant 
s'enferrer dans le siège de Château-Thierry; les savantes 
manœuvres par lesquelles il a dissimulé ses plans, supprimé 
tout danger de se voir assaillir par une armée de secours, et 
par conséquent toute nécessité de s'affaiblir en constituant 
un corps d'observation; l'impression constante des Char- 
trains d'avoir contre eux une armée peu considérable; le 
fait que l'investissement, quoique bien organisé, n'a jamais 
pu être complet, puisque La Bourdaisière communiquait 
fréquemment avec le dehors et recevait même de petits ren- 
forts. Tout cela nous conduit à supposer que, même après 



(1) Iye compte précis est assez difficile à établi* 

(2) Mémoires de la Ligue, IV, 239. 



g6 LES ÉGLISES JUSQU'A l/ÉDIT DE NANTES 

avoir été rejoint par Biron, même après l'arrivée d'autres 
renforts, le roi n'a jamais eu autour de Chartres plus de 
12 à 15.000 hommes, au maximum (1). Du moins, c'étaient 
des troupes excellentes, aguerries, disciplinées, et qui 
avaient fait leurs preuves. 

Quand, à la fin de janvier 1591, la tentative sur Paris 
vient d'échouer, Henri IV se retire à Senlis (2). De là, il se 
dirige vers la Brie, et s'arrête à 4 lieues de Provins, comme 
s'il s'apprêtait à en faire le siège. Aussitôt, la Ligue jette 
dans la place un secours de sept à huit cents hommes. Le 
roi continuant à ne pas bouger, on en conclut qu'il en veut 
à Troyes ou à Sens, et qu'il attend Biron, avec la poudre et 
les boulets qu'il doit lui amener de Dieppe. En effet, 
l'armée se remet en marche, elle se dirige sur Montereau. 
Alors le bruit se répand qu'elle se rend à Tours, où des 
désordres ont eu lieu. Mais pendant dix à douze jours, 
Henri IV se tient coi. 

Cependant, il a prescrit à Biron, arrivé à Mantes, de 
feindre une marche à travers la Beauce, comme pour venir 
le rejoindre, puis, par un brusque crochet, de courir sur 
Chartres et de l'investir, avant qu'aucun secours ait pu y 
pénétrer. Dès le 9 février, la manœuvre s'exécute. 

Le roi est maintenant à Étampes. Son avant-garde — 
deux régiments d'infanterie, trois cents cavaliers et un 
canon, sous les ordres de Sourdis, Vivans et Marolles — 
atteint et culbute à Prunay-le-Gillon les soixante cuirassiers 
et les quelque cent cinquante arquebusiers que La Croix- 
Cottereau conduit d'Orléans à Chartres. Les débris du 
régiment se réfugient dans l'église; ils s'y défendent cinq 
ou six heures, puis capitulent. Ils devaient conserver l'épée, 
ne pas être fouillés et être conduits à Orléans. Est-il exact 
que la deuxième clause ne fut pas loyalement observée? 
Toujours est-il que les prisonniers s'échappent. Ils sont à 



(1) On arrive à un résultat analogue en faisant le décompte des renforts qui ont porté 
l'armée de Henri IV au chiffre maximum de 40.000 hommes, devant Rouen, la même année. 
Cf. Mém. de Sully, II, 45. Ed. de Londres, 1745- 

(2) Mém. de la Ligue, IV, S47 ss. 



L'ÉGIJSE DE CHARTRES DE 1589 A I$<)H 97 

15 kilomètres de Chartres; ils arrivent, sans armes, au pied 
des remparts. I^a Bourdaisière cantonne dans les faubourgs, 
et en particulier dans l'abbaye de Saint-Martin- au- Val, ce 
renfort précaire. Peu après, un autre détachement survient. 
Grammont le conduisait au duc de Mayenne; à Étampes, 
il se heurte aux forces du roi, et il est refoulé sur Chartres. 
Il y parvient le n février, après la fermeture des portes. On 
ravitaille le détachement, qui, le lendemain, pénètre dans 
la ville. 

A ce moment, Sourdis, tournant Chartres pour en occu- 
per d'emblée le point faible, s'est déjà emparé du faubourg 
des Épars (nuit du n au 12) et s'y est barricadé. Iya Bour- 
daisière n'avait pu décider les bourgeois à détruire à temps 
les faubourgs, comme ils l'avaient résolu. Maintenant, ils 
regrettent amèrement cette négligence et ils se hâtent de la 
réparer, dans la mesure où ils le peuvent encore. Mais, sur- 
pris, décontenancés, troublés, suppliant le ciel de détourner 
d'eux sa colère, voués à toutes les contradictions, ils 
empêchent Grammont d'aller déloger Sourdis, entreprise 
hardie, à vrai dire, mais non déraisonnable. Il semble que 
seul L,a Bourdaisière ait conservé son sang-froid ; il cherche 
à mettre un peu d'ordre dans toute cette confusion, tandis 
que, dominant tous les bruits de la terre, le guetteur de la 
cathédrale signale tout ce qui se passe dans la banlieue. 
Pendant toute la durée du siège, ce modeste auxiliaire 
jouera son rôle avec une conscience et une ponctualité 
dignes d'éloges. 

Iya journée du 12 se passa en escarmouches, les unes 
autour du ravelin des Êpars, les autres dans les faubourgs, 
dont les troupes royales s'efforçaient, non sans succès, 
d'empêcher la destruction. 

Après avoir campé à Nogent-le-Roi, et laissé croire qu'il 
menaçait Dreux, Biron arriva devant Chartres le 13 février. 
Son infanterie le précède, et, dès le matin, elle parfait l'in- 
vestissement. Iye maréchal lui-même, avec ses reîtres, ses 
Suisses et son artillerie, survient ensuite. Il s'établit à Main- 
villiers. Toute la journée, on tiraille aux avant-postes. 

7 



go LES EGLISES JUSQU A E EDIT DE NANTES 

Quelques bourgeois s'inquiètent avec raison de l'excessive 
— et inutile — consommation de munitions causée par ces 
engagements; pour un fort mince résultat, on a brûlé plus 
de ioo livres de poudre ! Avec plus d'à propos, La Bourdai- 
sière travaille à compléter ses approvisionnements ; il réqui- 
sitionne ou fait fabriquer sacs, balles de laine, chausses- 
trappes, ais cloués, « feuz artificiels)) (i), lanternes, outils, 
civières, armes et autre matériel de guerre. 

Le lendemain, arrivent les troupes et les convois 
d'Henri IV. Il s'en fut loger à l'auberge de la Croix-de-fer; 
elle existe encore, à l'angle du Grand-Faubourg et de la rue 
du 14-Juillet, dont elle constitue le n° 2 (2). Le 15, toute 
l'armée était réunie, et, dans la nuit, les approches com- 
mençaient. Pour dérouter l'assiégé, on ouvrit la tranchée 
dans tous les faubourgs à la fois, et l'on établit ostensible- 
ment des plates-formes de batteries. La Bourdaisière était 
déconcerté. Henri IV en profita pour le sommer de se 
rendre. Le gouverneur fit une fière réponse ; il refusait de se 
soumettre à un roi protestant. 

Jusqu'au 27, rien d'important ne se passe. On tiraille, 
parfois on bavarde d'un camp à l'autre, on fait de petites 
sorties, il y a de petites alertes de part et d'autre, et, sur 
l'avis d'un traître, le roi fait couper le fameux batardeau de 
la Courtille. Bien que d'abondantes chutes de neige alter- 
nent avec des périodes de dégel, les tranchées se prolongent 
et se creusent, les abris blindés s'élèvent, et l'attaque se 
dessine vers la pointe du ravelin des Épars. La batterie se 
trouvait à peu près à l'angle de la rue de Bonne val actuelle. 
Sur d'autres points, en particulier du côté de la porte 
Drouaise, on se borne à couper de barricades les voies d'ac- 
cès de la ville. Le 22 février, nouvelles sommations; puis, 
le 26, Sourdis en fait de troisièmes. La Bourdaisière y répond 
comme la première fois. 

Le lendemain, la batterie ouvre le feu. On tire de 10 heures 



1) Ils étaient, paraît-il, de fort mauvaise qualité, étant fabriqués... par un orfèvre. 
(2) On montre encore la chambre du roi — une modeste mansarde — et son lit, d'ailleurs 
moderne. 



i/ÉGEISE DE CHARTRES DE I589 A 1598 



99 



du matin à 4 heures, dit La Bourdaisiére, qui a compté 
neuf pièces. Sept seulement, affirme I v e Pelletier (et par 




conséquent Souchet), et elles ont tiré de 6 heures à midi, et 
de 2 heures à la nuit. Fiez-vous donc aux témoins oculaires ! 



100 EES EGLISES JUSQU A E EDIT DE NANTES 

Au fait, je crois que seul I y a Bourdaisière en était un dans 
toute la force du terme. Il raconte les effets du tir sur le 
ravelin et la porte des Épars, et il évalue à trois cent cin- 
quante environ le nombre des coups. Quant au vénérable 
ecclésiastique, il sait principalement que trois des pièces 
lançaient des boulets de 38 livres, et que le premier boulet 
tiré tomba dans « la chambre du Roi », à l'évêché. « Ce bou- 
let fut apporté en l'église et attaché contre le pillier, qui est 
vis à vis l'image de Notre-Dame, en la nef, comme la pre- 
mière offrande de ces bons pèlerins (1) ». Un demi-siècle plus 
tard, l'Alsacien Brackenhoffer, passant par Chartres, 
remarquait ce trophée. Je ne sais ce qu'il est devenu. L,es 
boulets atteignent aussi le clocheton de Sainte-Foi, ce qui 
inspire à Grammont un pieux calembour : « Vous étonnés- 
vous s'ils tirent contre Sainte-Foi : ce sont huguenots qui en 
veulent à notre sainte foi (2), » etc. Car il avait le calembour 
prolixe. 

Souchet nous dit encore (toujours d'après L,e Pelletier) 
que ce jour-là, les canons du roi tirèrent quatre mille coups, 
ce qui est exquis. Cela suppose à peu près deux coups par 
pièce et par minute : or en ce temps, il fallait dix minutes 
pour charger une pièce. Pendant cette canonnade, un soldat 
de la garnison accomplit un joli trait d'audace. Il courut enle- 
ver le mantelet de bois qui fermait l'une des embrasures, 
comme le voulait l'usage de cette époque; les canonniers, 
derrière cet abri, pouvaient opérer à loisir et sans danger le 
travail compliqué de la charge. 

Iyes journées suivantes se passent à peu près comme celle- 
là. Tranchées et mines se creusent, ces dernières touchant la 
pointe du ravelin, tandis qu'à l'extrémité opposée, la 
tranchée rejoint la courtine; les épauiements s'épaissis- 
sent, les fausses attaques se dessinent vers Saint-Jean-en- 



(1) Cité d'après Souchet, IV, 209. On voit : i° que la batterie n'allait encore que jusqu'à 
la pointe du ravelin, au delà de laquelle elle devait plus tard faire un crochet; 2 que le tir 
commença par la gauche. 

(2) I,e commentaire ne figure que dans Souchet; I*e Pelletier, peut-être plus exact, s'est 
borné au calembour. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 101 

Vallée et la porte Drouaise, le canon tonne, battant rave- 
lin, porte et muraille, atteignant parfois la ville, et pendant 
ce temps, les assiégés se préparent à recevoir l'assaut, qu'ils 
sentent imminent. Un retranchement constituera un réduit 
dans le ravelin, un autre fermera le carrefour, derrière la 
porte. On renforce les remparts, et, par un judicieux tracé 
des plates-formes, on cherche à obtenir les flanquements qui 
font défaut. De temps à autre, on fait de petites sorties. Le 
soir du I er mars, une chute de neige interrompt momentané- 
ment les hostilités : elles reprennent de plus belle le lende- 
main. Le 4, deux canons de la ville, récemment refondus, 
éclatent; un procureur est tué. « On soubçonna quelques 
uns d'y avoir jette de l'eau forte, parce qu'elles crevèrent 
par dessoubz. » (Souchet, IV, 213.) 

Les travaux de défense étaient encore bien peu avancés 
lorsque, le 5 mars, les colonnes d'assaut s'ébranlèrent, 
enseignes déployées. L'artillerie fait rage pour préparer l'at- 
taque ; dix pièces tirent sur la porte des Épars, pour le plus 
grand bien des assiégés : car le haut de la construction 
s'écroula avec tant d'à propos, que les décombres obs- 
truèrent le passage. Ainsi, La Bourdaisière eut une barricade 
de plus, appoint inattendu, et certes bienvenu. 

Malgré ce contre-temps, trois ou quatre régiments, 
formant trente-cinq compagnies, se massent derrière l'ar- 
tillerie. Une colonne se lance sur la pointe du ravelin, bra- 
vant le formidable feu de mousqueterie de la place. Les 
défenseurs sont commandés par « le sieur de Pescheray, la 
Croix et autres bons hommes» (c'est Souchet qui parle). Le 
premier, l'enseigne La Mare, de la compagnie Castel, arrive 
sur la brèche ; il est renversé de deux coups de hallebarde et 
fait prisonnier (plus tard, il sera échangé contre un soldat 
de la compagnie de Grammont). Derrière lui, survient le 
brave capitaine Goliath, dont le nom biblique révèle la reli- 
gion ; un chevau-léger de la compagnie de La Croix le tue 
(d'où autre calembour, aussi pieux qu'ingénieux). On se bat 
avec fureur, à coups de pique, de hallebarde, de pertuisane, 
à coups de mousquet. A la fin, les assaillants sont pris à 



102 I<ES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

revers par un détachement sorti par la porte Saint-Michel, 
et qui s'est coulé le long des fossés. Ils se retirent, après une 
heure et demie de lutte, ayant perdu trois maistres de camp, 
dont, outre Goliath (i), un nommé Samson (encore un 
huguenot) et beaucoup de soldats. Du côté des Chartrains, 
quarante soldats sont hors de combat, dont Peschera}^, qui 
a reçu un coup de feu, et en mourra quelques jours après; de 
plus une quarantaine de bourgeois sont restés sur le car- 
reau (2). 

De part et d'autre, on employa la journée du 6 mars à 
enterrer les morts et à panser les blessés. L'artillerie royale 
ne tira que trois coups. Cette accalmie dura plusieurs jours, 
et comme la surveillance de l'assiégeant semblait se relâ- 
cher, La Bourdaisière en profita pour communiquer avec 
le dehors ; il recevait des nouvelles, il envoyait çà et là des 
espions, et la ville ne lui marchandait pas, pour ce faire, 
les ressources (3). Il tentait d'expédier des messagers, mais 
sauf un seul, qui revint de Dreux sans encombre, tous 
furent interceptés, et sans doute passés par les armes. 

Il n'y avait cependant pas suspension d'armes propre- 
ment dite (4). Les travaux d'approche se poursuivaient, 
on livrait des escarmouches sans intérêt comme sans résul- 
tat, et si le tir se ralentissait, on savait fort bien à Chartres 
que ce n'était pas faute de munitions, car le 10 mars, un 
convoi de quarante charrettes de poudre et de boulets était 
arrivé dans le camp du roi. Alors on pensa, en ville, qu'il 
était malade, et que le bruit l'incommodait. Et, tandis que 
les uns veillaient aux remparts, les autres faisaient d'inces- 
santes processions et disaient, dans les églises, d'intermi- 
nables litanies. Il y eut même excès; dans la milice bour- 
geoise, maint dévot personnage hantait plus les églises que 



(i) A cette époque, le titre de « capitaine» était donné indistinctement aux officier? de 
tout grade. 

(2) I,a Bourdaisière, p. 274; Souchet, IV, 215. 

(3) Cf, aux Archives municipales de Chartres, les comptes du siège. 

(4) I,e 8 mars, Henri IV s'occupait de mettre tin, par une ordonnance sévère, à l'indis- 
cipline, aux exactions et aux abus dont ses troupes se rendaient coupables. De Thou, IX, 
353- 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 IO3 

les murailles. Grammont mit fin à cet abus; sur son ordre, 
tous les offices durent être terminés à 8 heures du matin, 
après quoi, les églises restaient fermées jusqu'à 5 heures. 

Le 11 mars, pour la quatrième fois, Chartres est sommé 
de se rendre; vainement, du reste. Le lendemain, Henri IV 
s'étant trouvé plus mal, dit-on, se fait transporter à 
l'abbaye de Josaphat, « pour estre plus loing du bruit». Les 
jours suivants, c'est, au ravelin des Épars, la guerre de 
mines, c'est sur la brèche le corps à corps journalier. L'ar- 
tillerie tire à peine, on se bat de trop près; mais grenades, 
mousquets, piques, hallebardes, épées font leur meurtrière 
besogne; Grammont inventa même de jeter de l'huile 
bouillante sur les assaillants. A leurs hurlements de dou- 
leur, l'alarme est donnée, un combat furieux s'engage, il y a 
deux cents victimes de part et d'autre. Cependant, peu à 
peu, l'assiégeant se loge dans le ravelin. Avantage chère- 
ment acheté, où l'attaque trouve une défense digne d'elle, 
en dépit des maladresses qui font parfois tourner les 
moyens de défense contre les assiégés; ainsi, un jour, 
l'explosion d'une contre-mine fit plus de victimes chez eux 
que chez les assaillants. 

Le 20 mars, deux ou trois pièces lançant des boulets de 
42 livres, étaient venues de Blois. Tous les jours, le canon 
tuait des gens. Et constamment aussi, Henri IV arrivait à 
correspondre avec les partisans qu'il avait dans la place. A 
partir du 26 mars, sans que la lutte soit devenue moins opi- 
niâtre, des négociations se nouent entre les émissaires du 
roi et les mandataires de la ville. Des paroles de paix reten- 
tissent, tandis que les boulets pleuvent. Le tir, pour le dire 
en passant, était assez mal réglé ; on ne savait pas encore se 
servir de l'artillerie. Des projectiles atteignent une cloche 
de la cathédrale, s'abattent dans le cloître des Cordeliers 
(compris dans les bâtiments actuels du lycée) ; on dirait les 
pièces pointées au hasard, mais on peut juger de leur 
portée et de leur puissance latentes. L'inexpérience des 
canonniers est absolue : ainsi, pour battre en brèche, ils 
n'ont pas l'idée de tirer sur le pied des murailles, afin d'en 



104 LES EGLISES JUS OU A I/EDIT DE NANTES 

provoquer l' écroulement d'un seul coup, mais ils démolis- 
sent méthodiquement assise après assise, en commençant 
par le haut. 

Quel était le but des négociations? Savait-on réellement 
que Chartres n'avait pas de bien grandes ressources, et que 
tout espoir de secours devait être abandonné? Henri IV 
voulait-il, à la faveur de ces négociations, gagner du temps, 
endormir la défiance d'un adversaire toujours en éveil, et 
permettre à ses mineurs de cheminer jusque dans la place? 
Était-il lui-même las de combattre? Peut-être n'est-il pas 
nécessaire de choisir entre ces divers motifs et ont-ils tous 
pesé sur ses déterminations, le dernier, cependant, moins 
que les autres. Dans tous les cas, ce n'est pas en vaincus, le 
couteau sur la gorge, que les Chartrains négocient. Ils 
posent fièrement leurs conditions : ils demeureront neutres, 
ils conserveront leur gouverneur et sa garde pendant un an, 
rien ne sera changé à leur situation religieuse (c'est-à-dire 
que le culte catholique aura seul droit de cité), on respectera 
leurs personnes et leurs biens; la garnison sortira avec ses 
armes, ses chevaux, tambour battant, trompette sonnant et 
enseignes déployées, et se retirera où bon lui semblera. Et 
c'est seulement quand le roi sera devenu catholique que Ton 
s'estimera tenu de lui obéir. 

Henri IV, on le conçoit, ne goûta nullement ce langage. 
Dès lors, la défense à outrance s'imposait. Ht s'il est certain 
que cette mâle résolution ne fut pas approuvée de tous, du 
moins les tièdes (faut-il dire les sages?), les partisans dou- 
teux ou les ennemis de la Ligue, les quelques lâches que l'on 
trouve partout, demeurèrent-ils une minorité. D'ailleurs, 
les Chartrains devaient bientôt trouver un encouragement 
dans un incident qui se passa le 30 mars. Ce jour-là, une 
compagnie de cuirassiers (ils étaient 23, selon La Bourdai- 
sière, 27 au dire de Souchet) réussit à forcer le blocus. Tra- 
versant les lignes des assiégeants, elle arriva, bride abattue, 
à la porte Saint-Michel. Il était temps, car le détachement, 
enfin aperçu et poursuivi, allait être atteint. Il s'en tira avec 
des pertes insignifiantes. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 105 

Dès le lendemain, sans abandonner les cheminements du 
ravelin des Épars, le roi faisait préparer de nouvelles bat- 
teries dans le jardin des Filles-Dieu (fonderie Teisset, Cha- 
pron et Brault frères actuelle). C'est tout près de là que 
Condé avait préparé ses attaques. Dans Chartres, on com- 
mença par se gausser de cette entreprise, car la nature avait 
accumulé sur ce point une série d'obstacles, dont l'industrie 
humaine avait augmenté la valeur, et Henri IV paraissait 
se jouer plus encore de ces difficultés que ne l'avait fait 
Condé, dont tout le monde se rappelait l'échec. 

C'est précisément sur ces périls et sur ce sentiment que 
tablait le rusé Béarnais. Du moment qu'avec des ressources 
qu'il savait restreintes, on lui disputait avec tant d'achar- 
nement l'ouvrage plus que médiocre qu'était le ravelin des 
Épars, il n'était pas téméraire de supposer que La Bourdai- 
sière, hors d'état de soutenir deux attaques à la fois, ou ne 
prendrait pas au sérieux celle d'un point fort par lui-même, 
et le garderait mal, ou dégarnirait le ravelin, et donnerait 
prise à une vigoureuse offensive de ce côté. Dans l'un et 
l'autre cas, la diversion pouvait emporter le succès; et 
quant au troisième parti, consistant pour La Bourdaisière à 
diviser ses forces, il était le plus désastreux de tous. De son 
côté, si restreints que fussent ses moyens, le roi était en 
mesure d'entreprendre deux attaques simultanées, puisque 
son artillerie, que la guerre de mines rendait inutile au 
ravelin des Épars, pouvait en être distraite presque tout 
entière. 

Cependant, La Bourdaisière était sur ses gardes. Sans 
parler d'une fausse attaque dirigée contre la porte Saint- 
Jean, et dont il nous a paru inutile de parler beaucoup, trois 
nouvelles tranchées venaient d'être ouvertes. Laquelle était 
sérieuse? A tout hasard, le gouverneur fit renforcer et 
armer les remparts, son flair d'homme du métier lui ayant 
fait deviner le principal point d'attaque. 

Dans la nuit du 31 mars au I er avrii, Henri IV fit enlever 
cinq pièces de la batterie des Épars (sans doute celles de 
gauche, plus particulièrement masquées par les chemine- 



106 EES ÉGUSES JUSQU'A T/ÉDIT DE NANTES 

ments) et répandit le bruit qu'il les envoyait contre Auneau. 
Elles partirent dans la direction de Ver, passèrent l'Eure à 
une lieue et demie en amont de Chartres, et de là, rebrous- 
sant par Morancez, Le Coudray et Les Chaises, vinrent occu- 
per leur nouvel emplacement. Bientôt, il y eut douze pièces 
braquées contre la place : sept, en deux batteries fort rap- 
prochées de la muraille, contre le saillant nord-est (entre les 
deux tours qui existent encore), cinq sur le coteau. Ces bat- 
teries étaient disposées de façon à prendre l'enceinte en 
face et un peu à revers. Une maison transformée en block- 
haus défendait les abords des canons. 

Le 2 avril, dès 6 heures du matin, le feu était ouvert. Au 
bout de deux heures, sur une longueur de 40 toises, la courtine 
était en poussière, les tours crevées, mais les cavaliers 
élevés en arrière demeuraient intacts. A une heure, le feu 
cesse, et soixante soldats, la rondelle au bras et l'épée à la 
main, vont reconnaître la brèche. Une décharge formidable 
les rompt et les disperse. Six assauts (1) sont donnés succes- 
sivement; au dernier, à 6 heures du soir, huit cents hommes 
sont lancés sur la brèche par le brave capitaine Piles (2) ; le 
combat ne cesse qu'à 8 heures. L'attaque avait échoué. De 
part et d'autre, les pertes étaient considérables; pendant la 
nuit, les Chartrains descendirent dans le fossé, dépouillant 
les morts, s'emparant des blessés, tuant ceux des assaillants 
qui, transis de froid, n'avaient pas osé repasser l'eau du 
fossé. L'attaque avait tiré 1.040 coups de canon, dit un 
statisticien du temps (La Bourdaisière donne le chiffre, 
en somme voisin, de 1.200). Du côté des Chartrains, on avait 
prodigué la poudre sans aucune prudence : 1.600 livres 
avaient été consommées, et dans les magasins de la ville, 
il n'en restait que 350 ! 

La Bourdaisière s'ingénia pour augmenter cette faible 
provision. De fait, il parvint rapidement à la doubler, et 
au delà. En même temps, il faisait transporter sur la brèche 



(1) Il y eut, sous le feu de la place, une curieuse querelle de préséance entre le régiment 
de Navarre et les Gardes françaises. 

(2) Il assistait déjà au siège de 1568. 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 158g A 1598 107 

du fumier, des sacs de terre, des gabions, et déblayer, dans 
la mesure du possible, les décombres qui obstruaient le 
fossé. Quant aux vivres, travailleurs et combattants n'en 
manquaient pas. On leur apportait même tant à boire que 
Grammont dut calmer cette dangereuse ardeur. Pendant le 
combat, on avait offert audit Grammont un pot de confi- 
tures ; il mangea intégralement « ce qui estoit dedans », puis, 
en homme d'esprit qu'il était (nous le savons), il jeta le pot 
aux ennemis. On trouva héroïque cette facétie. 

Le soir du 3 avril, M. de Châtillon (1) se présenta à la 
brèche et demanda l'autorisation d'enterrer les morts; on ne 
pouvait lui refuser cet acte d'humanité, mais comme on 
craignait que les soldats du roi ne vinssent, sous ce prétexte, 
reconnaître la brèche, le travail, remis d'ailleurs au lende- 
main, fut confié à des gens de la ville ; quarante-quatre ca- 
davres furent ainsi apportés dans les jardins, autour des 
batteries. Les craintes de La Bourdaisière n'étaient pas 
injustifiées : il savait que le roi avait reçu un renfort de 
deux mille arquebusiers (2) . 

A la nuit tombante, dans le camp du roi, on commence à 
assembler un pont de charpente « fermé de tous costés, 
comme une gallerie» et reposant sur des tonneaux; ainsi, on 
pourra franchir le fossé, si large et si profond que les débris 
de la muraille ne l'ont pas comblé; déjà, on a installé un abri 
blindé au pied de la brèche, au clair de lune, tandis qu'à 
coups d'arquebuse et de canon, on tenait la garnison à dis- 
tance. On fabrique des échelles pour l'escalade, et entre 
temps, on envoie quelques boulets dans la ville. 

Alors, d'aucuns parlent de reprendre les négociations. 
La situation devenait grave. Les soldats se mutinaient, et 
La Bourdaisière devait mettre l'épée à la main pour les faire 
rentrer dans le devoir. La veille des Rameaux, qui tom- 
baient sur le 7 avril, un conseil de guerre discute sérieuse- 
ment les déterminations à prendre. La Bourdaisière penchait 



(1) Fils de l'amiral Coligny. 

(2) « Comme les Chartrains sont sujets à avoir des imaginations», assure Souchet. ils 
avaient conclu de ce renfort à l'immiuence d'un nouvel assaut. 



I08 I.ES ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

pour la résistance, mais ses officiers, découragés, lui for- 
cent la main, ce qui n'empêcha nullement, du reste, de le 
traiter ensuite de poltron. Le Corps de ville et l' état- 
major confèrent ensemble, pour régler les conditions de la 
capitulation. 

Pendant ce temps, les troupes royales achevaient de 
prendre le ravelin des Épars, et, sur l'autre point d'attaque, 
ils faisaient avancer le fameux pont jusqu'au sommet de la 
brèche. La Bourdaisière n'avait plus que trois cents soldats 
valides; quant aux bourgeois, découragés et apeurés, il n'y 
avait plus rien à en faire. Avec des crochets, les soldats 
d'Henri IV faisaient tomber les sacs de terre de la brèche. 
Alors, on essaie d'incendier le pont, mais quand le feu eut 
pris, on s'avise d'accabler de pierres les soldats qui venaient 
l'éteindre; les pierres étouffent les flammes, et s'amon- 
cellent de façon à garantir le pont. Sur quoi, on eut soin 
d'ajouter des mottes de gazon à ce rempart improvisé (i). 

La capitulation s'imposait donc. Le vendredi saint, 
12 avril, elle était signée. Bile est datée du 10. Elle garantit 
au culte catholique le monopole d'exercice dans la ville et 
ses faubourgs; les privilèges des Chartrains seront sauve- 
gardés ; amnistie leur est accordée pour les faits de guerre ; 
les habitants qui voudront sortir de la ville pourront le 
faire « chevaux, armes et bagues sauves», et ils se retire- 
ront où bon leur semblera. Mainlevée est donnée à tout le 
monde, et les magistrats de la cité demeureront en fonc- 
tions. Les assiégés auront huit jours pour solliciter le secours 
du duc de Mayenne (il était à Château-Thierry !) ; pendant 
ce temps, les hostilités seront suspendues. Mais si dans ce 
délai, Mayenne n'a pas réussi à débloquer Chartres, ou bien 
à y jeter un secours de quatre cents hommes, la capitula- 
tion s'exécutera. 

Quant à la garnison, elle sortira avec les honneurs de la 
guerre, avec armes, chevaux et bagages, mèche allumée, 
enseignes déployées, « tambourgs et trompettes non son- 

(i) Serre, Inventaire général de l'Histoire de France, IV, 59 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 IOÇ 

liantes quand ils passeroient devant Sa Majesté ». Les bles- 
sés pourront rester dans la ville, et les réfugiés sortir avec la 
garnison. 

Le vendredi 19 avril, aucun secours n'étant survenu, 
comme on pouvait s'y attendre, sept cents hommes, soldats 
et bourgeois, sortent de la ville, « aymant mieux s'en aller 
ailleurs, que de demeurer à la mercy du Roy, qui faisoit pro- 
fession d'une autre religion que la leur». (Souchet IV, 25.) 

Le lendemain, « toutte l'armée du Roy entra dès le 
matin dans la ville, soubz la conduitte du maréchal de 
Biron, avec lequel estoit aussy M. le chancelier, qui, sur les 
11 heures, s'en alla en la cathédrale faire ses dévotions. 
M r de Chartres, ayant sceu de lui la forme avec laquelle 
on devoit recevoir le Roy, envoya par tous les chapitres des 
églises collégialles, monastères, couvents et curez de la 
ville, qu'ils eussent à se trouver à la porte Saint-Michel, sur 
les trois heures après midy. Sur les quatre heures, Sa Majesté 
se présenta à cheval à laditte porte, où il fut harangué par 
l'advocat de la ville (1) et conduit soubz un poêle de velours 
bleu, semé de France, jusques devant la porte Roy aile de 
ladite Église [cathédrale], où ledict sieur évesque l'atten- 
doit en ses habits pontificaux, et le chapitre et habitués 
d'icelle en chappes de soye avec les croix, textes, eau bénite 
et autres choses accoustumées en telles cérémonies. » Mais 
au mépris de tous les usages, qui l'obligeaient à « descendre 
en ladite église», Henri IV « fit tourner le derrière de son 
cheval devant la face d'icelle, au grand scandale des catho- 
liques, et s'en alla descendre à l'évesché ». Alors, l'évêque et 
son cortège de traverser en toute hâte la cathédrale, pour 
rejoindre le monarque, et M. de Chartres put placer sa 
harangue (2). Après quoi, il rentra dans le sanctuaire, et 
chanta un Te Deum. 

(1) D'après le P. de Chalons {Hist. de France, III, p. 227)» la harangue fut longue; le ma- 
gistrat « ayant dit qu'il reconnoissoit que la Ville étoit assujettie au Roy par le droit Divin, 
et par le droit Humain, le Roy s'impatienta, et oit en l'interrompant et poussant son che- 

'val pour entrer : Ajoutez aussi, par le droit Canon.» I,e mot est joli; comme tous les mots 
historiques, il mériterait d'avoir été dit. 

(2) Pintard nous en a conservé le texte. Annexe du Recueil de documents historiques, 
P- 271. 



110 I,ES ÉGLISES JUSQU'A i/EDIT DE NANTES 

Le dimanche 21 avril eut lieu une grande procession, 
à laquelle, affirme Souchet (1), assistèrent plus de quarante 
mille personnes; c'est beaucoup, pour une ville qui ne 
renfermait, avec toute sa banlieue, pas plus de quinze 
mille habitants. Toujours est-il que ces nombreux fidèles 
« demeurèrent fort scandalizés de ce que le Roy passa au 
travers d'icelle [procession] et s'en alla en un certain logis, 
appelé le Palais, assis au Marché-au-bled près l'église Saint- 
Saturnin (2), en la haulte salle duquel, qui servoit lors à 
faire nopces, ou à jouer des comédies, il fit faire la prêche 
publiquement, à laquelle assistèrent environ sept cens per- 
sonnes». Le prédicateur aurait été Gabriel d'Amours (3). 
On voit comment Henri IV tenait ses engagements. 

Le lendemain de cet abominable forfait, le roi sollicita 
des Chartrains un don gracieux de 30.000 écus, qu'ils ne 
purent lui refuser; puis, il s'en alla coucher à Épernon. Il 
chargeait Biron de recouvrer la somme, et, à la place de La 
Bourdaisière, il rétablissait Sourdis dans son ancienne 
charge de gouverneur. Biron resta quinze jours, et en outre 
des deniers, il leva une contribution de 1.850 muids de blé. 
La somme était forte ; les chanoines, en particulier, se plai- 
gnirent. De fait, les deniers seuls représentaient le qua- 
druple de ce que la dépense avait coûté aux bourgeois. Un 
compte qui nous a été conservé porte la dépense à 7.560 écus 
35 sols; on y avait pourvu par une contribution extraor- 
dinaire de 7.717 écus 40 sols, levée sur les habitants de la 
ville. Il est malaisé de déterminer la part exacte qui revient 
aux huguenots dans ce total. 

Ensuite, Biron jugea bon de désarmer la population; 
il n'y réussit pas complètement, et comme il arrive toujours, 
ceux-là seuls livrèrent leurs armes qui n'avaient pas la 
pensée de s'en servir. Çà et là, on installa des postes de 



(1) Après I,e Pelletier. 

(i) Rue de la Volaille, Ver? l'angle de la rue Marceau. I,e Pelletier dit fort crûment que 
c'était un mauvais lieu, et qu'Henri IV l'avait choisi à cause de cela; on voit quel est le 
ton de ces mémoires. 

(3) Rouiller, Notes manuscrites. G. d'Amours était, en effet, aumônier d'Henri IV. 



i/ÉGUSE D£ CHARTRES DE 1589 A 159a III 

Suisses. On transforma en citadelle leglise de Saint-Michel, 
qui se trouvait vers l'angle de la rue aux Ormes. Jusqu'en 
1600, année où l'église fut rendue au culte, les fidèles de la 
paroisse usèrent de la crypte de Saint- Aignan. Quand Biron 
partit, Sourdis et le chancelier (Hurault de Cheverny) pré- 
tendirent encore rançonner la population, mais c'en était 
trop. Les Chartrains, se basant sur les clauses de la capitu- 
lation, en appelèrent au Conseil d'État. Henri IV leur donna 
raison en théorie, mais il paraît qu'en fait, ils n'y gagnèrent 
rien. 

Aucun renseignement précis ne permet de supputer les 
pertes subies par les défenseurs de Chartres pendant le 
siège de 1591 (1). Toutefois, si l'on considère que des 
700 soldats du début, il n'en restait que 300 valides à la 
capitulation; que 400 bourgeois sortirent avec eux, et que 
d'autres, restés dans la ville, y furent désarmés, on est con- 
duit à admettre, comme assez voisin de la vérité, un chiffre 
de 5 à 600 hommes tués ou blessés. Les pertes du roi sont 
plus considérables : A. d'Aubigné les évalue à « 1.000 ou 
1.200 hommes et 8 maistres de camp (2) », ce qui est assez 
plausible. 

Ajoutons encore que l'iconographie du siège se réduit à un 
tableau de l'époque (ou peu s'en faut), conservé au musée de 
Chartres; mais cette œuvre anonyme, intéressante comme 
peinture, est dépourvue de toute valeur documentaire. Le 
paysage est de haute fantaisie. 

Quant au jugement qu'il faut porter sur la défense de 
Chartres en 1591, comparée à celle de 1568, je ne saurais 
mieux faire que de laisser la parole à La Bourdaisière. 

Je scay que le vulgaire juge des efïects par leurs événemens ou 
par exemple et non par le point de la raison, et que beaucoup ont 
estimé que Chartres ayant une fois esté assiégé sans estre pris, il 
debvoit à jamais estre imprenable, qui me fera adjouter ycy 
quelques considérations que Ton doibt avoir là-dessus, qui sont 



(1) Il y a cependant quelques évaluations partielles et approximatives dans les actes capi- 
tulâmes 'de l'abbaye de Saint-Père; (Arch. dép. d'E.-et-I,., H. 38). 
(£) Histoire universelle, III, 339: (2 me cd, ) 



112 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

que au premier siège, il y avoit dedans II mil hommes de guerre ( i ) 
tant de pied que de cheval, des forces bien composées et discipli- 
nées, que la forme d'ataquer les places estoit tout autre que celle 
qui se pratique maintenant, que les ennemis laschèrent tousjours 
d'un costé une porte libre à ceux du dedans (2) qui (3) les bâtirent 
avec peu de pièces et peu de furie, et que le siège n'ayant duré que 
seize jours fut levé le 17™ par la publication d'une paix qui se fist 
lors, sanz qu'ils eussent donné l'assaut (4), et tient-on pour certain 
que si le siège eust continué la place s' emportait dans peu de jours, 
avec ce que Monsieur de la Noue, qui s'i trouva, advoue qu'elle ne 
fut pas bien attaquée et qu'elle estoit si mauvaise de tous costés que 
l'on ne pouvoit dicerner le pire endroict, qu'il n'y avoit que cinq 
pièces d'artillerie et 4 pièces longues de campagne, et que l'on esti- 
moit après ce préparer une nouvelle batterie quand la paix fut 
conclue. Il dist que davantage on ne doit pas s'obstiner à ung 
siège une telle place que celle-là, et que c'est beaucoup de la gar- 
der trois semaines ou un mois, attandant une armée qui se prépare 
pour favoriser les assiégés, comme il se peult veoir plus au long par 
les discours polli tiques et millitaires dudit sieui de I,a Noue (5). 

I^e discret procès ftro domo que plaide ici I^a Bourdaisière 
l'a conduit à une très juste appréciation des faits (on remar- 
quera, en passant, de quel ton courtois ce ligueur parle de 
La Noue). Et pourtant, l'opinion de I^a Bourdaisière n'est 
pas celle de la foule; elle a oublié le siège de 1591, et elle 
glorifie celui de 1568. En somme, il y a dans cette anomalie 
un petit problème de psychologie fort simple à résoudre. 

En 1568, les habitants de Chartres, consternés d'ailleurs 
par la réputation de l'infanterie huguenote, ne savaient 
guère, au surplus, ce qui se passait extra muros. Ils se sont 
exagéré, de la manière la plus touchante, les effectifs de 
Condé, et par conséquent, les dangers que courait la ville ; 
ils ignoraient les négociations et autres facteurs, tant 
moraux que matériels, qui ont arrêté l'imminent succès de 



(1) Il y en avait au moins le double. I*a Bourdaisière compte ioo hommes environ par 
compagnie, selon l'usage de son temps, et ne se souvient pas qu'à l'époque des premières 
guerres de religion, le complet des compagnies était de 200 hommes. 

(2) Précisément celle des Épars, qu'il fallait occuper à tout prix. 

(3) Qu'ils. 

(4) Définitif. 

(5) Aux pages 907 à 911. 



i/ÉGWSE DE CHARTRES DE 158g A 1598 113 

Condé, puis ont désagrégé son armée; ils n'ont jamais su, 
dans leur inexpérience des choses militaires, qu'un assaut 
repoussé n'est pas pour l'assiégeant une défaite décisive, 
mais un insuccès tactique momentané. Ajoutez à cela la 
joie d'une délivrance inattendue, l'attribution du succès à la 
Sainte Vierge, les suggestions complaisantes de l'esprit de 
clocher. Voilà déjà de quoi fausser les appréciations. 

Mais il y a plus. Le Beauceron, esprit positif, croit 
avant tout au succès ; le succès lui paraît infiniment plus 
précieux qu'une abstraite gloire. Le siège de 1568 a fini 
par la retraite des assiégeants; ne demandez pas à l'opinion, 
toujours simpliste, de voir plus loin que ce fait. En 1591, 
au contraire, on n'a considéré qu'une chose, la capitulation 
finale. Et quant à admettre qu'une défense se terminant 
ainsi puisse être honorable, glorieuse même (et celle-ci l'a 
été), on n'y consentira jamais. La faiblesse de la garnison, la 
pénurie des ressources, la sourde action des traîtres, la 
puissance et l'habileté des assaillants, on oublie tout cela. 
En outre, remarquons qu'en 1568, Chartres tient le parti 
du roi contre ses ennemis; en 159 1, les rôles sont renversés. 
La ville n'est ralliée à la Ligue que depuis peu, sans una- 
nimité; et la Ligue vaincue, le roi devenu catholique, on 
n'aura pas sujet de se vanter d'une infidélité éphémère, si 
glorieuse qu'elle soit. On se fera oublier, et on la fera 
oublier. On y a tout intérêt. 

Mais aujourd'hui que les vieilles passions sont éteintes, il 
serait bon d'en venir à une plus juste appréciation des faits, 
et de rendre à chacun des deux sièges ce qui lui est dû. 

III. Les dernières années du XVI e siècle. — Aussitôt 
l'ordre rétabli, les spoliés d'hier revendiquent les répara- 
tions qui leur sont dues, tandis que l'administration se 
préoccupe d'anéantir l'œuvre de la Ligue. 

Dès le 3 septembre, les fermiers des sieurs de Palaiseau et 
de Montescot réclament les sommes, par eux ducs à leurs 
maîtres, que la Ligue a saisies. Les échevins répondent que 
ces agissements ne les regardent pas, et qu'il faut en 



JI4 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

demander compte à l'administration déchue. Montescot 
ne se contente pas de cette explication, et poursuit ses 
réclamations avec autant d'âpreté qu'on en avait mis à le 
spolier. La ville offre une transaction, et comme le plaignant 
ne paraît guère disposé à l'accepter, décide de soumettre le 
cas au roi (7 janvier 1592). Montescot n'en intente pas moins 
un procès aux autorités, qui basent sur les termes de la capi- 
tulation leur refus de délier les cordons de leur bourse. 

Dans l'entre-temps, on fait le procès du chanoine Bsnault, 
accusé de comploter contre le roi; on l'arrête avec son 
frère et on les confie tous deux « à la garde du capitaine 
huguenot, surnommé Parradis, grand ennemy des ecclésias- 
tiques, qui les traita fort inci vilement » (1). On condamna 
le chanoine à la question, à l'amende honorable, à une grosse 
amende en deniers et aux galères perpétuelles. Pendant 
l'instruction de ce procès, le 12 novembre, on réhabilita la 
mémoire de l'orfèvre Poussemotte, qui non seulement avait 
été spolié par la Ligue, mais avait été condamné à mort et 
exécuté ; une autre victime, sacrifiée en même temps, eut le 
même sort. On condamna leurs juges à les dépendre en 
effigie et à payer 1.000 écusàleurs veuves et orphelins. De 
plus, on fit pendre le curé de Meslay-le-Grenet, parce qu'il 
avait des armes. 

Quant au chanoine du Cormier, ce suspect d'hérésie que la 
Ligue avait rançonné (2) et emprisonné pendant un an, il se 
vengea en dénonçant (3) un novice Jacobin, âgé de 13 ou 
14 ans, qui avait parlé un peu légèrement d'aller tuer le roi. 
Le coupable fut pendu, malgré sa jeunesse. 

Ces représailles, qui ne concernent que très indirecte- 
ment l'Église réformée de Chartres et ses membres, sont à 
peu près les seuls événements que nous ayons à relater, 
dans les dernières années du xvi e siècle. Au printemps 1593, 



(1) Souchet, IV, 279- 

(2) I^e 19 juillet 1589. 

(3) De concert avec la dame de Montsoreau, de qui il tenait l'histoire. Il est aujourd'hui 
notoire que cette personne, illustrée par le roman, était huguenote. Cf. Bull, du Prot., 1910, 
421 ss. 



i/ÉGWSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 115 

Henri IV abjure. Le 16 mars 1594, la teneur du serment 
de son sacre, qui avait eu lieu le 27 février précédent à 
Chartres (1), est solennellement portée à la connaissance du 
Corps de ville. Un seul article nous intéresse, le dernier : 
« Je tâcherai à mon pouvoir, en bonne foy, de chasser de 
ma juridiction et terres de ma sujétion tous hérétiques 
dénoncés par l'Église.» Quatre ans plus tard, l'Édit de 
Nantes venait donner à ces hérétiques le droit de cité. 

En effet, la promesse d'extirper l'hérésie ne pouvait 
être que fort platonique; elle existait, et elle n'avait pas 
envie de mourir. Fallait-il la tolérer? L'Édit de Nantes 
ne la tolère même pas, il se borne à en reconnaître l'exis- 
tence de fait, à en limiter le domaine, et, pour le plus grand 
bien de l'État, à ne pas faire intervenir les questions de cons- 
cience là où elles n'ont rien à voir. Il s'agissait de mettre 
fin, à tout prix, aux guerres de religion, et de prévenir à 
jamais le retour de cette calamité. Toutes les mesures pres- 
crites par l'Édit sont commandées par cette préoccupa- 
tion (2). 

Dans quel état ce modus vivendi nouveau trouvait-il 
l'Église de Chartres? Privée qu'elle était, depuis 1562, de 
tout culte régulier (3) ; ayant vu forcément disparaître, par 
la mort, quand ce n'était pas par la persécution de 1589, ses 
adeptes de la première heure; hors d'état de se recruter et 
même de se maintenir, il est plus que probable qu'elle était 
dans une situation fort précaire. Dans un baptême célébré 
le 27 octobre 1591, à la cathédrale, on voit figurer comme 
marraine la femme de Pierre Le Cheneux, lieutenant parti- 
culier au bailliage de Chartres ; or, le nom de Le Cheneux 
figure parmi ceux des protestants chartrains de la première 
génération. Combien y a-t-il eu d'autres défections? Beau- 
coup probablement. Car c'est en 1603 seulement que l'on 
donnera à l'Église de Chartres son lieu d'exercice (situé 



(1) Pintard décrit longuement la cérémonie. 

(2) Pour le dire en passant, Souchet ne mentionne même pas l'Édit de Nantes. 

(3) Michel Grosteste partageait, en effet, son temps entre l'Église de Châteauneuf, dont il 
était titulaire, et celle de Chartres, qu'il a dû forcément faire passer à l'arrière-plan. 



Xl6 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

hors ville, comme l'Édit de Nantes l'exigeait pour les évê- 
chés) et son cimetière. Ce délai est significatif. 

IV. Résumé des Chapitres I à IV. Charles Guillard. — De 
la succession de menus faits que nous venons de raconter, il 
importe de tirer quelques vues générales. En traçant les 
limites des quatre chapitres précédents, nous avions envi- 
sagé plutôt les événements extérieurs auxquels les protes- 
tants de Chartres avaient été plus ou moins mêlés, et la 
part qui leur revient dans l'histoire religieuse de notre pays, 
que l'histoire intime de leur Église. Cette histoire intime 
comporte en réalité des périodes moins nettes, et autrement 
délimitées que celle-là. On ne peut dire qu'au xvi e siècle 
l'Église réformée de Chartres ait jamais été prospère; il y a 
une période où elle se forme, où elle s'agite, où elle essaie de 
vivre, où, dans tous les cas, elle manifeste ouvertement son 
existence. Il y a une période où elle se maintient dans le 
silence, et, insensiblement, on passe de cette période dans 
une troisième, celle d'une lente décadence, où la vie ecclé- 
siastique semble arrêtée, frappée de léthargie, période de 
calme, coupée par deux années de trouble, où pêle-mêle, 
protestants convaincus, suspects d'hérésie et simples par- 
tisans du roi sont violemment persécutés. 

Au début de la première période, en 1559, les hommes 
n'ont pas manqué à la jeune Église; elle s'était recrutée 
principalement dans la bourgeoisie éclairée, dans la no- 
blesse et même dans le clergé ; aussi le Consistoire a-t-il été 
constitué sans aucune peine, et nous savons qu'il a fonc- 
tionné, avec une régularité assez variable il est vrai. En 
quoi ont consisté les fonctions de Barthélémy Causse, le pre- 
mier pasteur, et quelles ont été les causes profondes de son 
prompt départ? L,es assemblées ne peuvent avoir lieu que 
secrètement, l'exercice d'un ministère régulier est impos- 
sible, l'administration semble désordonnée, peut-être les 
ressources manquent-elles? Toujours est-il que Chartres 
reste quelque temps sans pasteur. Néanmoins, les fidèles 
s'assemblent. En juillet 1561, arrive Hugues Renard, qui 



i/ÉGUSE DE CHARTRES DE 1589 A 1598 117 

imprime une activité méthodique à l'Église; pendant un an, 
les assemblées se succèdent régulièrement. On sait comment 
elles prirent fin. Et depuis ce moment, on ne sait plus 
grand'chose de la vie de l'Église de Chartres; elle est un 
corps constitué, dûment reconnu, encore en 1578. Puis, elle 
ne fait plus parler d'elle. Elle ne fonctionne plus ouverte- 
ment, et c'est tout juste si elle existe en tant qu'Église. 

Quel a été, à son égard, le rôle de l'évêque Charles Guil- 
lard? Il s'agit ici de condenser et de préciser ce qu'au cours 
des événements, nous avons eu l'occasion de dire de ce peu 
banal personnage. Quand, lors de son installation en 1558, il 
montre une répugnance déclarée pour les cérémonies coutu- 
mières, et revendique certaines libertés de tenue, on pour- 
rait croire à une fantaisie de jeune homme, et à l'influence 
de ce milieu ambiant du xvi e siècle, où la tenue n'était pas 
précisément en honneur. Mais la conduite subséquente du 
prélat donne une singulière signification à ce menu détail; 
on se demande si le refus des honneurs dus à son rang n'a 
pas été une protestation de la conscience de Charles Guil- 
lard, parfaitement décidé à jouer le rôle très spécial dans 
lequel il a excellé, au point de tromper la postérité sur. l'at- 
titude qu'il a réellement eue. Dès 1559, en effet, il se décharge 
sur Jean des Ursins d'une partie de ses prérogatives. Et 
désormais, il semble se désintéresser totalement des pro- 
grès de l'hérésie dans son diocèse; toutes les poursuites 
exercées contre eux viennent dii dehors, ou s'exercent sans 
son intervention. Lorsque, le 30 novembre 1561, un moine 
huguenot prêche dans la cathédrale, l'évêque se tait (1) ; 
lorsque, le 7 décembre, une assemblée huguenote, qui a 
lieu dans la maison de Sausseux, est violemment assaillie, 
c'est chez l'évêque que les gentilshommes de la religion vont 
chercher des directions et des conseils, si judicieux pour leur 
cause, qu'ils s'empressent de les suivre. En 1563, Charles 



(1) Peu auparavant, au Colloque de Poissv, il avait refusé de signer une profession de 
foi où était affirmée la présence réelle; il avait refusé aussi de tenir le pape pour vicaire de 
Jésus-Christ et chef de l'Église universelle. Degert, Procès de S êvêques français. Revue 
des quest. hist, juillet 1904, p. 71. 



Il8 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

Guillard est à ce point suspect, qu'il croit devoir se 
justifier auprès de son grand vicaire; on a lu la lettre 
étrange qu'il lui écrit. 

Trois ans après, la duchesse de Ferrare s'envient à Chartres, 
et l'ancien curé de Mézières-en-Drouais, créateur de l'Église 
réformée de Marsauceux, prêche dans l'évêché même. 
Comme par hasard, l'évêque est absent, et après le départ de 
la grande dame, il sera le seul à ne pas protester contre ce 
qu'il aurait dû tenir, le tout premier, pour une provocation. 
D'ailleurs, il est suspect en Cour de Rome, et, en 1567, il se 
plaindra fort gratuitement d'être rançonné comme un sus- 
pect par les autorités de Chartres, protestera de son ortho- 
doxie que personne n'a ouvertement contestée dans le Corps 
de ville, et s'arrangera pour se mettre sous la sauvegarde 
du roi. Puis, vient le coup d'audace du I er novembre 1572, 
cette nouvelle prédication, en pleine cathédrale, d'un moine 
dont on ne nous fera pas accroire que l'évêque ignorait les 
hardiesses de doctrine; la fuite, et du moine, et de l'évêque, 
la mort découragée de celui-ci, le 22 février 1573. 

Est-ce assez clair? 

Certes, on ne sait jamais ce qui se passe dans la conscience 
d'un homme, et Charles Guillard a emporté dans la tombe 
le secret de ses convictions intimes, et peut-être de ses 
luttes intimes. Mais du moins peut-on tirer un jugement de 
ses actes. Or, Charles Guillard nous donne l'impression très 
nette d'un homme qui, gagné aux idées nouvelles, a pensé 
que le plus sûr moyen encore de les servir était de demeurer 
évêque, et de louvoyer. Il a louvoyé avec une habileté telle, 
que des juges avertis s'y sont quelquefois trompé. 



CHAPITRE V 

LES PETITES ÉGLISES DU PAYS- CHARTR AIN (i) 

Lorsque fut organisée l'Église réformée de Chartres, elle 
eut pour circonscription, ainsi que nous l'avons dit, la 
ville et les villages voisins, expression imprécise pour nous, 
et qui l'était peut-être aussi pour les contemporains; car 
il ne faudrait pas se représenter cette création comme conçue, 
au point de vue des limites territoriales, avec une rigueur 
inconnue à cette époque, et qui, même de nos jours, ne 
peut pas toujours être obtenue. Il y eut donc, dans le 
Pays chartrain, à l'est, au sud, à l'ouest de Chartres, 
d'autres Églises réformées « plantées et dressées» vers la 
même époque que l'Église du chef-lieu, et dont il n'est pas 
toujours facile d'en distinguer l'histoire. 

Telles de ces Églises n'ont été que de simples Églises de 
fief, groupant quelques adeptes autour d'une famille 
conquise dès l'origine à la Réforme; si l'on peut, en quelque 
mesure, relever des traces de leur existence ou de leur 
fonctionnement, il est presque impossible de rien apprendre 
de leur histoire. Par leur nature même d'institutions 
privées, elles échappent aux investigations. A peine est-on 
en mesure de les différencier; on ignore souvent leur 
organisation; on ne sait au juste, ni quand elles ont été 

(i) Elles ressortissaient du Colloque de Beauce et du Synode de l'Ile-de-France. 



120 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

fondées, ni quand elles ont disparu, ni quelles ont pu être 
leurs éclipses momentanées, ni, la plupart du temps, 
comment et par qui elles sont été desservies. 

Telle autre a une physionomie plus arrêtée; elle a joui 
d'une organisation normale; elle a eu des représentants aux 
Synodes, et l'on peut suivre, tant bien que mal, son existence 
souvent précaire et soutenue à coups d'expédients. Mais 
ici encore, ce qui complique beaucoup le récit de son histoire, 
c'est qu'elle s'enchevêtre avec celle de l'Église de Chartres, 
de telle sorte qu'il est matériellement impossible de parler 
de l'une sans empiéter sur le domaine de l'autre; c'est ce 
que nous avons été contraint de faire, aussi l'on ne s'étonnera 
pas de trouver ici quelques répétitions. 

I. Cher ville. — Dès 1559, une Église réformée est consti- 
tuée à Cherville, hameau qui dépend aujourd'hui de la 
commune d'Oinville-sous-Auneau. Les de Chartres, seigneurs 
de Cherville, vrais créateurs de cette petite Église, resteront 
jusqu'aux mauvais jours de la Révocation de l'Édit de 
Nantes de fermes soutiens de la Réforme. 

Pendant les deux premières années de son existence, 
l'Église de Cherville semble n'avoir été qu'une institution 
strictement privée. En effet, V Histoire ecclésiastique (1) nous 
apprend qu'en 1561 seulement, on« commence» à s'assem- 
bler à Cherville et dans les localités voisines; c'est le 
moment où Hugues Renard, le pasteur de Chartres, évangé- 
lise méthodiquement la région. L/an d'après, en pleine 
guerre de religion, le plessis de Cherville est pillé avec 
nombre d'autres par des bandes de brigands. Quand les 
assemblées interrompues ont-elles recommencé? Nous ne 
le savons pas. En 1590, le seigneur de Cherville prend une 
part active à la guerre contre la Iyigue, mais de l'Église 
qui se réunissait dans sa maison, nous ignorons tout, sinon 
qu'elle existait. Car nous la retrouverons au siècle suivant, 
gravitant dans l'orbite des Églises voisines. 

(1) I, 140 (Ed. de Toulouse.) 



EES PETITES EGLISES DU PAYS CHARTRAIN 121 

II. Gallardon. — Il y avait, aux environs de Gallardon, 
des groupes assez compacts de protestants. Parmi les 
nombreux seigneurs gagnés à la Réforme dans ces contrées, 
nous avons déjà signalé celui de Jonvilliers (i). De fait, 
Jonvilliers a été un centre assez important pour que le 
pasteur de Gallardon y ait fixé sa résidence. Pourtant 
Gallardon même, propriété, jusqu'en 1577, de seigneuis 
huguenots, les de Refuge (qui d'ailleurs n'y résidaient pas) 
renfermait des protestants; nous l'avons dit. Tout à côté, 
Baillolet (2), qui appartenait aux Hérouard de Sausseux, 
est aussi un foyer de réformés; des assemblées religieuses 
y ont lieu, comme à Jouy, à Hermeray, à Houx, au Bois- 
Saint-Martin, ou plus exactement à Saint-Martin-de- 
Nigelles. Une allusion contenue dans un texte du xvn e siè- 
cle donne même à supposer que pendant quelque temps, 
il y eut à Houx et Saint-Martin une Église indépendante, 
rattachée dans la suite, comme simple « quartier», tantôt 
à l'une, tantôt à l'autre des Églises voisines. 

En combinant les renseignements que fournit l'Histoire 
ecclésiastique avec ceux de du Moulin (3), on arrive à cette 
conclusion que l'Église de Gallardon a eu un territoire assez 
étendu, avec des groupes de fidèles un peu partout. A l'ouest, 
ce territoire arrive assez près de Chartres ; au nord, il touche 
à l'Église de Dreux, et comprend une partie du canton 
actuel de Nogent-le-Roi. Au nord-est, il va jusqu'à Ram- 
bouillet; à l'est, il se heurte aux Églises d'Ablis et du Chêne. 
Peut-être qu'au sud, il atteint Allonnes et Meslay-le- 
Vidame. 

Depuis ses débuts jusqu'au moment où elle est annexée à 
l'Église de Chartres (vers 1635), l'Église de Gallardon a eu 
pour cheville ouvrière la famille de Sausseux. Dans les 
premières années, à vrai dire, Gallardon n'a pas de pasteur; 
on a recours à celui de Chartres. Si nous ne savions que dès 



(1) Commune d'Ecrosnes. 

(2) Commune de Bailleau-sous-Gallardon 

(3) T. V, p, 607 a.f. 



Ï22 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDlT DE NANTES 

ce moment l'Église de Gallardon a son Consistoire réguliè- 
rement constitué, ses « surveillants », parmi lesquels du 
Moulin cite Leclerc et Périer, sa représentation au Synode, 
ses diacres, il serait difficile de la distinguer de l'Église de 
Chartres comme il est difficile de la distinguer de l'Église de 
Cher ville, et d'autres peut-être. 

Mais cette confusion ne dura pas longtemps. Dès 1563, 
la paix d'Amboise mentionne Gallardon parmi les rares 
lieux de culte accordés aux protestants. C'est vers ce 
moment, sans doute (car on ne peut entièrement préciser 
la date), que Jean Le Bailleur, dit Desfacher, commence un 
ministère dont nous savons toute l'activité, attestée par 
des témoins qui la jugent dangereuse, mais dont nous ne 
pouvons limiter la durée. Il prêchait à Gallardon (une 
délibération des échevins de Chartres, datée du 21 mai 1578, 
nous apprend qu'il y avait un temple dans la ville même 
de Gallardon), il prêchait au Chêne (1) (où nous verrons 
qu'il y avait un Consistoire), il prêchait même àMeslay-le- 
Vidame (propriété de Jean de Ferrières) et il y célébrait 
des mariages. A Allonnes, il trouvait du Moulin, avec lequel 
il ne s'entendait guère, du Moulin qui, chassé de Paris par 
les événements, en 1562, s'était réfugié là, auprès de ses 
enfants. C'est à Allonnes qu'il a composé son catéchisme. 
Et il y avait là, autour de maître Robert Tréhet, une sorte 
de petite école gréco-latine, que fréquentaient huit ou 
dix jeunes gentilshommes du voisinage (2). A Villereau 
(dans la paroisse de Beauvilliers) , Desfacher voyait les 
seigneurs du lieu. Mais tout ce monde était assidu aux 
assemblées de Gallardon et du Chêne. Car il semble que 
l'Église de Gallardon et celle du Chêne aient assez généra- 
lement mis leurs ressources en commun, quoique nettement 
distinctes. 

L'histoire intérieure de l'Église réformée de Gallardon 
paraît avoir été assez dénuée d'incidents. Nous ne savons 



(1) Commune de Sain ville. 

(«) Cf. Bull, du Prot., 1895, 548 ss. 



LES PETITES ÉGLISES DIT PAYS CHARTRAIN 123 

si la Saint- Barthélémy y fit des victimes. Il est probable 
que non. 

Fort disséminés, les protestants ne portaient om- 
brage à personne ; en revanche, ils étaient partout 
soutenus par les seigneurs, qui avaient en grand nombre 
embrassé la foi nouvelle. 

Tout au plus, parfois, la malveillance du public se 
montrait-elle par de menus incidents. Une notice mentionnée 
dans les registres paroissiaux d'Épernon (i) relate le fait 
suivant, qui révèle, au surplus, l'existence d'un groupe de 
protestants dans cette petite ville. Le I er juin 1578, « Chris- 
tofle Dunon, héréticque et hucquenot, mourut, et le lende- 
main les Hucquenots d'Bspernon l'ont enterré au Saint 
cimetierre du prieurey, environ quatre heures du matin. 
Et ledict jour ou lendemain, au soir, ceux dudict Bspernon 
feirent charivary pour Pierre Regnard et ledict charivary 
vint audict prieurey, et les petits enfans déterrèrent ledict 
Dunon et traisnèrent soubs la porte du bourg, et le mirent 
de travers de la rue, et y fut tout nud jusques au lendemain 
mardy, environ huit heures du matin, et fut ledict Dunon 
enterré aux Ruelles. » 

Pendant les guerres de la Ligue, le territoire de l'Église 
de Gallardon est traversé constamment par les armées et 
les détachements des divers partis; de nombreux combats 
s'y livrent, notamment la bataille d'Auneau. Nous ne 
reviendrons pas sur ces incidents, dont nous avons été 
amené à parler à propos de l'Église de Chartres. On ne sait 
rien de l'histoire de l'Église de Gallardon pendant les der- 
nières années du xvi e siècle. Le culte a dû être célébré régu- 
lièrement, puisque l'Église a été reconnue parl'Édit de Nantes, 
mais nous ignorons comment et par qui l'exercice était assuré, 
et notamment, si Le Bailleur était encore en fonctions. 
Dans tous les cas, l'Église a laissé quelques traces de son 
existence au xvn e siècle. Nous aurons donc l'occasion d'en 
reparler. 

(1) Paroisse de Saint-Pierre, Arch. munie. d'Épernon, G G i. 



124 L^ ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

III. Le Chêne. — C'est à la fin de 1562 qu'apparaît 
l'Église du Chêne. Du Moulin (1) nous apprend qu'elle 
était régulièrement organisée, pourvue d'un Consistoire. 
Je suis très disposé à croire qu'au départ de son premier 
pasteur, elle cessa d'avoir L,e Chêne pour centre, et que 
Denon ville fut désormais son lieu de culte, en même temps 
que son principal groupement. 

Oui était ce premier pasteur du Chêne? Du Moulin nous 
dit qu'il s'appelait Saint-Martin. Or il surgit au moment 
précis ou Hugues Renard, dit Saint-Martin, est chassé de 
Chartres par l'hostilité des bourgeois. Il s'agit bien du 
même personnage. Ne pouvant rester à Chartres, mais ne 
voulant par renoncer à l'activité si grande et si féconde 
qu'il y a déployée dans la région, il se retire au Chêne, et y 
constitue une Église. Il n'y restera pas longtemps, car 
en 1564, il est nommé à Paris, et la même année, le Synode 
de La Ferté chargera Paris de « subvenir à l'Église du 
Chesne» (2), dans la mesure du possible. Au surplus, nous 
ne savons ce qui fut réellement fait, et nous ne suivrons pas 
Hugues Renard dans la vie très mouvementée qu'il a menée 
dans la suite. 

Il était, avec son collègue voisin Le Bailleur, sur le 
pied d'une collaboration de tous les instants. Nous savons 
un peu quel était leur genre de vie, grâce à la juvénile 
déposition de Louis de Villereau (il avait 16 ans), dans un 
procès qui intéressait fort du Moulin, mais nous laisse 
par lui-même assez froids. Donc, ce jouvenceau avait 
remarqué que nos deux pasteurs, et plusieurs autres qu'il 
avait vu en leur compagnie, avaient des allures fort laïques : 
pas de robes, pas de bonnet carré, mais le costume de tout le 
monde. Ils vivaient de contributions régulières, payées 
par les fidèles, et ils exerçaient, tant par eux-mêmes que par 
leurs Consistoires, une autorité disciplinaire à laquelle il 
était prudent de ne pas se frotter. 



(1) V, 622. 

(2) Ci. Bull, du Prof., 1892, 358. 



126 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

En outre du Chêne, Saint-Martin desservait l'oratoire 
que Pierre de Brizay, l'ancien abbé de Saint-Père, marié 
sur le tard à Jacqueline d'Orléans, avait établi dans son 
château de Denonville. Ledit château fut surpris par les 
ligueurs en 1591; bientôt après, on le reprend, et malgré 
la capitulation, on pend une partie de la garnison. 

On ne sait rien de plus de l'Église du Chêne — ou de 
Denonville — au xvi e siècle. Nous aurons l'occasion de la 
mentionner au siècle suivant. 

IV. Courville. — Un peu plus près à l'ouest de Chartres 
que Le Chêne et Denonville ne le sont à l'est, le gros bourg de 
Courville étend paresseusement, le long de l'Eure, ses 
rues parallèles, entre l'église et le château, aujourd'hui 
détruit. Il y a eu dès 1559, à Courville, une petite Église 
réformée dont on ne sait à peu près rien. Lorsque, cette année- 
là, le ministre Antoine de Chandieu et le surveillant Zacharie 
Le Maçon sont envoyés de Paris visiter l'Église de Chartres, 
leur mission les conduit aussi aux lieux circonvoisins, et 
en particulier à Courville. Le nom apparaît brusquement, 
on ne sait rien du mouvement d'où est issu ce modeste 
groupe de huguenots. Il n'a pas eu pour berceau — du 
moins très probablement — le château du seigneur. Car 
les de Billy, qui le possédaient depuis qu'à la fin duxv e siècle, 
Perceval de Billy avait épousé Louise de Vieuxpont, ont 
été catholiques pendant tout l'ancien régime. 

Mais une branche cadette des Vieuxpont était encore 
protestante vers la Révocation de l'Édit de Nantes. Fixée 
alors dans le Drouais, demeurait-elle à Courville au milieu 
du xvi e siècle, et est-ce autour d'elle que la petite Église 
s'est constituée? Ce n'est pas impossible, mais rien ne le 
prouve. 

On serait assez tenté de croire sans lendemain le mouve- 
ment huguenot de Courville, si un acte de baptême de 
l'Église de Châteaudun ne nous révélait la présence à 
Courville, en 1594, d'un ministre nommé « Michel Grosseteste, 
dit Cappito», marié à Anne de Beaurain, et qui, d'ailleurs 



EES PETITES EGLISES DU PAYS CHARTRAIN 127 

a fait souche dans le pays. Il est mentionné comme « demou- 
rant à Courville », on ne dit pas à quel titre. L/Église avait- 
elle un pasteur pour elle, ou bien faut-il croire que le 
pasteur de Chartres habitait Courville, et partageait son 
ministère entre la petite communauté du lieu et celle 
beaucoup plus importante de Chartres? Nous répondrons 
tout à l'heure à cette question. Il est avéré, en effet, que les 
huguenots de Chartres n'ont pas été privés de culte ni des 
sacrements pendant le demi-siècle où leur Église a été sans 
ministre. Tout cela est donc assez vague, et nous ne citons 
guère l'Église de Courville que pour être complet. 

L^e registre des échevins de Chartres y fait à la date du 
22 avril 1580, une fugitive allusion : Courville est mentionné 
parmi les localités qu'on avertit de se garder de surprises 
possibles. On peut en conclure que les huguenots avaient tout 
au moins des intelligences dans la place, mais cela ne nous 
dit pas combien ils étaient, ni s'ils avaient une organisation 
ecclésiastique régulière. 

Lorsque l'on parcourt les minutes notariales de Cour- 
ville (1), qui remontent à 1587, on y rencontre assez souvent 
des prénoms bibliques d'allure fort huguenote : Abraham, 
Appollos, Salomon, Daniel (un Daniel Levasseur est 
orfèvre vers 1590) (2). Y trouve-t-on des Grosseteste, ou 
Grosteste, et que peuvent-ils nous apprendre? C'est ce que 
nous allons examiner. 

Le 12 avril 1588, on procède au partage des biens des 
défunts Jacques Grosteste et Simonne Petit, sa femme : ils 
laissent deux orphelins mineurs, Jacques et Simon; et 
ils ont comme proches, Marie Grosteste, femme d'Etienne 
Feilloteau, négociant à Châteaudun, et Marin Grosteste, 
« marchant demeurant à Châteauneuf-en-Thimerais», dont 
on trouve assez souvent la signature au bas des minutes. 

Or, c'est à Châteauneuf-en-Thimerais que, le 20 avril 1593, 



(1) Elles ont été classées dans nn ordre admirable par l'aimable érudit qu'est M 9 Gas- 
tambide. 

(2) On y trouve aussi les noms de protestants chartrains connus : Montescot, Paul de 
Chartres, L,emaire, Cheron, etc. 



128 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

Michel Grosteste, seigneur des Moulins, épouse en secondes 
noces Anne de Beaurain (i) ; il a des enfants d'un premier 
lit, il n'en aura pas de son second mariage. Mais Anne de 
Beaurain en aura d'un mariage subséquent. D'où l'on 
peut conclure qu'à cette époque Michel Grosteste était 
âgé. On peut déterminer avec une quasi-certitude l'année 
de sa mort. Nous savons, en effet, qu'en 1603, il n'y a pas 
de pasteur à Favières (c'est-à-dire à Châteauneuf) , ni à 
Chartres; d'ailleurs, en janvier 1604, c'est René Grosteste, 
fils de notre pasteur, qui est qualifié de seigneur des Moulins 
dans les minutes de M e Guemer (2), notaire royal à Courville. 
D'autre part, en septembre 1601, Anne de Beaurain est 
encore désignée comme femme de Michel Grosteste, et il 
n'est plus question, ni d'elle, ni de lui, dans les derniers 
mois de cette année. Il est donc mort en 1602 (3). 

Grosteste est évidemment le pasteur — le premier des 
pasteurs — de Châteauneuf; très souvent (on en verra 
d'autres exemples dans la suite de cette étude) le premier 
en date des pasteurs d'une Église est un homme du pays. 
Pourquoi s'est- il établi à Courville? sans doute pour être 
à proximité de Chartres, que ses deux successeurs ont desservi 
et qu'il a dû desservir lui-même, puisque l'on a vu que le 
baptême protestant y était administré en 1579. Entre 
Châteauneuf, Courville et Chartres, ce vieillard était fort 
occupé, et l'on comprend que dans les dernières années de 
sa vie, sa femme le remplace invariablement, quand il 
s'agissait de se présenter dans l'étude de M e Guemer. 



(1) I*e contrat a été passé par devant M e René Barbe, tabellion; M. Roger Durand., qui 
l'a découvert, a bien voulu nous en communiquer les éléments. 

(2) René Groteste portait le prénom de son grand-père, qui eut trois filles et un fils. 

(3) I,es minutes de 1602 et 1603 sont perdues. 



CHAPITRE VI 

i/ÉGUSK DE DREUX (i) 

Souchet rapporte (2) qu'en 1559, « l'hérésie s'étoit fort 
avancée dans le Blaisois, Vendômois, Dunois et Drouais. 
Deux malheureux curés la semèrent en leurs paroisses, 
qui ont été comme la pépinière d'où ceste perverse doctrine 
a été entée dans la Beauce et dans le Drouais. Ce fut à 
Varize et Mézières, près de Dreux, où, grâce à Dieu, elle 
a été arrachée du premier, et pour l'autre ils se sont 
maintenus en petit nombre dans le hameau de Marsau- 
seux. » 

Sous prétexte que Souchet n'indique pas le nom de ces 
deux prêtres, on a prétendu mettre en doute l'exactitude 
de son assertion. Mais on ne voit pas dans quel intérêt il 
aurait raconté cette histoire, si elle était fausse, et elle 
est trop exacte dans son ensemble pour que l'absence de 
deux noms, qu'il pouvait avoir d'excellentes raisons de ne 
pas prononcer, fût un motif de la rejeter sommairement. 

Nous avons, en dehors de ces quelques lignes, fort peu 
de renseignements sur les débuts de l'Église du Drouais. 
I^e rôle du curé de Mézières ne peut sembler étrange que si 
l'on est peu averti de la mentalité des hommes de son temps, 
et même d'une partie assez notable de sa corporation. 
Nous ne savons rien de lui : d'accord. Mais son œuvre a été 



(1) Synode de l'Ile de France, Colloque de Beauce. 

(2) T. IV, 17. 



-130 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

étendue, elle a été durable. Il n'était donc pas un homme 
ordinaire, et pour que son influence ait été grande, il 
fallait qu'il ne fût plus un tout jeune homme, encore inconnu, 
ni un homme dépourvu de science et de mœurs. On a vu 
que les idées nouvelles avaient séduit, surtout au début, 
les lettrés, dont l'esprit ouvert était capable de s'affranchir 
du joug de la tradition. D'ailleurs, s'il fallait une preuve de 
plus que ce prêtre libéré était un homme de valeur et un 
homme de cœur, on la trouverait dans le fait que la duchesse 
de Chartres le prit pour aumônier. 

Au surplus, Souchet ne nous dit pas si c'est en 1559 seule- 
ment que ses idées se sont modifiées; j'ai peine à croire, 
en pareille matière, aux volte-face subites. Il y a probable- 
ment eu, chez lui, une évolution plus ou moins lente, qui 
s'est achevée, ou qui s'est révélée, à ce moment-là. Et Sou- 
chet ne dit pas non plus si le curé de Mézières a, dès 1559, été 
puni de ses infidélités, par un évêque qui en était le secret 
complice, ou si, à un titre quelconque, il est encore resté, 
soit en place, soit du moins dans le pays. On pourrait le 
croire, car nous ne savons pas grand'chose des deux pre- 
mières années de l'Église de Dreux. Elle semble encore en 
voie de formation. C'est plus tard seulement, vers la fin 
de 11562, qu'elle apparaîtra complètement organisée, et 
qu'elle aura un pasteur attitré. 

On peut supposer que, déposé ou non (en ce temps de 
révolution, tout était possible), le curé de Mézières remplit 
son ministère comme par le passé, à l'égard de ceux de 
ses paroissiens ou des habitants du voisinage qu'il avait 
entraînés, ou qui étaient acquis, sous d'autres influences, 
aux idées nouvelles. Il est certain, en effet qu'ici, comme 
ailleurs, la noblesse n'a pas été la dernière à entrer dans 
le mouvement de la Réforme. 

A partir de septembre 1561, nous sommes plus au clair 
sur l'histoire religieuse du Drouais. C'est l'époque où le 
pasteur de Chartres, Hugues Renard, rayonne dans toutes 
les directions, et se livre partout à une propagande active. 
Il y a des assemblées à Thuilay, dans la commune de 



L'ÉGUSE DE DREUX 131 

Faverolles (1). Le seigneur du lieu, qui prête à cet effet 
son château, est un vieillard de 75 ans. De Mézières-en- 
Drouais, de Marsauceux, de Germainville accourent des 
paysans « qui dès longtemps avoient esté instruits en la 
religion» (2). Et voilà, par parenthèse, qui confirme les 
dires de Souchet. Ces paysans sont assaillis par les habi- 
tants de l'Aumône (3), que conduisait « un prestre portant 
une arbaleste en la main)). Un gentilhomme de l'assistance 
les repoussa. 

Le lendemain, le vieux sieur de Thuilay est mandé à 
Nogent-le-Roi par la duchesse de Bouillon, qui lui fait 
une verte remontrance. Mais « il luy feit une response toute 
autre qu'elle n'esperoit». Ce qui fut cause qu'à son retour, 
il faillit être assommé. 

L'an d'après, les débuts de la première guerre de religion 
amènent des désordres dans le Vexin, à Mantes, à Dreux. 
Les habitants de Dreux courent sus (4) « à quelques gentils- 
hommes de leurs voisins estans de la religion». Mais les 
seigneurs de Mézières et d'Olivet (5) ripostent et les contrai- 
gnent « de se tenir clos dans leurs portes». Cependant, on 
ne peut entièrement les empêcher de piller, tuer, chasser 
« les suspects de la religion». On se jetait même sur les 
paysans qui venaient au marché, et sur des passants 
inoffensifs. « Un gentilhomme de la maison de Mesnil-au- 
bourg (6) », catholique, a une altercation avec deux moines : 
cela suffit pour qu'on le charge « comme estant de la 
religion », qu'on le roue de coups, qu'on le traîne en prison, 
où il meurt bientôt, ayant perdu un bras dans l'affaire. On 
avait, entre temps, massacré et jeté à la rivière « un autre 
gentilhomme qui le cuidoit défendre » ; « un pauvre porte- 
panier» subit le même sort, pour n'avoir pas fait à ces 

(1) Canton de Nogent-le-Roi. 

(2) Hist. eccles., I, 410. 

(3) 1/ Aumône (commune de Saint-I^urent-la-Gâtine) devait son nom à un hospice, fondé 
en ir 19 par un abbé de Coulombs. 

(4) Hist. ecclés., I, 556. 

(5) Commune de la Saucelle, canton de Senonches. 

(6) Non loin de Marsauceux. 



•132 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

forcenés, en entrant en ville, une réponse de nature à les 
satisfaire; la riche boutique de l'apothicaire Margas est 
pillée, « et une bonne partie de ses drogues bruslées en la 
rue, comme si elles fussent empoisonnées » comme l'était son 
âme de religionnaire. Si bien que Villarceaux, le gouverneur 
de Dreux, au service duquel était le gentilhomme cause 
de l'émeute, fut obligé d'abandonner, et sa fonction et la 
ville. 

Mais des événements autrement graves devaient se 
dérouler, peu après, aux environs de Dreux, et précisément 
dans la plaine qui s'étend devant Mézières. Nous avons 
rapporté les mouvements de l'armée de Condé, allant à la 
rencontre du duc de Guise (i). L,e 17 décembre, il passait 
devant le château de Maintenon; nous avons raconté la 
curieuse rencontre qu'il fit d'une vieille huguenote, près 
de la rivière. On coucha à Ormoy; les cantonnements 
avaient été établis de telle sorte que le gros de Condé se 
trouvait à une lieue en avant de son avant-garde, qui s'était 
arrêtée à Néron (2). Il y eut, de ce chef, une certaine 
confusion, que l'on résolut de réparer le lendemain (3). Iya 
situation était grave, en effet, car l'armée ennemie côtoyait 
celle de Condé. Par des chemins détestables, elle était 
parvenue à deux lieues de Dreux. On décida donc que 
Coligny, se mettant en route de grand matin, dépasserait 
Condé, et reprendrait son ordre de bataille. Sur ces entre- 
faites, on apprend que l'armée catholique traverse l'Eure. 
De fait, il s'agissait de quelques batteurs d'estrade isolés 
venus pour sonder les gués. Néanmoins, sur cette nouvelle, 
accueillie sans contrôle, tous les plans sont bouleversés. Toute 
l'armée marche sur Dreux, bien qu'il fût déjà 3 heures 
de l'après-midi. On ne pousse même pas de reconnaissances 
vers l'ennemi ; on ne se poste même pas le long de la rivière, 
pour en interdire le passage, et pourtant, il y avait là de 



(1) V. ci-dessus, ch. i. 

(2) Elle était conduite par Coligny. 

(3) Un détachement commandé par le capitaine Demaret poussa jusqu'à Épernon, où il 
commit quelques déprédations. Arch. dép. d'E.-et-I,., B. 108. 



i/ÉGUSE DE DREUX I33 

gros villages, dans lesquels il était facile de cantonner et où, 
pendant la nuit, l'armée du Triumvirat s'empressa de se 
loger. On s'amuse à tirailler sur deux lièvres affolés, qui 
essaient de fuir entre deux colonnes. On ne s'avise pas de 
profiter de la faute commise par Guise, qui, ayant surtout 
de l'infanterie, avait pris position dans la plaine, au lïeu 
d'attirer Condé, empêtré de cavalerie et de charrois, dans 
les chemins creux de Tréon. 

Après le magistral ouvrage du commandant de Coy- 
nart (1), nous n'entreprendrons pas un récit détaillé de la 
bataille de Dreux. Si important, si retentissant qu'ait été 
ce fait de guerre, il ne nous touche, en somme, que par le 
lieu où il s'est déroulé. Avec ses 4.500 cavaliers et ses 9.000 
fantassins, Condé va se heurter aux 16.000 hommes de 
pied et aux 2.000 hommes de cheval qui lui menacent le 
flanc, massés entre I/Épinay et Blain ville. Rapidement, il 
tente un changement de front. Iye mouvement s'opère en 
désordre. I^es divers corps perdent le contact et ne sont 
plus en état de se soutenir. Cependant Condé charge 
vigoureusement le flanc des Suisses, bouscule infanterie, 
cavalerie, prend huit canons (2) et s'empare de la personne du 
connétable. I^e duc de Guise fait une diversion; à son tour, 
il charge les huguenots; Français, lansquenets et reîtres 
lâchent pied. Andelot ne peut rallier les lansquenets 
épouvantés, qui traversent Blainville; il se retire sur 
Tréon, d'où, le lendemain, il rejoindra l'armée. Condé, son 
cheval ayant été blessé, est fait prisonnier. Coligny rallie 
les troupes et charge une troisième fois, mais Guise fait 
donner ses vieux soldats français, et les huguenots sont 
contraints de reculer, non sans avoir fait subir de grosses 
pertes à l'adversaire. 

I^a bataille avait duré cinq heures, ce qui était énorme 
pour l'époque, et la mêlée avait été telle, que l'on distinguait 
avec peine les écharpes rouges des catholiques des écharpes 



(r) L'année 1562 et la bataille de Dreux. Paris, Firmin-Didot et C ,e . 
(2) Ils furent repris peu après. 



.134 ^ES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDlT DE NANTES 

blanches des huguenots. Coligny, du moins, put se retirer 
tranquillement vers LaNeufville-la-Mare (près de Giron ville) , 
tandis que de son côté, Guise se repliait sur Nuisement, 
en avant de Dreux. Le champ de bataille demeura vide, 
« hormis les morts gisans çà et là tout despouillés, et 
l'artillerie du connestable avec les quatre (i) pièces de 
campagne du prince». Le village de Luray était détruit. 
Il n'a pas été reconstruit. 

Plusieurs gentilshommes de la région servaient dans 
l'armée de Condé. L'un d'eux, René des Ligneris, fut tué. 
Un autre, Linières, abandonnera le camp huguenot; 
nous l'avons vu gouverneur de Chartres en 1568. 

Laissons Coligny se retirer par Gallardon et J an ville 
(ou plus exactement le Puiset) et revenons à l'Église 
réformée de Dreux. Nous avons dit que c'est probablement 
du second semestre de 1562 que date son organisation 
définitive, et que peut-être jusque-là elle a été desservie 
par l'ancien curé de Mézières. 

Vers la fin de 1562, nous voyons arriver à Dreux le 
pasteur Jean Gravelle (2). Il était proche parent, frère 
peut-être, de ce Taurin Gravelle dont nous avons raconté 
le martyre (3). D'abord pasteur à Troyes, où il reste dix- 
huit mois, il quitte cette ville après le 2 août 1562, et se 
voue désormais à l'évangélisation de ses compatriotes du 
Drouais. Il a été leur seul pasteur pendant la période qui 
nous occupe, puisqu'il était encore en fonctions en 1603. 
Mais à vrai dire, nous ne savons pas grand'chose de son 
ministère. Sans doute, l'Édit d'Amboise permet l'exercice 
du culte protestant à Dreux (4), mais ce droit a-t-il jamais 
pu s'exercer librement? Gravelle s'est-il réfugié au château 
de Blain ville, comme le suppose M. Weiss? Nous ne le savons 
pas. Toujours est-il que Gravelle est confirmé comme pasteur 



(1) Plus exactement cinq. 

(2) Cf. Les Protestants à Dreux et dans le Drouais au XVI e siècle, par N. Weiss. Bull, 
du Prot., 1895, 22 ss. 

(3) P- 11. 

(4) Mémoires de Condé, IV, 336. 



i/ÉGUSE DE DREUX 135 

de Dreux, le 28 avril 1564, par le Synode de l'Ile-de-France, 
tenu à La Ferté-sous-Jouarre. 

Les débuts du ministère de Jean Gravelle furent pénibles. 
Après la bataille de Dreux, tout le pays est occupé par les 
catholiques. Ils tiennent maintenant le château de Mézières. 
Le sieur de Faverolles leur prête le plus actif concours. Les 
paysans des environs, « qui estoient la plupart de la 
religion (1) », sont pillés, rançonnés, maltraités. On charge 
de lourdes contributions tous les villages où le prêche 
s'est fait, toutes les personnes convaincues d'y avoir 
assisté. Combien de temps durèrent ces exactions et ces 
sévices? Il est difficile de le dire. Plus tard, la Saint-Barthé- 
lémy fit des victimes, car Jean Gravelle dut se réfugier à 
Londres (2), avec d'autres ministres de la région, entre 
autres celui de Brezolles, qui ne revint pas dans le pays. 
Dans tous les cas, cette pression énergique sur les protestants 
eut pour effet d'en réduire sensiblement le nombre. 

Le 8 juillet 1585, l'Édit de Nemours obligeait tous les 
huguenots à abjurer, ou à quitter le royaume dans un 
délai qui, fixé d'abord à six mois, fut réduit, le 7 octobre, à 
quinze jours. Il est probable qu'on n'exécuta pas partout 
ces mesures draconiennes avec la même rigueur. A Chartres, 
elles n'ont pas laissé de traces. Mais il en est autrement dans 
le bailliage de Dreux. M. N. Weiss a publié, il y a quelques 
années, l'état des saisies faites de novembre 1585 à juil- 
let 1586 (3), sur les biens des réformés qui n'avaient pas 
abjuré entre les mains de l'évêque ou s'étaient soustraits 
par une prudente retraite à cette obligation. 

C'est, à Havelu, François Abra de Raconis, seigneur de 
Neuf ville, auquel on enlève une maison spacieuse et 
55 arpents de terre ; puis, Jean Polet. A Bû, on confisque 



(1) Hist. ecclés., I, 620. 

(2) Cf. Bull, du Prot., 1853, 25 et Proceedings of the Huguenot Society of London, t. II, p. 461. 

(3) Bull, du Prot., 1895, 25 ss. lorsque le fonds du bailliage de Dreux fut versé aux 
Archives d'Rure-et-I y oir, le regretté M. Paul de Félice, qui se trouvait là, mit la main, par 
un heureux hasard, sur les pièces publiées dans cet article. Depuis, perdues dans le mon- 
ceau de pièces non classées des Archives départementales, à peine installées dans leur nou- 
veau local, elles demeurent introuvables, ainsi que leur suite. 



I36 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

les propriétés du procureur de la seigneurie, Pierre 
Deschamps, et de plusieurs de ses parents; celles de 
Robert Fanchereau et de Roberte Virlette, veuve d'Olivier 
Noblet; de Richard Formont, menuisier et de ses fils; à 
Marsauceux, les héritages d'Antoine Guillon, dit Michault, 
et d'Etienne Mahieu; à Blainville, ceux de Jean Garault, 
vicomte de Châteauneuf, de Pierre de Saint-Aulbin, 
seigneur de Blainville ; aux Osmeaux, la propriété du pasteur 
Jean Gravelle (dont Robert Margas est fermier) ; à Dreux, 
Michel Regnard et Pierre Desmares; à Germain ville, 
Thibault et Pierre Haulteterre, Etienne Passavant, Pierre 
Fardeau, Pierre Suzanne et sa femme, Jehan Guillon dit 
la Mare, Michel Bouleau, Jehan Chollet, Isabeau de Beu (1), 
veuve de Henry Patriarche, Jehanne Jouhan, veuve de 
Colas Percheron, Marie Desprez, veuve de Jehan Hervay, 
Marin Leveau, Matry Le Clerc, Robert Deprez; à Char- 
donville, « la terre et seigneurie» du lieu, qui appartient 
à Samuel Dubroullart; à Louvilliers, « Damoiselle Claude 
de Hérouard, femme de Lois Dubaiz»; à Prudemanche (2), 
Jehan et Estienne Havard, et quatre ou cinq autres dont 
les noms se déchiffrent mal. Puis c'est, à Abondant (3), 
Pierre Monnier ; à Cherisy, Nicolas de Bourges ; à Vernouil- 
let, Jacques Paulmier, Guillemyne du Val, veuve de Guil- 
laume Hélouin; à Serville (3), Thommyne Guye, veuve de 
Jean Angiboust. 

La liste n'est pas complète, car au bout de trois mois, 
le bailli de Dreux fait sommer les curés de son ressort de 
donner des renseignements complémentaires. 

Nous n'avons que la réponse de celui de Mézières-en- 
Drouais; il signale une vingtaine d'opiniâtres, tous de 
Marsauceux, sauf trois, qui habitent Mézières, Écluzelle et 
Mormoulin (4). 



(1) Actuellement Debû. Le pré confisqué alors a gardé leur nom. 

(2) Toutes ces localités sont du canton de Dreux, ainsi que Cherisy, nommé plus loin, et 
Vernouillet. 

(3) Canton d'Anet. 

(4) Commune de Chaudon, canton de Nogent-le-Roi. 



1/ ÉGLISE DE DREUX I37 

Voilà donc une soixantaine de familles huguenotes 
impénitentes ; toutes habitent, soit la ville même de Dreux, 
soit ses environs immédiats; certaines régions où les 
protestants ont été notoirement nombreux ne nous fournis- 
sent aucun nom. Il faut donc attendre, pour se prononcer, 
que la découverte d'autres pièces permette de compléter 
les listes. Bû et Havelu ont dû renfermer des groupes de 
huguenots importants. D'autre part, on a découvert en 
1908, entre Villemeux et le hameau de Mesnil-Ponceaux, de 
nombreuses sépultures, qui semblent révéler l'existence, 
là, d'un cimetière protestant. M. Weiss estime, d'après 
des observations faites un peu partout, que les protestants 
qui se faisaient remarquer par leur constance représentaient 
à peu près le tiers de la population. Il arrive ainsi, pour 
l'Église de Dreux, à un total d'environ deux cents familles, 
qu'il estime, à bon droit, bien faible. Nous avons tout 
lieu de croire que l'évaluation est inférieure à la réalité. 

L'Église de Dreux sortait à peine de la poussée de persé- 
cutions de 1586, qu'elle tombait dans toutes les horreurs de 
la guerre. En 1589, Chartres s'est rallié à la ligue, et les 
armées adverses battent tout le pays environnant. Nogent- 
le-Roi est occupé par le sieur de Béthune, Dreux a reçu 
pour gouverneur, du duc de Mayenne, le sieur de Falandre, 
qui, se sentant menacé, demande à Chartres des munitions. 
Au commencement de mars 1590, les troupes royales se 
présentent en effet devant Dreux ; mais on ne peut appro- 
cher de la place que par un long faubourg, coupé de haies 
ou de murs de jardins (une trentaine). Il faut se frayer 
un passage à travers ces obstacles. Les paysans, réqui- 
sitionnés pour cette tâche, n'en viennent pas à bout, et 
le roi abandonne l'entreprise. D'ailleurs, son but n'était 
pas d'assiéger Dreux (1). Le 14 mars, il gagnait la bataille 
d'Ivry (2). L'armée s'éloigna dans la direction de Paris. 

De Nogent-le-Roi; Béthune rançonnait et taillait à merci 



(1) A. d'Aubigné. Hist. univ., III, 315. Souchet, IV, 181. 

(2) Clermont d'Entragues, qiû y trouva la mort, fut enterré dans l'église de Mézières. 



I38 I.ES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

tout ce qu'il y avait de ligueurs, jusque dans les faubourgs 
de Chartres (1) . Cela dura huit ou neuf mois, au bout desquels 
Béthune se retira, laissant la place à Guitonnière. Celui-ci, 
pris par La Bourdaisière, relâché sur rançon, continuait de 
plus belle les exactions. Il battait le pays, ne laissant à 
Nogent qu'une faible garnison. Les ligueurs, au courant de 
ces absences, en profitent pour escalader les murailles de 
la ville. Il ne reste aux royaux que le château, où commande 
l'orfèvre chartrain Poussemotte. 

Devant sa résistance, les ligueurs demandent assistance 
à Falandre, qui une fois de plus a recours à l'artillerie 
chartraine. On braque les canons contre le château : au 
troisième coup, il capitule. On promet la vie sauve aux 
assiégés, puis on se hâte de les massacrer. Poussemotte 
échappe d'abord, mais il est repris, et pendu à Chartres, 
sur la place des Halles (2) . 

Frustré de Nogent, Guitonnière se rabat sur les châteaux 
de la Malmaison (3) et de Giroudet (4), aux environs 
d'Êpernon. Quelques temps après, Nogent est repris. Bt, 
en 1592, Tremblay-le- Vicomte est saccagé et brûlé par la 
garnison de Verneuil. 

Mais, en 1593, des événements plus graves devaient avoir 
lieu (5). Au commencement de juin, Henri IV campait 
aux alentours de Pacy et de Nonancourt. Il marche sur 
Dreux, et le 8, vers midi, il commence les approches. Les 
faubourgs sont enlevés, sinon sans coup férir, du moins sans 
perte. Les assiégés ont bien essayé d'allumer quelques 
incendies, dans les faubourgs Saint-Thiébaut et Saint-Jean, 
mais on n'a pas eu de peine à les éteindre, et seules, quelques 
maisons inutiles aux soldats du roi ont été détruites. Biron 
établit son quartier général près de l'église Saint-Martin, 



(1) Nogent-le-Roi dépendait du bailliage de Chartres; c'est à cause de sa proximité de 
Marsauceux que nous parlons ici en détail de ce qui s'y e$t passé. 

(2) Sa mémoire fut réhabilitée le 12 novembre 1591. 

(3) Commune de Villiers-le-Morhier. 

(4) Commune d'Ecrosnes. 

(5) De Thou. Histoire universelle (I<ondres, 1734), XII, 1 ss. A. d'Aubigné, Hist. univer- 
selle, III. 387. 



i/éguse de dreux: 139 

au centre de l'armée, et poste là deux régiments; trois 
autres, dont Picardie, occupent les abords de l'église Saint- 
Denis. Il y en a quatre près de Saint-Jean et quatre autres 
près de Saint-Thiébaut. Les Anglais, les Suisses, les arquebu- 
siers à cheval et le reste de la cavalerie sont « distribués 
dans les villages des environs». Dès le lendemain, on trace 
autour de la ville quatre lignes de circonvallation. Le 
13 juin, la tranchée est poussée jusqu'au bord du fossé. 
Le 15, on dresse contre la porte du grand bastion une 
batterie de quatre pièces (1), « qui ne fit pas une grande 
brèche ». 

Beroute et un capitaine anglais sont cependant envoyés 
à l'assaut de cet ouvrage, qui avait reçu des contemporains 
de Rabelais, à cause de sa rondeur obscène, un nom que je 
n'ose transcrire. Le détachement est de trente hommes seu- 
lement, et il a reçu l'ordre de ne pas insister, s'il ren- 
contre une résistance vigoureuse. Mais dans la chaleur du 
combat, cette sage recommandation est oubliée. Avide de 
se distinguer, la noblesse se précipite en désordre sur la 
brèche, transformant en une affaire sanglante une escar- 
mouche que Ton espérait bénigne. Il y a beaucoup de 
morts; on relève cinquante blessés; mais à la fin, l'inté- 
rieur du bastion est pris. 

La nuit vient. On se retranche sur le terrain conquis, et, 
faisant jouer les écluses, on met les fossés à sec. Le lende- 
main, les assiégés abandonnent le reste du bastion. Alors, on 
s'en prend à la porte. Les Anglais, les régiments de Picardie 
et d'Angel, piochent vigoureusement la tranchée, et la 
poussent jusqu'au fossé. A gauche, six canons vont battre 
la porte Parisis; deux autres pièces, braquées derrière 
l'église, malmènent les quatre tours voisines ; enfin, il y aune 
troisième batterie, de quatre pièces, au-dessus du faubourg 
Saint- Jean, pour détruire la courtine de droite. 

Le 19, la ville est sommée de se rendre. Mais les assiégés 
demandent un délai de six jours, et ne font aucune mention 

(1) I/artillerie était commatidée par Sully. 



140 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

de la citadelle. Alors, le feu reprend. Quand on a tiré près 
de trois cents coups, les colonnes d'assaut s'ébranlent : mais 
elles ne rencontrent personne sur le rempart. Garnison et 
bourgeois se sont repliés dans la citadelle, ces derniers avec 
leurs meubles. Bn se retirant, ils ont mis le feu à quelques 
maisons voisines du château. Dans leur hâte de piller, les 
soldats ne font aucune attention à cet incendie, qui se 
propage rapidement; bientôt, presque toute la ville est 
embrasée. Henri IV est pris de pitié ; il donne aux Suisses 
l'ordre d'aller éteindre le feu, tandis que six régiments sont 
rangés dans la ville, et que six autres menacent le château. 
On a découvert des passages souterrains, « qui par de grands 
détours » relient, par-dessous le fossé, le château à la tour 
des Vignes, que les assiégés ont fortifiée. 

« Il y avoit un clos défendu par des soldats, pour faciliter 
la communication de la tour avec le château. » Dans ce 
clos, on avait entassé les chevaux, les bestiaux, les paysans 
réfugiés. Désireux de reconnaître le fossé sur ce point, 
Biron fait appliquer un pétard contre la palissade du clos. 
Mais les soldats sont trop avides de pillage pour attendre 
que ce pétard ait produit son effet. Ils avisent une ouverture, 
et entrent brusquement dans l'enceinte. Une courte lutte, 
et les défenseurs sont chassés; ils laissent quelques morts, 
quelques prisonniers, un très grand butin, mais le gros 
parvient, à la faveur des ténèbres, à se réfugier dans la 
citadelle, avec une partie des troupeaux. 

Cependant, entre la citadelle et la tour, la position 
était trop dangereuse; aussi Biron, qui avait appris ce 
qu'il voulait savoir, la fait abandonner. Mais le coup avait fait 
une vive impression sur les assiégés. Ils parlent de se rendre, 
ils ouvrent même des négociations à cet effet, mais quand 
il s'agit d'exposer au roi les prétentions des vaincus, bour- 
geois et garnison ne purent jamais s'entendre, et l'affaire 
en resta là. 

Alors, on envoya un détachement de Français et d'An- 
glais reprendre le clos. On enlève aux assiégés l'usage des 
puits, en vidant les uns et en corrompant les autres, au 



1/ ÉGLISE DE DREUX 141 

moyen de blé qu'on y jette. Puis, on construit un retran- 
chement qui coupera la communication entre la tour et la 
citadelle. L,e 28 juin, on descend avec des échelles dans le 
fossé de la tour, et l'on commence à miner la muraille, 
qui est épaisse de 18 pieds, au dire d' Agrippa d'Aubigné. 
En même temps, on adresse des sommations à la garnison 
de la tour; mais celle-ci répond, par l'entremise de l'avocat 
du roi qui a déjà dirigé toutes les autres négociations, que 
l'on ne peut rien faire sans avoir consulté la garnison du 
château, avec laquelle, du reste, on est hors d'état de 
communiquer. 

Pendant ce temps, les paysans, qui au commencement 
du siège s'étaient réfugiés dans le clos, étaient réduits à 
la plus affreuse misère. Repoussés brutalement de la citadelle, 
repoussés par les assiégeants, ils périssaient dans les fossés, 
exposés au soleil, exposés aux intempéries, croupissant dans 
d'infectes ordures. Le cœur d'Henri IV saignait à ce spec- 
tacle, mais le mal ne comportait guère de remède. 

Le 3 juillet, la mine est achevée (1) ; on y engouffre 
600 livres de poudre; on y met le feu. La tour s'ébranle; 
elle s'entr'ouvre en plusieurs endroits et finalement, un bon 
tiers s'écroule dans le fossé, ensevelissant, avec une grande 
partie de sa garnison, quelques soldats du roi, qui s'étaient 
imprudemment approchés. Des défenseurs, il reste neuf 
hommes, qu'Henri IV fait pendre. 

Pendant ce temps, le mineur s'attaquait aussi à la 
citadelle. Les maladroites contre-mines de l'assiégé n'arri- 
vent pas à couper les travaux d'approche. Il ne restait 
plus qu'à capituler. Après deux jours d'hésitation, le 
5 juillet, la capitulation est signée sur les bases suivantes: 
Sous trois jours, à midi, le château sera livré au roi, avec 
son matériel de guerre, ses munitions; en attendant, on 
enverra une députatiou au duc de Mienne; s'il réussit 
à débloquer la place, la capitulation sera sans effet. La 



(1) Le travail, que Sully dirigeait en personne, avait été extrêmement pénible; neuf 
équipes de quatre hommes se relayaient incessamment. Mém. de Sully, II, 225. 



Î42 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

garnison sortira avec les honneurs de la guerre, enseignes 
déployées, avec ses armes, ses chevaux et ses bagages; 
elle sera conduite en lieu sûr. Amnistie complète est accordée 
aux habitants; aussitôt qu'ils auront prêté serment de 
fidélité au roi, ils seront rétablis dans leurs biens et maisons ; 
ceux d'entre eux qui ont des charges publiques prendront 
du roi de nouvelles provisions. Enfin, huit otages seront 
livrés. 

Comme Mayenne ne vint pas, la ville fut rendue le 
8 juillet, et la garnison conduite à Verneuil. On confia à 
Malestable la charge de gouverneur, et on laissa deux 
compagnies dans la ville. 

Après de tels troubles, on comprend à quel point la 
population soupirait après le repos. Tout le monde était 
exaspéré, ruiné, et quant aux protestants, au mépris de 
toutes les promesses, il y avait longtemps que l'exercice 
de leur culte était presque partout abandonné. L/Édit de 
Nantes, dans de telles conditions, ne pouvait être que le 
bienvenu. 



CHAPITRE VII 

LES ÉGLISES DU DOYENNÉ DE BREZOLLES 
ET DU THIMERAIS (i). 

Nous réunissons, dans ce chapitre, les rares vestiges 
qu'ont laissé, pour la période qui nous occupe, les Églises 
situées à l'ouest du Drouais. Il y en a trois : celle de Bre- 
zolles, celle de La Ferté-Vidame et celle de Châteauneuf. 

I. Brezolles. — On ne sait à peu près rien de l'Église 
réformée de Brezolles. Quelle est son origine, et, ainsi que le 
suppose M. Weiss (2) , Jean de Ferrières y est-il pour quelque 
chose, puisqu'il était seigneur de La Ferté-Vidame, dans le 
doyenné de Brezolles? C'est fort probable, mais à vrai 
dire, nous ne pouvons nous livrer, sur ce point, qu'à des 
conjectures. Nous savons, cependant, qu'en 1563, il y 
avait des huguenots en assez grand nombre dans la région 
de Brezolles et de Châteauneuf. L'Histoire ecclésiastique 
rapporte, en effet (3), que des troupes, envoyées dans le 
Perche, pillent les maisons des protestants, rançonnent les 
villages, « principalement ceux où le presche sestoit fait 
autrefois)), et recherchent avec une sévérité particulière, 
pour les « cottiser de grosses sommes», les personnes con- 
vaincues d'avoir assisté à ces assemblées (4). Les châteaux 



(1) Ces Églises dépendaient du Synode de l'Ile de France, et du Colloque de la Beauce. 

(2) Bull, du Prot. 1895, 85. 

(3) Ij 620. 

(4) I^e sieur de Faverolles se distingua tout spécialement dans ces prouesses. 



144 ^ES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

de La Ferté-Vidame, de Brezolles et de Châteauneuf sont 
pris, avec d'autres non spécifiés. Ainsi, le culte protestant 
était célébré depuis « longtemps » dans la région, et les sei- 
gneurs de Brezolles et de Châteauneuf, comme celui de La 
Ferté-Vidame, le soutenaient. D'autres encore, nous dit- 
on. L'un de ces autres, nous le connaissons : c'est le sieur 
d'Olivet, dont le château se trouvait dans la commune de 
La Saucelle, près de Senonches. Bornons-nous, pour le mo- 
ment, à citer celui-là. 

C'est vers 1560 que Jean de Ferrières acquit par héritage, 
après la mort de François de Vendôme, le bourg qui s'ap- 
pelait alors La Ferté-Arnaud, et qui s'est appelé depuis 
La Ferté-au-Vidame. Bt c'est sans doute aussi vers ce 
moment qu'ont été « plantées et dressées» les Églises réfor- 
mées de la région. De celle de Brezolles, nous ne connaissons 
guère que le nom d'un pasteur. Il s'appelait Mathieu Car- 
tault, dit du Val, et au moment de la Saint-Barthélémy, il 
se réfugia en Angleterre. « Il exerça son ministère alter- 
nativement en Angleterre et à Dieppe, où il se fixa défini- 
tivement, dit M. Weiss (1), à partir de 1589 ou 1590. Il y 
mourut le 24 juillet 1609. » 

Ainsi, Cartault ne revint jamais à Brezolles. Nous ne 
savons pas s'il eut un successeur. Nous ne savons pas dans 
quelle mesure la Saint-Barthélémy désorganisa son an- 
cienne Église, soit par la suppression brutale de ses membres 
les plus en vue, soit par l'intimidation exercée, par ce 
moyen, sur les autres. Dans tous les cas, au xvii e siècle, 
Brezolles n'est plus une Église indépendante ; elle est rat- 
tachée tantôt à l'une, tantôt à l'autre de ses voisines, et on 
la désigne tantôt sous le nom même de Brezolles, tantôt 
sous celui de Laons, centre qui, plus tard, deviendra prépon- 
dérant. Nous reviendrons sur cette histoire. Retenons seu- 
lement que, dans la suite, il a subsisté, de cette Église, plu- 
sieurs groupes de protestants, pas assez nombreux, toute- 



(1) Cf. Bull, du Prot., 1895, 86. I,e Bull, du Prot. (1872, p. 226) nous révèle aussi que la 
châtelaine de Brezolles était huguenote; elle appartenait, en 1603, à la maison de la du- 
chesse de Bar. 



LES ÉGLISES DE BREZOLLES ET DU THIMERAIS 145 

fois, pour entretenir à eux seuls un pasteur. Et cela n'a rien 
de surprenant, car la circonscription de l'Église de Brezolles 
était très peu considérable, limitée qu'elle était, d'un côté, 
par le territoire de l'Église de Dreux, de l'autre, par un 
prolongement de celui de La Ferté-Vidame. 

II. La Ferté-Vidame. — Cette Église qui, en plein 
XVII e siècle, avait encore conservé quelque importance, 
comprenait plusieurs noyaux de protestants, répartis sur 
un territoire dont la forme rappelle un peu celui d'une 
comète. La tête se trouvait à l'ouest, à La Ferté-Vidame, 
tandis que la queue se prolongeait vers l'est, entre Brezolles 
et Châteauneuf, jusque vers Saint-Ange. Il y avait beau- 
coup de seigneurs protestants dans cette région; et chacun 
d'eux avait, dans son château, un oratoire où s'assem- 
blaient les huguenots des environs. Citons-en quelques-uns. 

Tout près de La Ferté, sur le territoire de La Puisaye, 
il y avait l'oratoire de La Bécaille. Il nous est révélé par un 
document publié par M. Weiss, dans l'étude que nous 
citions tout à l'heure. De ce document, il résulte que « dès 
auparavant l'année 1577», un « sieur de Bucault» faisait 
faire « des prières publiques » dans son château, et que plu- 
sieurs de ses voisins y assistaient. Lucien Merlet estimait 
que « Bucault » doit être « une prononciation locale pour La 
Bucaille ou Beucaille», et La Beucaille s'appelle aujourd'hui 
La Bécaille. Nous reviendrons sur le sieur de Bucault. 

A côté de La Puisaye, se trouve La Saucelle, où nous avons 
vu qu'habitait le sieur d'Olivet; en 1620, on signalera, 
comme annexe de l'Église de La Ferté, Belleville, qui se 
trouve dans la commune actuelle de La Saucelle ; il y avait 
donc là un groupe de réformés d'une certaine importance. 

Enfin, toujours en 1620, La Ferté avait encore pour 
annexe le hameau de Neuville, qui dépend de la commune 
de Châtaincourt. Or, s'il faut en croire Aymon (1), le 
Synode national de Verteuil déposa, en 1567, « à du Bac (sic) 



(1) Synodes, I, 78. 

10 



I46 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

près de Dreux», un fort triste sire, « Siméon Duplessis, sur- 
nommé M r Pierre Gruel, Camille Queneau et Cagchemere », 
qui était « convaincu d'adultère et chargé d'être complice 
des voleurs». Nous apprenons, de plus, qu'il « a été quel- 
quefois à Stanges, et depuis à Orange», et qu'« il est de 
grande stature, brêché de deux dents, et ayant la barbe 
jaune». Puisqu'il hantait les environs de Dreux, peut-être 
faut-il lire, au lieu de Stanges, Saint-Ange. Or, Saint- Ange 
est tout à côté de Neuville. 

Nous n'avons guère de renseignements sur l'histoire de 
l'Église de I^a Ferté-Vidame jusqu'à l'Édit de Nantes. Voici 
toutefois une anecdote qui nous fait pénétrer dans la 
demeure du seigneur, où les assemblées du culte avaient 
lieu depuis l'origine, et continuèrent à se faire au xvn e siècle. 
En juin 1562, le juriste du Moulin est contraint, par les 
événements, à quitter Paris. Il va conduire en Beauce, 
à Allonnes, sa femme et ses enfants, puis il continue sa 
route vers le Perche. Le 6 juillet, il arrive à La Ferté-Vidame, 
et il dîne chez le seigneur du lieu. Il y trouve deux ministres, 
Marandé et Miremont. Mais d'abord, qui sont ces deux 
personnages? Le Synode de Lyon déposera, en 1563 un 
nommé Marmande, qui est « dans le ministère proche de 
Chartres», et qui, dans la liste des « coureurs», vient d'être 
signalé comme parcourant la Normandie (1). Ceci paraît 
assez répondre au signalement de ce Marandé. Ht, pour le 
dire en passant, il est assez étrange que les deux seules 
brebis galeuses du saint ministère qui aient été signalées 
dans notre région, à cette époque, se trouvent l'une et 
l'autre dans la circonscription de La Ferté-Vidame, à 
l'époque où Jean de Ferrières était dans toute sa gloire. 
Mais quand bien même l'identification de ces deux person- 
nages serait certaine, leur présence simultanée ici, peut-être 
due à un malencontreux hasard, ne doit nous inspirer 
aucune remarque désobligeante. 

Quant à Miremont, il est évidemment le légitime pas- 

(1) Aymon, Synodes, I, 36, 49 



LES EGLISES DE BREZOIXES ET DU THIMERAIS 147 

teur de l'Église de La Ferté. Or donc, ces deux messieurs 
abordent du Moulin, et incontinent lui cherchent querelle, 
lui déniant le droit d'expliquer les Saintes Écritures. A quoi 
du Moulin répond qu'étant docteur, « il avoit vocation plus 
qu'un simple nouveau ministre, et que le docteur est par- 
dessus un simple ministre. Sur quoi ils s'échauffèrent fort... » 
Le seigneur du lieu dut intervenir, pour mettre fin à ce dif- 
férend de préséances théologiques. Jean de Ferrières, aima- 
blement, pria du Moulin d'expliquer la Parole de Dieu dans 
la grande salle du château; et devant plus de cinquante 
gentilshommes, le docteur commenta un chapitre de saint 
Matthieu. L'assistance, ravie de son talent (c'est du moins 
ce qu'il affirme), en chante la louange aux oreilles des 
ministres, « lesquels voyans le consentement de la Noblesse 
dudit lieu», s'empressèrent d'aller à leur tour congratuler 
du Moulin. Et l'on supplia ledit du Moulin de ne pas garder 
pour lui de si inestimables trésors, mais de porter la bonne 
parole au public d'Orléans. Ce qu'il fit. Il arriva dans cette 
ville le 30 juillet 1562. 

De son côté, le vidame de Chartres ne resta pas long- 
temps à La Ferté — il n'y restait jamais longtemps. Son 
deuxième voyage en Angleterre était imminent. Le 22 août 
il arrivait au Havre. Il en partait bientôt pour remplir, 
auprès de la reine Elisabeth, cette mission diplomatique 
qui a tant nui à la réputation, et de Jean de Ferrières, 
et de tous les huguenots qu'à tort ou à raison on en a 
rendu plus ou moins responsables. De ces négociations, 
devait en effet sortir le traité de Hampton Court, par 
lequel l'Angleterre mettait au service des huguenots, qui 
semblent bien avoir été joués, un corps de troupes, destiné 
à occuper Le Havre, sous des chefs français. Occupation 
temporaire, dans l'esprit des négociateurs; n'ayant nul- 
lement le caractère d'une cession territoriale, mais celui 
d'un de ces contrats, habituels à cette époque, et par les- 
quels on s'assurait des contingents. Nous n'avons d'ailleurs 

(1) Du Moulin, Œuvres, V, 615. 



148 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

pas à discuter ici une question qui sort du cadre de notre 
étude, et sur laquelle un public passionné, mal averti et des 
faits eux-mêmes et des usages du temps, a souvent porté 
des jugements aussi téméraires que fâcheux. 

En 1563, comme on Ta vu, le château de L,a Ferté-Vidame 
est pris, avec plusieurs autres, qui appartenaient à des 
seigneurs religionnaires. L,es mille péripéties de la carrière 
diplomatique et militaire de J. de Ferrières le ramènent 
dans le pays au moment de la deuxième guerre de religion. 
Nous le retrouverons en Beauce. En 1569, son château est 
pris de nouveau par les catholiques (1), et lui-même, con- 
damné à mort, est pendu en effigie. Sans vouloir le suivre 
pas à pas dans son existence errante (2), disons qu'après la 
bataille de Montcontour, il est de nouveau envoyé en Angle- 
terre, pour demander des secours. En 1572, il habite Paris. 
Il a eu la prudence de se loger au faubourg Saint-Germain ; 
aussi, à la Saint-Barthélémy, il n'a aucune peine à s'enfuir. 
Il retourne encore en Angleterre, mais il n'y demeure pas 
longtemps, car en 1573, il figure parmi les défenseurs de Iya 
Rochelle. 

Plus tard, nouvelles missions diplomatiques, puis nou- 
veaux combats. J. de Ferrières déploie un zèle admirable 
pour la cause qu'il a embrassée. Est-ce conviction, est-ce 
obstination? On ne saurait le dire, car le personnage est 
singulier, et peut-être ne déchiffrera-t-on jamais toutes les 
énigmes de sa vie. Toujours est-il qu'en somme, il a sacrifié 
toute sa fortune à la cause des Églises réformées, et qu'il n'a 
retiré aucune compensation de cette ruine. Il est mort tris- 
tement. En 1586, ses adversaires ont réussi à s'emparer de 
lui; sans respect pour ses cheveux blancs (il a 65 ans), ils 
le jettent dans une galère. Ils exigent une rançon qu'il ne 
peut payer, et que personne ne paie pour lui, et il périt de 
misère. 



(1) Cf. Fret, Antiquités et chroniques percheronnes, ni, 619. 

(2) La vie de Jean de Ferrières a été racontée par M. de Bastard. (Aiixerre, Perriquet, 
1858). V. encore la notice que lui a consacrée 1,. Merlet, Mém. de la Société arch. d'E.-et-L., 
VII, au début du volume. 



LES EGLISES DE BREZOEEES ET DU THIMERAIS I.49 

Dans de telles conditions, on ne trouvera pas étrange que 
Jean de Ferrières n'ait jamais figuré dans les conseils de 
l'Église. Sa vie errante, agitée, active dans tous les cas, 
n'était pas compatible avec le calme exigé d'un délégué au 
Synode. Et qui, d'ailleurs, aurait délégué un homme qui 
avait perdu, peu à peu, toute attache avec son pays? Je ne 
pense pas que Jean de Ferrières ait même jamais joué son 
rôle, comme ancien, dans le Consistoire qui s'assemblait 
dans sa maison ; les assemblées hebdomadaires de ce corps, 
son rôle de tribunal ecclésiastique, concordaient peu avec 
la vie d'aventures de ce seigneur. Et si la présence de deux 
pasteurs déposés, à La Ferté ou aux environs, n'est pas un 
simple hasard, elle pourrait s'expliquer par le tempérament 
spécial du maître, par son mépris pour la discipline imposée 
par les Synodes; nous l'avons vu donner raison à du Moulin, 
non seulement contre Marandé (ou Marmande), ce qui ne 
prouve rien, mais encore contre Miremont, ce qui est, en soi, 
plus significatif. L'incident peut n'être pas probant; du 
Moulin, qui le raconte, a pu se montrer assez agressif pour 
qu'en lui donnant la parole et en l'accablant de compli- 
ments, on ait simplement eu l'intention de le calmer. Mais 
des doutes sont permis. 

Nous ne savons, au reste, rien de plus sur l'Église de La 
Ferté- Vidame jusqu'à l'Édit de Nantes. D'où l'on pourrait 
conclure que son existence a été assez calme. 

III. Châteauneuf. — C'est encore par la fameuse ran- 
donnée exécutée en 1563 par les garnisons catholiques du 
Perche que l'existence de l'Église réformée de Châteauneuf 
nous est révélée ; mais, à vrai dire, au moins dans la période 
suivante, l'histoire de cette Église est moins mystérieuse que 
celle de beaucoup d'autres. Nous savons donc que le châ- 
teau de Châteauneuf fut pris, comme appartenant à la reli- 
gionnaire Jeanne d'Albret. Combien a-t-on rançonné de 
villages du Thimerais, sous prétexte que les huguenots s'y 
assemblaient? On l'ignore, mais il y en a eu certainement. Le 
premier pasteur est un homme du pays, Michel Grosteste ; 



150 LES ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

il a dû entrer en fonctions dès 1563 (et il y est resté jusqu'à 
sa mort, survenue en 1602). Car J. Gravelle, qui a des biens 
dans la région, est pasteur d'une Église voisine, et non de 
celle de Châteauneuf. A part son séjour à Courville, nous 
ne savons rien du ministère de Grosteste (1). Cependant, 
nous avons quelques indices sur l'emplacement, sinon sur 
l'importance, de quelques-uns des groupes de ses parois- 
siens. Ces groupes ont été assez importants pour que la 
Saint-Barthélémy ne les ait pas gravement atteints; ils lui 
ont survécu. 

En effet, une délibération des échevins de Chartres, datée 
du 21 mai 1578, nous apprend qu'à ce moment, on célèbre 
régulièrement le culte protestant dans les faubourgs de 
Châteauneuf. Que faut-il entendre par ce mot de faubourg? 
Plus tard, au xvn e siècle, le centre de l'Église sera à Favières, 
ce qui suppose là un noyau notable de huguenots. Mais 
Favières est trop loin de Châteauneuf pour mériter le nom 
de faubourg. Ce qui est certain encore, c'est que les pro- 
testants étaient nombreux entre Favières et Châteauneuf. 
En 1585, François de Gravelle, seigneur d'Hermeray, fai- 
sait l'acquisition d'Arpentigny, qui avait appartenu jus- 
que-là aux seigneurs de Courville, Théodore des I/igneris et 
Françoise de Billy. Arpentigny (2) forme avec Longueville 
et I,a Picottière un vaste domaine, que des acquisitions nou- 
velles vont sans cesse arrondir. Or, d'un procès plaidé en 
1649, et sur lequel nous reviendrons, il résulte implicite- 
ment que non seulement les Gravelle, fermes soutiens de 
« la cause», non seulement leurs domestiques, mais peut- 
être la presque totalité des habitants d'Arpentigny étaient 
huguenots. On avait fermé la chapelle, condamné la porte 
qui donnait sur la grande rue du village ; le curé de Thimert, 
qui avait le droit de célébrer la messe dans ce sanctuaire, 
ne s'en avise qu'au bout d'un grand demi-siècle, alors que 
depuis longtemps le mobilier de la chapelle sert à des 



(1) Seul de tous les pasteurs de la région, il ne s'est pas expatrié lors de la Saint-Barthé- 
lémy. Peut-être a-t-il trouvé un asile chez les membres catholiques de sa famille 

(2) Commune de Thimert. 



LES EGLISES DE BREZOLLES ET DU THIMERAIS 151 

usages profanes (le bénitier, déposé dans la basse-cour, est 
devenu l'auge où boivent les volailles), alors que la chapelle 
elle-même est transformée en grange. Que signifie ce long 
abandon, sinon que les réformés étaient les maîtres, et que 
personne, à Arpentigny, ne demandait à aller à la messe? 

D'autre part, il semble certain qu'il n'y avait pas d'ora- 
toire protestant dans le château d' Arpentigny. La désaf- 
fectation de la chapelle n'est pas une preuve péremptoire ; 
elle a pu être dictée par d'autres motifs. Mais les temples de 
Châteauneuf et, plus tard, de Favières étaient assez près pour 
que les habitants d'Arpentigny aient pu s'y rendre facile- 
ment. 

Comme on peut s'y attendre, François de Gravelle prit 
une part active aux guerres de la Ligue, comme, sans doute, 
il a dû occuper une place éminente dans le Consistoire de 
Châteauneuf. C'est surtout dans le Vendômois, le Blésois et 
la Touraine qu'il guerroya (1). Il s'était emparé du château 
de Lavardin, d'où il rayonnait dans la contrée. Le sieur de 
Pescheray avait fini par s'emparer de sa personne, et l'avait 
emmené à Chartres : il s'échappa le 9 octobre 1590. Il n'était 
donc pas dans le pays lorsque Falandre, le gouverneur de 
Dreux, avait pris et pillé Châteauneuf, ni lorsque les troupes 
royales, marchant sur Ivry, avaient chassé de la place la 
compagnie d'Albanais qu'il y avait laissée en garnison. 

Où se réfugia Gravelle? on ne saurait le dire; car à ce 
moment, son château était occupé par un détachement de 
ligueurs, sous les ordres de Longni. Le 27 octobre, à l'ap- 
proche de Biron, qui venait de prendre Courville, Longni 
mit le feu au château d' Arpentigny et se replia sur Chartres. 
Gravelle, sans doute, ne laissa pas longtemps sa demeure à 
l'état de ruine. Nous retrouverons bientôt sa famille instal- 
lée dans l'édifice rebâti. Le pays était pacifié. La vie de 
l'Église réformée de Châteauneuf ne tarda pas à reprendre 
son cours normal. 

(1) Souchet, IV, 169. 



CHAPITRE VIII 

LES DÉBUTS DE i/ÉGUSE D'AUTHON 

Par une anomalie qui semble étrange à première vue, 
l'Église réformée d'Authon, qui aurait dû se rattacher, 
comme toutes les Églises du Perche, au Synode de la Tou- 
raine, a toujours fait partie du même Synode et du même 
Colloque que l'Église de Chartres. On ne peut expliquer cette 
bizarrerie que par quelque circonstance particulière, dans 
l'origine ou dans la formation de cette Église. 

Or, si sa vie est parfaitement connue à partir de 1597, 
grâce aux registres, déposés au greffe du tribunal de Nogent- 
le-Rotrou, que le ministre Jacques Couronné et ses succes- 
seurs ont tenus avec tant de soin et enrichis de si précieux 
renseignements historiques, on en est presque réduit à des 
conjectures au sujet de ses origines. Elle apparaît, en 1597, 
comme parfaitement constituée, comme pourvue de tous 
ses rouages et comme vivant d'une vie normale; elle a une 
circonscription assez vaste, où les fidèles sont disséminés, 
autour du noyau réuni à Authon même. Mais on ne sait pas 
comment elle s'est formée, comment elle a vécu jusque-là. 

Le seul renseignement que nous possédions, c'est la men- 
tion, dans la liste des ministres réfugiés à Londres lors de la 
Saint- Barthélémy, de Michel de Montescot, « ministre 
d'Authen ». (1) Or, dans Authen, nous n'hésitons pas à voir 

(1) Bull, du Prot., 1853, 26: 1892, 360 



LES DÉBUTS DE i/ÉGUSE d' AUTHON 153 

Authon-du- Perche ; aucune des autres identifications de ce 
nom ne repose sur une base sérieuse. Tout s'explique au 
contraire avec l'interprétation que nous proposons : les 
Montescot, famille chartraine qui s'est fait remarquer par 
son attachement à la Réforme, portent le nom d'une forêt 
voisine de Champrond- en-Gâtine, et Champrond a été une 
des annexes de l'Église d'Authon. Que les Montescot aient 
été pour beaucoup dans la fondation de l'Église d'Authon, 
qu'un des leurs ait été son premier pasteur, et l'on s'explique 
sans peine cette anomalie, que cette Église percheronne 
ait été rattachée au Colloque du Pays chartrain, et par con- 
séquent au Synode de l'Ile-de-France. 

Michel de Montescot, sieur de la Tour, a exercé son minis- 
tère depuis 1563. Nous assignerions volontiers cette date à 
l'organisation de l'Église. Bile a dû se former dès 1561. Il 
est certain, en effet, qu'il y a déjà des protestants à ce 
moment à Authon et à Champrond, comme il y en a à Saint- 
Éliph, à IyUigny, à Brou, à Dangeau, et dans une autre 
direction, à Nogent-le-Rotrou. Des renseignements en appa- 
rence contradictoires des historiens, on peut conclure que 
les idées nouvelles ont provoqué un véritable engouement 
dans le Perche, cette année-là, mais qu'il n'en est pas resté 
grand'chose. 

Je ne sais si Michel de Montescot revint au pays après la 
tourmente de la Saint- Barthélémy. On constate sa pré- 
sence à Rouen, comme pasteur, en 1578, mais on ne sait 
quand il y est arrivé. Il est de même impossible de dire qui 
lui succéda à Authon, jusqu'au 24 décembre 1597, date de la 
nomination de Jacques Couronné. Il semble bien qu'à ce 
moment le poste ait été vacant, et peut-être depuis assez 
longtemps, car il résulte des mentions portées en tête du 
registre des baptêmes que les actes étaient jusqu'alors 
inscrits par un ancien, et même avec une certaine négli- 
gence, que Couronné, homme d'ordre s'il en fut, relève dis- 
crètement. 

Bien que ce soit un dogme chez beaucoup d'historiens 
que la Saint-Barthélémy n'a pas fait de victimes dans le 



154 ^ s ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

Perche, la fuite de M. de Montescot prouve péremptoire- 
ment le contraire. Mais au surplus, le fait admis, il est im- 
possible de dire, même approximativement, quelle a été 
l'étendue du désastre. On ne sait guère mieux ce que 
l'Église d'Authon a eu à souffrir des guerres de religion. 
Plusieurs des épisodes qui se sont passés sur son territoire 
se rapportent trop directement à l'histoire de Nogent-le- 
Rotrou pour que nous ne les rattachions pas à cette ville, 
en dépit de la topographie. Tels, notamment, les faits de 
guerre qui ont eu pour théâtre les environs de Thiron. 
L'histoire certaine de l'Église d'Authon ne commence 
qu'avec l'Édit de Nantes. 

Il faut donc nous rabattre, pour la période qui se termine 
en 1598, sur les rares indices, les rares menus faits dissé- 
minés dans les mémoires du temps. Aucun ne nous parle de 
l'Église réformée d'Authon ; tout au plus nous renseignent- 
ils sur l'existence de seigneurs protestants, ou de sym- 
pathies royalistes, dans cette partie du Perche. Si nous 
ignorons ce que l'Église d'Authon a pu perdre par le fait de 
la Saint-Barthélémy, nous ne savons pas davantage dans 
quelle mesure les guerres de la Ligue ont pu lui être préju- 
diciables. On ne s'avance certes guère en affirmant qu'elle a 
cessé de s'accroître, et qu'elle perd ses éléments les moins 
solides. Le fait serait même absolument démontré s'il est 
vrai, comme nous l'avons avancé, que pendant longtemps, il 
n'y a pas eu de pasteur. La fermeté, la ténacité qu'ont 
montrée dans la suite les protestants d'Authon confirmerait 
cette hypothèse, que la communauté s'était débarrassée de 
ses non-valeurs. 

Bile a dû, cependant, avoir pour elle, sinon le nombre, du 
moins l'influence, dans le bourg même d'Authon. En 1633 
encore, les protestants n'avaient pas de cimetière particu- 
lier; ils avaient réussi à s'ouvrir l'accès du cimetière catho- 
lique. L'accord plus ou moins tacite qui a abouti à ce com- 
promis n'a pu dater que de l'origine même de l'Église. 

Au dehors, il semble que La Loupe ait été un centre 
huguenot plus ou moins important. Dans tous les cas, le 



LES DÉBUTS DE L'ÉGLISE d'attTHON 155 

seigneur était de la religion, et il a joué son petit rôle dans 
les guerres de la Ligue, en 1590 : son château servait de 
point de ralliement aux détachements qui disputaient le 
pays aux forces de la Ligue. 

De même, l'an d'après, Champrond tient pour le roi, 
Champrond qui, nous l'avons dit, est le berceau des Mon- 
tescot et deviendra une annexe de l'Église d'Authon. C'est 
là que, le 10 février 1591, se concentre un détachement de 
sept à huit cents cavaliers, destiné à rejoindre sous Chartres 
l'armée de Henri IV. Les chefs sont huguenots : ils se nom- 
ment La Loupe, Favières, etc. Pintard y ajoute Maligny, 
ce qui est sans doute une erreur, car le vidame de Chartres 
était mort depuis longtemps; Doyen substitue à ce nom 
celui d'Argenson. 

La troupe est munie d'échelles, de ponts sur roues, de 
pétards : c'est Pintard qui nous l'apprend. On ne sait ce 
qu'elle a fait de tout ce matériel, car elle s'est fondue dans la 
masse de l'armée royale, avec le détachement de Suisses qui 
dévalisa si bien les caves de l'abbaye de Thiron (1). Et 
d'ailleurs, ce détail importe peu, car il nous éloigne de 
l'Église, d'Authon, dont nous ne savons rien de plus pour 
cette époque. 

(1) V. au chapitre suivant. 



CHAPITRE IX 

i/ÉGUSE DE NOGENT-I.E-ROTROU (i) 

; On sait que le mouvement de la Réforme a agité le Perche 
dès 1530, on sait qu'il y a eu des protestants en quantité 
appréciable, soit à Nogent-le-Rotrou même, soit dans les 
environs, mais de l'Église de Nogent et de sa vie intérieure, 
on ne sait à peu près rien. Du reste, elle disparaît de bonne 
heure : au XVII e siècle, elle n'est pas représentée aux 
Synodes, et l'on se demanderait presque dans quelle mesure 
elle a été autre chose qu'une Église de fief, si elle n'avait laissé 
des traces matérielles de son existence. 

En effet, il résulte d'une tradition un peu vague quant 
aux dates, mais absolument certaine quant aux lieux, et 
qu'il n'est pas permis de rejeter d'emblée, que les protes- 
tants de Nogent-le-Rotrou ont eu deux lieux d'assemblée 
successifs (2). L/un a disparu en février 1907, victime d'une 
expropriation que la construction du tramway de Nogent à 
Brou avait rendue nécessaire. C'était l'ancienne « Maison 
du District (3) », devenue recette des finances après des 
avatars variés, car sa destination primitive était celle de 
grenier à sel. L'apparence était celle d'un manoir du 
XV e siècle, mais en réalité, l'édifice était beaucoup plus 
ancien. Il renfermait des substructions romanes, avec de 



(1) Elle dépendait du Synode de la Touraine et du Colloque d'Alençon. 

(2) Nous devons ces détails à M. P. Bruyant, que nous tenons à remercier de l'extrême 
obligeance qu'il a mise à guider nos recherches. 

(3) Rue Saint-Laurent. 



i/ ÉGUSE DE NOGENT-I.E-ROTROU 157 

curieuses sculptures, dont quelques morceaux ont été con- 
servés par la ville de Nogent. Ce local spacieux et bien en 
vue a certainement dû servir de temple à l'époque où, sur 
la foi des traités et par la protection de la puissante maison 
de Condé, le culte protestant pouvait s'exercer publique- 
ment et librement à Nogent. 

Aux heures sombras où il fallait se cacher, les huguenots 
s'assemblaient dans une retraite mieux dissimulée, où l'on 
pouvait accède^ par des passages détournés. Quiconque a 
traversé Nogent-le-Rotrou a remarqué, à l'angle de la rue 
du Pâtis, la curieuse maison du xv e siècle, à poutres appa- 
rentes, qui était occupée naguère par le restaurant Derrien. 
Cette maison possède des caves très curieuses, asile tout 
trouvé pour des assemblées clandestines. 

Oui les présidait, et qui les fréquentait? Nous ne le savons 
pas. Jean de Dampierre, qui dès 1558, avait un oratoire 
dans son château, à 1 kilomètre de là, ne devait guère se 
mêler aux bourgeois et aux manants (1), pas plus que L,ouis 
de Bourbon, prince de Condé, qui, lui aussi, avait son ora- 
toire particulier, desservi par un aumônier privé. Il avait 
hérité de Nogent en 1558. Comme on le verra, la ville faillit 
changer de nom : on devait, en effet, l'ériger en duché- 
pairie sous le nom d'Enghien-le-Français, mais l'Édit ne fut 
jamais enregistré. L,a conversion de Iyouisde Bourbon aux 
idées nouvelles fut-elle pour quelque chose dans les progrès 
de la Réforme à Nogent-le-Rotrou et dans la fondation de 
l'Église? Il est bien difficile de le dire. C'est vers 1561 que se 
sont organisées les Églises réformées du Perche. Le premier 
ministre a été celui d'Alençon, Bidard-Poinçon. On ignore 
qui était son collègue de Nogent. Il faut croire que ses 
paroissiens étaient assez nombreux, car, en 1562, leur atti- 
tude devient assez menaçante pour justifier de graves 
mesures de précaution. 

NoUs ne connaissons ces événements que par Thomassu, 



(1) Du reste, il prit une part très active aux guerres de religion: très brave dans les com- 
bats, il paraît qu'il ne dédaignait pas, en d'autres heures, de s'approprier le bien de ses 
ennemis. 



158 LES ÉGLISES JUSQU'A L'ÉDIT DE NANTES 

qui publia en 1832 ses Recherches historiques sur Nogent-le- 
Rotrou. Il s'est borné à rajeunir le style de vieux docu- 
ments, transcrits sans beaucoup d'intelligence, il faut le 
dire, et, défaut plus grave, sans la moindre indication de 
sources. Or, les documents que sa qualité d'employé à la 
sous-préfecture de Nogent-le-Rotrou lui permettait de con- 
sulter, n'existent plus aujourd'hui. Il est probable, nous 
dit M. Bruyant, qu'ils ont été détruits pendant l'année ter- 
rible; les dossiers des archives ont servi aux Prussiens de 
litière pour leurs chevaux. 

Il faut donc nous contenter d'extraits de seconde main, 
qui peut-être ont laissé passer plus d'un détail intéressant 
pour nous. 

Dès le 7 mai 1562, on est « obligé de cacher sous terre les 
images, les ornemens d'église et l'argenterie, à cause des 
gens sans aveu qui habitaient Nogent; il y eut beaucoup 
d'effets précieux perdus », et par précaution, craignant une 
surprise, on croit devoir s'armer pour faire la procession du 
Saint-Sacrement. Ce fait, d'ailleurs, n'est pas spécial à 
Nogent. Il est général dans le Perche, que les huguenots 
occupent. I^e chartier de Thiron (1) se plaint de leurs dépré- 
dations, de leurs massacres, « les plus atroces que oncques 
fust possible de voir»; il raconte comment on cachait en 
terre « imaiges pieus», ornements d'église, saints et tout ce 
qui a rapport à la religion catholique, et comment les 
prêtres en étaient réduits « à célébrer la messe dans les 
caves ou dans les bois ». 

Mais revenons à Nogent. Le 12 mai, la procession de la 
relique de Saint- Jean fait le tour du bourg. Au moment où 
elle passe devant la porte du château, occupé, comme bien 
on pense, par les soldats du maître de céans (2), un trait 
d'arbalète, décoché dudit château, tombe aux pieds du 
prêtre. Personne n'est blessé, mais pendant dix ans (jus- 
qu'après la Saint-Barthélémy), la procession de Saint- Jean 



(1) Cité d'après Gouverneur, Essais historiques sur le Perche, p. 387 ss. 

(2) Commandés par Gui de Dampierre. 




Le Château Saint-Jean, à Nogent-le-Rotrou. (Cliché N. 1).). 



i/ÉGUSE DE NOGENT-LE-ROTROU 159 

n'aura pas lieu, à cause de ces « mauvais sujets qui pillaient 
les églises. et brisaient les images)). Souvent, leurs bandes 
armées traversaient Nogent, et il paraît que les prêtres et 
les catholiques militants n'avaient pas lieu de s'en féliciter; 
on ne les tuait pas, mais on les molestait. 

Mais le 15 août, les catholiques prennent leur revanche : 
le duc de Guise et le capitaine Thouard fondent sur Nogent, 
pour « festoyer les huguenots qui y étoient». Au bruit de 
l'artillerie adverse, la garnison du château, un peu em- 
pruntée avec ses arbalètes, évacue subrepticement la place, 
et sans elle, les huguenots de la ville demeurent sans 
défense. Immédiatement, leurs biens sont pillés et vendus, 
et les malheureux dont on peut s'emparer sont « sablés ou 
tués à coups d'arquebuse». 

Ce fut là, sans doute, un de ces coups de main sans len- 
demain comme il y en eut constamment dans les guerres de 
l'époque. Car Thomassu ajoute qu'après la bataille de 
Dreux, « ces huguenots qui restaient en arrière étaient tel- 
lement craints qu'on n'osait dire la messe à Nogent; on la 
dit seulement deux ou trois fois en secret dans les maisons ». 
Il faut en conclure que, bien vite, le château et même la 
ville avaient été réoccupés par les soldats de Condé. D'ail- 
leurs, entre la ville et le château, il devait y avoir de fré- 
quents désaccords, puisqu'en juillet déjà, avant l'équipée du 
duc de Guise, les bourgeois de Nogent se gardent « contre 
les mauvais sujets de l'intérieur et de l'extérieur» (1). On 
a vu dans quel état de faiblesse se trouvait la garnison du 
château. Ainsi, à part les troupes qui tenaient la campagne, 
les huguenots avaient d'assez nombreux partisans dans la 
ville, comme les dimensions de leur lieu de culte nous 
l'avaient déjà fait supposer. 

Mais ces forces huguenotes étaient-elles bien, comme on 
nous le dit, composées de traînards de l'armée battue à 
Dreux? Elle s'était retirée sur Orléans. Mais là, elle s'était 



(1) Thomassu, p. 62, « L,es mauvais sujets ! » Il ne faut pas les confondre avec les hugue- 
nots, comme on le fait si souvent. 



IÔ0 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

disloquée. Le chartier de Thiron (i) nous apprend très 
explicitement que « le 19 du mois de mars [1563], trois 
mille cavaliers allemands, qui dévastoient depuis huit jours 
les églises de Saint-Pierre d'Apunvilliers, Montignai, 
Notre-Dame de Combre et Saint-Lubin de Chasseng (2) fon- 
dirent au lever du jour sur l'abbaye de Tyron, et rirent les 
plus infasmes attrocités devers les religieus. Ils en massa- 
crèrent trois et pillèrent et dévastèrent toute l'argenterie 
et ornemens précieux de ce monastère. En se retirant, ces 
voleurs emmenèrent dix-huit charriots chargés de but- 
tin (3) )>. I^es reîtres, dont la solde n'avait pu être acquittée, 
se paient sur l'ennemi. C'était l'usage; et en cela consis- 
taient, au surplus, les menus profits du métier. 

Quand on fut débarrassé de ces encombrants person- 
nages, la paix revint. Et Nogent vit des jours heureux, des 
fêtes brillantes. « Jeune encore, sevré depuis trois ans de 
toute distraction, exposé, après deux captivités, après tant 
d'épreuves, à toutes les séductions de la Cour la plus cor- 
rompue du monde », le prince de Condé (4) « se livrait, sans 
frein, à tous les entraînements de sa nature ardente. Com- 
ment croire qu'il pût s'occuper sérieusement des intérêts 
de la religion, alors qu'il était sans cesse à la chasse, au jeu 
de paume, y mettant une telle fougue que sa santé en fut 
souvent compromise? Comment croire à la fermeté de sa 
foi, déjà, et non sans raison, réputée assez vacillante, quand 
on le voyait mêlé à toutes ces fêtes profanes, bals, tournois, 
spectacles, courses de bagues et de barrières, brillant entre 
tous par sa dextérité d'écuyer, ses grâces mondaines, son 

(1) Gouverneur, loco citato. 

(2) Happonvilliers, Montigny-le-Chartif, Combres, Chassant, villages situés entre Illiers 
et Thiron. 

(3) Il paraît que Montmorency n'était pas absolument innocent de ces pillages, car on lit 
ceci dans le chartier de Thiron : « le 10 e jour de juing 1583, Montmorency, qui avoit le gou- 
vernement de Languedoc, arriva incontinent en l'abbaye de Tyron, pour se descharger d'un 
vœux que son frère François l'avoit charger en 15 79. Lequel il voul oit demender humblement 
pardon aux religieux d'estre venu les pillier et massacrer en 1562, monstrer en publicq, en 
brief et par effect amende honorable. Le lendemain, il s'en partist disner au chasteau de 
Champrond; de là, se rendist à Nogent et au Mans, dans lequel pays il espéroit trouver de 
ses partisans. » Cité d'après Gouverneur. 

(4.) Louis I de Bourbon, prince de Condé, était né en 1530; il fut tué à la bataille de Jar- 
nac en 1569. 



i/ÉGUSE DE NOGKNT-I.E-ROTROU l6l 

bon air, son « bel gigneto»; entouré de 1' « escadron» per- 
fide des filles d'honneur de la reine mère, oubliant sa noble 
et fidèle épouse dans les bras de ces faciles beautés? » 

« Il n'était bruit que de ses amours; Genève s'en 
émut (i).» Le 13 septembre 1563, Calvin et Théodore de 
Bèze lui écrivent pour l'engager à changer de conduite. 
Vaines exhortations. « Condé semblait comme enlevé par 
le tourbillon des plaisirs, et le scandale fut grand, même à 
cette époque de licence et de cynisme, quand, à Dijon, pen- 
dant le voyage du roi, dans la garde-robe même de la reine, 
une de ses filles d'honneur, Isabelle de Limeuil, donna le jour 
à un fils dont elle nommait hautement le père (mai 1564) (2) ». 
Catherine de Médicis, qui avait encouragé Isabelle de Li- 
meuil à céder aux instances du prince — trop heureuse de le 
compromettre ainsi publiquement — fit enfermer la cou- 
pable dans un couvent d' Auxonne, d'où elle sortit d'ailleurs 
bientôt, pour recommencer de plus belle. 

Éléonore de Roye, la noble épouse de Louis de Condé, ne 
voyait pas sans un profond chagrin ces infidélités et ces 
hontes. Déjà épuisée, depuis longtemps, par les émotions 
et les fatigues, mal remise d'un accident qu'elle avait subi 
à Orléans, elle ne put supporter ce nouveau coup. Le 
26 avril 1564 (3), au château de Condé-en-Brie, elle est 
<( subitement atteinte d'une violente hémorrhagie, symp- 
tôme alarmant d'une de ces affections organiques, accom- 
pagnées de cruelles souffrances, qui tarissent prompte- 
ment les sources de la vie». 

Trois mois s'écoulent; l'état de la princesse ne laisse plus 
d'espoir. Condé accourt, il pleure, il se repent. La compagne 
d'élite à laquelle il n'a pas su associer sa vie meurt le 
23 juillet 1564, laissant d'unanimes regrets... 

Bt Condé de reprendre sa vie de dissipation; il courtise 
Isabelle de Limeuil, il papillonne autour de la maréchale de 
Saint- André. Puis il rompt avec elles, et, en novembre 1565, 

(1) Duc d'Autnale. Histoire des Princes de Condé, t. I, p. 259-260. 

(2) Id., 262, 263. 

(3) Cte Jules Delaborde, Éléonore de Roye (Paris, Fischbacher, 1876), 250 ss. 

11 



IÔ2 LES ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

il épouse, à Niort, Françoise-Marie d'Orléans-L,ongue- 
ville, « fille posthume de François d'Orléans, marquis de 
Rothelin, cadet de la maison de Iyongueville, et de Jac- 
queline de Rohan» (i). 

Nogent-le-Rotrou est érigé en duché-pairie sous le nom 
d'Enghien-le-Français, et le jeune couple s'y rend en 1566, 
avec les deux enfants d'Éléonore de Roye. Le 3 no- 
vembre 1566, Françoise d'Orléans met au monde un fils, 
Charles de Bourbon, qui sera connu sous son titre de 
comte de Soissons, deviendra gouverneur du Dauphiné, 
grand maître de l'artillerie, et, après avoir fait le « saut 
périlleux» à l'instar d'Henri IV, fondera un couvent de ca- 
pucins. Il ne fut baptisé qu'en juin 1567, à Valéry, et eut 
pour parrain le roi qui « se fit représenter par l'amiral, à 
cause de la différence de religion » (2) . 

Maintenant que nous connaissons les mœurs du prince 
de Condé, on peut se représenter ce que fut sa cour dans le 
vieux château de Nogent. Son entourage n'a rien d'austère; 
les huguenots n'y sont pas en nombre. Comme chapelain 
particulier, le prince s'est attaché un ancien cordelier, 
Pierre Célis; il fait régulièrement le prêche et les exhorta- 
tions dans le château, mais il a peu d'auditeurs; dans la 
maison du prince, il n'y a que deux ou trois protestants (3). 
Il ne faut pas confondre ces services présidés par l'aumônier 
du prince avec ceux qui avaient lieu dans le temple de la 
ville, et où les bourgeois allaient entendre le ministre. 

1/ assistance était plus nombreuse, évidemment, dans la 
salle des fêtes, lorsque Remy Belleau y disait ses vers, 
lorsque à l'occasion de la naissance du comte de Soissons, 
il jouait, avec Ronsard, Jodelle, Chrestien et la duchesse 
d'Estouteville, une pièce dudit Chrestien, intitulée Le 
Jugement de Paris. Seule actrice, la duchesse jouait le 
rôle de Vénus, qui convenait fort bien à sa « merveilleuse 



(1) Aumale, op. cit. I, 276 p. 

(2) Id., 284. 

(3) Thomassu, p. 63. 



l/ÉGI,ISE DE NOGENT-I^-kOÏROÛ 163 

beauté» (1). L,es fêtes succédèrent donc aux fêtes, pendant 
tout le séjour du couple princier. On ne s'occupa guère d'af- 
faires sérieuses et il n'y eut aucun incident notable, car 
l'historien des princes de Condé ne mentionne même pas 
ce séjour de L,ouis I er à Nogent-le-Rotrou. 

Thomassu affirme qu' « il y venait souvent», mais cette 
assertion, d'ailleurs assez vague, n'est appuyée d'aucune 
preuve. On ne voit pas trop, d'ailleurs, comment de fré- 
quents séjours à Nogent-le-Rotrou auraient pu rentrer dans 
le cadre de la vie si remplie, et si brusquement interrompue, 
du bouillant chef huguenot. Il a pu y passer quelquefois, à 
l'occasion, mais nous soupçonnons fort qu'il n'y a établi 
sa cour que pendant les quelques mois de 1566 et de 1567 
dont nous venons de retracer l'emploi. 

A part les levées de contingents huguenots et les pas- 
sages de troupes, la deuxième guerre de religion n'eut 
d'abord pas de répercussion sur le Perche. Mais quand 
Condé eut levé le siège de Chartres (15 mars 1568), la situa- 
tion changea. Une colonne huguenote pénètre dans le 
Perche. Kst-ce bien une colonne, c'est-à-dire une troupe 
oiganisée? Thomassu parle de quinze à vingt mille reîtres. Il 
ne faut évidemment prendre à la lettre, ni le terme de reître, 
ni le chiffre énormément exagéré de quinze ou vingt mille. De 
l'ensemble de renseignements que nous possédons (en parti- 
ticulier du chartier de Thiron), on peut inférer que le Perche 
a été traversé par des contingents qui rentraient chez eux, 
par des débandés, reîtres ou autres, auxquels, comme en 
tous les temps de désordre, s'étaient joints tous les malfai- 
teurs et tous les aventuriers du pays. En effet, à côté 
d'actes de guerre, accomplis par des troupes régulièrement 
commandées, il y a des actes de simple brigandage, commis 
dans toute la région, et auxquels la religion n'a rien à voir, 
ni de près ni de loin. 

L,es châteaux sont dévastés, en particulier celui de Beau- 
mont; églises et monastères sont saccagés. On voit des 

(1) P. Bruyant. Nogent-le-Rotrou et ses environs, 29. 



164 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

femmes, associées aux soldats, se parer des dépouilles des 
châtelaines et des ornements d'église. On viole femmes et 
filles, on enlève chevaux et voitures. 

Dès le 17 mars 1568, une troupe commandée par le capi- 
taine Ydron se présente devant Nogent et pénètre dans la 
ville. L/ église Saint- Jean est brûlée; ses autels sont ren- 
versés, ses serrures et ses grilles brisées, ses ornements 
volés; les vitraux volent en éclats, les cloches fondent (1). 

Que va faire le gouverneur du château? C'est l'abbé 
Bouilly, curé des Étilleux. Je ne sais s'il fut un homme de 
guerre; dans tous les cas, il ne se sentait pas en force. D'ur- 
gence, on leva une contribution forcée sur les bourgeois de 
Nogent; selon leur situation de fortune, ils sont taxés, qui 
à 20 écus, qui à 10, à 6, à 4, à 1 seul. Ydron s'en contenta (2). 

Iv'an d'après, nouvelle invasion. Le 23 avril, le capitaine 
Bonnivé ou Bonniver essaie, à la tête de ses gens d'armes, 
d'entrer dans Nogent. Mais les habitants, levés en masse, 
le repoussent avec perte (3). 

On fut tranquille pendant trois ans. Que se passa-t-il à la 
Saint-Barthélémy? Ni Thomassu, ni Bry de la Clergerie, ni 
Courtin, ni Bart des Boulais n'en parlent. Je me trompe : 
tous s'accordent pour raconter l'assassinat, dans la forêt 
de Bellême, de Jacques Courtin, bailly du Perche en robe 
longue, et de son lieutenant général La Martelière. Ce for- 
fait a été perpétré par des huguenots ; et Courtin (4) dit 
explicitement qu'il est en relations directes avec la Saint- 
Barthélémy. Comme il fallait s'y attendre, on en a conclu 
que les seules victimes de la Saint-Barthélémy, dans le 
Perche, ont été des victimes catholiques, immolées par 
suite de je ne sais quelle solidarité avec les massacreurs de 
Paris. Raisonnement étrange, on en conviendra. Si Cour- 



(1) 1/ église fut rebâtie peu après. 

(2) D'après Thomassu, ses hommes mettaient à leur chapeau les oreilles des prêtres qu'ils 
avaient tués. C'est peut-être là l'origine de la fameuse légende du collier d'oreilles de prêtres 
qu'aurait porté certain grand seigneur. Pour tous ces événements, Cf. Thomassu, 66. Gou- 
verneur (Essais historiques sur le Perche), 120 n. 

(3) Thomassu, 66. Gouverneur, 388. 

(4) Histoire du Perche, p. 425 (Édition des Documents sur la Province du Perche). 



1/ ÉGLISE DE NOGENT-LE-ROTROU 165 

tin et La Martelière avaient observé strictement la lettre des 
Édits, qui leur enjoignaient de ne pas inquiéter les hugue- 
nots tranquilles, en vérité, les représailles exercées contre 
eux auraient été, non seulement inexcusables (un assassinat 
Test toujours), mais inexplicables. Le silence des historiens 
du Perche, tous membres du clergé ou catholiques fervents, 
n'est, en réalité, pas plus probant que celui, aussi complet, de 
Souchet. Il est des exploits dont on n'aime pas à se vanter. 
Mais ce qui vient donner au meurtre de Courtin et de La 
Martelière une très claire explication, c'est le fait, non seu- 
lement que le pasteur d'Authon, Michel de Montescot, a été 
obligé de s'enfuir, lors de la Saint- Barthélémy (1), mais 
encore que les processions de Nogent-le-Rotrou, inter- 
rompues depuis 1562, n'ont recommencé qu'en 1573 (2), 
ainsi que nous l'avons dit. Les huguenots n'étaient plus en 
force... 

De 1574 à 1585, le Perche est mis à sac par la bande de 
brigands du bâtard de Frazé; ces pendards se font passer, 
tantôt pour catholiques, tantôt pour huguenots, selon la 
qualité des personnages qu'ils attaquaient. On finit par se 
rendre maître d'eux. 

Le 14 mars 1576, la princesse de Condé arrive à Nogent 
avec son fils; ils devaient y faire un long séjour. Le roi de 
Navarre, tout frais échappé de Paris, campait sous les murs 
de la ville ; il désirait fort y entrer, mais sur l'insistance de 
la princesse, il y renonça, et passa outre. 

Nous n'avons aucun événement notable à signaler jus- 
qu'aux guerres de la Ligue. Nogent-le-Rotrou tient pour le 
parti du roi, et a pour gouverneur le comte de Soissons. 
Le 21 mars 158g, Rosny lui écrit de Courtalain (3) que 
Réclainville et Patry, avec plusieurs compagnies d'infan- 
terie et de chevau-légers, se dirigent de Bonneval sur Le 



(1) Et de même ceux du Thimerais, de Dangeau, de Châteaudun, etc. 

(2) Notons, pour cette année 1573, le 17 mars, l'abjuration de François Souchay, receveur 
général du prince de Condé, de sa femme Marguerite Janvier, de Jeanne Richer et de sa 
fille, Anne-Florentine, veuve Dupuys. Reg. de N.-D. de Nogent-le-Rotrou. 

3) Charrier de Thiron, cité par Gouverneur, p. 391. 



l()6 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

Mans. Il lui ordonne d'aller à leur rencontre avec toutes les 
bonnes troupes dont il pourra disposer, et surtout avec les 
deux compagnies d'arquebusiers à cheval de Fontenay (i). 

Le 22 mars, avant le jour, arrivent à Thiron deux des 
plus fins éclaireurs de Fontenay, Roberger et de Puisaye; 
ils sont déguisés en marchands d'étamine (2). Où sont, 
demandent-ils, Réclain ville et Patry? A l'abbaye, on leur 
répond qu'ils sont à la Croix-du-Perche. Ils y vont, pren- 
nent contact avec les éclaireurs ennemis, et s'en retournent 
bien vite à Thiron, où ils racontent une histoire quelconque. 

Cependant Patry, se sentant démasqué, racole des ma- 
nants, les arme, et leur fait garder le village, avec la con- 
signe de n'en laisser sortir aucun homme . armé. Sur ces 
entrefaites, Soissons, parti de Nogent, arrive à Thiron au 
petit jour, avec les deux compagnies de Fontenay et une 
compagnie d'arquebusiers à pied. On fait halte dans 
l'abbaye; les moines offrent du pain et du vin, et blâment 
Soissons de sa témérité. Quelle disproportion de forces ! Il 
n'écoute pas. On repart, dans le brouillard. A 200 toises de 
la Croix-du-Perche, on distingue l'armée de la Iyigue, rangée 
en bataille. Brusquement, le brouillard se déchire. La troupe 
de Soissons tire quatre décharges « qui fist quatre belles rues 
dans les eschouadrons et bataillons ennemis ; cela les arrestat 
fort court». Désordre, fuite. 58 ligueurs sont tués, 28 bles- 
sés, 40 pris. Soissons n'a eu que 4 morts et 8 blessés. On 
dépouille les morts de leurs casaques noires semées de 
larmes et de croix de Lorraine. On en fait des trophées, dont 
les cavaliers garnissent la selle de leurs chevaux. Et, en 1591, 
les bons moines de Thiron font peindre ce fait d'armes dans 
l'église de la Croix-du-Perche. C'est ce que raconte Rémond, 
qui fut notaire à Frazé de 1586 à 1626. 

L'an d'après, c'est d'un autre côté que vint le danger. 
Le 23 juin 1590, Nogent-le-Rotrou est attaqué par la gar- 
nison de Bellème, sous les ordres de Pêcheray (3), qui avait 

(1) Fontenay, gouverneur du Perche, de 1589 à 1610. 

(2) On fabriquait beaucoup d'étamine dans le pays, en particulier à Authon. 

(3) Thomassu, 67; Courtin, 434; Batt des Boulais, 241. 



l'église de nogent-le-rotrou 167 

des intelligences dans la place. Mais Soissons fit une vi- 
goureuse défense, et l'assaillant dut se retirer. 

En 1591, le Perche est traversé par un détachement de 
Suisses, qui allait rejoindre l'armée de Henri IV devant 
Chartres. Le 6 février, ils se font héberger à Thiron, où ils 
restent deux jours. Ils s'y conduisirent fort mal, terrori- 
sèrent le portier (ils étaient d'ailleurs cinq cents, « avec 
charriots et deux canons que oncques n'avoit jamais 
veu en ce païs ») , emmenèrent quatre chariots de foin et 
d'orge, et 450 livres réquisitionnées au nom d'Henri IV, 
sur les habitants de la paroisse. Ils s'avinèrent par le vin 
des moines, et mirent au pillage, tant le linge et les vivres 
de l'abbaye que ceux des habitants (1). 

Dans tout ce que nous venons de raconter, l'histoire de 
l'Église réformée de Nogent-le-Rotrou occupe, en somme, 
bien peu de place. Bile n'existait plus au xvn e siècle, mais 
on ne saurait dire de quand date sa disparition. Elle a dû, 
à partir de la Saint-Barthélémy, mener une vie fort pré- 
caire, et se fondre peu à peu avec celle d'Authon. Vers 
1620, il y avait encore, à Nogent, des protestants isolés : 
l'un se marie à Châteaudun (2). Était-il originaire de la ville? 
Venait-il d'ailleurs? On ne saurait le dire. Je ne puis, en 
somme, échapper à l'impression que la Saint-Barthélémy a 
été le coup de grâce de cette Église (3) . Quand, aux Archives 
départementales d'Eure-et-Loir, les papiers de J. de Fer- 
rières seront accessibles, il sera peut-être possible de ré- 
soudre le problème. 



(1) Gouverneur, p. 392. 

(2) Pierre Gendron, qui épouse, le 9 juin 162 1, Marie I„e Hocheulx, de Ch.ite.iudun. 

(3) I^a tradition populaire semble en avoir gardé un souvenir confus. Au n° 89 de la rue 
Gouverneur, un nom est gravé sur le mur, au fond d'un placard. On prétend que c'est le 
nom d'un protestant persécuté, qui aurait été enfermé là. Nous donnons l'histoire pour ce 
qu'elle vaut. 



CHAPITRE X 

i/ÉGUSE DE CHATEAUDUN (i) 
LA RÉFORME A VARIZE ET A BAZOCHE-EN-DUNOIS 

I. Châteaudun. — L, 'Église réformée de Châteaudun n'a 
pas seulement été une des plus importantes de notre 
région, c'est aussi une de celles dont il est le moins malaisé 
de reconstituer l'histoire. Non que ses annales se continuent 
sanslacune ; nous verrons, au contraire, que sur sa vie intime 
nous n'avons pas autant de renseignements qu'on pourrait 
en souhaiter. Mais parmi les Églises de notre région il 
en est peu qui aient laissé un ensemble de traces ou de 
jalons aussi considérable; et l'on se console presque de la 
perte des registres de délibérations du Consistoire (2), en 
présence des autres documents ou monuments qui nous 
racontent ce qu'a été la vie de cette Église. 

C'est, on s'en souvient, en 1532 que les Dunois convertis 
aux idées nouvelles commencent à former des conven- 
ticules (3). Ces assemblées secrètes, et contrecarrées dans 
la mesure du possible, finirent cependant par constituer 
à l'Église future une base solide. On ne sait pas d'une 



(1) I/Église de Châteaudun ressortissait du Synode de l'Orléanais et du Berry. et du 
Colloque du Blaisois. 

(2) Ils étaient déjà perdus en 1663. Des Galesnières; plaidoyer pour l'Église de Château- 
dun. (Voir ci-après). 

(3) Bottraie prétend, dans son poème sur Châteaudun, que « la séduction » avait pénétré 
dans le pays par le moyen d'un échappé d'Orléans. Bottraie (né en 1565) « poète fécond 
mais médiocre, historien plus rempli de mots que de choses, mais habile jurisconsulte», 
comme le dépeint spirituellement l'abbé Bordas. Histoire du Dunois, éd. de la Société 
dunoise, I, 276, 279. 



CHATEAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS 169 

manière absolument certaine quand cette Église a été 
définitivement organisée (i). Mais de sérieux indices 
permettent de considérer la date de 1560 comme très 
probable. En effet, lorsque, vers 1663, l'Église de Châteaudun 
se verra contester son droit à l'existence, elle chargera 
l'avocat Loride des Galesnières de rédiger en sa faveur un 
plaidoyer (2), qui nous fournit les plus précieux rensei- 
gnements. I^e premier, et, pour le point qui nous occupe, 
le plus important, c'est l'affirmation, d'ailleurs étayée de 
preuves solides,* que l'Église fonctionnait régulièrement 
depuis « environ cent ans ». Cela nous reporte à 1563, 
après la première guerre de religion, et à l'époque de l'Édit 
d'Amboise. Mais, soucieux de s'appuyer sur des textes et 
sur des autorisations légales, des Galesnières n'avait à tenir 
compte que de ces reconnaissances officielles; il donne à 
entendre, discrètement, par ce mot environ, que cette 
Église, alors reconnue et qui vient de conquérir le droit 
de vivre au grand jour, existait déjà auparavant (3). Nous 
nous en doutions. Les « conventicules » de 1532 n'avaient 
disparu que pour faire place à une organisation plus solide. 
Tenons-nous en donc à la date de 1560. 

Nous avons, en sa faveur, d'autres indices encore, mais 
qui n'ont pas toute la valeur et toute la précision qu'à 
première vue, on serait tenté de leur attribuer. C'est d'abord 
un volume ayant appartenu à la bibliothèque de l'Église 
de Châteaudun, et portant, d'une encre pâlie par le temps, 
l'inscription « chambre consistoriale »; l'écriture est du 
xvi e siècle, et quant à l'indication elle-même, nous allons 
en retrouver tout à^l'heure l'usage. L'ouvrage est un des 
quatre exemplaires connus de V Institution de la religion 



(r) Bordas l'ignorait déjà. I, 277 ss. 

(2) Bibl. munie, de Chartres, fonds Roullier. I^oride des Galesnières ou des Gallinières 
avait été chargé par le Synode de I.oudun (1659) de défendre les droits des Églises réformées. 
Il demeurait à Paris « dans la rue des Anglais» (Aymon, Synodes, II, 782). 

(3) Comme le fait remarquer avec raison l'abbé Bordas, il est peu probable que l'influence 
de Jacqueline d'Orléans, mère du comte I^éonor et de Françoise d'Orléans (veuve du prince 
de Condé; elle abjura en 1572) ait beaucoup contribué aux progrès de la Réforme dans le 
Dunois. Ils n'y venaient que rarement, car ils habitaient de préférence Paris, Blandy-en- 
Brie ou Noyers. Hist. du Dunois, I, 277. 



170 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

chrétienne de Calvin, édition Philibert Hamelin, 1554 (1) ; or 
l'édition définitive de la maîtresse œuvre de Calvin est 
celle de 1560. On pourrait inférer de là que l'Église de 
Châteaudun possédait déjà l'ouvrage lorsque cette édition 
définitive parut. Mais comme l'édition de 1554 était celle 
couramment employée en France, cette considération ne 
doit guère nous arrêter. 

Le fait que, très probablement, le ministre Berger était 
déjà en fonctions vers 1562 (2), a certainement plus 
d'importance que l'argument tiré de la date d'une édition. 
Iv 'Église devait être constituée depuis quelque temps; c'est 
d'ailleurs, dans tout notre pays, autour de 1560 que les 
Églises s'organisent. Nous pouvons donc adopter cette 
date sans crainte de nous tromper beaucoup. 

Dès sa création, l'Église de Châteaudun a disposé d'un 
temple; et de fait elle a toujours tenu ses assemblées dans 
le même enclos, sinon dans le même bâtiment (3) . Lorsqu'on 
descend le pittoresque raidillon de la rue Saint-Lubin, 
on trouve à gauche, pas très loin de l'emplacement de 
l'ancienne paroisse, une maison vieille de près de quatre 
siècles, et qui a été cossue. Bile porte le n° 18 (4). Bile 
n'a pas d'apparence sur la rue, ni sur la cour perpen- 
diculaire à celle-ci; mais la façade donnant sur le jardin 
était plus soignée. On y voyait, notamment, une splen- 
dide croisée à meneau et une porte armoriée et moulurée, 

(1) Deux autres exemplaires sont à MM. Phil. de Félice et N. Weiss, le dernier a appar- 
tenu à M. Paul Schmidt, et a été vendu 620 francs après sa mort. 

(2) Cf. France protestante, i re éd. Berger est resté en fonctions jusqu'en 1601; il est 
donc le seul pasteur de Châteaudun pour la période qui nous occupe. 

(3) A cette assertion de l'abbé Bordas, M. Am. Lefèvre-Pontalis oppose (Mém. de la 
Société Dunoise, III, 275 ss.) i° qu'en 1577, les protestants de Châteaudun se rendaient au 
prêche à la Roche-Bernard; or, ce n'est pas là que se trouvait la « chambre consistoriale » 
mentionnée sur notre livre; La Roche-Bernard semble donc n'avoir été qu'une annexe, où 
le culte était célébré quand il n'avait pas lieu à Châteaudun. Mais passons. M. L.-P. dit 
encore : 2 que la maison de la rue Saint-Lubin n'a pu servir primitivement de temple, car 
le I er avril 1599 (seulement), Ph. Mérault devient locataire de deux maisons, en l'une des- 
quelles se tiennent les grandes écoles. Si le collège y était, elle ne servait pas de temple, dit 
M. L. P. Mais pourquoi placer le temple précisément dans celle des deux où était le collège, 
alors qu'il ressort précisément du passage cité plus loin par notre auteur (réponse des pro- 
testants, accusés de gêner, par leur proximité, les offices de Saint-Lubin), que le temple était 
dans l'autre maison? Au surplus, avant Ph. Mérault, la maison était entre des mains protes- 
tantes. 

(l) Sur la porte, la date 156... 



CHATEAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DTTNOIS 171 

qui ont été lamentablement défigurées vers 1907. Ne 
regardons pas, pour le moment, la ruine qui occupe pres- 
que tout l'ancien jardin, et entrons dans la vieille demeure. 
Une grande salle s'offre à nous, ornée d'une magnifique 
cheminée Renaissance; cette salle a été divisée en deux à 
une époque notoirement ancienne, il doit y avoir trois 
siècles. Derrière, il y a une autre pièce, qui donne sur la rue 
Saint-Lubin. La première salle n'est autre que le temple du 
xvi e siècle, et la ruine qui ouvre ses fenêtres latérales à 
deux mètres de la façade est celle du temple élevé au 
xvn e siècle. C'est bien là : nous sommes d'accord avec la 
description donnée, vers le milieu du xvm e siècle, par 
l'abbé Bordas (1) : « I,e presche de Châteaudun étoit dans 
la rue Porte d'Abas (aujourd'hui rue Saint-Lubin), en 
descendant, à main gauche, vis à vis des degrés pour monter 
à Saint-Lubin, dans le jardin d'une maison qui porte le 
nom de Presche. On y entroit par la porte de cette maison 
et une autre qui donnoit dans la rue de l'Huilerie». Nous 
sommes assez près de Saint-Lubin pour que, au bout d'un 
siècle d'ailleurs, les catholiques aient pu se plaindre du 
voisinage, assez loin cependant pour que les huguenots 
aient pu rétorquer que le chant des psaumes, étouffé par 
de solides murailles, atténué par les corps de bâtiments 
qui se dressent entre l'église et le temple, renvoyé loin 
de celle-là par l'orientation des fenêtres de celui-ci, ne 
pouvait troubler la célébration de la messe (2). Sans doute, 
c'est lors de la construction du temple situé dans le jardin 
que la grande salle aura été partagée en deux, probablement 
pour faciliter la transformation de la maison en presbytère. 
Quant à la pièce de derrière, c'est la « chambre consisto- 



(1) 1, 277. 

(2) « Entre ledit temple et la porte qui donne sur la grande rue, il y aune maison eslevée 
plus haute que ledit temple, qui contient au moins quatre thoises de largeur, et de ladite 
porte à la muraille du cimetière de ladite églize il y a la rue à traverser qui a au moins trois 
thoises de large. Puis ensuite est ledit cimetière qui contient au moins trente thoises de dis- 
tance, de sorte qu'il y a au moins trente sept thoises de distance entre ledit temple et ladite 
église de Saint-I^ubin, outre que ladite maison qui est entre ledit temple et la rue n'ayant 
aucuns jours ny fenestres du costé dudit temple, empesche que le bruit et les voix ne puis- 
sent troubler le service divin qui se fait en ladite église. » 



172 IvES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

riale» dont il est fait mention sur la couverture de notre 
volume; c'est là que le Consistoire tenait ses assemblées 
hebdomadaires et que la bibliothèque paroissiale était 
installée. L'immeuble devint la propriété du Consistoire 
en 1610, et tomba en main morte en 1614, comme faisant 
partie de la censive de Saint-Lubin. 

Outre le temple de Châteaudun, il y avait des oratoires 
particuliers dans les châteaux des seigneurs protestants. 
Nous n'en citerons que deux : d'abord celui de la Roche- 
Bernard (1) , dont les ruines subsistent encore ; on en trouvera 
une description dans les A rchives du Diocèse de Chartres (2). 
La Roche Bernard appartenait à François de la Noue, dit 
Bras-de-fer, depuis son mariage avec Marguerite de 
Téligny. Puis, l'oratoire du château des Coudreaux, près de 
Marboué. En 1576, les Coudreaux appartenaient à Denis 
Le Maistre, secrétaire de Henri III, premier président du 
Parlement et à sa femme, Marie Lenoir, qui était demoiselle 
de Renée de France. « Clément Marot étoit festé dans leur 
château», ajoute l'abbé Bordas, qui nous a appris ce 
détail (3). 

Sans doute, il y a eu d'autres oratoires protestants 
dans la région, car « une grande partie de la noblesse du 
pays» était gagnée à la Réforme, et lui avait conquis, par 
son influence, de nombreux adeptes. 

Des Galesnières insiste beaucoup sur la régularité avec 
laquelle le culte a été célébré, depuis la fondation de 
l'Église réformée de Châteaudun. Malgré les événements, 
il n'y a pas eu, dans l'existence de cette Église, comme chez 
tant d'autres, de ces éclipses et de ces solutions de conti- 
nuité qui déconcertent l'historien. Nous pourrions presque 
affirmer que l'exercice du culte n'a jamais été positivement 



(r) Commune de Saint-Denis-les-Ponts. 

(2) Églises et chapelles, 2 e série, article Sai<it-Denis-les-Ponts. Chartres, Durand, 1900. 
En 1577, Henri III prétendit interdire à I,a Noue d'ouvrir aux protestants de Châteaudun 
l'accès de cet oratoire, sous prétexte qu'il ne résidait pas d'habitude à I,a Roche-Bernard. 
I,a Noue protesta et passa outre. Amyraut, Vie de François de la Noue, dit Bras de 1er, 
P- 235. 

(3) Hist. du Dunois, II, 120. 



CHATEAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS 173 

interrompu, qu'il y a toujours eu un pasteur et un Consis- 
toire; mais en pareille matière il importe d'être prudent. 
S'il est avéré que jamais l'Église de Châteaudun n'a rallié 
la majorité de la population (loin de là), cependant, elle 
a toujours été nombreuse. Après les guerres de religion, 
quand l'heure de l'extension est passée, et que peut-être 
celle du recul a déjà sonné, les mariages et les baptêmes 
consignés dans les registres supposent encore, ainsi que 
nous le verrons, une population de neuf cents âmes dans 
l'ensemble de la circonscription, assez vaste il est vrai, 
de l'Église de Châteaudun. 

Dès juin 1562, Châteaudun est compris dans le périmètre 
des opérations militaires. On est près d'Orléans, près de 
Blois, près de Beaugency, en plein théâtre de la première 
guerre de religion. Le 31 août, Coligny apprenant qu'un 
convoi important, destiné à l'armée royale qui assiégeait 
Bourges, était parti de Paris « et qu'il prenoit la route par 
Chartres et Châteaudun, entreprit de le surprendre dans 
cette dernière ville». Il y avait là six pièces d'artillerie 
(et l'armée huguenote manquait toujours de canon), trente- 
six charrettes de boulets et de poudre, d'autres provisions 
encore, le tout escorté de quatre compagnies de cavalerie, 
sous les ordres de Vaudemont, Cypierre, de Cossé et d'Elbeuf , 
et de six enseignes d'infanterie. La longue colonne était 
arrivée sans encombre dans le faubourg de Châteaudun, du 
côté de Chartres, et déjà les charretiers commençaient à 
dételer, lorsque « à jour clos »(i), l'amiral et sa troupe 
surprennent une porte et fondent sur la cavalerie. En un 
instant, elle est dispersée. Les charretiers coupent les traits, 
et se sauvent avec elle. L'infanterie tient mieux, mais elle 
finit par être taillée en pièces, sauf un faible débris qui, 
après s'être retiré en bon ordre dans un poste avantageux, 
est contraint de se rendre. Avec ces quelques braves, 
Coligny prenait l'ambassadeur d'Angleterre (2), qui sous 



(1) Il était midi, d'après VHist. ecclés., dont le récit, moins détaillé, semble erroné sur ce 
point. 1/ engagement aurait eu lieu le I er septembre. Hist. ecclés., I, 557- 

(2) Trockmarton. 



174 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

cette escorte allait trouver le roi. L/ affaire avait été chaude. 
Le sang coulait dans les rues du faubourg. Coligny avait 
payé cher sa victoire. Il ne pouvait plus songer, ni à emmener 
sa prise, ni, à plus forte raison, à se faire ouvrir les portes 
de la ville. 

Alors, il fait en clouer le canon et éélater les plus grosses 
pièces « en les forçant de charge» (i). Il fait accumuler les 
poudres, les balles, les armes, les provisions, il fait faire 
une longue traînée de poudre, se retire au loin sur un 
monticule, avec sa troupe, et assiste, fort amusé, à l'explosion. 
On ne vit jamais une telle fougasse, dit Brantôme, « ni 
faire un tel bruit ni tintamâre, et le tout s'en alla à tous les 
diables». A peine les soldats arrachèrent-ils aux flammes 
quelques vivres, qu'ils transportèrent à Orléans. Le feu, 
comme on le pense, avait gagné le faubourg, où il fit un 
dégât considérable. 

La garnison de la ville n'avait pas jugé à propos d'inter- 
venir. Bile ignorait le nombre des assaillants : « la nuit, 
l'horreur du combat et des feux la retirèrent au-dedans de 
ses murs, où elle se contenta de recevoir quelques-uns des 
habitants les plus effrayés au commencement de l'action. 
L'amiral eut tout le temps de se retirer en bon ordre» (2). 

Quelque temps après, le roi lui-même vient camper à 
Châteaudun, et le duc de Guise le reçoit avec de grandes 
protestations de dévouement. La garnison est renforcée, 
mais au surplus, la vie est calme désormais. Bientôt, sous la 
protection de l'Édit d' Amboise, l'Église protestante de Châ- 
teaudun se met à vivre au grand jour, et, pendant plusieurs 
années, elle gagne visiblement du terrain. Gagnant en nombre, 
elle gagnera aussi en audace. Elle prend une part très active 
à la deuxième guerre de religion. Dès 1567, La Noue lève, 
dans le Dunois et la Beauce, tout ce qu'il peut de troupes; 
en septembre il surprend Orléans, dont la cathédrale sera 
saccagée. 



(1) D'après YHist. ecclés., il n'y serait pas parvenu. I,es canons restèrent sur place. 

(2) Bordas, I, 274 ss. 



CHATEAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS 175 

Bien loin d'être découragés par leur défaite à Saint-Denis, 
les huguenots s'exaltent. Ceux de Châteaudun et des environs 
prennent les armes. Tenus en respect dans la ville même 
par la garnison, qui semble avoir été tout juste suffisante 
pour maintenir l'ordre dans les rues, ils se rabattent sur la 
campagne. C'est le moment où, tandis que Condé assiège 
Chartres, l'armée d'observation de Coligny a son quartier 
général à Bonneval. Sous cette protection, on peut tout 
oser. I^e mardi 9 mars 1568, les huguenots de Châteaudun 
vont, à une lieue et demie de la ville, piller, profaner et 
brûler l'église de Lutz. Puis, ils s'en prennent à celle de 
Villemore (1) — d'autres disent celle de Saint-Cloud — , à 
celle de Tripleville (2), à celle de Gohory, « et plusieurs 
autres», ajoute l'abbé Bordas; allégation vague et peu 
vraisemblable, car tout cela se passe entre le 9 et le 23 mars; 
il est possible que l'on ait attribué aux huguenots de Châ- 
teaudun, par ce « plusieurs autres », des destructions opérées 
par les troupes de Coligny, lors de leur retraite. Mais tout 
cela n'est guère précis. Toujours est-il que l'expédition contre 
Gohory fut conduite par un nommé Jean Chevallier, de 
Châteaudun. Il paraît que, le 20 mars, il y eut des troubles 
dans la ville même de Châteaudun, car « Jean Garcin, 
dans son Mémoire, dit que » ce samedi-là, « il ne dit point 
la messe», pour ce motif, sans du reste s'expliquer plus 
clairement. Nous accuserions volontiers quelque détache- 
ment de l'armée de Coligny. Mais ce n'est qu'une hypothèse. 
Ce qui est certain, c'est la destruction de l'abbaye de Bonne- 
val, qui d'ailleurs était une véritable forteresse, comme nous 
l'avons dit. Les moines purent cependant se sauver — ce 
qui est à remarquer — « avec ce qui leur restoit de reliquaires 
et ce qu'ils purent emporter de leurs tiltres» (3), preuve du 
caractère tout militaire de ces ravages. 

Le 23 mars, la paix de Longjumeau était signée. Dans 
la nuit du mercredi au jeudi 25, les huguenots de Château- 



(1) Commune de Saint- Denis-les-Ponts. 

(2) Canton d'Ozouer-le-Marché (I^oir-et-Cher) 

(3) Bordas, I, 284. 



176 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

dun, qui ne pouvaient pas avoir eu connaissance de cet 
événement, mettent le feu à l'église des Cordeliers, et, 
profitant du tumulte et de la confusion, pillent le couvent. 

La paix rétablie, les progrès de la Réforme reprennent 
de plus belle. Grâce à l'indulgence — pour ne pas dire 
plus — de Charles Guillard, l'hérésie contamine jusqu'aux 
couvents. A Saint- Avit (1), c'est l'abbesse elle-même, 
Madeleine de Varty, qui est gagnée à la Réforme, (2) et 
professe ouvertement sa foi nouvelle. Le Parlement la 
dépossède de sa charge, par un arrêt du 28 septembre 1569. 
Mais comme l'Édit de Roussillon, du 4 août 1564, punit de 
la prison perpétuelle les religieuses qui abandonnent leur 
couvent, la malheureuse n'ose pas sortir du sien. La situa- 
tion qu'elle y avait dut être plutôt singulière. 

L'abbé Bordas nous apprend que cette même année, 
« les brigandages de la populace huguenotte continuoient 
toujours». En effet, le 8 août 1569, ils massacraient « François 
Amiart, vicaire de Saint-Mamert, et deux jours après, à 
Châtenay, paroisse de Saint-Jean, frère Orien Chavigny, 
prestre Cor délier du couvent de Châteaudun)). Nous ne 
prétendons nullement excuser ces crimes, mais nous nous 
refusons à croire qu'ils aient été commis sans aucun motif. 
L'exaspération qui provoque, chez les foules, de tels attentats 
a généralement de très claires explications. 

Nous ne savons pas trop comment, trois ans plus tard, 
la Saint-Barthélémy se passa à Châteaudun. Sans doute, 
l'abbé Bordas nous dit : « Je n'ai point découvert que 
les catholiques de Châteaudun aient saisi la facilité qui 
leur étoit donnée de tremper leurs mains dans le sang de 
leurs frères errans, quelque mal qu'on se voulût récipro- 
quement. » Mais immédiatement après, il avoue que ce 
massacre répondait à tous les vœux. Si l'on remarque le 
silence de Souchet, sur cette affaire peu honorable; si l'on 
considère que le ministre Berger fut obligé de s'enfuir pour 



(1) Commune de Saiut-Denis-les-Ponts. 

(2) Elle était abbesse depuis 1557. Cf. Coudray, Un coin de l'ancien Dunois (Château- 
dun, Pouillier Vaudecraine, 1869), p. 14. 



CHATEAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS 1JJ 

quelque temps, on est amené à supposer que les catholiques 
de Châteaudun ont été moins modérés qu'on ne voudrait 
nous le faire croire. Il y a eu, tout au moins, des menaces et 
des craintes graves, peut-être des meurtres isolés, dont 
le souvenir s'est perdu. 

Dans tous les cas, si la tranquillité fut troublée, elle ne 
pouvait l'être longtemps ni gravement dans une Église aussi 
fortement constituée. En mai 1576, deux délégués de 
l'Église de Marchenoir vont prier le Consistoire de Château- 
dun de servir d'arbitre, dans un différend entre les Églises 
de Marchenoir et de Villemusard; nous n'avons pas à 
entrer dans le détail de cette affaire (1), dont, plus tard, 
des Galesnières se prévaudra pour démontrer l'antiquité 
de l'Église de Châteaudun. Cette tentative de conciliation 
n'ayant pas abouti, on réunit, le 20 décembre 1576, un 
Colloque où l'on convia les Églises de Châteaudun, de 
Dangeau et d'autres, en sus de celle de Marchenoir. Cette 
même année 1576, l'Église de Châteaudun reçut une visite 
illustre. Catherine de Bourbon, alors âgée de 18 ans, ayant 
eu la permission d'aller rejoindre à Parthenay son frère 
Henri de Navarre, passa quelques jours à Châteaudun; 
« et ce fut là qu'elle reprit les exercices de la religion pré- 
tendue réformée, en allant publiquement au presche de 
cette ville » (2) . 

Jusqu'en 1589, les chroniques ne nous rapportent 
rien (3). L'Église de Châteaudun, pendant ce temps, n'eut 
pas d'histoire, ou plus exactement, pas d'histoires. Les 
guerres de la Ligue troublèrent cette tranquilité. Au 
commencement de l'année, Châteaudun est le quartier 
général du duc de Mayenne, et le point de concentration 
d'une armée, sur la force de laquelle les avis diffèrent, qui, 
un beau jour, partira brusquement dans la direction de 



(i) I,e registre consistorial de Marchenoir est conservé aux Archives nationales, sous 
la cote T T 251. 

(2) Bordas, I, 293. 

(3) Si ce n'est le passage de Sully, en 1585 ; il sut rejoindre Condé, en passant à travers les 
troupes de la I,igue, sans dévoiler son incognito. Mém. de Sully, I, 201 (éd. de I745-) 

12 



178 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

Tours, pour aller y surprendre Henri III. Il ne reste plus 
à Château dun qu'une faible garnison. Le roi de Navarre, 
avisé de cette situation, dépêche le sieur de Lorges, avec 
cent vingt hommes de troupes légères, pour emporter la 
place. Le 17 mai, à 1 heure du matin (1), il arrive au 
faubourg Saint-Jean, s'en empare après une courte escar- 
mouche, où quelques bourgeois sont tués, et s'installe dans 
la ville. 

Pendant un an celle-ci demeure, fort bénévolement, sous 
l'autorité du roi. Lui-même y séjourna en novembre, après 
la prise de Janville. C'est là qu'il renouvela les conventions 
militaires avec les Cantons suisses (2) . Châteaudun a reçu 
un gouverneur huguenot, Mathurin de Beaufils, sieur de 
Lierville (3), qui est du pays, où foisonnent ses parents et 
ses alliés. La garnison est faible. Aussi, le 27 mai 1590, elle 
cède devant un parti de ligueurs, que La Bourdaisière a 
envoyés de Chartres. Lier ville est remplacé — momentané- 
ment — par Joachim de la Ferrière, sieur delà Pâtrière, 
qui est assisté d'un « capitaine Basque» que Souchet 
désigne sous le nom peu basque de Danvilliers (4). Ils 
n'y restèrent pas longtemps. Henri IV, qui se sait soutenu 
par la population, envoie d'Aumont sous les murs de la 
ville. Le 6 juin, on lui ouvre sans coup férir les portes des 
faubourgs. Furieux, se croyant trahi, affolé d'ailleurs par 
la hantise de repousser les royalistes à tout prix, le « capi- 
taine Basque» imagine de jeter, la nuit suivante, par les 
fenêtres du château, des artifices, qui embrasent l'église 
Saint-Médard. Le feu se communique au quartier environ- 
nant, puis, de proche en proche, il gagne le faubourg Saint- 
Aignan. Pendant deux jours, l'incendie fait rage. 

Cependant, les soldats du maréchal s'avancent à travers 



(1) Registre paroissial de Saint-Jean de la Chaîne. Archives municipales de Château- 
dun, G G 75. 

(2) De Thou, XI, 58. L'historien assistait à l'entrevue. 

(3) Lierville est dans la commune de Verdes, canton d'Ouzouer-le-Marché (Loir-et-Cher). 

(4) Peu après, Danvilliers fut pris à Illiers, condamné à avoir la tête tranchée, et exécuté 
j. Châteaudun. M. l'abbé Marquis a retrouvé son ordre de condamnation (Mém. de la So- 
ciété dunoise, IV, 75 ss.) 



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Châteaudun, varizk et bazoches-en-dunois 179 

la fournaise. Alors, acculés, les ligueurs mettent le feu dans 
la rue de la Vieille-Salle. L'incendie devient effrayant. Le 
quartier du Guichet, le faubourg Saint-Valérien, la rue 
de la Bouverie, la place du Marché jusqu'aux Trois Rois 
et à la porte de l'Êguillerie, tout s'embrase. Lorsqu' après 
des témoins oculaires, Bordas parle de 2.000 maisons 
détruites, il exagère certainement, et beaucoup. Mais il est 
certain que le désastre fut immense (1). Il fallut trente ans 
pour le réparer, et, en 1709, les religieux de la Madeleine 
y faisaient encore allusion, dans une requête adressée au 
roi. 

Abrité par la déclivité du sol et par la masse du château, 
le quartier Saint-Lubin demeura indemne, comme il le fut . 
toujours en pareille occurrence; on sait que la malheureuse 
ville de Châteaudun semble vouée aux incendies. Le temple 
ne subit donc aucun dommage, ceci soit dit en passant. 

Le maréchal d'Aumont réussit, au bout de quelques jours, 
à se rendre maître de ce qui lestait de la ville. Cette fois, 
instruit par l'expérience, il y laissa une forte garnison. 
Les ligueurs n'en furent pas intimidés. Le 15 août, un 
parti de ces forcenés ne trouva rien de mieux que d'incen- 
dier ce qui restait du faubourg Saint-Valérien. L'église 
brûla — du moins la toiture — et comme on avait négligé 
de protéger les voûtes après l'incendie, elles s'écroulèrent 
l'année suivante. L'église fut réparée en 1592 et 1593. 

Depuis le dernier trimestre de 159 1, les renseignements 
sont moins rares sur la vie de l'Église réformée de Châteaudun. 
Nous possédons, en effet, ses registres paroissiaux, qui sont 
conservés au greffe du tribunal de Châteaudun, et il nous 
devient possible d'évoquer cette société protestante dis- 
parue, dont nous avons à peine, jusqu'alors, deviné l'histoire 
extérieure. Bornons-nous, pour le moment, à une courte 
statistique; nous relèverons noms et professions lorsqu'il 
ne nous restera plus aucun événement à rapporter, dans 
cette période de l'histoire de l'Église de Châteaudun. De 

(1) De Thou (XI, 165), évalue la perte à 100.000 écus. 



l8o LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

i592ài6oi (nousfaisons abstraction delà fin de l'année 159 1), 
il y a, bon an mal an, 28 à 29 baptêmes (total 286) et 
10 mariages (total 98) ; les variations sont d'ailleurs très 
considérables d'une année à l'autre, sans que la raison en 
apparaisse toujours clairement. On s'est beaucoup marié en 
1598, sans doute parce que la tranquillité était revenue, 
fort peu en 1601 et 1602, je ne sais pas pourquoi; on tombe 
de 18 à 2. Quant aux décès, il n'est pas possible d'en dire 
le nombre ; comme dans les vieilles Églises huguenotes, les 
obsèques se passaient sans grande cérémonie, les registres 
ne les indiquent pas toujours. A Châteaudun, il n'y a pas de 
registres des inhumations jusqu'en 1624, et à partir de ce 
moment, ils ne semblent pas avoir été tenus avec une 
régularité exemplaire, car le nombre des décès est bien 
faible; ce qu'il faut peut-être attribuer à l'émigration. 
Mais n'anticipons pas, et revenons à notre histoire. 

L,e plaidoyer de des Galesnières, que nous avons déjà cité 
et sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, nous ren- 
seigne très succinctement sur les faits et gestes des conseils 
ecclésiastiques de Châteaudun, à la fin du xvi e siècle; ou 
plutôt, il mentionne les Colloques et les Synodes où ont 
figuré le pasteur et les délégués laïques du Consistoire, mais 
sans nous dire ce qui s'est passé dans ces assemblées, car 
ce sujet, important pour nous, ne l'était en aucune façon 
pour lui. 

Nous apprenons donc qu'il y a eu un Colloque à Dangeau 
le I er septembre 1593, et que le pasteur Jean Berger est 
accompagné de l'« ancien» Alouïn, dit L,espine. L/an 
d'après nouveau Colloque, cette fois à forges. A part 
les affaires qui seront traitées au Synode national de 
Montauban, où Berger se rendra en juin, pour représenter 
le Synode du Berry, de l'Orléanais, du Dunois et du 
Nivernais (1), on a dû s'occuper dans ce Colloque d'un 
incident qui s'est passé à Châteaudun, le 11 avril 1594. 



(1) H y alla sans être accompagné d'un ancien, « dont ces Provinces ont fait leurs excuses 
recevables, néanmoins elles seront exhortées de s'évertuer pour faire mieux à l'avenir ■. 
Aymon, I, 174. 



CHATEAUDUN, VARTZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS l8l 

Nous le connaissons par le cahier de plaintes adressées au 
Roi par les Églises réformées, en 1597, pour lui demander 
de mettre fin, par un Édit, au régime des violences et de 
l'arbitraire (1). 

<( Un pauvre homme des champs » apporte à Château dun 
son enfant à baptiser. Tandis qu'à l'étable de l'hôtellerie, 
il remise sa monture, la chambrière s'empare de l'enfant, 
et va crier dans la rue : « Voici l'enfant d'un méchant 
hérétique qu'il porte baptiser au ministre : venez et le 
portons à l'église. » On accourt, on s'ameute et l'on va 
porter l'enfant au curé. Il le baptise dans l'église Saint- 
Valérien, entre le sonneur de cloches et la chambrière, 
improvisés parrain et marraine (2). Voilà ce qu'on pouvait 
faire impunément dans une ville où les protestants n'étaient 
pas loin de tenir le haut du pavé. L'incident a beau être 
isolé, il en dit long. 

En 1595 et en 1597, des Colloques se réunissent encore 
à forges. Etienne Toutin y accompagnera son pasteur la 
première année, Pierre Garnier la seconde. En 1598, le 
Colloque se réunit à Châteaudun même, où, conformément 
à la discipline, il précède le Synode provincial convoqué 
à Jargeau. C'est le docteur Philippe Mérault qui est délégué 
laïque. Nous voici à l'Édit de Nantes, mais la vie de l'Église 
réformée de Châteaudun était trop régulière et son organi- 
sation trop solide pour que ce grand traité de paix ait 
marqué une date dans ses annales. I^a transition de l'ancien 
état de choses au nouveau a dû être insensible ; nous n'avons, 
en effet, aucun événement à signaler jusqu'au 13 novembre 
1601, date où Jean Berger, chargé d'ans et d'infirmités, 
résigne sa charge de pasteur (3). 



(r) Mém. de la Ligue, VI, 454. 

(2) Cf. Registre des baptêmes de Saint-Valérien (Archives municipales de Châteaudun, 
G G, 43). 1/ enfant s'appelait Pierre Martin, de son nom primitif, et venait de Mézières-au- 
Perche, à moins qu'il n'y ait ici une confusion avec le Mézières, plus rapproché de Château- 
dun, qui dépend de la commune de Pré-Saint-Evroult. S'il s'agit bien de Mézières-au- 
Perche, l'enfant avait dû être présenté la veille (qui était un dimanche) au temple de Dan- 
geau, dont le ministre Vian était sans doute absent. 

(3) Il a dû remplir son ministère d'une façon bien remarquable, et être atteint par de 
bien graves épreuves, pour qu'en 1601, le Synode de Jargeau ait pris à son sujet la délibé- 



182 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

Quels ont été ses collaborateurs durant les dix dernières 
années de son ministère? Nous en connaissons quelques- 
uns. Chose remarquable, dans cette Église où l'aristocratie 
occupe une si grande place, presque tous portent des noms 
roturiers; on ne saurait même dire jusqu'à quel point ils 
appartiennent tous à la haute bourgeoisie. Voici le doc- 
teur Mérault, celui qui recueille l'Église dans sa maison ; 
voici Christophe Bourgoing, le riche négociant, qui siégea 
au Synode de Vitré en 1583; voici l'orfèvre Toutin, qui 
appartient à une illustre dynastie d'artistes, établis à 
Châteaudun et à Blois (1). Ceux-là sont des notables, comme 
Villenne et Dallibert, qui représentent, en 1594, le Colloque 
de Dunois; Pierre Garnier est marchand; mais qui est 
Alouïn, dit Lespine? Qui est Augustin Pourry. délégué, 
en 1582, au Synode de Bannegon? 

Ils ne sont évidemment pas du même monde que les 
Condé, ni. que le « haut et puissant seigneur» Théophile 
de la Noue, «gentilhomme ordinaire de la Maison du Roy», 
ni que ses parents les Téligny ; ni que Denis Le Maistre, pre- 
mier président du Parlement de Paris; ni que Jean Pan- 
chèvre de la Lamberdière, conseiller du Roy, secrétaire 
d'État de Navarre; ni que M. de Lierville, le gouverneur; 
ni que les innombrables gentilshommes, en général écuyers, 
dont ces grands personnages étaient entourés : les Grate- 
mesnil (2), les de Meaussé, les de Villeneuve, sieurs d'Am- 
blelles, les Daultier, les nombreux de Beaufils, parents du 
gouverneur, les de la Ferrière (l'un, sieur de la Bourdi- 
nière, est capitaine), les de Chesnelong, les Le Courtois, 
sieurs du Charmoy, les de Courcy, les Gaultier de Pézy, les 



ration suivante : » Attendu les grands services que M' Berger ministre de l'Eglise de Châ- 
teaudun a rendus à l'Église de Dieu, et l'affliction qu'il a, et qu'il le rend digne de compas- 
sion, on a résolu que ladite Église de Châteaudun sera pourvue d'un pasteur par le Synode 
de la Province et qu'alors, ledit sieur Berger en sera déchargé, et nonobstant cela sera entre- 
tenu par la contribution des Provinces. » Il fimt par toucher la part de deux, puis de quatre 
ministres (environ 240 livres) sur la subvention royale. Aymon, I, 249, 253, 288. 

(1) Petitot travailla chez eux. 

(2) Seigneurs de Crépinville. En 1590, le mobilier de Robert de Gratemesnil est pillé par 
le chef ligueur I^a Croix-Cottereau et sa bande, et emporté à L,a Bazoche-Gouët. (Denos, La 
seigneurie de Crépinville. Mss.) Il y avait des Gratemesnil catholiques. 



CHATKAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS 183 

d'Alonville, les Arnould de Pressainville, les de Lange, 
les Bonnet, etc. (i). Ils sont seigneurs de tous les villages des 
environs; leurs femmes et leurs filles sont marraines, soit de 
jeunes parents, soit d'enfants de leurs fournisseurs ou de 
leurs domestiques. Numériquement, ils occupent une place 
considérable dans l'Église, mais, encore une fois, ils ne 
figurent pas dans ses conseils. Ils sont le noyau, ils ne sont 
pas la tête. 

A vrai dire, nous ne sommes pas surpris de trouver si 
aristocratique l'Église réformée de Châteaudun; nous sa- 
vons, en effet, comment la Réforme a pénétré dans le Dunois, 
ou plutôt, dans quelles classes de la société elle s'est d'abord 
propagée. La noblesse, la haute bourgeoisie, les classes 
éclairées : on observe ce phénomène un peu partout . Il n'en 
fallait pas davantage pour prétendre que le mouvement de 
la Réforme n'avait rien de populaire, et qu'à cause de cela, il 
était condamné à l'impuissance, à l'échec final dans notre 
pays. Si cette opinion était vraie, on aurait vu les Églises 
réformées s'organiser sur des principes aristocratiques, et 
mettre à leur tête l'aristocratie. Or, il n'en a pas été ainsi. 
Rien de plus démocratique, dès l'origine, que la constitu- 
tion de ces Églises qui réunissaient tant de gentilshommes 
et de hauts bourgeois. Une aversion profonde pour toute 
hiérarchie de personnes; un égalitarisme farouche; tout le 
gouvernement de l'Église confié à une hiérarchie de con- 
seils, où les laïques sont presque tout au niveau inférieur, 
où ils sont en nombre strictement égal à celui des pasteurs 
aux degrés supérieurs de l'échelle; et ces conseils sont 
d'abord élus par le peuple, ce n'est que plus tard que la 
cooptation a été substituée au suffrage universel. On ne 
tient aucun compte du rang des personnages, quand il s'agit 
de les élire; et si un grand seigneur a dans l'Église une place 
prééminente, il le doit uniquement à ses talents, à son 
dévouement, à sa piété; son rang n'y est pour rien. Et une 
fois nommé, il est, dans le Conseil, sur le même pied que ses 

(1) Nous ne citons guère que les noms qui apparaissent dans les registres de baptêmes; ils 
n'y figurent pas tous, bien entendu. 



184 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

collègues. Égaux entre eux les membres des Consistoires, 
des Colloques, des Synodes; égaux entre eux les pasteurs; 
égales entre elles les Églises. Le protestantisme français a 
pu naître dans une élite, et il a pu demeurer une élite : il 
n'a jamais été, ni de près ni de loin, ni par ses principes, ni 
par ses tendances, une aristocratie, dédaigneuse du peuple 
et de ses aspirations. 

A côté des nobles, on trouve dans l'Église de Châteaudun 
un certain nombre de représentants de la haute bourgeoisie ; 
et ce qui frappe d'emblée, quand on parcourt les registres 
consistoriaux, c'est que déjà à cette époque, la ligne de 
démarcation entre noblesse et haute bourgeoisie semble 
très peu tranchée. Entre elles, il y a des relations, des 
échanges de bons procédés, des alliances. Les petits hobe- 
reaux, gens assez besogneux, ne dédaignaient pas la fruc- 
tueuse promiscuité des épiciers. Prenons d'abord les gens 
de robe, dont quelques-uns sont nobles. 

Voici Jehan Bernard, avocat au Parlement de Paris; 
c'est un homme extraordinairement répandu; il a d'in- 
nombrables filleuls, un peu dans toutes les classes de la 
société; des amis ou des parents, et aussi des plaideurs. 
André de Marsollyer, également avocat, occupe de même 
une situation importante dans l'Église ; Pierre de Chassaigne 
et Le Jay y ont d'excellentes relations. Voici maintenant 
des notaires : Guasnot, André Bruneau ; un praticien : Fran- 
çois Johannet. Et au-dessous de ces personnages notables, 
des sergents (nous dirions des huissiers), tels Villette, 
Éléazar Molard, Pierre Brossard; peut-être frayaient-ils 
avec des fonctionnaires seigneuriaux comme Jacques Hau- 
ville, receveur de la Roche-Bernard, ou comme Jacques 
(alias Samuel) Molier, de La Ferté-Villeneuil. Leprestre, 
commissaire ordonnateur des guerres, devait voir à la fois 
les gens de robe, dont le rapprochaient ses fonctions, et les 
gens de guerre, pour lesquels il travaillait. Voyait-il noble 
homme Claude Dallibert, qui était homme d'armes des 
ordonnances du Roy? Voyait-il le sieur de la Bourdinière, 
capitaine de cinquante hommes de pied dans le régiment 



CHATKAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS 185 

de Valirot, et qu'un de ses soldats, Pierre Résyn, choisit 
pour parrain de son enfant? 

Tout ce monde-là connaissait, et voyait dans les bons et 
et les mauvais jours, la docteur Philippe Mérault dont nous 
avons déjà parlé. Il avait au moins autant de filleuls que 
Jehan Bernard, sans parler de tous ceux de sa femme et 
de ses filles. Je ne sais s'il y avait d'autres médecins pro- 
testants à Châteaudun; à vrai dire, je ne le pense pas. Mais 
il y avait plusieurs barbiers-chirurgiens, tels Girard Pois- 
sonnet, Jacques Auclyns, Gilles et David Lamy, et de nom- 
breux « appothiquaires » (car telle est l'orthographe du 
ministre J. Berger) : ainsi Claude Ysambert, Michel Mer- 
cier, Edmond Convers, etc. Chirurgiens et apothicaires 
appartenaient plutôt au monde des boutiquiers. 

Peut-être faut-il compter certains de ces boutiquiers 
dans la haute bourgeoisie : Jacques Lenfant, père et grand- 
père de Paul et de Jacques Lenfant dont nous reparlerons, 
était sieur de Bourcé, bien que marchand de draps de soie. 
Germain Masson, d'Orléans, joignait à son commerce les 
fonctions de grenetier du grenier à sel. Christophe Bour- 
going était marié à Ysabel de Rucquedort (i), et il prendra 
pour marraine de son fils Isaac, Marguerite de Rucquedort, 
veuve depuis peu de Baptiste Androuet du Cerceau, l'archi- 
tecte qui a construit le Pont-Neuf (2). Les Manceau, les 
Hauldry, les Convers ont d'illustres fréquentations. De 
même Bstienne Toutin, le célèbre orfèvre; il y a, d'ailleurs, 
d'autres orfèvres protestants à Châteaudun : Jehan Bou- 
cher, Philippe Lubin, Adam Martel. Partout, on a remarqué 
le grand nombre de protestants dans la corporation des 
orfèvres; en voilà quatre dans une petite ville (3). Il faut 
croire que les protestants étaient volontiers artistes, ou que 
les artistes étaient volontiers protestants. Il y avait, au 
surplus, d'autres artistes dans l'Église réformée de Château- 



(1) Ou Euquidort; un des membres notables de l'Église de Paris portait ce nom; il était 
originaire d'Orléans. Cf. J. Pannier, L'Église réf. de Paris sous Henri IV, passim. 

(2) Il a aussi dirigé les travaux du Couvre et des Tuileries, 

(3) Il y en a six au siècle suivant. 



l86 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES 

dun : ainsi un peintre nommé Harteman; son père, peut- 
être Alsacien, était fixé dans la ville dès la fin du xvi e siècle, 
et marié à une Boulant. 

Tout ce monde avait des relations assez étendues : à 
Paris, à Chartres (nous retrouvons des noms connus : 
« Marie Chollet, veufve de deffunct Samuel Ménard, fille de 
deffunct noble homme maistre Gilles Chollet, vivant rece- 
veur des tailles en l'Élection de Chasteaudun, et de demoi- 
selle Antoinette de Grenet, ses père et mère»; des Le- 
maire, etc) ; on va chercher à Courville, pour marraine, 
en 1594, la femme du pasteur Grosseteste, dit Capito. Quant 
aux jeunes mariés, lorsqu'ils sont haut placés, ils viennent 
souvent de fort loin. Mais laissons-les; ils ont emmené des 
Dunoises, ils ne sont pas restés dans le pays. 

A part les nobles et les bourgeois cossus, l'Église de Châ- 
teaudun comptait de nombreux adeptes parmi les mar- 
chands : les Loys Babin, les Girard, les Daniel Gotron, les 
Jehan Vignon, les Noël Mare, les Etienne Fitte; les Jehan 
Denichau, les Michel Jupin, les André Brenneau, les 
Guillaume et les Éloi Durand, les Pierre Garnier, les 
Daniel Bignon, les Jacques Ysambert, les Christophe Bour- 
goin, ont boutique sur rue; Aignan Janson s'honore d'être 
fournisseur du gouverneur, et Duclos est grenetier. 

Puis, voici les gens de métier : Gatien Choret est tailleur 
d'habits, Claude Rubin est cordonnier, Jehan Semyn (?) 
fabrique des chandelles et Thomas Gaucheron est tisse- 
rand. Enfin, René Babin est fourbisseur. Je ne sais ce que 
faisaient les Babouyn, les Brossard, les Pappion, les Audi- 
gier, les Regnault, les Doucet, les Mauget, les Touin, les 
Gaucheron, les Godart, les Grosse, les Jarron, les Baron, les 
Roullier, les Jouault, les Amy, les Delarocque, les Bidault, 
les Roullin, les Girard, les Gillet, les Maunoury, les Lusse- 
reau, les Perdrix, les Moullart, les Lepelletier, les Quignon, 
les Rougier, les Le Maréchal, les Laurent et les Brissart, les 
Dufé et les Tallement, les Piau et les Buzelin, et les Guet, 
et les Dourin, sans parler des Cougneau, des Peneau, des du 
Fay, des Hureau, des Buslin, des Champion, des Caroustre, 



CHATEAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS 187 

des Chahuteau, des Picot et de tant d'autres, comme les 
Calu, les Goudreau (i), etc. Y avait-il dans le nombre 
des gens aisés? C'est bien possible. Mais je croirais plutôt 
que ce sont des humbles : artisans, petits boutiquiers, 
laboureurs, journaliers peut-être. 

Le même nom de famille revient constamment, avec des 
prénoms différents : la Réforme n'avait donc pas rallié des 
individus isolés, mais des familles entières, je dirais presque 
des clans entiers. On sent qu'il y avait des rapports étroits 
entre les membres de l'Église ; entre eux, il y a des mariages ; 
il y a ces relations solides que révèle le choix d'un parrain 
ou d'une marraine, tantôt protecteurs, tantôt, au contraire 
parents, amis intimes. D'ailleurs, ces parrains et ces mar- 
raines sont fréquemment étrangers au pays : ils viennent de 
Paris, d'Orléans, de Chartres, etc. 

En général, le baptême est célébré très près de la nais- 
sance : sur ce point l'usage catholique s'était maintenu (2). 
Il y a cependant des exceptions; en 1591, Anne Lucas, de 
Bazoches-en-Dunois, est baptisée à l'âge de huit ans; la 
même année, Michel Gaucheron en a six, ou environ. Mais 
c'est là un effet des troubles, des entraves apportées au 
ministère par les événements. Dans la règle, les baptêmes 
devaient être célébrés publiquement, le dimanche, dans le 
temple, à l'issue du service du matin. En fait, il n'en était 
pas toujours ainsi. La règle fléchissait quand il s'agissait 
d'enfants malades, qu'on était contraint de baptiser à 
domicile. Peut-être à Châteaudun fléchissait-elle dans 
d'autres cas encore, car, lorsque l'on parcourt les registres, 
on remarque que fort nombreux sont les baptêmes qui 
n'étaient pas célébrés un dimanche. On devait tenir un large 
compte de l'éloignement de la famille, de mille cas de force 
majeure que, bien entendu, nous en sommes réduits à 
deviner. 



(1) Nous ne citons pas les noms de Bazoches-en-Dunois et des localités voisines, alors 
rattachées à l'Église de Châteaudun. 

(2) Cet usage était assez général. Sur les baptêmes, cf. Paul de Félice, Les Protestants 
d'autrefois, I, 172 ss. 



l88 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

Quel était le zèle religieux des huguenots de Châteaudun 
et quelle était leur valeur morale? Sur le premier point, il 
est impossible de rien dire de précis ; il faut s'en tenir à 
l'impression générale qui se dégage des événements. Il 
semble que l'Église de Châteaudun ne se soit distinguée, 
ni par une ferveur particulière, ni par un laisser-aller ou un 
désordre évidents. Les protestants dunois ont été assez 
remuants pendant la deuxième guerre de religion : cela peut 
dénoter un ferme attachement à leur parti, cela ne dénote 
pas nécessairement une piété intense. Mieux vaut réserver 
notre jugement. 

Mais ce qui est, par contre, incontestable, c'est la haute 
moralité de ce petit troupeau. Ici, le registre des baptêmes 
nous fournit un indice significatif. Sur les deux cent quatre- 
vingt-quinze enfants qui ont été baptisés du I er octobre 1591 
au départ de Jean Berger (novembre 1601), un seul est un 
enfant illégitime. C'est une petite Jeanne, dont le nom de 
famille n'est pas indiqué. Dans ce xvi e siècle, si volontiers 
débraillé, dans cette période de désordre, voilà où en étaient 
les huguenots. Voilà ce que la lecture assidue de la Bible 
avait fait d'eux. Tout commentaire serait superflu. Nous 
avons le droit de dire que ces gens-là étaient une élite, bien 
qu'ils n'aient pas toujours eu pour les pierres des églises 
tout le respect voulu — en temps de guerre, d'ailleurs, et 
à titre de représailles. 

II. Varize et Bazoches-en- Dunois. — L'abbé Bordas 
raconte (1) qu' « un curé de Varîse, des premiers séduits 
entre le clergé, fut aussi le premier assés hardy pour annon- 
cer dans la chaire la doctrinne de Calvin». Et il ajoute : « Il 
n'y en eut que trop qui suivirent son exemple, sans le faire 
si ouvertement. De tout temps, ceux qui, par état, doivent 
deffendre l'Église, lui ont fait les plus grandes playes ». 

L'événement se passait en 1559. Souchet, qui le raconte, 
le représente non comme le premier de son espèce, mais 

(1) 1, 277. 



CHATEAUDUN, VARIZE ET BAZOCHES-EN-DUNOIS 189 

comme exactement contemporain de la défection du curé 
de Mézières-en-Drouais. Il ajoute cependant que la tenta- 
tive de ce dernier réussit, tandis que le mouvement fut 
prestement arrêté à Varize. 

S'il le fut à Varize même, peut-être par des proscriptions, 
il ne le fut pas dans les environs : il est difficile de ne pas rap- 
porter aux prédications hétérodoxes du curé de Varize, 
directement ou par contre-coup, la formation d'un impor- 
tant noyau huguenot dans le village tout voisin de Bazoches- 
en-Dunois. Au dire de l'abbé Bordas (i), la religion pro- 
testante était dominante à Bazoches, et tout ce que nous 
pouvons recueillir d'indices à ce sujet vérifie cette assertion. 
Au xvn e siècle, le pasteur de Bazoches sera le mieux payé de 
la région. Et le temple de Bazoches était, avec celui de 
Marchenoir, le plus fréquenté du Dunois. L/édifice, exacte- 
ment situé par Bordas, existe encore aujourd'hui (2). 
Après la Révocation de l'Édit de Nantes, il avait été attri- 
bué à l'Hôtel-Dieu de Châteaudun; c'était, à cette époque, 
une « maison manable». Quand fut-il construit? Nous ne 
saurions le dire. Mais l'importance de la communauté, sa 
prépondérance surtout, donne à penser qu'elle disposa dès 
l'origine d'un lieu de culte, ceci indépendamment d'une 
autre raison, sur laquelle nous reviendrons. 

L/abbé Bordas attribue à la situation inférieure des catho- 
liques, à Bazoches, l'établissement de meurtrières, déjà 
bouchées de son temps, dans le curieux clocher du village. 
Nous donnons cette explication pour ce qu'elle vaut. L,e 
vieil historien dunois lui-même reconnaît que la religion n'a 
pas, à sa connaissance, causé « de grands troubles à Ba- 
soches». Parents de ci, parents de là, on s'entendait, comme 
on s'entendit à Dangeau. 

Bien loin d'avoir abusé de leur supériorité numérique, 
« les calvinistes, au contraire, demandèrent avec douceur 
qu'on leur laissât libre une portion du cimetière pour leur 



(1) 11, 31. 

(2) C'est, dit T. Imbault {Bull. Soc. Dunoise, VIII, 334), la maison Colliot. 



IÇO LES EGLISES JUSQU A LEDIT DE NANTES 

sépulture, et ils se contentèrent, sur le refus du curé et des 
catholiques, de se pourvoir devant le juge royal à Blois, qui 
les débouta de leur requeste. Ils prirent alors le parti pai- 
sible de s'en former un particulier près du chemin qui con- 
duit de Basoches à Boissay, et qui est actuellement en 
jardin» (1). 

Voilà donc une Église importante, et constituée de bonne 
heure. 

Il est cependant mal aisé de reconstituer son histoire pen- 
dant les quarante premières années. Les renseignements 
certains font presque complètement défaut. On sait que, 
dès 1558 ou 1559, le seigneur de Bourneville passe à la 
Réforme et en devient un ardent apôtre, et c'est à peu près 
tout. Deux siècles plus tard, les protestants seront encore 
nombreux dans cette petite paroisse de Bourneville, qui a 
été réunie, en 1829, à la commune de Guillonville. Bazoches, 
comme nous l'avons dit, aura ses pasteurs au xvn e siècle, 
mais on se demande si elle en a jamais eu. pour elle seule, 
au xvi e . De 1591 à la fin du siècle, c'est Jean Berger, le 
ministre de Châteaudun, qui dessert l'Église de Bazoches ; 
il prend le titre de « ministre du Dunois ». C'est le registre 
de l'Église de Châteaudun, dans lequel il consigne tous les 
actes pastoraux relatifs à Bazoches et aux environs, qui 
nous révèle ce détail. Mais Berger est là depuis 1563, et la 
situation que nous révèle le plus ancien registre (1591) peut 
fort bien avoir existé depuis l'arrivée de ce pasteur, c'est- 
à-dire presque depuis l'origine de l'Église. 

Dans tous les cas, Bazoches est un lieu d'exercice public. 
Sans doute, cette seigneurie, propriété des Dardenay, a été 
érigée en fief le 15 juin 1577, et a les droits de haute, 
moyenne et basse justice. Mais ce fait ne sera invoqué que 
vers la Révocation de l'Édit de Nantes, lorsque les demoi- 
selles de Courcillon voudront trouver un moyen de sauver 
l'Église menacée. Si Bazoches n'est qu'une simple annexe, 
c'est donc faute de ressources suffisantes pour entretenir un 

(r) Bordas, II, 32. 



CHATËAUDUN, VARIZE £î BAZOCHËS-EN-DUNOIS I9I 

pasteur. Et quand il y en aura un, il aura d'autres Églises à 
desservir, toujours pour qu'un traitement convenable puisse 
lui être assuré, par les contributions des fidèles. 

L,es registres de l'Église de Châteaudun nous permettent 
de faire connaissance avec quelques-uns des membres de 
celle de Bazoches, et de déterminer sommairement leur 
habitat. Voici, à Guillonville, les Crosnier, les Gallyot, etc. ; 
à Cormainville, les Hureau; à Varize, les Fauconnet et 
Falconnet, les Ramon, les Girault, les Contade, les Carou- 
geau, etc.; à Péronville, les Rebours et d'autres. Il y en a 
encore à Ouzouer-le-Breuil ; et l'on vient de Gidy (i) se 
marier à Bazoches. Dans le bourg même (2), voici quelques- 
uns des noms qui reviennent le plus souvent, à la fin du 
xvi e siècle, dans les actes de baptême : L,ucas, Fristeau et 
Frischeteau, Chahuteau, Rebours, Guignard, Fauconnet, 
Bourgouin, Callet, Renault et Regnault, Coustadère, 
Picault, Dufay, Frémont, Quignon, Audigier, Paré, Bru- 
gère, etc. Humbles laboureurs, qui n'ont guère fait parler 
d'eux dans le monde, mais qui étaient certes de fort braves 



(j) Canton d'Artenay. 

(2) Ou dans ses hameaux, comme Pruneville. 



CHAPITRE XI 

LES DÉBUTS DE i/ÉGUSE DE DANGEAU (i) 

La famille Courcillon de D ange au était une des plus 
importantes de la Beauce; nous n'avons pas à refaire ici sa 
généalogie, esquissée par Moréri et du Chesne, transcrite 
par la France protestante, complétée par L. Merlet (2), 
détaillée par M. de Possesse (3). Disons seulement que la 
conversion de Louis I de Courcillon aux idées nouvelles 
entraîna celle d'une partie de ses vassaux, et qu'ainsi fut 
fondée l'Église de Dangeau, en 1563, comme le dit explici- 
tement un mémoire qu'elle produisit lors de sa suppression, 
en 1683 (4). 

Nous avons fort peu de détails sur les débuts de cette 
Église, qui, dans le siècle suivant, apparaît vivante et com- 
pacte. Bile avait plusieurs annexes : Brou, dont nous avons 
raconté les premières assemblées, Bonneval, Illiers. Elle 
avait des adeptes dans plusieurs localités des environs. La 
Saint-Barthélémy fut pour elle au moins une menace grave, 
car la première fois qu'on trouve mentionné le pasteur qui 
l'a desservie jusqu'à la fin du xvi e siècle, Jean Vian, c'est 
parmi les ministres réfugiés à Londres à l'occasion du grand 
massacre. Il y trouvait plusieurs collègues du voisinage : 

(1) Province d'Orléanais et Berry, colloque du Blésois. 

(2) Bull, du Prot., 1856, 72 ss. 

(3) Mém. Soc. Arch. E.-et-L., VII, 91, ss. 

(4) t Dès 1563 [les protestants de Dangeau] étoient en possession d'un exercice public et 
d'un temple.» Arch. nat. T T 243 2. 



LES DÉBUTS DE L'ÉGLISE DE DANGEAU 193 

ceux d'Authon, de Châteaudun, de Dreux, de Brezolles. 
Il revint dans la suite, à Dangeau. 

Louis de Courcillon, grand homme de guerre devant 
l'Éternel, n'était jamais chez lui, tant qu'il y avait quelque 
part en France des coups à donner ou à recevoir, tandis que 
sa sœur Françoise (i), dame de Saint-Georges, Andrévilliers 
et Pont-Tranchefêtu, menait une existence plus tranquille 
dans le vieux manoir de la Motte. Ces absences n'étaient 
pas sans inconvénients. Ainsi, en 1585, la bande de brigands 
du bâtard de Frazé fond sur le château de Dangeau dans la 
nuit du 20 octobre, et le pille, comme elle en avait pillé bien 
d'autres. Mais du moins, cette fois, elle alléguait une 
excuse : à savoir que le seigneur était huguenot, et que 
depuis longtemps, il avait dénoncé ces bandits à qui de 
droit. En s'en allant, le bâtard de Frazé charbonna sur la 
porte du château le quatrain suivant, que, plus tard, les 
moines de Thiron ont précieusement recueilli : 

Chastel de Dangeau 
A vensdre sans danger 
Le chastelain de Dangeau 
En guerre estant armer (2). 

Ce fut son dernier exploit. Dix jours après, il était pris. 
On le roua à Chartres le mois suivant, et on pendit trois de 
ses partisans. 

La guerre devait bientôt ramener Louis de Courcillon 
dans son pays. A ce moment, il est capitaine. En 1586, il 
avait pris part au siège de Fontenay-le-Comte, et c'est le 
hasard des opérations qui l'avait conduit dans sa demeure 
dévastée. Disons en passant que cette honnête gentil- 
hommière n'avait aucune prétention à l'architecture. Il y 
revenait donc, nanti de trois commissions (3); l'une de 
février, « pour lever des gens de guerre, tant de pied que de 

(1) Il en avait deux autres, mariées. 

(2) Cf. Gouverneur, Essais historiques sur le Perche, p. 389. 

(3) M. de Possesse. Mém. Soc. Arch. E.-et-L. t VII, 123. 

13 



194 LES EGLISES JUSQU A L EDIT DE NANTES 

cheval », les deux autres, du 3 mars et du 5 mai, lui donnant 
coup sur coup le commandement de soixante chevau- 
légers, et de « trente lances au titre de cinquante ». Mais 
c'est en 1589 surtout qu'il devait se distinguer. 

Le roi de Navarre, pénétrant dans le Perche-Gouët, venait 
de prendre Brou. Il occupait Illiers, Courville, Châteaudun. 
Bientôt après, Illiers était repris, et de son château, les 
ligueurs, commandés par Bréchainville, inquiétaient les 
troupes royales installées à Bonneval. Le 14 décembre, 
Bréchainville tombe dans une embuscade, est défait et tué. 
Immédiatement Courcillon marche sur Illiers, dont il 
s'empare sans peine, le successeur de Bréchainville, Car- 
rières, s'étant laissé gagner. Pendant l'année 1590, Dangeau 
est un des points d'appui des forces royales dans la région. 
Courcillon a reçu du cardinal de Bourbon, le 15 sep- 
tembre (1), la mission de réunir des forces pour empêcher le 
siège de Janville. Il ne put y réussir; la tour du Puiset fut 
démantelée par la Ligue. 

Bientôt, la prise de Chartres par Henri IV ramena la 
paix dans le pays. Louis de Courcillon mourut peu après, 
à la fin de 1591 ou au commencement de 1592, car c'est 
le 7 février de cette année-là que ses biens furent partagés 
entre ses enfants (2). 

L'Église de Dangeau pouvait, désormais, jouir en paix de 
son temple, modeste édifice qu'elle occupa dès 1563, et qui, 
englobé plus tard dans la basse-cour du château, en était 
séparé à l'origine par une rue; Bordas vit encore ce temple, 
au milieu du xvm e siècle (3) . Les protestants avaient pris la 
moitié du cimetière, et pour éviter de choquer les catho- 
liques et d'amener des conflits, ils avaient fait percer une 
porte dans le mur de clôture, au nord. 

En 1593, un Colloque s'assemble à Dangeau : le ministre 
d'alors était encore Vian; il y était depuis trente ans pro- 



(1) Possesse, op. cit., 124. 

(2) Merlet, op. cit. 73. 

(3) Bordas, II, 66. Se ralliant à la thèse catholique il traite de « secret » le Consistoire de 
Dangeau, où l'exercice avait toujours été public. 



LES DÉBUTS DE E EGEISE DE DANGEAU 195 

bablement ; il a siégé aussi, pour le dire en passant, au S}mode 
de Châtillon-sur-Loing, en 1583. Ce Colloque, dont des 
Galesnières fait mention dans son plaidoyer en faveur de 
l'Église de Châteaudun, réunit les délégués des Églises de 
Dangeau, Châteaudun et Mer. Trois ans plus tard, Vian 
siège au Synode national de Saumur. Ces deux menus dé- 
tails sont connexes, et jettent un jour assez curieux sur la 
vie intérieure de l'Église de Dangeau à cette époque. Vian, 
qu'elle avait à son service depuis nombre d'années, avait 
cessé de lui plaire, nous ne savons pourquoi à première vue. 
Plusieurs Colloques successifs, celui du I er septembre 1593, 
dont nous venons de parler, ceux de Mer en 1594, de Iyorges 
la même année et la suivante, ont « licentié » Vian, et l'ont 
attribué à l'Église de Marchenoir. Le Synode provincial de 
Jargeau (1594) a vainement essayé de mettre fin au dif- 
férend (1). Sa sentence, d'après laquelle Vian restera à 
Dangeau jusqu'à la fin de l'année, puis ira à Marchenoir, 
n'a contenté personne. On recourt alors au Synode national 
de Saumur. 

Après avoir ouï les délégués des deux Églises intéressées et 
les explications de Vian, le Synode reconnaît que ce pasteur 
appartient authentiquement à l'Église de Dangeau. Et 
nous allons comprendre, en lisant entre les lignes de la sen- 
tence, le motif véritable de la querelle, et pourquoi Vian, 
si on lui permettait de choisir (le Synode provincial le lui 
interdit) choisirait volontiers d'aller résider à Marchenoir. 
Donc, aussitôt rentré à Dangeau, Vian « ira faire quelque 
exhortation dans ladite Église de Dangeau, puis retournera 
à Marchenoir, où il restera un mois, pendant lequel V Église de 
Dangeau lui paiera ce quelle lui doit de reste, à faute de quoi 
il demeurera audit Marchenoir; et s'il est satisfait, et 
retourne à Dangeau, il y sera payé de quartier en quartier ; 
et si ladite Église ne fait pas son devoir pour lui payer sa 
pension comme on vient de l'ordonner, et qu'elle y manque 
pendant trois mois, l'article dudit Synode provincial tien- 

(1) Arch. nat. T T, 251. I, 'ancien qui accompagnait Vian s'appelait Coulemiers 



196 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

dra, et ledit sieur Vian appartiendra à l'Église de Marche- 
noir ». 

En d'autres termes, les braves protestants de Dangeau 
payaient fort irrégulièrement leur pasteur; alors, celui-ci 
s'est mis en grève, et Colloque, Synode provincial et Synode 
national lui ont donné raison. Pour qu'ils n'aient pas sup- 
primé l'Église elle-même, il faut qu'elle ait eu une popula- 
tion assez considérable pour réunir la somme voulue. En 
effet, l'abbé Bordas représente les réformés comme très 
nombreux dans la paroisse de Dangeau, et principalement, 
dans le bourg. Ils devaient y être en nombre prépondérant, 
pour avoir pu se tailler un cimetière particulier dans le 
cimetière commun, sans qu'on leur ait opposé le moindre 
empêchement, ni fins de non-recevoir, comme à Bazoches- 
en-Dunois, ni protestations impérieuses. Et le soin qu'ils 
ont pris de ne pas blesser les convictions des catholiques 
montre la bonne entente qui existait entre les deux cultes, 
sans doute pour la même raison qu'à Bazoches. 



CHAPITRE XII 

I<ES ÉGLISES DE JANVIIXE ET DES ENVIRONS 

I. Janville. — Très modeste chef-lieu de canton aujour- 
d'hui, Janville, dont le nom s'écrivait quelquefois Yen- 
ville au xvi e siècle, était autrefois un centre adminis- 
tratif beaucoup plus important, sans avoir jamais été, 
au surplus, autre chose qu'un gros bourg (i), que dominait 
l'un des plus beaux clochers de la région. Ville royale, pour- 
vue d'un grenier à sel, chef-lieu d'un bailliage morcelé en 
trois assez gros tronçons et deux petites enclaves, Janville 
fut centre d'un district en 1790. De cette gloire relative, il 
ne reste plus aujourd'hui à la patrie de Colardeau que des 
souvenirs. 

Dès l'origine, Janville a été un foyer protestant d'une 
certaine intensité; nous avons raconté comment, en 1558, le 
cordonnier Nicolas paya de sa vie son ferme attachement 
aux idées nouvelles. S'il a été la seule victime, il n'a pas été 
le seul adepte. Avec le village voisin de I^umeau, qui était 
conquis en grande partie à la Réforme, Janville formait une 
Église dont on connaît peu la vie intime, sans doute 
dénuée d'incidents, mais qui a été régulièrement repré- 
sentée au Synode (2) depuis l'origine. Dans tous les cas, 
Janville est mentionné parmi les lieux de culte accordés 
aux protestants par l'Édit d'Amboise (1563) ; en réalité, les 



(1) I*es plaintes des Églises réformées adressées au roi en 1597» qualifient Janville de 
« chétive, et de petite ou nulle importance». 

(2) Province de l'Orléanais et Berry; colloque du Blésois. 



I98 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

assemblées avaient lieu au Puiset, propriété de N. d'Oin- 
ville en 1575, et de Nicolas et François de Marolles en 1583. 

Pendant la première guerre de religion, J an ville est un 
des centres de ralliement des huguenots. La ville est occupée 
par le capitaine Haumont, qui habite les environs de 
Beaugency, et a été chargé par le prince de Condé de recru- 
ter des gens de guerre aux alentours d'Orléans. Sa troupe 
rassemblée, Haumont se retire sur Meung-sur-Loire ; et 
en passant, il châtie « fort rudement» les habitants de 
Patay, qui avaient failli le surprendre (1). 

Après le départ d'Haumont, Janville reçoit, au milieu 
de septembre, une garnison de soldats du roi (2), en même 
temps que Beaugency, Châteaudun, Bonneval, Pithiviers, 
Étampes, Chartres. Cette garnison ne devait pas être bien 
forte, car lorsque, le 23 décembre, Coligny, en retraite après 
la bataille de Dreux, vint camper au Puiset, Janville capi- 
tula sans résistance, et l'amiral y laissa un détachement de 
cavalerie. Puis il vint loger à Patay, où il fit pendre som- 
mairement quelques pillards. Laissons-le poursuivre sa 
route. Trois mois plus tard, l'Édit d'Amboise sera conclu, 
amenant, comme nous l'avons déjà dit, la reconnaissance 
officielle de l'Église de Janville. 

Dès le commencement de la deuxième guerre de religion, 
Janville est pris par le vidame de Chartres, qui fait subir 
le même sort à Étampes, puis à Dourdan, dont le chef, le 
comte de Choisy, obéit d'autant plus docilement aux som- 
mations qu'il était « huguenot dans l'âme», au dire deSou- 
chet (3). Quelque temps après, Jean de Ferrières va au 
devant des reîtres attendus par les huguenots. Il les rejoint 
en Bourgogne, et de là, par l'Auxerrois, la Puisaie et le 
Hurepoix, il les conduira jusqu'en Beauce, où ils prendront 
part au siège de Chartres. Janville ne fut pas autrement 
touché par les événements. On ignore ce qui s'y passa les 
années suivantes, et en particulier en 1572. 

(1) Hist. ecclés., I, 501 

(2) Id., I, 564. 

(3) IV, 58. Octobre 1567. 



LES ÉGLISES DE JANVIIXE ET DES ENVIRONS I99 

En 1589, Janville, qui n'avait pas eu directement à pâtir 
des guerres précédentes, devient de nouveau l'enjeu des 
partis. Bn même temps qu'Orléans, elle s'était ralliée à la 
Ligue. Après la prise d'Étampes, Henri IV résolut de recon- 
quérir Janville. Il se présenta devant la place le n no- 
vembre. Les remparts étaient intacts, les quatre portes 
bien closes, le château solide. « Le capitaine et les habitans 
rirent mine de se défendre ; mais voyant les canons braquez 
ils se rendirent, et la garnison montant à deux cents arque- 
busiers en sortit. Le Roy y faisant son entrée y laissa gar- 
nison dans le chasteau, sans que ceux de la ville receus- 
sent aucun déplaisir ni incommodité (i).» 

Ce château de Janville, dont en 1583 le sieur de Lansac 
se disait « seigneur et usufruitier», existe encore. La gar- 
nison ne devait guère être forte, car nous avons vu que, pen- 
dant l'automne 1590, le sieur de Dangeau est chargé de 
réunir des troupes pour empêcher le siège de la ville. Cela 
n'empêcha nullement La Châtre, d'ailleurs, de ruiner la 
tour du Puiset, que les ligueurs tenaient pour un repaire 
de brigands, parce qu'elle était un asile pour les hugue- 
nots (2). 

L'an d'après, on pouvait croire la sécurité revenue, 
depuis que Chartres était soumis à l'obéissance du roi. Le 
gouverneur de Janville, Marolles, crut pouvoir s'absenter 
vers la fin de l'année, pour accompagner à Rouen, en com- 
pagnie de Montlouet, son collègue de Nogent-le-Roi, le car- 
dinal de Bourbon et le chancelier. Confiance illusoire : ils 
apprennent que pendant leur voyage, les ligueurs ont sur- 
pris le château de Denonville. Bn toute hâte ils reviennent, 
et, quoique harassés, vont reprendre le château. L'événe- 
ment n'eut pas de suites pour Janville. 

Dans les doléances que les Églises réformées adressèrent 
au roi en 1597, elles se plaignent de ce que Janville, chef- 



(1) François L,emaire : Histoire et Antiquités de la ville et duché d'Orléans (1648), cité 
d'après l,efèvre, Documents historiques et statistiques sur le canton de Janville (Chartres, Gar- 
nier, 1875). Ce passage ne figure pas dans l'édition de 1645 de remaire. 

(2) Souchet, IV, 187. 



200 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

lieu de bailliage que les traités leur ont accordé, et que le roi 
leur a rendu, est de nulle valeur pour eux, ayant été dé- 
mantelé (i) . Nous ne saurions dire quand ce démantèlement 
eut lieu. Les histoires locales n'en parlent pas. Aujourd'hui, 
on suit encore parfaitement la ligne de circonvallation de 
J an ville, mais portes et remparts ont disparu. C'est sans 
doute entre 1592 et 1594 que l'opération se fit, peut-être 
à la suite de la réduction d'Orléans, en 1594. 

Quelles furent, jusqu'à l'Édit de Nantes, les pasteurs de 
J an ville? En 1601, c'est « de Lumeau le fils » ; il avait donc 
succédé à son père, on ne sait quand. Nouvel exemple d'un 
notable qui fonde une Église réformée, et en devient le pre- 
mier pasteur. 

II. Sancheville et Ger mi gnon ville. — Tout autour de J an- 
ville, mais plus particulièrement à 1,' ouest et au sud, il y 
avait des groupes compacts de protestants. Comme on le 
verra, leurs débris se sont concentrés après la Révocation 
de l'Édit de Nantes dans un gros hameau de la commune 
de Guillon ville, et constituent de nos jours la florissante 
Église de Gaubert, une des plus fortes agglomérations pro- 
testantes du département. Ceci nous montre que la Réforme 
avait dû gagner, dès le début, une proportion relativement 
assez grande des habitants de cette contrée. Sans doute, 
comme partout dans notre pays, la répartition des protes- 
tants dans les localités a dû être très inégale, tel village 
étant à demi gagné, tel autre, tout à côté, ne s' étant pas, 
ou presque pas laissé entamer. Mais ceci n'infirme en rien ce 
que nous venons de dire, et que personne n'a jamais con- 
testé. 

Et pourtant, sitôt qu'on tente de jeter quelque lumière 
sur la vie ecclésiastique de ces groupements, on tombe en 
pleine incertitude. Les Consistoires, qui ont certes dû 
exister, n'ont laissé aucune trace. Essayons cependant, 
par ce que nous savons, de deviner ce que nous ignorons. Les 

(1) Mèm. de la Ligue, IV, 446. 



LES ÉGLISES DE JANVILLE ET DES ENVIRONS 201 

registres consistoriaux nous permettent de délimiter à peu 
près la circonscription du quartier de Bazoches-en-Dunois. 
Il comprenait Cormainville et Guillonville. D'autre part, 
l'Église de Janville s'étendait jusqu'à Lumeau, annexe 
importante, et sans doute jusqu'à Terminiers. Il y a eu une 
Église à Sancheville, avec annexe à Genonville (commune 
de Voves). Celle de Germignon ville, en admettant qu'elle 
soit distincte de celle de Sancheville, a donc groupé princi- 
palement les protestants de Germignon ville, de Fontenay- 
sur-Conie et de Viabon. Mais je suis porté à croire que Ger- 
mignonville et Fontenay n'ont été que des quartiers de 
l'Église de Sancheville. 

Il résulte d'un acte notarié publié par Lecoq (i) que la 
communauté protestante de Germignonville existait déjà 
en 1562. Pendant la première guerre de religion, en effet, 
l'église du village et la chapelle de secours de Saint-Léonard 
ont été saccagées, « et n'y a aucunes verrières, ostels et 
fonds, fors ung autel qui est en l'église dudict Saint-Léo- 
nard». Le presbytère a été, de même, pillé et dévasté. La 
plupart des habitants doivent être gagnés à la Réforme, car 
le 5 avril 1563 (n. s.), Robert de la Boussardière, religieux 
prof es de Saint-Cheron et curé de Germignonville, croit 
devoir s'informer s'il pourra se rendre dans sa paroisse à 
Pâques, pour administrer le Saint-Sacrement. On lui répond 
crûment que non, car les gentilshommes huguenots de Ger- 
mignonville (parmi lesquels figure peut-être N. d'Oinville, 
qui possède le château de Cambray), ont résolu de le tuer 
s'ils l'aperçoivent. 

Il patiente quelque temps, et, le samedi 30 octobre 1563, 
il se rend à Germignonville pour célébrer la Toussaint. Le 
lendemain, pendant qu'il enterre « ung enffent d'une 
nommée la Gillebaude », survient « Monsieur Mare, soy 
disant seigneur dudict Germynon ville », accompagné d'un 
homme. Et Monsieur Mare s'écrie : « Qu'en sa, veulx-tu 
tous jours abuser de venir dire icy la messe; va-t-en, si je te 

(1) Une Page du Protestantisme en 1565. Garnier, 1859. 



202 LES ÉGIJSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

y trouve plus, je te ferai mectre en terre comme celluy pour 
lequel on fait cette fosse ». Après quoi, il le soumette. Des 
témoins affirment que de pareilles scènes étaient fréquentes, 
ce que le digne tabellion se borne à constater. Ceci dénote un 
état d'esprit assez étrange, si habituel qu'il fût dans cette 
période d'exaspération. Mais il fallait que les protestants se 
sentissent bien en force pour se permettre ces incartades. 

C'est, nous apprend le même acte, dans le prieuré (i) 
qu'avait lieu le prêche, du moins « ordinairement ». Plus 
tard, à une époque indéterminée, « les calvinistes ont eu un 
presche entre Ourvillier et le hameau de Granvillier, qui est 
de la paroisse de Viabon, dans un champ qui appartient (2) 
à l'abaïe de Saint-Père; ce qui est indiqué dans les tiltres 
du monastère d'Ambert, qui a une ferme à Granvilliers (3) ». 
Ce qui paraît ressortir de ces documents, c'est que les pro- 
testants de Germignonville avaient dû s'emparer du prieuré, 
avec l'aide du seigneur, ou des seigneurs de la région, et que 
les bénédictins de Saint-Père, hors d'état de rentrer en 
possession de leur bien, ont sans doute transigé, on ne sait 
quand, et ont eux-mêmes alloué aux huguenots un terrain 
sur lequel ils ont bâti un temple. Puis, lorsque la commu- 
nauté protestante disparut, tout naturellement, temple et 
terrain seraient revenus à leur légitime propriétaire. Mais ce 
n'est là qu'une hypothèse. 

En réalité, nous ne savons pas combien de temps le 
groupe de huguenots de Germignonville conserva quelque 
importance. Rien de plus obscur que l'histoire de l'Église de 
S anche ville et de ses diverses annexes. L,es documents du 
xvi e siècle, et en particulier les actes des Synodes, n'en 
parlent pas. Importante au début, elle semble se fondre peu 
à peu. Au xvn e siècle, il n'est pas question de Germignon- 
ville, et l'Église de Sancheville, dès le début, a perdu son 
autonomie. 

Quand Bazoches-en-Dunois sera séparé de Châteaudun, 

(1) Ce prieuré dépendait de l'abbave de Saint-Père. 

(2) Au milieu dv xviiî" siècle. 

(3) Bordas. II, 86. 



EES EGLISES DE JANVIEEE ET DES ENVIRONS 203 

Sancheville et Genonville, Denonville même, lui seront 
adjoints, et en formeront les quartiers. Ces quartiers 
(celui de Genonville disparaîtra bientôt) tiendront à con- 
server une certaine autonomie ; ils la réclament parfois avec 
une véhémence qui va troubler les échos des Synodes. Il 
y a là le souvenir d'une indépendance qui a pris fin, et sans 
cet état d'âme, sans la considération où la vénérable 
assemblée le tient, nous ne saurions même pas s'il y a eu 
un Consistoire à Sancheville. 

Voilà donc une grosse Église dont il n'est plus resté que 
des débris. Cette Église, évidemment, était pauvre; elle le 
clamera plus tard, même lorsqu'elle aura l'appoint de 
Bazoches, sans parler de celui de Denonville. Si elle a été 
pauvre, si pour sauvegarder son existence, il a fallu créer 
une circonscription immense, dont manifestement la des- 
serte dépassait la capacité d'un homme seul, c'est que, hors 
d'état de donner un salaire à son pasteur, elle en a été 
privée, peut-être fort longtemps. De là le silence des docu- 
ments. Ils ne mentionnent pas de pasteur, parce qu'il n'y 
en avait pas, du moins pas habituellement. 

Privé de pasteur, ce troupeau était condamné à se dis- 
perser, à se dissoudre. Lentement, l'Église catholique a 
reconquis ces abandonnés, et le nombre en était déjà fort 
réduit quand la réorganisation a eu lieu. Il est évident que 
cette déliquescence n'a pas agi avec uniformité. Tels 
groupes ont eu plus de force de résistance que tels autres. 
Mais il est indéniable que le total a beaucoup baissé. Hypo- 
thèse pour hypothèse, celle-ci a l'avantage de tout expli- 
quer. Nous la donnons pour ce qu'elle vaut. 



CHAPITRE XIII 
vue d'ensemble sur la période 1559-1598 

De tout ce que nous venons de raconter, on aura peut- 
être emporté une impression confuse. On en accusera notre 
plan, cette suite de monographies d'Églises, que nous avons 
conduites l'une après l'autre, à travers les mêmes événe- 
ments. Aussi bien, ce n'est pas l'ensemble de ces événements, 
ni leur succession, que nous avions l'intention d'évoquer. 
Comme le département d'Eure-et-Loir n'est, reporté au 
xvi e siècle, qu'un cadre purement idéal, nous ne pouvions 
grouper en un tout les événements dont ce coin de terre a 
été le théâtre. D'ailleurs, ces événements eux-mêmes ont été 
souvent très confus et très divers. La situation des protes- 
tants et leur histoire, autant du moins qu'on arrive à les 
connaître, ont énormément varié d'une localité à l'autre, et 
d'une époque à l'autre. Ce phénomène tient d'une part au 
trouble et à l'incertitude qui régnent alors dans toute la 
France, d'autre part aux circonstances purement locales. 

Faisant abstraction des fluctuations de détail, essayons 
de suivre la marche générale du protestantisme dans notre 
région, depuis qu'il a commencé à s'organiser, jusqu'au 
moment où l'Édit de Nantes est venu sanctionner cette 
organisation. 

Au début, il y a une grande effervescence, un grand 
trouble, des manifestations multipliées. Les plus décidés, 
parmi ceux qui ont embrassé les idées nouvelles, consti- 
tuent partout des Églises, tiennent partout des assemblées. 



vue d'ensemble sur la période 1559-1598 205 

Biles sont nombreuses et très fréquentées. Ceux qui y assis- 
tent peuvent se diviser en trois catégories : les décidés et 
les militants, qui se rallient franchement et complètement ; 
les prudents et les hésitants, sympathiques aux idées nou- 
velles, mais répugnant à se détacher de l'Église ou redou- 
tant les conséquences d'une franche rupture avec elle; enfin 
les curieux, auxquels s'ajoutent tous ceux qui, après coup, 
essaieront de se faire passer pour de simples curieux. 

Les deux dernières catégories ont tendu constamment à 
diminuer, à disparaître même, soit ou profit de la première, 
soit au profit de l'Église catholique. De là vient que l'im- 
pression unanime des contemporains est celle d'un mou- 
vement général, atteignant presque toutes les localités, 
toutes les classes de la société, à commencer par les classes 
dirigeantes (noblesse, bourgeoisie, clergé même), alors 
qu'invariablement, plus tard, quand les Églises seront cons- 
tituées, quand on pourra se faire quelque idée de leur fonc- 
tionnement, on sera surpris du petit nombre de leurs 
membres. Ici, d'ailleurs, il faut se garder d'une illusion 
d'optique : de ce qu'il y a eu des protestants partout (ou 
peu s'en faut), il ne faudrait pas conclure qu'ils ont été 
nombreux partout, ni surtout qu'ils ont été en majorité 
partout. Ils n'ont constitué la plus grande partie de la popu- 
lation que dans un très petit nombre de bourgs ou de vil- 
lages. 

D'une manière générale, et sauf de rares exceptions où la 
politique avait sa part, les Églises protestantes sont en 
croissance jusqu'à la Saint-Barthélémy. Il y a très peu de 
défections (citons celle de Minières, qui combat sous 
Condé en 1562, et lui dispute Chartres en 1568). Biles ne se 
signalent pas par des abjurations, parce que la ligne de 
démarcation entre les deux cultes n'est pas encore assez 
nette pour nécessiter cet acte solennel. Le premier formu- 
laire officiel d'abjuration, croyons-nous, date de 1572 (1). 
Les premières guerres de religion ne semblent donc pas 

(1) I,a librairie Durel en a mis un exemplaire en vente en mars 1909. 



20Ô LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

avoir eu pour effet, du moins dans notre région, d'arrêter 
l'extension du protestantisme. Le clergé se plaint encore 
vers 1569 des progrès de l'hérésie. Peut-être la neutralité, 
fort bienveillante — et plus que bienveillante — aux nova- 
teurs, de l'évêque Charles Guillard n'est-elle pas absolu- 
ment étrangère à ce fait; non que son attitude ait directe- 
ment encouragé le prosélytisme, mais simplement qu'elle 
n'y ait opposé aucun obstacle. 

Après 1572, on constate un arrêt positif, qui devient 
bientôt, semble-t-il, un recul accentué. Il ne faudrait pas 
attribuer ce fait au massacre lui-même, sauf dans le Perche, 
la seule région où les victimes paraissent avoir été nom- 
breuses. Tout naturellement, vers ces années-là, on arri- 
vait au haut de la courbe ascendante. L'enthousiasme de la 
première heure baissait, tandis que par contre les difficultés 
se multipliaient. Tout nous dit, en effet, que la desserte de 
la plupart des Églises réformées de notre région n'était 
assurée, souvent, que d'une manière fort précaire. De 
grandes Églises comme celle de Chartres sont restées pen- 
dant quarante ans et plus privées de titulaire, et se sont 
littéralement émiettées durant de telles vacances. Là même 
où il y avait un ministre, comme à Dreux ou à Château- 
dun, et où, comme dans cette dernière Église, la situation de 
ce ministre n'était pas trop difficile, la vaste étendue de la 
circonscription et la dispersion des fidèles était, comme 
aujourd'hui d'ailleurs, une cause de faiblesse et de déper- 
dition d'énergie. 

Quand sont arrivées les guerres de la Ligue, qui de 1587 à 
1593 ont ensanglanté la contrée, décidément, la situation 
des Églises est devenue bien précaire. Déjà, en temps ordi- 
naire, il était fort malaisé à un pasteur de desservir plu- 
sieurs groupements, plusieurs Consistoires très éloignés les 
uns des autres. On se figure ce qui en était en temps de 
trouble. Disons tout de suite que la situation ne s'est nul- 
lement améliorée pendant la période suivante. Jamais le 
corps pastoral n'a été au complet, et les Églises ont continué 
à se fondre spontanément, avant même que les mesures de 



vue d'ensemble sur la période 1559- 1598 207 

rigueur du pouvoir royal et du clergé ne soient venues 
accentuer cette décadence. 

Est-il possible de risquer une statistique du protestan- 
tisme dans notre région, au moment de sa plus grande 
extension? Essayons-le, avec les éléments d'appréciation 
dont nous disposons. Et d'abord, combien y a-t-il d'Églises 
constituées vers cette époque? Une quinzaine (1), non com- 
pris les petites Églises de fief, dont il est impossible de relever 
le nombre exact, tout seigneur ayant dans son château un 
oratoire où se réunissaient les huguenots des environs. 
Chacune de ces Églises avait plusieurs annexes, plus ou 
moins intermittentes; chacune comprenait de nombreux 
petits groupes d'adeptes et des isolés. Il est malaisé de 
mesurer la densité relative de cette population protestante. 
Il semble qu'elle ait atteint son maximum de densité dans 
le bailliage de Dreux et entre J an ville et Châteaudun, 
peut-être son maximum de dissémination dans le Perche, 
en raison de l'habitat spécial de cette contrée. 

Quel a pu être le nombre total de ces protestants? Les 
renseignements que nous avons sur l'Église de Dreux nous 
ont amené à lui attribuer un millier d'adeptes au moins. 
L'Église de Chartres a dû en avoir au moins huit cents, 
puisque, en 1567, elle renfermait cent cinquante hommes en 
état de porter les armes; dans le Dunois, on arrive à neuf 
cents. Il est impossible de supposer moins de trois 
cents âmes, l'un dans l'autre, à chacune des onze ou douze 
autres Églises, ce chiffre ayant été reconnu, dès l'ori- 
gine, le minimum au-dessous duquel l'organisation et le 
fonctionnement du Consistoire, le paiement du pasteur au 
moyen des souscriptions des fidèles n'étaient pas possibles. 
Il est certain que, du moins vers 1570, plusieurs de ces 
Églises ont dû notablement dépasser ce quorum, et il 
y avait encore les petites Églises de fief, non comprises dans 
ce total. On est conduit ainsi à considérer un chiffre de 



(1) Chartres, Gallardon, Le Chêne, Dreux, Brezolles, Châteauneuf, La Ferté-Vidame, 
Authon, Nogent-le-Rotrou, Dangeau, Châteaudun-Bazoches-en-Dunois, Janville, Ger- 
mignonville-Sancheville 



208 I,ES ÉGUSES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

six à huit mille âmes comme assez plausible. Nous n'y 
avons pas compris les protestants secrets et les demi-pro- 
testants. 

Comme nous l'avons dit, les pasteurs appelés à desservir 
ces Églises de notre région, tant « plantées et dressées » que 
plus ou moins rudimentaires Églises de fief, ont toujours 
été en nombre très restreint, très insuffisant. Encore som- 
mes-nous loin de les connaître tous, autrement que de nom. 
Et il peut sembler téméraire de porter sur eux un jugement, 
dans de telles conjonctures. Bornons-nous à ce que nous 
savons. Si l'on se souvient que le mouvement de la Réforme 
a commencé, dans nos parages, dans les classes dirigeantes, 
on ne sera pas surpris de constater que parmi les ministres 
dont le souvenir a pu être évoqué, une grosse proportion 
appartient aux classes aisées ou même à la noblesse (comme 
Michel de Montescot, qui, du reste, était un Cadet). Ils ont 
des terres, comme Gravelle, le pasteur de Dreux, comme 
Michel Grosteste, seigneur des Moulins, comme le sieur 
de L/umeau et d'autres encore. Sans doute Hugues Renard, 
dit Saint-Martin, qui après son départ de Chartres s'établit 
dans le manoir du Chêne, n'était, pas plus que les autres, 
un homme tout à fait dénué de ressources, bien qu'il ne faille 
pas exagérer le chiffre de celles-ci, domaines modestes dont 
le revenu n'avait rien de fastueux. 

Dès l'origine, des contributions volontaires, fournies par 
les fidèles de chaque Église, assuraient au ministre un trai- 
tement variable suivant les localités, et qui, puisqu'il faut 
appliquer à notre région et à cette époque une constatation 
que l'on a faite ailleurs et en d'autres temps, n'a pas été 
payée toujours avec une entière régularité. 

Nous n'avons pas à insister ici sur les garanties exigées 
de ce corps pastoral, au point de vue de la capacité et de la 
moralité. Dans une organisation absolument démocratique, 
ou le droit, pour les fidèles, de choisir leur chef spirituel 
était imprescriptible, où la discipline exercée par les Synodes 
était des plus sévères, le recrutement était forcément bon. 
Il était d'ailleurs très divers. Tandis, par exemple, que le 



vue d'ensemble sur i,a période 1559- 1598 209 

premier pasteur de Chartres, Barthélémy Causse, avait 
exercé ses fonctions dans le Pays de Vaud, et avait sans 
doute pris ses grades dans l'Académie de Lausanne, d'autres, 
ainsi Montescot, Grosteste, Gravelle, I^umeau étaient sim- 
plement des gens du pays, dans le sens le plus restreint du 
mot. 

Iya durée du ministère d'un pasteur dans la même Église 
était, elle aussi, très variable. Alors que tel, comme Berger, 
Gravelle, Grosteste, Vian, reste dans le même poste pen- 
dant toute la période qui nous occupe, tel autre (à part les 
éclipses provoquées par la Saint-Barthélémy) semble ne 
faire de notre région qu'une antichambre pour parvenir à 
Paris, à Rouen. L,e prompt accès de ces hommes dans la 
capitale ou dans des postes très importants est un sérieux 
indice de leur valeur. Du reste, nous avons eu l'occasion 
de dire que, parmi les ministres du pays, il y a eu des écri- 
vains, des théologiens de valeur. 

Quant à leur valeur morale, à leur zèle professionnel ou 
religieux, nous savons qu'ils ont été grands. Ces hommes ont 
été fidèles (1) ; ils se sont laissé dépouiller, emprisonner, 
proscrire, menacer. Ils ont déployé, en dépit de difficultés 
dont on a peine à se figurer toute l'ampleur, une activité 
très grande et très courageuse, qui transparaît souvent à 
travers le voile d'obscurité où leur histoire est plongée. En 
somme, le peu que nous savons d'eux permet de porter un 
jugement favorable. Aucun n'a encouru les sévérités du 
Synode. Aucun n'a été signalé comme indigne (2). On ne 
parle que d'un ministre errant, dans la région, pendant 
toute cstte période; si une étrange similitude de nom n'a 
pas prêté à une confusion, il a dû, comme nous l'avons dit, 
trouver un asile temporaire chez le vidame de Chartres, 
pendant l'été 1562. 

Dans quelle mesure le zèle des pasteurs a-t-il été récom- 



(1) Berger a reçu, comme nous l'avons vu, des témoignages d'approbation exception- 
nels. 

(2) Siméon Duplessis, déposé en 1567, venait « quelquefois» dans la localité que nous 
avons identifiée avec Saint- Ange. Il ne semble pas avoir été pasteur régulier. 

14 



210 LES ÉGLISES JUSQU'A l'ÉDIT DE NANTES , 

pensé? Quels ont été l'intensité et le caractère de la vie reli- 
gieuse dans les Églises? Il est très difficile de s'en rendre 
compte. Les documents, déjà fort insuffisants et fort incom- 
plets, que nous possédons, ne nous renseignent presque 
jamais que sur la vie tout extérieure. Ils ne nous font pas 
pénétrer dans les temples, les lieux d'assemblée, les salles 
de Consistoire. Il est très rare que la piété de quelque fidèle 
ou l'activité de quelque ancien se dessine en traits précis. Ce 
que nous savons d'une Église ne s'applique pas nécessaire- 
ment à ses voisines, car si la discipline était la même pour 
toutes, en revanche, elles jouissaient d'une large initiative 
pour toutes les questions d'organisation locale. Le nombre 
des anciens du Consistoire, le nombre des diacres, la durée 
de leur mandat, tout cela était laissé à l'appréciation des 
Églises. A Chartres, le Consistoire paraît s'être composé, à 
l'origine, d'une douzaine de membres; ailleurs, il semble 
qu'il n'y en ait eu que cinq ou six au plus, et que ce mini- 
mum soit devenu, comme de nos jours, la norme. Les 
dépositions de témoins qui nous renseignent sur les Con- 
sistoires de Gallardon et du Chêne, vers 1565, accusent un 
exercice régulier des fonctions administratives, financières, 
disciplinaires des anciens. Comme ces Églises avaient été 
créées, en somme, et que l'une d'elles était dirigée par 
Hugues Renard, l'ancien pasteur de Chartres, il n'est nul- 
lement téméraire de penser qu'il avait simplement intro- 
duit ici les traditions qui s'étaient déjà formées là. 

L'absence de registres de délibérations du Consistoire, 
même là où les registres d'actes pastoraux étaient soigneu- 
sement tenus, comme à Châteaudun, ne prouve nullement 
que le Consistoire administrait l'Église avec négligence. 
D'une part, en effet, le Consistoire rendait compte de son 
administration à l'assemblée des chefs de famille, et les rap- 
ports, écrits sur des feuilles détachées, étaient susceptibles 
de s'égarer facilement; d'autre part, ce même Consistoire 
exerçait sur les mœurs des membres du troupeau une censure 
sévère; les admonestations à huis clos et les confidences, 
souvent humiliantes, qui résultaient de cette prérogative, 



vue d'ensemble sur la période 1559-1598 211 

interdisaient, plutôt qu'elles ne le supposaient, l'existence 
de registres, où la postérité pût trouver, fixées à jamais, les 
secrètes faiblesses et les écarts momentanés des honnêtes 
gens. 

Que tous les huguenots de cette première génération 
aient été des fervents et des convaincus, il n'y a pas lieu 
d'en être surpris, puisque les tièdes et les timides, ou res- 
taient catholiques, tout au moins en apparence, ou le rede- 
venaient, ce qui était plus rare, comme nous l'avons dit. 
Iva noblesse, qui avait amplement donné dans le mouve- 
ment de la Réforme, s'est montrée en général très hardie et 
très militante, au sens propre; elle s'est souvenue qu'elle 
portait l'épée, et elle n'a pas* toujours craint de la tirer du 
fourreau. C'était conforme à sa mentalité, à son rôle dans 
la société d'alors, conforme aussi, parfois, à ses aspirations 
ou à ses intérêts. On a beaucoup dit que dans notre région 
tous les nobles qui avaient embrassé la Réforme étaient des 
cadets de famille, qui n'avaient rien à perdre, et tout à 
gagner à une révolution. Ce jugement ne me paraît pas 
justifié, si on lui donne une forme aussi absolue. Je ne dis 
pas que le fait n'ait pu se produire, mais il semble être plu- 
tôt l'exception que la règle. On fait trop bon marché, en 
vérité, des besoins de la conscience. Et puis, le fait même que 
l'on invoque est-il exact? Y a-t-il eu, dans la noblesse de 
notre région, deux partis, dont l'un aurait compris les 
aînés, les héritiers, les conservateurs par droit de naissance 
et par intérêt, les satisfaits auxquels il suffit d'avoir du pain 
sur la planche, et puis les autres, les cadets, les déshérités, 
les aigris, les mécontents? Qui donc oserait l'affirmer? Il 
y a eu des familles entières qui ont passé à la Réforme : les 
Bourneville, les Cherville, les Dangeau, les Dampierre, les 
Maligny, les Téligny, et tant d'autres. Ou, si elles ont été 
divisées, comme c'était si souvent le cas, le partage ne s'est 
pas fait comme on l'a dit, ni pour les raisons que l'on a 
mises en avant. 

Certes, il y a des seigneurs qui, après un premier engoue- 
ment, sont revenus en arrière, soit qu'ils se fussent avancés 



212 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

à la légère, soit qu'ils eussent éprouvé des déceptions, soit 
que leur intérêt les eût poussé. Avant de prononcer une 
sentence générale et sommaire, il faudrait scruter les 
mobiles de chacun, et apprécier la situation de chacun. 
Devant l'insurmontable difficulté de cette tâche, le plus sûr 
est de réserver son jugement, et de ne pas prendre pour 
parole d'évangile toutes les insinuations malveillantes des 
adversaires. 

L,a noblesse huguenote de notre région a donc pris les 
armes pendant les guerres de religion ; elle a versé son sang 
pour la cause qu'elle avait embrassée; elle a subi des pil- 
lages, des confiscations, des pertes de tout genre ; et au bout 
de trente ans et plus de ce régime, elle est demeurée en 
masse attachée aux Églises qu'elle avait contribué à fon- 
der. Ce n'est pas là le fait de déclassés et de brouillons, en 
quête d'une révolution sociale. 

Parmi les combattants, levés au cours des guerres de 
religion, il y avait aussi des roturiers, en vertu de l'organisa- 
tion militaire qui astreignait, en principe, chaque Église à 
fournir une compagnie, chaque Colloque à constituer un 
régiment, chaque Province synodale à rassembler un corps 
d'armée. Dans la pratique, ce système de milice n'a jamais 
reçu, et ne pouvait recevoir d'application complète. Dans 
certains endroits, comme à Chartres, la bonne volonté n'a 
abouti qu'à une mascarade. Ailleurs, on n'a rien fait du 
tout, on ne pouvait rien faire, et on ne se souciait peut-être 
pas de faire quelque chose, du moment que l'intérêt parti- 
culier n'était pas engagé. Du reste, dès la seconde ou la 
troisième guerre de religion, l'institution ne fonctionne plus 
tout à fait régulièrement, et des régiments de profession- 
nels tendent à se substituer aux levées obligatoires, au 
grand dommage de la discipline. 

Autant qu'on peut en juger, il semble que les Églises du 
Dunois, peut-être celles du Perche, aient fourni des contin- 
gents réguliers, et que partout ailleurs, il n'y aient eu que des 
enrôlements isolés. Pendant les guerres de la Ligue, il n'est 
plus question du tout des compagnies d'Églises. 



vue d'ensemble sur la période 1559- 1598 213 

La bourgeoisie huguenote, composée de magistrats, de 
gens de robe, de fonctionnaires, de négociants cossus, semble 
en général s'être abstenue d'entrer dans la lice. Sa situation 
lui offrait, d'ailleurs, d'autres moyens d'affirmer ses con- 
victions. Magistrat, on s'interposait, discrètement, entre les 
fureurs populaires et ces accusés, coupables exclusivement 
d'avoir été ailleurs qu'à la messe. On mettait son savoir, 
son jugement, sa fortune, s'il le fallait, au service de 
l'Église ; on siégeait dans les Consistoires, les Colloques, les 
Synodes, et on y prenait son rôle au sérieux. 

Ceux que les circonstances n'appelaient pas à être des 
militants se bornèrent à être des fidèles ; avec une douce 
constance, ils se rendaient aux assemblées interdites, ils 
détenaient les livres interdits. Pour beaucoup, c'est à cela 
que se bornaient les actes d'hostilité contre la religion 
dominante. D'autres se livraient à des manifestations 
moins innocentes, qu'il ne faudrait cependant pas prendre 
au tragique, de parti pris, en ce temps où elles avaient tant 
d'excuses. D'ailleurs, l'attitude du peuple huguenot a beau- 
coup varié d'un lieu à l'autre, dans la contrée que nous 
envisageons. I^e tempérament de la race a joué là un très 
grand rôle, tantôt aggravé, tantôt atténué par les circons- 
tances locales. 

C'est dans le Perche, et en particulier à Nogent-le-Rotrou, 
que la population protestante a été le plus turbulente ; elle 
semble là, véritablement, avoir pris, dans son zèle contre ce 
qu'elle appelait de l'a idolâtrie», de fâcheuses initiatives, 
qu'elle a payées bien cher ! Ensuite, se placent les hugue- 
nots de Châteaudun; mais ils ne semblent pas poussés par 
la passion. C'est presque exclusivement pendant la seconde 
guerre de religion qu'ils s'agitent, et peut-on bien dire qu'ils 
s'agitent? Placés à 3 lieues des cantonnements de Coligny, 
ils ont tout l'air de se livrer à des opérations militaires 
méthodiques, à la destruction des églises, représailles ordi- 
naires des persécutés de ce temps. Quand, à Germignon- 
ville, on accueille peu courtoisement le curé, venu pour 
remplir les devoirs de sa charge, il faut voir dans les menaces 



214 LES ÉGLISES JUSQU'A i/ÉDIT DE NANTES 

de sourdes rancunes, que la grossièreté rurale traduit en vio- 
lences. Ailleurs, les protestants se laissent persécuter sans 
résister beaucoup, ou bien, coftime à Dangeau et à Bazoches, 
ils sont en bons termes avec la population catholique. 

Sur ce dernier point — les rapports entre les deux 
cultes — il est très malaisé de porter un jugement d'en- 
semble : d'abord, parce que beaucoup de conjonctures 
nous échappent, ensuite, parce que l'attitude respective 
des deux partis a beaucoup varié d'un lieu à l'autre et d'une 
époque à l'autre. Beaucoup d'assemblées ont été attaquées 
au début, et le clergé était souvent en tête des assaillants ; 
d'autre part, l'opinion dominante dans la magistrature 
chartraine sous Charles IX et les sympathies de l'évêque 
Charles Guillard ont atténué bien des heurts. Pour la Saint- 
Barthélémy, nous sommes en pleine incertitude. Tout nous 
dit qu'elle a gravement atteint les Églises du Perche, qu'elle 
a sérieusement menacé, tout au moins, celles du Drouais, du 
Thimerais, de Châteaudun, et que Chartres n'a relative- 
ment échappé au massacre que par une heureuse méprise. 
Pour quelques petites Églises, il paraît certain que le calme 
a continué à régner. Pour d'autres, nous ne savons rien. 

Le clergé a été impitoyable aux environs de Dreux, en 
1585, tandis qu'ailleurs, il semble n'avoir pas sévi. Quant à 
la période qui commence en 1589, elle a été marquée, de 
part et d'autre, par des exactions sauvages, dans lesquelles 
la politique a sa très large part. Mais de ce que les catho- 
liques n'aient pas toujours massacré leurs frères séparés, il 
ne faudrait pas conclure du tout qu'ils les eussent, en géné- 
ral, vus de bon œil; ce ne serait conforme, ni aux idées du 
temps, ni à l'éternelle psychologie des foules. Comme il fal- 
lait bien vivre côte à côte, on se supportait tant bien que 
mal, jusqu'au jour où les haines accumulées trouvaient 
l'occasion de se traduire en paroles grossières, en rixes, ou 
en pis que cela. Triste temps, heureusement p'assé ! 

Iv'Édit de Nantes trouva donc dans notre région un pro- 
testantisme diminué, ayant perdu depuis longtemps, et 
définitivement, sa force d'ascension, et qui ne cessera dès 



vue d'ensemble sur la période 1559-1598 215 

lors de décroître. Mais un protestantisme vivace quand 
même, et qui saura se maintenir. Il y aura moins d'Églises, 
mais elles se défendront longtemps contre la ruine. Pendant 
la période de paix qui va s'ouvrir maintenant pour elles, 
elles vont mener une vie tranquille, dont des documents 
moins rares — actes des Synodes, registres consistoriaux — 
nous permettront de suivre la trace, un peu moins difficile- 
ment que nous ne l'avons fait jusqu'à présent. Ce n'est pas 
que l'Édit de Nantes ait apporté à l'existence de chaque 
Église un changement immédiat, bien visible : ce traité de 
paix, destiné surtout à prévenir le retour des luttes fratri- 
cides, en cantonnant chaque parti sur ses positions, ne pou- 
vait, par sa nature même, modifier le statu quo. Les Églises 
prospères en 1596 et 1597 le sont restées, les autres ont con- 
tinué à végéter ou à se dissoudre ; leur situation s'est affer- 
mie, voilà tout, et elles ont pu vivre au grand jour. Et 
c'était là, pour elles, un très grand point. 



DEUXIEME PARTIE 

LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

(1598-1685) 



Lorsque l'Édit de Nantes eut ramené la paix dans la 
France épuisée, le premier soin des Églises réformées fut 
d'établir un bilan de leur situation. Le Synode de Montpel- 
lier, qui se réunit en mai 1598, aussitôt après la procla- 
mation de l'Édit, constata l'existence de sept cent soixante 
Églises. On était loin des deux mille cent cinquante de 1562 ; 
et s'il faut admettre que ce chiffre considérable était celui des 
groupes de protestants, bien plus que celui des Églises cons- 
tituées, il n'en est pas moins vrai qu'un nombre assez élevé 
de celles-ci avait disparu dans la tourmente. Le fait est 
particulièrement sensible dans notre région, où les agglo- 
mérations de réformés n'ont jamais été très grosses ni très 
denses. Les Églises dont nous avons à raconter maintenant 
l'histoire seront donc moins nombreuses que celles de la 
période précédente. Biles sont aussi moins importantes, et 
Ton verra que leur existence n'a pas toujours été facile. En 
particulier, elles n'ont jamais disposé d'un corps pastoral 
complet. 

Une fois la statistique des Églises établie, il s'agissait de 
régler les conditions de leur fonctionnement, tel que l'éta- 
blissait la législation nouvelle. Il fallait s'entendre d'abord 
sur le sens du mot : Église. Par suite de l'indécision dans 



2l8 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

laquelle on avait vécu, pendant les dernières années de la 
Ligue, plusieurs Églises atteignaient l'année décisive sans 
avoir d'organisation régulière. Biles existaient en fait, mais 
elles n'avaient pas de droits reconnus, ou bien, des difficul- 
tés de tout ordre empêchaient l'exercice de ces droits (i). 
On hésitait à former un Consistoire, à nommer un pasteur, 
là où l'on n'était pas assuré de jouir d'une situation stable. 
En somme, l'Édit de Nantes visait l'exercice du culte, et non 
son organisation. Il s'agissait de savoir si les huguenots 
avaient, ou non, le droit de s'assembler dans tel ou tel en- 
droit, et non par quels moyens, conformes à leur discipline 
intérieure, ils se mettraient en mesure d'exercer ce droit. 
Une Église « dressée » comprenait souvent (et c'était même 
toujours le cas dans notre région) plusieurs lieux d'exercice, 
et, au gré des Colloques et des Synodes, les circonscriptions 
de ces Églises étaient modifiées. 

Bref, les droits des Églises étaient assez confus, et l'on se 
préoccupa d'abord de les débrouiller. Il fallut ensuite en 
régler l'application. En 1600, les commissaires chargés de 
ce soin établissent une quantité de distinctions et de restric- 
tions au droit d'exercice. Il y a des lieux où ce droit est illi- 
mité; il en est d'autres où des règlements sur les sujets les 
plus divers le restreignent : lieux, bâtiments, cloches, 
acquêts, etc. (2). On limite le nombre des assistants; on 
limite leur provenance; on va jusqu'à limiter le nombre 
des étrangers auxquels il est permis d'assister aux assem- 
blées. Ailleurs, ou réglementera les actes du culte eux- 
mêmes : ici, rien ne les entravera, là, on ne permettra que 
les prières, le chant des psaumes, sans l'intervention du 
ministre. Ailleurs encore, on ne permettra au ministre que 
quatre apparitions par an, pour la célébration de la Sainte- 
Cène. Ce n'était pas là, comme on pourrait le croire, de 
vaines chicanes, mais, de la part des commissaires, le 
louable désir de ne donner prise à aucune indécision. Ce 



(1) E. Benoit. Histoire de l'Êdit de Nantes, I, 258 ss. 

(2) là. I, 363. 



LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 2IÇ 

n'est que dans la suite que l'on s'est servi, pour molester les 
huguenots, de cette sévère minutie dans l'application de 
l'Édit. Il faut donc se garder de généraliser, pendant les 
soixante premières années. 

Que les droits des réformés aient toujours été scrupuleu- 
sement observés pendant cette période, c'est ce qu'on ne 
saurait affirmer. Il y a eu des frottements ; des droits posi- 
tifs ont été méconnus, ou, reconnus en principe, n'ont pu 
s'exercer en fait. La liste est longue des lieux d'exercice qui, 
en 1637 encore, n'étaient accordés qu'en théorie ; sans par- 
ler des places de sûreté, que la politique de Richelieu avait 
enlevées aux protestants. Mais d'une manière générale, la 
loi ne subit pas trop d'entorses. 

Il en sera tout autrement à partir de 1660. On commen- 
cera par contester les titres des Églises. La plupart d'entre 
elles, en effet, n'ont été constituées que par des conventions 
verbales, dans les Synodes, la possession d'état des lieux 
d'exercice, facile à constater à l'origine, suffisant à prouver 
leur légitimité. Attaquées sans cesse dans leurs intérêts 
vitaux, les Églises sont contraintes de se défendre. Biles 
usent, à ce jeu, leurs modestes ressources, sans être tou- 
jours bien placées pour faire triompher leurs droits. 

Alors le Synode de Loudun (1) (1659 à 1660) décide de 
confier à un agent attitré la défense de toutes les Églises. 
Loride des Galesnières (2) est particulièrement bien placé 
pour remplir cette mission. Il est avocat au Conseil privé 
de Sa Majesté, avocat au Conseil d'État, avocat au Parle- 
ment de Paris. Il a de hautes relations et une haute com- 
pétence. Bien volontiers, il accepte ce mandat des Églises. 
Et c'est entre elles et lui un assaut de générosité. Il ne veut 
accepter aucune indemnité, quelles que soient et les affaires, 
et les juridictions; les Églises lui offrent 3.000 livres par an, à 
condition que les frais de correspondance demeureront à sa 
charge. Les Provinces se cotiseront pour parfaire cette 



(1) I,e dernier, comme on sait, que Louis XIV ait autorisé. 

(2) Il demeurait à Paris, rue des Anglais. 



220 LES ÉGLISES SOUS l'ÉDIT DE NANTES 

somme; ainsi, le Synode de l'Ile-de-France contribuera pour 
350 livres, celui du Berry pour 100. Chaque année, Loride 
rendra compte à toutes les Provinces des affaires qui les 
concernent ; à cet effet, il écrira des lettres à Tune des prin- 
cipales Églises de chaque circonscription. Loride proteste : 
si les Provinces ne veulent pas donner 3.000 livres, il se 
contentera de la moitié. On lui fait une douce violence, et 
les 3.000 livres sont votées. Comme on le verra, les bons 
offices de Loride des Galesnières eurent à s'exercer dans 
notre région. 

De 1661 à la catastrophe de 1685, on s'avise d'appliquer 
l'Édit de Nantes « à la rigueur », c'est-à-dire de tourner 
contre les réformés toute les mesures prises en leur faveur. 
Puis ce sont des restrictions arbitraires, des mesures de 
plus en plus violentes, qui font pressentir le funeste acte de 
Révocation. 

Pour chacune des Églises de notre région, nous allons 
suivre cette histoire de l'Édit de Nantes, dans ses deux 
périodes, celle où on l'applique, celle où on ne songe qu'à 
le déchirer, pour en arriver à le supprimer. 



CHAPITRE XIV 

i/ÉGUSE DE CHARTRES, RECUEIUJE AU PONT-TRANCHEFÊTU. 

HISTOIRE 

I. De 1598 à 163 1. — Telle la fin des troubles avait 
laissé l'Église de Chartres, telle le régime de l'Édit de Nantes 
la trouva. Nous avons dit qu'elle avait été réduite à l'état 
le plus précaire par une vacance qui se prolongea pendant 
près d'un demi-siècle. Aussi ne faut-il pas être surpris de 
voir les protestants chartrains attendre vainement, pen- 
dant cinq ans, la manne promise par l'Édit. L/Église devait 
être bien désorganisée, car le Colloque de Beauce, qui 
donna, pendant ces quelques années, des preuves convain- 
cantes de son activité, s'occupe, ou du moins paraît s'oc- 
cuper de tout autre chose que d'assurer aux huguenots 
chartrains le lieu d'exercice et le lieu de suprême repos 
auxquels ils ont droit (1). On le voit s'attaquer, avec quelque 
âpreté, à des questions plus hautes. En 1601, « les frères 
du Colloque de Beauce» sont censurés par le Synode 
national de Jargeau, pour avoir parlé « avec moins de res- 
pect qu'ils ne doivent» d'une décision du Synode provin- 
cial de Montpellier, qui ratifiait un mariage incestueux (2) . 
Vertueuse pudeur, que nous ne reprocherons pas, rétros- 



ÇT ( 1 ) En 1 600, « Paul du Valmorin, escuier, sieur de Boinville », demeurant à Mérobert (près 
de Saint-Gcorges-sur-Eure) est condamné pour avoir fait enterrer un de ses enfants dans 
l'église de Saint-Georges. (Bull, du Prot. 1898, 523). I, 'arrêt ordonne de concéder des cime- 
tières aux religionnaires; il ne parle par d'exhumations. 
(2) Aymon, Synodes, I, 250. 



222 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

pectivement, à ces braves gens, dût l'expression de leur 
ressentiment avoir paru excessive, même à une époque où 
la verdeur du langage n'était point contraire aux coutumes. 

Quoi qu'il en soit, l'Église de Chartres n'a personne pour 
prendre ses affaires en mains. En 1603, elle ne figure pas sur 
la liste des Églises pourvues d'un pasteur, et, si nous ne 
savons pas au juste quand cette situation prit fin, tout 
démontre cependant qu'elle s'est prolongée encore pendant 
plus d'un an, peut-être pendant plusieurs années. Aussi, en 
l'absence de tout représentant attitré, ne faut-il pas s'éton- 
ner de voir les protestants chartrains revendiquer eux- 
mêmes leurs droits, avec un peu de tumulte, comme il 
convient aux foules. Dès le début de l'an 1603, raconte Pin- 
tard (1), ils réclament au Conseil du Roy l'enlèvement d'une 
image, jugée injurieuse pour eux, qui se trouvait « dans la 
chapelle au rond-point de l'église Saint- André ». Cette 
œuvre d'art représentait la Sainte Vierge, tenant de la 
main gauche son fils, et de la droite étendant son manteau, 
« sous lequel étoient à couvert des Prêtres, des Religieux 
et des séculiers hommes et femmes à genoux, contre les- 
quels un bataillon de gens armés paraissaient tirer à coups 
de mousquet». Les demandeurs obtinrent gain de cause. 
Le sieur Mangot, maître des requêtes, se transporta sur les 
lieux, et « en sa présence fit ôter ces soldats ou gens armés ». 
Il est vrai, se hâte d'ajouter Pintard, qu' « ils ont été remis 
depuis », mais le principe était sauf. 

Enhardis par ce premier succès, nos huguenots se remet- 
tent en campagne vers Pâques (2), et, non sans quelque 
véhémence, vont réclamer au lieutenant général François 
Chouayne le temple et le cimetière dont on les leurre depuis 
cinq ans. « Il cuida y avoir rumeur », mais la prudence des 
officiers de justice y mit bon ordre, en faisant droit à une 
si juste requête. On assigna comme cimetière un terrain 
quadrangulaire, situé « au bout de la rue de la Bourdi- 



(1) Ms. 7/c 1012 de la Bibl. de Chartres, p. 547, et 1141, p. 447. 

(2) Pintard, loco citato. Souchet, IV, 317. 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 223 

nière» (i), à côté de l'emplacement de la salle Sainte-Foy 
actuelle, lieu bien connu du Chartres qui banquette ou qui 
danse. C'est là qu'on a enterré les morts protestants jus- 
qu'au milieu du xvin e siècle (militaires de passage, pour 
cette époque-là) . Quant au temple, on en autorisa la construc- 
tion à Pont-Tranchefêtu, hameau situé à 9 kilomètres de 
Chartres, à cheval sur l'Eure, et dépendant des paroisses 
de Fontenay-sur-Bure et de Nogent-sur-Eure. 

C'est sur le territoire de ce dernier village que se trouvait 
le temple. Traversons le pont. Immédiatement à notre 
gauche, se trouvait la propriété du nommé Lepage; au 
delà, près de la rivière et du chemin qui se dirige vers 
Launay, pour atteindre Mons par un brusque crochet sur 
la droite, il y avait « une maison contenant ung creux (2) 
et une croupe doublée, avecq deux pettis creux servans 
d'estable, le tout couvert de chaume, cour et petit jardin 
d'environ une mynne de terre et herbage et bois taillis sur 
le fossé (3) le tout et ses tenans... juste des deux costé et 
d'un bout ledit Lepage et d'autre bout joignant le temple». 
On verra comment cette maison devint la possession du 
Consistoire de Chartres. Retenons seulement que le temple 
était au bout de l'enclos. Il était, nous apprend une autre 
pièce, perpendiculaire à la rivière, et adossé « à la rue dudit 
Pont-Tranchefêtu par derrière au fossé de l'eau morte vers 
Launay». L'emplacement est donc très facile à trouver. 

On ne prit pas la peine de bâtir. On se borna à acheter de 
Florissel Hazon une maison entourée d'un jardin (4). La 
construction devait être basse. En 1638, des soldats, can- 
tonnés dans le hameau, brisent les fenêtres du temple, 
pénètrent à l'intérieur et mettent tout à sac; en particulier, 



(1) Une partie de ce terrain provenait d"une donation faite au Consistoire par le sieur 
Dalvimare. On verra, à la fin de ce chapitre, jusqu'où l'enclos s'étendait. 

(2) Une pièce, une travée. L,e document cité se trouve à l'Hôtel-Dieu de Chartres. 

(3) Environ 24 ares; le « bois taillis sur le fossé » existe encore. Du pont, on aperçoit fort 
bien cet enclos, ainsi que celui où était le temple. Cette partie du Pont-Tranchefêtu formait 
alors une rue; aujourd'hui, le chemin n'est plus bordé d'aucune habitation. 

(4) Ce jardin fut sans doute converti en cimetière; les registres consistoriaux mention- 
nent constamment, en effet, des inhumations faites au cimetière de Pont-Tranchefêtu. 



224 WSS ÉGUSES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

ils détruisent le registre consistorial, ce que le pasteur, 
Philippe Scalberge, a soin de mentionner sur le registre 
suivant. A la vérité, Scalberge n'a pas été témoin de cet 
acte de vandalisme; c'est Breton qui le lui a raconté; 
d'autres prétendent que c'est le sieur Neveu qui a fait le 
coup, parce qu'il y avait, dans le registre, des actes qui ne 
lui faisaient pas honneur ; mais, plus tard, transcrivant de 
mémoire un acte de baptême du registre détruit, Scalberge 
en reviendra, avec plus de détails, sur la première version, 
qu'il avait tout lieu de considérer comme la bonne (i). 

Les satisfactions obtenues par les protestants de Chartres 
en 1603 n'avaient pas été du goût du clergé; aussi, pendant 
le carême de 1604, les prédicateurs de la ville tonnent 
contre les hérétiques avec une vigueur qui, pour s'être 
déployée ailleurs la même année (à Blois, à Orléans, à 
Angers, à Chalon-sur-Saône, à Mortagne), n'en fut pas 
moins tenue pour séditieuse par les victimes, et signalée 
au roi dans le cahier de plaintes qu'on lui adressa cette 
année-là. On se plaignait de l'indifférence des juges aux- 
quels on déférait ces excès. Le roi rit un accueil favorable 
à toutes ces requêtes, mais le clergé ne changea pas pour 
cela ses habitudes (2). 

D'ailleurs, non content de prêcher contre ses adversaires, 
le clergé s'efforce de leur faire une guerre plus efficace. Il 
s'oppose à la construction du temple de Pont-Tranchefêtu. 
L'affaire fut portée au Parlement qui, en 1604, trancha la 
question en faveur de l'Église de Chartres. Et voilà pourquoi, 
vers 1660, son existence ne fut pas contestée. 

Peut-être que, dès cette époque, l'Église de Chartres 
recommença à être régulièrement desservie. Ouinson, qui 
était connu comme pasteur à Favières, est désigné comme 



(1) I<es archives du Consistoire de Pont-Tranchefêtu sont dispersées en trois endroits : 

a) Aux Archives du département d'Eure-et-I,oir se trouve un dossier comprenant, sur- 
tout, des pièces administratives. 

b) A la Bibliothèque municipale de Chartres, le registre des délibérations et des actes 
pastoraux (cote 13 17). 

c) A l'Hôtel-Dieu de Chartres, une liasse (II, A 5) relative aux propriétés du Consistoire. 

(2) E. Benoît, Edit de Nantes, I, 412. 




y, 



u 



I/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFETU. — HISTOIRE 225 

« ministre de l'Église de Chartres» dans l'acte d'un baptême 
célébré par lui, à Châteaudun, le 24 novembre 1606. 

Vers la même époque, les Gallot installent un oratoire 
dans leur château de Beauvilliers, où nous avons vu qu'une 
petite colonie de huguenots existait depuis près d'un demi- 
siècle. Un autre oratoire s'ouvre encore en 1607 (1), lorsque 
pour un prix de 120.000 livres, Sully achète aux d'Estou- 
teville le château de Villebon. Un acte notarié découvert, en 
igoçr à Courville, par M. R. Durand (2), a détruit la légende 
qui faisait de Villebon une demeure inhabitable, trans- 
formée par Sully en une copie de la Bastille (3). Le châ- 
teau date du xiv e siècle, et Sully s'est borné à le réparer. Il 
ressemble à la Bastille, parce que tel était le style de l'épo- 
que. Mais c'est une bastille riante, dont les trois corps de 
logis couverts en ardoise, les tours à plate-forme, couronnées 
de créneaux « ronds et pointus alternativement », dominent 
un parc admirable; la vaste enceinte, les hautes allées, 
les étangs spacieux coupent heureusement la monotonie de 
la plaine. Terrasses, pièces d'eau, canaux, parterres, avenues, 
le duc dessina tout lui-même. Villebon devint une de ses 
résidences favorites. Lorsque, après des dissensions fami- 
liales sans intérêt pour nous, Sully recouvra la jouissance 
exclusive de ce château, il y demeura six mois chaque 
année. 

Comment y vivait-il? 

Levé de grand matin, suivant sa vieille habitude, il 
faisait sa prière, et lisait avec recueillement sa vieille Bible ; 
puis « il se mettoit au travail avec ses quatre secrétaires ». 
Il classait ses papiers, rédigeait ses mémoires, répondait 
aux lettres reçues, s'occupait de ses affaires privées, diri- 
geait les services dont il avait la charge; « car il demeura 
jusqu'à sa mort, Gouverneur du Haut et Bas-Poitou et de 
La Rochelle, Grand-Maître de l'Artillerie, Grand Voyer de 

(1) I,es registres consistoriaux prouvent que Villebon était desservi par le pasteur de 
Chartres. 

(2) Mém. S. A. E-I,., XIV, 124 ss. 

(3) Il en était gouverneur sous Henri IV. Détails tirés des Mémoires de Sully, éd. 1745, 
VIII, 301 ss 

15 



226 LES ÉGLISES SOUS l'ÉDIT DE NANTES 

France (i), et Surintendant des Fortifications du Royau- 
me (2) ». Toute la matinée passait à ces exercices, « excepté 
que quelquefois il sortoit pour prendre l'air, une demi-heure 
ou une heure avant le dîner». Peut-être allait-il, à ce mo- 
ment, surveiller les travaux d'embellissement de son parc, 
ces travaux qui lui coûtèrent 80.000 livres, et auxquels il 
employait quiconque se présentait. Sully avait horreur de 
la fainéantise, et, l'un des premiers, il a pratiqué cette assis- 
tance par le travail que notre génération se figure avoir 
inventée. Chaque pauvre recevait une hotte proportionnée 
à ses forces ; de tous petits enfants transportaient ainsi une 
% livre de terre ! Le matin, on distribuait à chaque tra- 
vailleur un morceau de pain; à midi, « une grande écuellée 
de soupe»; et le soir, avec un nouveau morceau de pain, 
« un salaire en argent, proportionné à l'âge et au travail». 
Ce remède intelligent au paupérisme était le grand mobile 
de Sully, lorsqu'il intreprenait ces coûteux ouvrages; pour 
le seul faste, il n'y eût pas songé. 

Lorsque le duc se disposait ainsi à sortir, on sonnait la 
grosse cloche qui se trouvait sur le pont, et tous d'accourir, 
gardes, suisses, domestiques, écuyers, gentilshommes, 
pages, pour se ranger en haie, depuis le bas de l'escalier, sur 
le passage du grand seigneur. Un cortège se formait : les 
écuyers, les gentilshommes, les officiers ouvraient la marche, 
précédés de deux suisses avec leurs hallebardes. Puis venait 
le duc, paré des ordres qu'il s'était composé pour lui-même, 
sa qualité de huguenot lui fermant l'accès des ordres 
royaux; autour de lui, des membres de sa famille, quelques 
intimes. Enfin, les officiers aux gardes et quatre suisses. 

La promenade finie, on se dirigeait vers la salle à manger, 
vaste pièce, où étaient peintes « les plus mémorables 
actions de sa vie, jointes à celles de Henry-le-Grand ». La 
table s'allongeait, telle une table de réfectoire. Au bout, il 



(1) C'est à lui qu'on doit, avec l'établissement de nombreuses chaussées, les plantations 
d'ormes au bord des routes. 

(2) Il ne fut surintendant des finances que sous Henri IV. 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 227 

y avait des fauteuils, pour le duc et sa femme (i) ; tous les 
autres convives, quel que fût leur rang, même ses enfants, 
n'avaient que des tabourets ou des pliants, et « ne s' as- 
seoient ou ne se couvroient en sa présence qu'après en 
avoir reçu l'ordre». Le repas était somptueux. Quand il 
était fini, on se rendait dans une salle voisine, que ses por- 
traits de grands personnages avait fait appeler le Cabinet 
des Illustres. 

Pendant que ce repas réunissait, autour de la personne du 
duc, tous les personnages graves, le capitaine des gardes 
présidait, dans une autre salle, une seconde table, presque 
aussi magnifique, mais réservée à la jeunesse. « Vous êtes 
trop jeunes pour que nous mangions ensemble, leur disait 
le duc, et nous nous ennuierions les uns les autres ». 

Après quelques instants de délassement avec ses intimes 
et ses hôtes, Sully remontait dans son cabinet, et y tra- 
vaillait encore quelques heures. Puis, lorsque le temps le 
permettait, il passait le reste de l'après-midi à se promener, 
avec la même pompe que le matin. Il avait une prédilection 
pour la grande allée de tilleuls, dont l'ombre était épaisse, 
et, assis « sur un petit banc ou fauteuil de bois verni à 
deux places», il rêvait, portant ses regards, tantôt sur la 
campagne, tantôt sur une autre allée en terrasse, qui faisait 
le tour de la grande pièce d'eau et aboutissait à la futaie du 
grand parc. D'autres fois, c'est ce parc lui-même qui était 
le but de sa promenade, mais il s'y rendait en coche, avec 
la duchesse. Puis, c'était le souper, avec le même cérémonial 
qu'au dîner, et chacun se retirait chez soi. 

Dans toute la domesticité de ce grand seigneur, qui gar- 
dait toujours son maintien sévère, son visage grave et son 
costume suranné, régnait une discipline, un ordre, une paix 
remarquables. « Personne n'a jamais sçu se faire mieux 
respecter, servir et obéir que le duc de Sully». Il avait les 
mêmes égards pour tous, et jamais le serviteur catholique 
n'a pu se plaindre d'un passe-droit. Il tenait à ce que les 

(i) Il avait épousé en secondes noces Rachel de Cochefilet, en 1592. 



228 LES ÉGUSES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

uns allassent à la messe, tandis que les autres se rendaient 
au prêche (i). 

Quant à la duchesse, elle ne demeurait point oisive. Elle 
dirigeait son nombreux personnel (2), surveillait sa maison, 
faisait dresser les baux, examinait les comptes des fermiers 
et des receveurs, parcourait, pour les inspecter, les terres de 
son mari. Dans ses moments perdus, elle faisait, avec ses 
dames et ses filles d'honneur, de merveilleuses tapisseries, 
de délicates broderies, ou bien elle entretenait, de ses propres 
mains, la fine lingerie de la chapelle catholique. 

C'est ainsi que vivaient ces illusties personnages. Sully 
mourut à Villebon le 22 décembre 1641. Pieusement, on a 
reconstitué, avec le mobilier authentique, sa chambre, celle 
du roi, toutes les pièces historiques. Tout cela est demeuré 
intact, comme l'extérieur du château. Malheureusement, 
une partie des archives a été dispersée au vent des enchères, 
il y a quelques années. 

Sully et sa femme, qui lui survécut de deux ans, sont 
enterrés à Nogent-le-Rotrou (3), qui leur appartenait alors, 
et s'appelait Nogent-le-Béthune. I/admirable monument 
qui devait perpétuer le souvenir du duc et de la duchesse 
était calculé en vue des perspectives d'une église; mais les 
huguenots ne pouvaient être enterrés dans une église. Alors, 
derrière Notre-Dame, dans la cour de cet Hôtel-Dieu de 
Nogent, dont la magnifique porte d'entrée est encore sur- 
montée des armes des Sully, on construisit une sorte de petite 
chapelle, adossée à l'église. L,e tombeau remplit presque 
tout entier ce local mesquin. L,es deux époux sont repré- 



(1) Cette largeur d'idées de Sully, insolite à cette époque, le rendait suspect aux hugue- 
nots, « qui ne le comptoient presque pas pour un homme de leur party » (E. Benoist, Ed. de 
Nantes, I, 448, II, 5). Et pourtant, la piété de Sully et sa fermeté de conviction étaient très 
grandes. Cf. J. Pannier, L'Eglise réf. de Paris, 312 ss. 

(2) Voici, d'après le registre consistorial de Pont-Tranchefêtu, quelques-uns des officiers 
protestants de Villebon : noble homme Adam Périnet est secrétaire de la duchesse dès 163 1, 
et intendant en 1650; Nicolas de la Montagne est capitaine du château (1640); Daniel de 
Chalande — un suisse — maître d'hôtel (1641), tandis qu'à la même époque Guichard est 
apothicaire, Samuel Canoël boutonnier (1643); en 1650, Marie Brabant est « demoiselle 
de M me de Sully. » 

(3) Sans doute pour éluder l'interdiction des monuments funèbres, imposée par les 
Synodes; car il y avait un cimetière huguenot dans l'enceinte de Villebon. 




Le Tombeau de Sully, à Nogent-lc-Rotrou (Cliché N. D.)- 



L'ÉGLISE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 22Ç 

sentes à genoux; devant eux, sur la muraille, le Décalogue 
était gravé sur une plaque de marbre; ainsi l'avait voulu 
Rachel de Cochefilet. La plaque disparut, sans doute pen- 
dant la Révolution, et, vers le commencement du xix e siècle, 
on peignit sur la muraille un Décalogue abrégé, où les com- 
mandements étaient coupés à la manière catholique. Une 
malencontreuse réparation avait fait disparaître cette 
inscription il y a une vingtaine d'années. Elle a été rétablie 
en 1910. 

Mais revenons à l'année 1607, et à l'Église de Chartres. 
On ne sait rien de l'activité qu'y déploya Quinson. Si on 
ignore la date exacte de son arrivée, on connaît celle de son 
départ : en 1617, il est pasteur à La Ferté-Vidame. C'est un 
ancien de l'Église de Chartres, « Paul de Chartres, sieur du 
Plessis-Cherville », qui représente la Province de l'Ile-de- 
France au Synode national de la Rochelle. Les Cherville 
continuent donc à être de fermes soutiens du protestan- 
tisme chartrain; mais du Consistoire de cette Église, nous 
ne connaissons, pour cette époque, que ce nom d'ancien. 
Et il en sera ainsi jusqu'en 16 18. 

A ce moment, Edme Aubertin, que le Synode provincial 
de Charenton vient de recevoir ministre, est nommé à 
Chartres (i).Il a vingt-sept ans, étant né à Châlons-sur- 
Marne en 1595, et c'est son premier poste. Il y restera 
jusqu'en 1631, quand il sera appelé à Paris, et durant ces 
treize années, comme son prédécesseur, il sera chargé aussi 
de desservir l'Église de Favières. Dans un acte de 1643, 
Aubertin est qualifié « noble homme » ; pour le dire en pas- 
sant, beaucoup des pasteurs de notre région, à cette époque, 
ont été des gens de qualité ou des bourgeois notables, ce qui 
ne veut pas dire riches, mais distingués. Nous savons encore 
qu' Aubertin était marié à Claude Brun, dont il aura plu- 
sieurs fils. Le procureur Guillaume Neveu — nous parlerons 
abondamment de lui tout à l'heure — devait plus tard se 
charger de leurs intérêts. 

(1) France protestante, i re éd. 



230 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

Aubertin n'était certes pas le premier venu. Bien que son 
ministère ne fût pas une sinécure, dans cette Église d'une 
vaste superficie, compliquée d'annexés, compliquée encore 
de la desserte d'une Église voisine, Aubertin trouvait le 
temps de se livrer à des travaux de controverse et d'érudi- 
tion, dont les témoignages ne sont point perdus. En 1626, 
il démontre par sa Conformité de la créance de l'Église et de 
Saint- Augustin sur le sacrement de l'Eucharistie, que le 
célèbre évêque d'Hippone avait, sur ce point important, les 
idées mêmes que soutinrent, douze siècles plus tard, les 
réformateurs. L'ouvrage eut du succès; dans tous les cas, il 
fit du bruit. Aubertin le refondit, et en tira, sous un titre un 
peu différent (1), un respectable in-folio, qui parut à 
Genève en 1633. La Conformité de la Créance ne porte pas 
de nom d'imprimeur, ni de lieu. Peut-être les deux éditions 
sortent-elles de la même officine, car en tête des errata de 
la première, ï'auteur s'excuse des fautes qui lui ont échappé, 
sur ce qu'il est « esloigné ». Dans tous les cas, l'on comprend 
fort bien les motifs qui ont pu dissuader Aubertin de se faire 
imprimer à Chartres. 

L'épitre dédicatoire (datée du 5 mars 1626) est adressée 
à Sully; vigoureuse et bien tournée, elle sort de la banalité 
louangeuse du genre, mais elle ne nous apprend rien sur 
l'auteur, sinon que Sully avait d'excellents rapports avec lui. 

Les débuts du ministère d' Aubertin paraissent avoir été 
difficiles; le clergé s'efforce de nouveau d'empêcher l'exer- 
cice du culte à Pont-Tranchefêtu, ce qui nous confirme dans 
l'idée qu'entre le départ de Quinson et l'arrivée d' Aubertin, 
il s'est écoulé un certain temps. Régulièrement nommé, 
Aubertin a-t-il pu entrer en fonctions tout de suite? Aymon 
indique de Losses, comme chargé, en 1620, de Chartres et 
Favières ; mais Aymon est souvent inexact. Les assemblées 
de Saumur et de Pont-de-Vesle (1620) comprirent l'affaire 
de Chartres dans leurs cahiers de doléances (2) . Elles eurent 



(1) L'Eucharistie de l'ancienne Église, ou traité..., etc. 

(2) E. Benoist. Êdit de Nantes, II, 3091 



i/ÉGLISE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 231 

gain de cause, et, en 1626, l'année où parut son livre, c'est 
bien comme pasteur de Chartres et Favières qu'Aubertin 
figure au rôle. Iyes guerres qui se terminèrent, pour les 
huguenots, par la perte des places de sûreté et l'écrase- 
ment de La Rochelle, n'avaient eu aucun contre-coup dans 
notre région. Avec l'Ile-de-France, la Normandie, la Picar- 
die, la Champagne, le Berry, l'Anjou, le Maine, le Perche et 
la Touraine, la Beauce avait été comprise dans le premier 
des huit cercles entre lesquels, en 162 1, on avait réparti les 
Provinces, pour former autant de corps d'armée. Cette 
organisation n'exista guère que sur le papier : le premier 
cercle, qui aurait eu pour mission de fournir une garnison 
de six mille hommes à Saumur, garda en réalité une neu- 
tralité complète. 

Des dernières années du ministère d'Aubertin à Chartres, 
nous ne connaissons qu'un petit incident (i), dont eut 
à juger le Synode provincial de Clermont-en-Beauvoisis, 
en 1627. Madame de Dangeau ne mettant aucun zèle à 
s'acquitter de ses contributions envers l'Église, Aubertin 
s'abstint de la désigner dans les prières pour les autori- 
tés (2) (on se souvient qu'elle était dame de Pont-Tran- 
chefêtu). Comme elle le fit remarquer, c'était là une infrac- 
tion positive à une décision du Synode national de Castres. 
Bien que ladite décision ne fût pas du goût du Synode de 
l'Ile-de-France qui, l'an précédent, à Houdan, avait opiné 
qu'on ne devait de prières qu'au roi, le Synode fit droit à la 
requête, exhorta la noble plaignante à « mettre sous le 
pied tous ses ressentiments» et à délier les cordons de sa 
bourse (3). 

Aubertin fut nommé à Charenton en 1631. Il eut pour 
successeur Philippe Scalberge, peut-être seulement en 1632. 



(1) Et le nom d'un ancien, Adrien Poitrine, qui siégea, en 1625, au Synode de Charenton. 

(2) A moins qu'Aubertin ait commencé, et que M me de Dangeau ait usé de représailles. 
Car nous n'avons pas de détails précis sur l'affaire. 

(3) Ajoutons encore qu'au Synode provincial de Charenton, en 1625, Aubertin est l'un 
des délégués chargés d'apporter au Roi la protestation de fidélité des Églises (Fr. prot. 
i re éd. IV, 495.) 



232 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

Du moins, depuis ce moment, l'Église de Chartres fut régu- 
lièrement desservie jusque vers sa suppression. 

II. De 1631 à 1660. — Qui était ce Philippe Scalberge? 
Fils de Philippe Scalberge et de Marie Botté, sans doute, il 
devait être parent du graveur Scalberge, qui mourut à 
Paris en 1640, à l'âge de 48 ans (1) ; mais on ignore à quel 
degré. Dans tous les cas, il était noble (2). Il avait fait ses 
études à Sedan; sa thèse traitait du péché originel. Il était 
jeune à son arrivée à Chartres, car il y resta jusqu'en 1682, 
date de sa mort; il y passa donc la totalité de son ministère. 
Comme, familièrement, il a inscrit quelques notes person- 
nelles sur le registre consistorial conservé à la Bibliothèque 
municipale de Chartres, nous apprenons qu'il a eu sept fils 
de Noémi Frain, veuve de Michel Jupin, qu'il a épousée à 
Châteaudun le 15 décembre 1632 (3). A ce moment, il est 
déjà qualifié de pasteur de Chartres. L'aîné de ses fils, 
Jacques, naît le 6 janvier 1634, et est baptisé à Pont-Tran- 
chefêtu; il sera soldat, et mourra, à quarante-trois ans, «de 
sa blessure au Mont-Cassel ». Moins d'un an après Jacques, 
« la surveille des Rois» 1635, M me Scalberge met au monde 
Charles, dont on ne sait rien. Puis, le mercredi des cendres, 
1636, c'est Philippe, encore un militaire, qui sera tué au 
premier siège de Condé. Le 27 mai 1637, arrive Henri, qui 
s'en ira au bout de vingt mois; il a été baptisé à Cherville, 
comme ses deux frères suivants, Louis, le docteur (4), né le 
27 septembre 1639, et Jean, qui est du 24 décembre 1641. 
Enfin le dernier, Alexandre, né en 1643 et baptisé au Pont, 
ne vécut qu'un an. 

Où habitait Scalberge? Certainement pas au Pont-Tran- 
chefêtu, pas plus que les pasteurs de Paris n'habitaient 



(1) France protestante. 

(2) Le titre de « noble homme» est donné à son fils Louis dans un acte de 1674, et lui- 
même est quelquefois appelé de Scalberge. 

(3) Registre de l'Église réformée de Châteaudun. 

(4) Nous reparlerons de lui. Il épousa Suzanne Poirier (fille du bailli de M. de Dangeau), 
qui mourut en novembre r68i, après lui avoir donné quatre enfants : Anne-Suzanne (1678), 
Louis (1679), Marie (1680), et Suzanne (1681). 



l'église de pont-tranchefêtu. — histoire 233 

Charenton. Il ne sait pas toujours ce qui s'y passe, on l'a vu 
par l'affaire du registre, détruit par les soldats en 1638. 
D'autre part, une ferme située à un quart de lieue d'Illiers 




s'appelle encore la Scalberge. Mais nous ne savons quand il 
s'en rendit acquéreur, ni dans quelle mesure elle fut sa 
résidence habituelle. Sans doute, à l'instar d'Aubertin, 
et d'ailleurs selon la règle, il demeura tout simplement à 



234 ^ ES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Chartres (i). Il y avait du reste toute facilité pour rayonner 
dans son immense paroisse. 

Au bout de deux ou trois ans, on modifia les limites de 
celle-ci. Il n'eut plus Favières, rattaché à Iyaons — c'est-à- 
dire à Dreux — mais on lui confia Jonvilliers (Gallardon) 
qui cesse définitivement d'être une Église indépendante. 

Nous n'avons guère de détails sur les débuts de l'activité 
de Scalberge. Il partageait son temps et sa peine entre 
Pont-Tranchefêtu, Cher ville, Jonvilliers et Villebon. Nous 
avons raconté quel accident résulta, en 1638, du passage à 
Pont-Trancheféru de soldats de M. de Beaufort. La solda- 
tesque de l'époque, race irrévérencieuse et turbulente s'il 
en fut, était coutumière de pareils méfaits. Quand elle ne 
brûlait pas les registres des temples protestants, elle s'atta- 
quait aux églises. Bn 1657, l'archevêque de Bordeaux eut 
beaucoup à se plaindre de tels excès. Dans huit ou neuf 
diocèses, « on avoit brûlé des Églises, renversé des autels, 
brisé des images, abattu des croix, pillé les ornemens, pro- 
fané des reliques, tué des Prêtres, violé des Religieuses : 
mais ces crimes avoient été commis par des troupes catho- 
liques, sous des chefs catholiques » (2) . Pour le dire en pas- 
sant, on essaya bien de prétendre que les régiments cou- 
pables étaient entièrement composés d'hérétiques; ce qui 
prouve le contraire, c'est que personne ne fut puni. Il y 
avait là des mœurs spéciales, apanage et privilège des 
soudards. On sait tout le parti que, dans la suite, un gou- 
vernement avisé sut tirer de ces prédispositions, 
i Bn 1645, il y eut à Chartres un incident regrettable, 
dont B. Benoist nous a transmis le souvenir (3). Un serger, 
nommé François Langlois, catholique de naissance, s'était 
fait protestant sur le tard, vers 1636 ou 1637. « Il était fort 



(1) Comme on le verra, le sieur Fresnot léguera, en 1641, une certaine somme à l'Église, 
pour acheter, si on le juge à propos, une maison à Chartres, destinée à loger le pasteur. 

(2) E. Benoist, Edit de Nantes, III, 245, 246. Il y avait longtemps que les soldats se ren- 
daient coupables de ces excès. Ainsi, en 1596, ils établissaient leur corps de garde dans 
l'église de Marboué, qui de ce fait, avait été complètement saccagée et dépouillée de son 
mobilier. Cf. Arch. dép. d'E.-et-I,., G. 5681. 

(3) Op. cit. II, 4r. 



L ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 235 

odieux par cette raison à la populace de cette ville, où les 
Réformez étoient en très petit nombre. » On a vu comment 
et pourquoi l'Église, assez considérable au début, avait 
littéralement fondu dans la suite. Fatigué des persécutions 
qu'on lui faisait subir, et débile de tempérament, il perdit 
l'esprit, « et se mit en tête de faire quelque action éclatante 
contre la Religion Romaine. Il couroit les rues depuis 
quelque tems, avec mille marques d'extravagance. Il aloit 
d'Église en Église, assistoit à la Messe, partoit sans attendre 
la fin de la cérémonie, et donnoit assez à connoître le trouble 
de son esprit par l'inquiétude de ses actions. » Un jour, il 
entre à Saint-Hilaire, arrache l'hostie des mains du prêtre 
au moment de l'élévation, et la déchire. Il est arrêté, et bien 
que dans tout le cours de l'information, il donne les marques 
les plus authentiques d'aliénation mentale, il est condamné 
à faire amende honorable, à avoir le poing coupé et à être 
brûlé vif. 

A part une maladie de Scalberge (automne 1646), pen- 
dant laquelle il est remplacé par Trouillart, le pasteur de La 
Ferté-Vidame et de Favières, il ne se passa rien de très sail- 
lant après ce drame. Mentionnons cependant une brouille 
momentanée, et dont nous ignorons les causes, entre Scal- 
berge et le vieux sieur Dalvimare, qui était fondé de pou- 
voirs et receveur des rentes de l'Église. Le 11 juillet 1647, 
il remet à son beau-frère Jacques de Tullières, écuyer, sieur 
d'Argenson, les quatorze titres qui constituaient la petite 
fortune du Consistoire. Parmi ces titres, il en était un de 
250 livres en capital, rapportant 13 livres 17 sous 9 deniers, 
que sous le nom de Louis Dalvimare, la veuve Louis Mau- 
demain, de Saint- Piat, payait à l'Église tous les 12 no- 
vembre. La bienfaitrice mourut cette année-là, et sa mort 
fut le signal de la réconciliation de Dalvimare avec son 
pasteur. Le 5 janvier 1648, le Consistoire est informé que 
M me de Tullières a l'intention de reconstituer la rente amor- 
tie, dont elle avait trouvé le capital dans la succession de sa 
parente, M me Maudemain. C'est par l'entremise de Dalvi- 
mare que la donation fut faite. 



236 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

Le Consistoire fut très sensible à ce bon procédé d'un 
vieux serviteur de l'Église, qu'il avait vu avec regret 
résigner ses fonctions, et, en quelques paroles où un senti- 
ment profond perce sous la courtoisie des termes, il exprime 
le vœu que Dalvimare reprît la charge des titres consisto- 
riaux. Il n'accepta pas, et, la rente ayant été constituée le 
18 février, on remit les titres à Dangeau. 

Celui-ci venait d'assister à une cérémonie bizarre, qui 
nous reporte en plein Moyen âge, et qui fut décidée dans 
cette même séance du 5 janvier 1648, exécutée exactement 
un mois plus tard. Voici, dans toute sa saveur, le procès 
verbal de la séance (1). 

Aujourd'huy dimanche cinqyésme jour de janvier mil six cens 
quarente huit, Au Concistoire tenu au Pont-Tranchefestu où es- 
toient Messieurs Scalberge, pasteur, de Tullièies, Neveu, Lemaire, 
Claude du Moutier et Marin Cailleau Antiens, pour traitter des 
affaires de l'Église, sur ce qui a esté représenté que Monsieur de 
Dangeau seigneur de ce Lieu d'exercice estre recognu, et avoir 
homme vivant et mourant au lieu de M r Jehan Brun, la Compagnie 
désirant sur toutes choses faire son debvoir envers ledit sieur de 
Dangeau luy a nommé, et présente pour homme vivant et mourant 
le sieur Pierre Lemaire, auquel elle a donné pouvoir pour et au nom 
de l'Église de faire et porter audict sieur de Dangeau les foy et 
hommage qui luy sont deubz à cause de ce lieu d'exercice, et le sup- 
plier très humblement au nom de l'Église de donner et remettre le 
rachapt quil Luy est deub par la mort dudict deffunct M r Jehan 
Brun (2), dernier homme de foy, attendu la pauvreté et nécessité 
de Ladite Église. Signé : Scalberge. 

Le 5 février, Dangeau se rendit à Chartres, à l'hôtellerie 
du Grand Cerf, où, flanqué de deux notaires, Michel Gui- 
gnard et Gilles Cornu, il attendit « honnorable homme 
Pierre Lemaire, sieur de la Binardière, demeurant en ceste 
ville », qui, selon la règle, se présenta « nue teste, sans cein- 
ture ny espérons, et en toute humilité requise », présenta les 
hommages féodaux, le temple étant bâti sur un terrain qui 



(1) Archives départementales d'E.-et-Iy., dossier de Pont-Tranchefêtu. 

(2) 2 écus d'or, pour le rachat du droit de fief. 



L'ÉGLISE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 237 

relevait de la terre et seigneurie de Chétiveau. Et le scribe 
ajoute : « Cheval desdonné avecq le marc évalué suivant la 
coutume de Chartres». 

L'an d'après, une terrible tempête agita le verre d'eau 
qu'était l'Église réformée de Chartres, recueillie à Pont- 
Tranchefêtu (i). Quel fut le début de l'affaire? Peut-être 
une plainte de Scalberge dont, à partir de 1648, le traite- 
ment était irrégulièrement payé (2) ; dans tous les cas, de 
graves soupçons pesant sur le trésorier. Guillaume Neveu, 
procureur au siège présidial, et plus tard exécuteur testa- 
mentaire du pasteur Aubertin, cumulait ces fonctions de 
trésorier avec celles de receveur des deniers des pauvres. Il 
était en relations très intimes avec deux de ses collègues 
du Consistoire, Lemaire de la Binardière et Claude du 
Moutier (3). Qu'ont tripoté de concert ces trois compères? 
On ne le saura jamais exactement. Toujours est-il que la 
rumeur publique les accusa de malversations, sans que 
Scalberge fît rien pour les disculper, au contraire. Neveu, 
particulièrement visé, en appelle au Synode provincial, 
réuni à Vitry-le-François en 1649, e t m * demande décharge, 
avec instances. L'Église était divisée, troublée, désorientée. 
On délègue, pour connaître de l'affaire, deux pasteurs, par- 
ticulièrement qualifiés pour en juger sainement : Aubertin, 
qui est ami personnel de Neveu, et qui n'a pas oublié son 
ancienne Église, puis Trouillart, le pasteur de La Ferté- 
Vidame et de Favières. 

Le I er novembre 1649, le Consistoire et les chefs de 
famille sont convoqués en assemblée extraordinaire (4). On 
s'explique; et les sous-entendus du procès- verbal donnent 

(1) Bibl. de Chartres, ms. 13 17, passim. 

(2) Pourtant l'Église, qui, en février 1648, venait de replacer le capital de la rente Mau- 
demain, amortie, avait reçu peu auparavant de la duchesse de Sully, une copieuse 
offrande. Cf. Arch. dép., Consist. de Pont, délibérations des 2 et 16 février 1648. 

(3) Neveu est parrain d'un petit du Moutier, baptisé le I er mai 1638, et qui a eu quatre 
frères et sœurs. 

(4) L'assemblée des chefs de famille, où la veuve remplaçait le mari défunt et la femme le 
mari absent, avait à peu près les attributions de l'assemblée générale de nos Associations 
cultuelles 



238 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

à penser que l'explication fut plutôt orageuse, Neveu se 
répandant en violentes protestations. A la fin, on donne 
décharge à Neveu, et conjointement à I,emaire et à Claude 
du Moutier, mais comme leur situation morale est fort com- 
promise, on estime nécessaire de les remplacer au Consis- 
toire. Incontinent, l'assemblée procède aux élections, et la 
majorité des suffrages se porte sur Josué de Valmorin-Mé- 
robert, sur Périnet (on a vu qu'il était intendant de Ville- 
bon), et sur L,emaire, que ce vote disculpait. Mérobert et 
Lemaire, qui sont présents, acceptent immédiatement, et 
l'on décide d'écrire à Périnet, absent, « pour l'exhorter et 
lui enjoindre au nom et en l'autorité dudit Synode de l'ac- 
cepter semblablement ». Disons tout de suite qu'il se laissa 
faire sans aucune difficulté. Enfin, on décida « d'un consen- 
tement unanime » à confier à la garde de M. Courcillon de 
Dangeau les titres et contrats appartenant à l'Église, déci- 
sion d'autant plus judicieuse qu'elle était déjà partiellement 
exécutée. Il ne restait plus qu'à faire rentrer les papiers que 
détenait le sieur Neveu. 

C'est ici que l'affaire commence à se gâter. Neveu a été 
contraint d'accepter une résolution qui, si contraire qu'elle 
soit à ses désirs, est soutenue par une assemblée déterminée 
à ne pas démordre de ses prétentions. On lui représente 
d'ailleurs qu'il est lié, et par l'ordre du Synode, et par la 
décision des chefs de famille, et par son propre consente- 
ment, qu'il vient de donner par écrit. Dangeau, fondé de 
pouvoirs de l'Église, donnera un récépissé en bonne forme à 
l'infortuné Neveu. Contestations; remontrances; Scalberge 
conjure ses paroissiens de « garder entre eux l'unité d'esprit 
par le lien de la paix» et de « vivre ensemble en cordiale 
charité pour la gloire de Dieu, l'édification de l'Église et leur 
propre consolation». De guerre lasse, Neveu promet tout 
ce qu'on veut. 1/ Assemblée se disperse, et le 5 décembre, 
« avant l'action (1) », le Consistoire décide de notifier à 
l'Église les décisions prises le I er novembre, ce qui fut 

(1) On appelait ainsi le service divin. 



h ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 239 

exécuté, en effet, à l'issue du service, en la présence de 
Neveu et de du Moutier. 

L,e 19 décembre, on prie Neveu de remettre à Lemaire, 
choisi « pour estre receveur et gardien des deniers des 
povres », la somme qui lui restait, ou devait lui rester après 
avoir rendu ses comptes : 63 livres 1 sou 10 deniers. M. de 
Dangeau lui en donnera décharge. Neveu a-t-il obtempéré? 
Ah ! que vous le connaissez mal ! Oyez plutôt : 

« En outre, ont esté représentez à ceste compagnie (le 
Consistoire) divers escrits qui par sergents et records ont 
esté signifiez au pasteur. I/un sous le nom emprunté des 
anciens et chefs de famille des Églises réformées du Colloque 
de Beausse, où l'on prétend s'opposer à l'acte de réception 
des anciens nommés en l'acte de M rs . Aubertin et Trouillart. 
1/ autre aux noms des S rs Neveu et Claude du Moutier, 
prétendans anéantir l'ordre de notre discipline et tirer les 
aiï res ecclésiastiques hors des Consistoires et des Synodes, 
pour en rendre juges les magistrats ordinaires, contre les 
Êdits du Roi ». 

Coupables : en effet, les soi-disant protestations des 
Églises de Beauce étaient des faux, tout simplement. L,es 
Églises dont on avait, avec tant de désinvolture, usurpé les 
noms (1) protestèrent à leur tour avec énergie. D'abord, le 
29 novembre, le Consistoire et l'Assemblée générale de 
l'Église du Plessis-Marly et de Sainte-Escobille ; la lettre est 
signée du pasteur Comble, et des anciens Chastenay, Oëtre- 
ville et Debas; puis, le I er décembre, c'est le tour de l'Église 
de Houdan et de Fontaine-sous-Prémont, avec son pasteur 
Salomon Leblanc, et ses anciens Jeanin, Piron, Jeh. L,e Poix 
et Martin; enfin, le 10 décembre, Authon s'ébranle; seuls, 
les anciens Gouin, L. Souchay, J. Robethon, J. Biard, 
Tilly ont signé la lettre, mais parce que le pasteur, R. Rous- 
seau, a été de son petit désaveu particulier, exprimé avec 
une énergie bien sentie. 



(1) C'étaient les Églises limitrophes de celle de Chartres, à l'est, au nord et au sud-ouest. 
I/Église de Fontaine-sous-Prémont est devenue celle de Marsauceux. 



240 LES ÉGUSES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

Quant à Neveu et à du Moutier, le Consistoire estime 
que s'ils ont envoyé du papier timbré à leur pasteur, c'est 
principalement pour « troubler nostre repos commun, 
anéantir l'autorité des Synodes et Consistoires, renverser 
l'ordre de la maison de Dieu et la discipline de nos Églises, 
dont le Roy nous permet en sa grâce et bonté l'exercice ; et 
enfin qu'il espandoit un scandai digne de toute censure ». 
Il faut le dire, la lecture du factum de ces Messieurs jus- 
tifie assez cette sentence grandiloquente. C'est une misé- 
rable chicane, où l'on prétend, notamment, qu'une des 
pièces réclamées est entre les mains de M. Dalvimare (elle 
a trait à la propriété du cimetière huguenot de Chartres). 
Au surplus, un refus de livrer le dossier. 

Le Consistoire, se méfiant des effets de son courroux, pré- 
fère ne pas sévir avant d'avoir pris l'avis de l'Église de Paris, 
et charge Scalberge d'écrire à Aubertin. Mais en attendant, 
« veu ceste procédure peu chrestienne », Neveu et du Mou- 
tier sont déclarés indignes de communier « pour la prochaine 
quinzaine» (laquelle comprenait la fête de Noël), à moins 
toutefois qu'ils ne se repentent. Puis, après avoir signé au 
registre, Scalberge, Dangeau, Mérobert, Marin Cailleau et 
Lemaire se séparent. 

Neveu reçut fort mal l'excommunication temporaire qui 
le frappait. Dès le 24 décembre, il demande par ministère 
d'huissier réparation de l'injure que le Consistoire lui a faite. 
Alors, toujours conciliant, le Consistoire, réuni le 2 jan- 
vier 1650, consent à surseoir à l'exécution de la sentence, 
si les coupables se repentent. 

Enhardi par ce demi-succès, Neveu refuse nettement de 
remettre à Lemaire et à Cailleaux les deniers des pauvres. 
On décide, le 16 janvier, de le faire comparaître à quinzaine. 
Le 30 janvier, arrive Poirier, le bailly de M. de Dangeau. Il 
déclare avoir entre les mains les titres et contrats que déte- 
nait Neveu, mais pour les lui extorquer, il a dû lui pro- 
mettre une décharge honorable, délivrée par le Consistoire 
et constatant « que ledit sieur Neveu a fidèlement admi- 
nistré tout ce qui regardoit les tiltres et les deniers des 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 24I 

pauvres », ce que précisément, il fallait démontrer ! Il fal- 
lut en passer par là. Le 2 février, le Consistoire et les chefs 
de famille reconnaissent avoir recules titres de rentes des- 
tinés à l'entretien du pasteur, et ceux, au nombre de douze, 
qui constituent l'avoir des pauvres; dont décharge hono- 
rable. Avec les membres du Consistoire, quelques chefs de 
famille ont signé : Lamontagne, J. Cailleaux, J. Morel, Bonin. 
Mais Scalberge n'est nullement satisfait de la tour- 
nure que l'affaire a prise, et, au bas de la délibération, il 
consigne une suggestive petite note. Sur les 63 livres 
8 sous (1) que Neveu devait rapporter, il manquait 11 livres. 

11 promet de les remettre à quinzaine. Mais l'assemblée 
méfiante, refuse de passer outre. Pour ne pas envenimer 
l'affaire, Poirier cautionne les 11 livres. La quinzaine se 
passe, et Neveu ne paraît pas. On attend une nouvelle quin- 
zaine, tout aussi vainement. Alors on prie Poirier de mettre 
la main à la poche. Poirier aligne les 11 livres, en récrimi- 
nant amèrement contre le débiteur infidèle. Sur quoi M. de 
Dangeau se lève, et déclare qu'il ne laissera pas Poirier 
payer de ses propres deniers, « veu qu'il l'avoit employé 
dans cette affaire » ; et M. de Dangeau de tirer les pièces de 
sa bourse, tandis que Poirier, tout heureux, reprenait son 
bien. Astucieusement, Lemaire, d'accord en cela avec l'as- 
semblée, inscrivit la somme comme reçue de M. de Dangeau, 
« de sorte que le sieur Neveu est tousjour redevable des 
63 1. 8 s. en gros, et des 11 livres en détail, posé que la com- 
pagnie ne lui demande pas compte desd. 63 1. 8 s. ». 

Après ces terribles bourrasques, il y eut une petite 
accalmie. Dans ses séances suivantes, le Consistoire s'oc- 
cupe d'inoffensifs détails. M mes de Dangeau et deSaucourt 
ont remis à Scalberge 40 livres pour les pauvres ; on en don- 
nera tout de suite 8 à Michel Martin, 8 à Toussaint Martin, 

12 à Jean Noël; secours considérables pour l'époque, 
comme on le voit. Le 24 mars, sur ce qui reste des 40 livres, 
Scalberge en remet 6 à Lemaire. 



(1) On remarquera que le 19 décembre, la somme était évaluée à 63 livres 1 sou 10 deniers. 

16 



242 LES EGLISES SOUS LEDIT DE NANTES 

Cependant, Neveu trame dans l'ombre de noirs complots, 
avec toute la fertilité d'imagination et toute la prudence que 
pouvait receler son âme de procureur. Dès le 10 avril, on 
fait comparaître devant le Consistoire Jean Noël qui, sans 
doute pour remercier l'Église de lui avoir donné 12 livres, 
a signé deux actes, inspirés par Neveu, et tendant à repré- 
senter Scalberge comme un malhonnête homme, capable 
de mettre dans sa poche 2 livres, sur 4 qu'il promet à un 
malheureux. Mais Noël démontre qu'on a surpris sa bonne 
foi, et proteste d'un « marissement » et d'une résolution de 
ne pas recommencer qui lui valent l'indulgence du tribu- 
nal ecclésiastique. 

Le même jour, Claude du Moutier témoigne aussi de son 
« marissement des procédures qu'il a tenues en justice en 
se pourvoiant devant le magistrat», et le Consistoire lève la 
censure qu'il avait prononcée contre lui. Neveu restait donc 
seul avec sa rancune. Pour l'empêcher de renouveler les 
accusations qu'il avait fait colporter par Jean Noël, le 
Consistoire décide, le 24 avril, que les détenteurs des deniers 
des pauvres ne pourront leur donner de secours extraor- 
dinaire, ni M. Scalberge de « billets» ou de bons sur la caisse, 
sans l'assentiment du Consistoire. Le 25 septembre, on 
complète la mesure, en prescrivant que « les receveurs des 
deniers des pauvres rendront compte par chacun an la quin- 
zaine d'avant la célébration de la Scène (sic) de la Saint- 
Remi (1), à l'issue de l'action, afin que les chefs de famille 
de tous les quartiers y puissent assister». 

Neveu se tint coi quelque temps, mais bientôt, il trouva 
un nouveau prétexte à faire de l'obstruction. En 1651, il y 
avait une place vacante au Consistoire, qui était élu, comme 
on l'a vu, par les chefs de famille. Le 12 mars, Scalberge 
annonce que, le 26, il proposera la nomination du sieur Brun 
à la charge d'ancien, « veu l'acceptation que le sieur Brun 
a fait aujourd'huy à ceste compagnie». 

Le 9 avril, le Consistoire délibère sur « un billet en forme 

(1) i er octobre. 



1/ EGLISE DE PONT-TRANCHEFETU. — HISTOIRE 243 

de lettre du 4 du présent», par lequel François Manon, 
Claude Baudet et Guillaume Neveu déclarent s'opposer à 
la nomination de Brun, et promettent de venir, à la quin- 
zaine, expliquer eux-mêmes leurs motifs. I,e Consistoire 
n'eut pas un instant d'illusion sur l'auteur responsable de 
cette épître, ni sur ses intentions. Il résolut de passer outre 
à la nomination de Brun, quitte à entendre, lors de sa récep- 
tion, quinze jours après, les motifs que Neveu allègue pour 
ne pas l'installer. Une apostille ajoute : « Jugé à propos 
d'advertir le sieur Neveu par ce présent acte de se réconci- 
lier, avec l'Église, et de parler à sa conscience. » Sur ce, on 
accorde à Scalberge 18 livres « pour les frais du voiage qu'il 
fera au sinode qui se tiendra à Charenton dans la fin du ce 
mois ». 

Le 23 avril, Neveu comparaît. . . et promet de donner par 
écrit à Scalberge ses raisons de contester la nomination de 
Brun. Celui-ci est absent, on le croit à Paris. On priera 
Scalberge de le prévenir, « et que le S r Brun se trouve au 
sinode si bon luy semble, attendu que led. S 1 * Neveu a 
dict qu'il le permettra et qu'il désire que le sinode le juge». 

Effectivement, Neveu s'empressa d'écrire au Synode ; ou 
plutôt, selon son habitude, il fit écrire, par Mahon, une 
lettre malsonnante. Mahon est cité à comparaître devant le 
Consistoire, réuni le 16 juillet « avant l'action», afin de 
reconnaître qu'il a « très mal subscript ceste lettre. Sur quoy 
il nous a dit qu'il n'estoit pas obligé à nous dire les causes 
pour lesquelles il a signé icelle lettre, et lesquelles il dira tost 
que ceux qui ont subscrit avec luy seront aussy appelés. » 
On l'admoneste de reprendre son calme, « attendu le jour 
de l'action dujourd'huy, jour de la célébration de la Sainte 
Cène, à quoy il n'a voulu obéir». Et alors, la Compagnie... 
non, je ne sais pas ce qu'a fait la Compagnie, car l'indigna- 
tion du scribe s'est traduite par des arabesques échevelées 
et d'illisibles ratures. On peut lire, cependant, le mot : 
menaces. 

Il fallait en finir. L,e 5 novembre a lieu une séance solen- 
nelle du Consistoire, à laquelle on a convoqué deux délé- 



244 ^S EGUSES SOUS E EDIT DE NANTES 

gués de l'Église de La Ferté-Vidame, Trouillart, pasteur, et 
Pisot, ancien, et deux délégués de l'Église d'Authon, le pas- 
teur Rousseau, accompagné de l'ancien Robethon. Après 
mûre délibération, l'auguste Compagnie rendit le verdict 
suivant : 

Ouy le S r Neveu, opposant à la réception du S r Brun en la charge 
d'Ancien de l'Église de Chartres d'une part, et les défenses du 
S r Brun d'autre part, les plaintes respectivement faites par le 
S r Scalberge, past. de lad. Église et led. S r Neveu et leurs dé- 
fenses; La Compagnie a jugé ne devoir donner lieu aux causes 
d'opposition proposées par le S r Neveu contre le S r Brun, et néant- 
moins à cause que le S r Brun nous a tesmoigné n'avoir accepté la 
charge d'ancien qu'à la prière de toute l'Église et s'en déporter vo- 
lontairement pour la paix commune, la Compagnie a agréé sa 
remise : Kt pour le regard desd. S rs Scalberge et Neveu, la Com- 
pagnie improuve les procédures dud. S r Neveu, le sérieusement 
exhorte de se comporter à l'avenir avec douceur et charité, et sur 
la promesse qu'il en a fait, l'a receu en la paix de l'Église, et exhorte, 
tant le S r Neveu que lesd. S rs Scalberge et Brun de se prévenir par 
mutuelles offres d'affection et de bienveillance; et pour affermir 
la paix au milieu de l'Église et entr'eux, la Compagnie a ordonné 
que toutes les lettres, papiers et mémoires respectivement par eux 
produits, et tous autres qu'ils pouvoient avoir entre les mains 
demeureront nuls, sans qu'ils puissent s'en prévaloir à l'avenir. Et 
sera le présent acte publié en face d'Église pour son édification, et 
copies délivrées aux parties. Ht ont signé en l'original Scalberge, 
Neveu, Brun, Trouillart, Rousseau, Courcillon, Valmorin, Cher- 
ville (i), Robethon, Pisot, Cailleau, Poirier. 

Et Scalberge, qui a transcrit la délibération au registre, 
ajoute que M. Trouillart s'est chargé de l'original, et que 
lui-même, « soussiné », a remis le 8 à Neveu une copie con- 
tresignée de Trouillart et de Robethon. 

Après ce traité de paix en bonne forme, l'Église retrouva 
un peu de calme. Il ne faudrait pas croire, cependant, que 
l'affaire Neveu l'ait troublée au point de compromettre 
toute son activité. Les registres nous montrent, au contraire, 
que pendant cette période agitée, on savait se préoccuper 

(i) Comme représentant de l'Église de Cherville. 



L'ÉGLISE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 245 

d'autres sujets que de l'affaire. En particulier, on pensait 
aux pauvres, et il est touchant de voir avec quelle généro- 
sité ils étaient soutenus dans cette Église qui n'était ni 
nombreuse, ni riche, et dont, en vertu d'un arrêt du Parle- 
ment dont nous reparlerons, la Caisse des pauvres n'avait le 
droit de disposer d'aucun capital. Voici quelques-unes des 
aumônes faites par Scalberge et ses dévoués collabora- 
teurs : 

« Le dimanche 6 e de novembre (1650), on a remis en la 
boëte des povres dix livres six deniers, sur lesquels furent 
donnez au bonhomme Martin 30 s. 6 d., et à Jean Helouin 
cinq sols, et le samedi pour son giste 3 s. 6 d. En outre, ont esté 
donnez 10 s. 6 d. à un passant que M. Lemaire m'envoia, me 
priant d'avancer 10 s. ; il en a le billet, où j'ay escrit de ma 
main, comme quoy j'ay donné 10 s. 6 d. 

« De sorte que des 10 livres 6 deniers touchez au Pont 
led. jour, j'ai de bon par devers moi pour mettre entre 
les mains de M r ternaire, s'il resleve de sa maladie (1), la 
somme de 7 1. 11 s. 

« Le lundi 14 novembre, à mon action de Jonvilliers, j'ai 
baillé à Daniel Drouin de Calais 5 s.» (2). 

Le I er janvier 1651, avec îa permission de Mérobert et de 
Périnet, il a donné à Belin « deux quarts d'escus», et « de 
même à Ormoi, paroisse de Dame Marie ». Il a aussi donné 
5 sous aux paysans de Pont-Tranchefêtu, « pour mettre la 
planche à travers l'eau et faire le passage pour aller au 
temple ». Cette passerelle économique évitait un assez grand 
détour aux fidèles venant de Chartres. 

Le 18 janvier 1651, J. Morel, dont le nom figure dans les 
assemblées des chefs de famille, rédige d'une main vigou- 
reuse et exercée, et accompagne d'une signature qu'orne 
un savant paraphe cruciforme, le reçu suivant : « J'ay receu 
en ma nécessité de M. Scalberge une pièce de 58 sols ». 



(1) Il en releva. 

(2) Si nous avons bien lu le mot : action, Scalberge aurait prêché dans ses annexes les 
jours de semaine. Il va cependant parfois le dimanche à Cherville, mais la périodicité de 
ces services est impossible à établir. 



246 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Le 13 février suivant, il reconnaît encore que M. Scalberge 
lui a donné « une pièce d'un escu». 

Le 11 février, c'est un « garçon orlogeur du Mans », 
Samuel Bureau, qui reçoit 5 s., tandis que le 12 mars, 
Scalberge prie Marin Cailleau de « porter au bonhomme 
Martin ce qu'il luy falloit, 21 s. 3 d. ». 

L'année 1652 ne laisse aucune trace dans les registres; 
elle fut calme. Le 20 avril 1653, Périnet, appelé à résider 
« à Montigni du quartier de Dangeau» (1), se démet de sa 
charge d'ancien; après avoir fait publiquement l'éloge de 
son zèle, on nomme à sa place Houssemaine, sieur de la 
Croisière, sans que Neveu ni qui que ce soit s'y oppose. 
Scalberge put, cette année-là, sinon prendre des vacances, 
du moins s'occuper de ses intérêts privés (on verra tout à 
l'heure qu'il avait à cela les plus sérieux motifs). En effet, 
sur la garde de la couverture du registre consistorial, une 
main qui est peut-être celle d'une épouse attentive, a inscrit 
ceci : « [Ce 30 de juillet 1653] (2) un mercredi matin, Scal- 
berge est parti de la maison pour aller à Cher ville, où il a 
deu estre arrivé le vendredi au soir ou le samedi matin 
2 août». 

Si posée qu'ait été la démarche de Scalberge, il n'est pas 
vraisemblable qu'il ait mis trois jours pour franchir les 
4 lieues qui séparent Chartres de Cher ville. Il est donc pro- 
bable qu'il se trouvait alors, pour les moissons, dans sa 
ferme d'Illiers, et qu'il s'est arrêté à Chartres ou au Pont. 
Il allait sans doute prêcher à Cherville, où, les années pré- 
cédentes, il baptisa plusieurs de ses fils, sans qu'il nous soit 
possible de dire s'il s'y rendait régulièrement. 

Cependant la tempête, qui semblait apaisée, recom- 
mençait à gronder sourdement. Scalberge, nous l'avons 
donné à entendre, avait des embarras d'argent; et ces 
embarras venaient principalement de ce que son traite- 
ment et son indemnité de logement ne lui étaient payés 



( 1 ) Montigny-le-Gannelon. 

(2) ï,es mots entre crochets sont biffés dans l'original. 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 247 

qu'avec une régularité très relative. Bt bien entendu, il 
soupçonnait Neveu de ne pas être absolument étranger à ce 
désordre. 

M me Neveu ayant informé M. de Mérobert, au commen- 
cement de l'an 1654, que l'ex-trésorier de l'Église avait 
touché pour celle-ci une certaine somme, le Consistoire 
décide, le 2 février, que Scalberge priera Neveu d'apporter 
cette somme au Pont, à la prochaine quinzaine, et de la 
remettre à M. de Dangeau (1). Selon sa coutume, Neveu ne 
parut pas à l'échéance. Alors, le 8 mars, on assembla les 
chefs de famille, afin de décider que le remboursement serait 
fait en présence de l'Église et constaté par un notaire; 
Neveu fut donc prié de se présenter à la quinzaine et d'ap- 
porter, avec les deniers qu'il détient, des explications sur 
leur provenance. 

Comme on devait s'y attendre, le 22 mars, « M r Neveu ne 
parut pas au Pont, et fut dit que l'on continueroit à le 
presser. Bt le 5 e d'avril il parut et dit qu'il apporteroit 
50 escus à la quinzaine sous les conditions que le déchet de 
l'argent riiroit pas à sa perte (!), ce qu'il falut accepter, ne 
pouvant la Compagnie obtenir dud. S r Neveu que cela. 
Bnfin, le 19 e dud. avril 1654, il mit es mains de M r de Dan- 
geau led. argent. » 

Il y eut encore, le 17 mai, une affaire de paiement de 
rentes retardé ou irrégulier, dont on pria Dalvimare de se 
charger. Les débiteurs habitaient Maintenon (2). Or, comme 
on le verra, Maintenon, dépendance de l'Église de Saint- 
Martin-de-Nigelles, a passé avec elle, successivement, sous 
l'administration de plusieurs Églises. D'où d'interminables 
conflits quant à l'attribution des rentes constituées en 
faveur de Saint-Martin. Déjà, en 1657, le Synode provin- 



(1) Il s'agissait donc d'une rente amortie, et l'on chargeait Dangeau de replacer ce capi- 
tal. 

(2) Iye 14 juillet 1643, Iyouis Friquet, Gilles Massaudjehan Hoyau, I<aisné, Jacques Joux, 
Jehan Frescheux, Hilarion I+eblanc, Jehan Rémy, Simon Regnault et Pierre Sureau, 
tous de Maintenon, avaient solidairement constitué une rente de 66 livres 13 s. 4 d., ra- 
chetable à 1.200 livres, au nom de Dalvimare, c'est-à-dire de l'Église de Chartres, dont il 
administrait les biens. Arch. F-et-I,., dossier de Pont-Tranchefêtu. 



248 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

cial engage les parties à se mettre d'accord « touchant le 
legs de Mademoiselle de Jouy»; nous reparlerons de cette 
affaire. 

Si le registre consistorial est muet pour la fin de l'an- 
née 1654 et les années suivantes, il n'en faut pas conclure, 
hélas, que tout se passa correctement. Las de n'être pas 
payé, Scalberge avait fini par témoigner d'une certaine 
mauvaise humeur. On alla même, de part et d'autre, 
jusqu'à des propos blessants, des « offenses outrageuses », 
comme les qualifie le Synode provincial. Le I er janvier 1655, 
l'Église reconnaissait devoir à Scalberge 1.118 livres sur 
son traitement et 115 livres 15 sols sur son indemnité de 
logement (1). A la vérité, une somme de 300 livres avait été 
mise en réserve pour solder cette dernière dépense; en 
outre, Scalberge, ne pouvant rien obtenir du trésorier de 
l'Église, s'était plusieurs fois adressé à Dangeau, comme 
receveur des rentes, et avait obtenu d'assez importants 
acomptes; enfin, il avait touché et gardé par devers lui 
un legs fait à l'Église. Ces procédés un peu irréguliers 
avaient indisposé les fidèles, sans éteindre la dette. L'ar- 
riéré s'élevait encore à près de 500 livres. Alors que les chefs 
de famille de Jonvilliers et de Cherville rendaient « ung bon 
tesmoignage au sieur Scalberge, tant de sa doctrine que de 
ses mœurs, déportemens » etc., ceux de Chartres et des envi- 
rons l'abreuvaient d'injures. Ils le firent notamment dans 
un acte du 20 août 1656, mais la querelle avait commencé 
beaucoup plus tôt. Il semble bien que cette divergence 
d'appréciation entre les paroissiens de Cherville et ceux de 
Chartres soit venue surtout de ce que les premiers payaient 
régulièrement leurs souscriptions pour l'entretien du pas- 
teur, tandis que les seconds étaient plus durs à la détente. 
Un petit mot qui termine une délibération du 30 mai 1655, 
ne dit pas autre chose. 

Dangeau semble avoir fait chorus avec les mécontents, 



(1) Synode de la Ferté-au-Col (ha Ferté-sous-Jouarre), du 10 avril 1657 et des jours 
suivants. Arch. de l'Hôtel-Dieu de Chartres, II, A 5. 



L'ÉGLISE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 249 

et Scalberge se laissa aller à prononcer à son sujet « quelques 
parolles fâcheuses ». 

L'affaire fut soumise au Synode provincial, réuni à Cha- 
renton le 22 avril 1655 et les jours suivants. On délégua 
deux pasteurs au Pont, Montigny et Trouillart. Le 30 mai, 
Montigny « conduisit l'action», c'est-à-dire prêcha, puis on 
réunit le Consistoire et les chefs de famille. Scalberge 
expliqua qu'en 1643, en présence des députés du Synode, 
l'Église lui avait promis 300 livres pour son logement, et ne 
les lui avait jamais payées. La vérité, c'est que le 10 jan- 
vier 1641, le sieur Fresnot avait légué à l'Église de Chartres 
une somme de 400 livres, qui devait être, au gré du Consis- 
toire, soit placée à intérêts pour contribuer à l'entretien du 
pasteur, soit employée à l'achat d'une maison pour le loger. 
Le Consistoire, mis en possession de ce capital au bout de 
deux ans seulement, préféra le placer; et, à partir du 
22 mai 1643, il rapporta entre les mains de Dalvimare, au 
denier dix-huit, une somme de 22 1. 4 s. 6 d. On décida que 
la somme réclamée par Scalberge lui serait allouée sur les 
excédents des rentes appartenant à l'Église. Et comme il 
insistait pour être logé aux frais de celle-ci, les chefs de 
famille soutinrent qu'ils ne lui avaient rien promis; néan- 
moins, ils l'assurent qu'il serait dédommagé dans la mesure 
où les rentes et les contributions le permettraient. De plus, 
on charge Neveu « de faire les poursuites nécessaires pour 
la perception des rentes affectées à lad. Église, à quoy le 
sieur Neveu a consenti ». En revanche, on enlève à Dangeau 
l'administration de la fortune de l'Église, et l'on confie à la 
garde de Scalberge, avec les précautions requises, les titres, 
papiers et contrats. Enfin, dit la délibération, « l'ordre sera 
observé de procéder selon la discipline et les arrêts des 
Synodes nationaux contre les refusants de leur contribu- 
tion ». 

Malgré cet arbitrage, l'accord ne s'établit pas entre les 
parties. Le Synode de 1657, réuni à La Ferté-au-Col, et 
présidé par Daillé, dut encore intervenir. Cette fois, le 
règlement était définitif. De la somme revendiquée par 



250 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

Scalberge, on commença par défalquer tous les acomptes 
qu'il avait réussi à se faire attribuer, et on enjoignit à 
l'Église de payer le reste. Puis l'assemblée, rendant hom- 
mage aux vertus de Scalberge., ce « bon serviteur de Dieu », 
engage ses paroissiens à retirer « les termes injurieux 
employés en l'acte du 20 d'aoust 1656», et à témoigner 
désormais plus de déférence à leur pasteur. Enfin, on invite 
le Consistoire de Chartres à réformer son administration, et 
à affecter à l'entretien du pasteur les rentes à ce desti- 
nées. 

On eût été surpris de ne pas voir Neveu paraître en cette 
affaire. Il vint en effet exposer ses doléances contre Scal- 
berge, mais la compagnie ne les estima pas de nature à 
modifier ses décisions. Cependant, il sut si bien se faire 
valoir, que l'assemblée, se déjugeant à quelques années de 
distance, engagea les députés de l'Église de Chartres à le 
rétablir dans sa charge d'ancien, ce que l'on se garda bien 
de faire. 

Le Synode envoie de nouveaux commissaires pour faire 
exécuter ses décisions. Le 3 juillet 1657, ils président, au 
Pont, l'assemblée des chefs de famille (1). On écoute Scal- 
berge, on écoute Neveu « et quelques autres particuliers de 
l'Église du Pont sur les difïérens meus entr'eux, tant pour 
le payement de la subvention dudit S r Scalberge que 
pour quelques paroles offensives ». On décide que Scalberge 
donnera mainlevée de la saisie d'un fonds de rente, ce qu'il 
promet. On s'engage à lui remettre tout le produit des rentes 
(avec une ou deux restrictions) et de parfaire au moyen des 
contributions des fidèles le reste de ce qu'on lui doit. « Et 
pour l'exécution du présent arresté le S r Neveu a promis 
de donner les seuretés nécessaires, comme aussi de faire à 
l'avenir la perception des rentes affectées à ladite Église, et 
les diligences requises pour asseurer lesdites rentes, et 
mesme de faire la distribution en qualité de diacre des 
deniers des pauvres qui luy seront mis entre les mains. » 

(1) Arch. dép. K.-et-L- Dossier de Pont-Tranchefêtu. 



I/EGUSE DE PONT-TRANCHEFETU. — HISTOIRE 25 1 

Enfin, on exhorte les parties « à une bonne et s te 
réconciliation, et à entretenir l'Union au milieu d'eux par 
des devoirs mutuels de charité chres tienne, ce qu'ils ont 
promis et protesté en syncérité et bonne conscience». 

Et comme on estime insuffisant le nombre des anciens, 
on choisit le sieur Gaillard, qui accepte la charge. 

III. De 1660 à 1685. — Une demi-douzaine d'années se 
passent, sur lesquelles nous ne savons rien. Mais ici, le 
silence est significatif, et c'est bien la tranquillité qu'il 
dénote, du moins à l'intérieur. Scalberge et Neveu ne font 
plus retentir le saint lieu de leurs disputes, mais la période 
critique de 1660 ne s'écoule pas sans que l'Église de Chartres 
ait à en souffrir. Ses droits à l'existence n'ont, à vrai dire, 
pas été contestés par le clergé, et Loride des Galesnières n'a 
pas eu à la défendre. Aussi bien, l'Église réformée de 
Chartres voyait maintenant tourner à son profit les troubles 
et les difficultés qui avaient marqué ses premières années. 
Alors qu'à leurs débuts, d'autres Églises avaient mené une 
existence calme et cachée, dont aucun témoignage pal- 
pable n'était demeuré, ce qui encourageait la mauvaise 
volonté ou la mauvaise foi à alléguer leur inexistence aux 
époques où l'Édit de Nantes confirmait la situation de fait, 
l'Église de Chartres avait fait parler d'elle. On avait inter- 
rompu ses assemblées, on avait surpris et emprisonné son 
Consistoire dès 1561, dès les années suivantes; et toutes les 
fois qu'un Édit ou un traité quelque peu décisif accordait 
des droits aux Réformés, ceux de Chartres en avaient récla- 
mé le bénéfice. Enfin, ils pouvaient montrer un arrêt du 
Parlement de 1604 en leur faveur, sans parler de la confir- 
mation de leurs droits en 1620. Une telle situation était 
inattaquable, aussi elle ne fut pas attaquée. Mais le clergé 
semble avoir porté ses efforts d'un autre côté. 

Quand les vieux documents reprennent la parole, c'est 
de nouveau la voix de Guillaume Neveu qu'ils nous font 
entendre. I^e bonhomme se faisait vieux. Sentant sa fin pro- 
chaine, il cherchait à mettre de l'ordre dans ses affaires. Il 



252 LES ÉGLISES SOUS l'ÉDIT DE NANTES 

s'était enfin réconcilié avec son pasteur. Mais sous la tran- 
quillité apparente dont jouissait l'Église, il y avait des élé- 
ments de trouble autrement dangereux que les querelles 
d'antan. Scalberge, vieilli au service de l'Église, souffrait 
d'une sourde hostilité. D'une part, des ennemis du dehors, 
ne pouvant rien contre son Église, s'attaquent à sa personne, 
et cherchent à entraver l'exercice de son ministère; et, 
d'autre part, les sempiternelles questions d'argent renais- 
sent, car le Synode réuni à Houdan fait écrire à Neveu, le 
15 mai 1662, la lettre suivante (1) : 

Monsieur et très cher frère, 

Si nous avons de la douleur d'entendre que jusqu'ici les soins que 
nous avons apporté au bien et à la subsistance de votre Église n'ont 
pas eu le succez que nous devions justement attendre, et si nous 
avons sceu avec déplaisir les souffrances de Mons r Scalberge, v re 
pasteur, qui depuis quelque tems a ressenti se qui se peut imaginer 
de plus rude et de plus fâcheux de la part de ceux du dehors, ce 
nous est aussi beaucoup de consolation d'apprendre que vous 
l'avez aidé de vos conseils et soutenu par les moiens qui sont de 
v re profession et en votre puissance, pour reposer les outrages qui 
ont esté faits, et arrester les violences de ses ennemis, afin qu'il put 
sans empêchement vaquer à l'exercice de son ministère. Vous 
ferez encore beaucoup pour son soulagement si, vous joignant 
avec ceux de n re compagnie que nous députons vers vous, vous 
donnez toutes les instructions utiles à l'exécution de leur commis- 
sion, et mettez tous ensemble la dernière main, soit à assurer et 
liquider les affaires qui regardent les rentes deues à vôtre Église, 
tant pour le principal et fonds que pour les arérages, soit à régler les 
contribu ons des particuliers, en sorte que par tous les moiens 
utiles à l'entretien du S* Ministère au milieu de vous, vous don- 
niez à celui qui l'exerce depuis tant d'années la satisfaction qu'il 
peut raisonablement demander de ceux au service de qui il a 
emploie ses travaux, au milieu d'un nombre infini de difficultez et 
de peines. Dieu vous mette au cœur ce que vous aurez à faire dans 
une si importante occasion, où il y va de la conservation d'un de ses 
troupeaux et de la consolation d'un de ses serviteurs qui nous est 
très considérable, et avec qui nous vous exhortons d'entretenir 
inviolablement cette louable et chrétienne union qui lie vos esprits 



(1) Arch. E.-et-L., dossier de Pont-Tranchefêtu. 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 253 

et vos affections depuis quelque tems. C'est le très ardent souhait, 

Monsieur, 

de 

vos très affectionnez serviteurs et frères au 
Seign r les pasteurs et anciens assemblez au 
Synode à Houdan, et pour tous. 

Montigny, modérateur. 

, TT , ^ Trouii^arT, modérateur adjoint. 

A Houdan ce 15 may 1662. A ,, . J 

J J Ai^bouy, secrétaire. 

MASSANES, secrétaire. 

Dans cette lettre, retenons ces craintes du Synode pour 
la conservation d'un troupeau (et non d'une Église), ces 
allusions à des difficultés rencontrées par Scalberge, à des 
peines qu'il a éprouvées. Dès 1660, l'Édit de Nantes com- 
mence à être, délibérément, appliqué « à la rigueur », c'est- 
à-dire qu'on tourne contre les réformés, grâce à de savantes 
arguties, tout ce que l'Édit avait établi en leur faveur. 
Depuis longtemps, les autorités contestaient aux pasteurs 
le droit de desservir leurs annexes (qui cependant étaient 
toutes des lieux d'exercice autorisés) et d'exercer leur 
ministère auprès de leurs paroissiens disséminés. Iy 'inter- 
vention des Synodes nationaux avait réussi, tant que 
Iyouis XIV en autorisa la réunion (1), à combattre cette 
abusive prétention du pouvoir. En 1660, le cercle s'est 
resserré; il n'est plus permis au pasteur de prêcher en plus 
d'un lieu. On comprend à quel point cette législation nou- 
velle entravait l'activité de Scalberge, dont précisément la 
circonscription comprenait plusieurs lieux d'exercice. Ce 
n'était pas trop de l'esprit retors d'un Neveu pour suggérer 
au vieux serviteur de Dieu un moyen de concilier les 
devoirs de sa charge avec les exigences d'une administra- 
tion décidée à donner pour sanction à ses ordres la suppres- 
sion des Églises réformées. 

Comment Scalberge s'y prenait-il? Comme nous le ver- 
rons dans le chapitre où nous étudierons la situation maté- 

(1) I«e dernier est celui de I<oudun (1659-1660), comme nous l'avons dit. 



254 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

rielle de l'Église de Chartres, Scalberge semble s'être tou- 
jours efforcé de laisser le moins possible de traces palpables 
de son activité, et surtout de ses pérégrinations. Ses registres 
sont étrangement tenus ; et nous serions fort disposés à en 
juger les lacunes intentionnelles. De 1660 à 1665, on ne 
trouve relaté aucun acte pastoral. Or, c'est précisément la 
période critique dont parle la lettre synodale. Nous revien- 
drons sur ce sujet. 

Quelles étaient, maintenant, les « peines » de Scalberge? 

11 y avait une forte recrudescence dans l'activité du clergé. 
Ses sollicitations, auprès des adeptes de l'hérésie de Calvin, 
se faisaient plus pressantes. A vrai dire, pour ces années-là, 
je n'ai pas relevé d'autre abjuration dans les registres 
paroissiaux de Chartres que celle d'une jeune Orléanaise, 
qui était en traitement à l' Hôtel-Dieu, et qui se fit catho- 
lique le 12 mai 1660, à l'âge de 18 ans. Mais on trouve de 
temps à autre, en marge des actes de baptême, la mention : 
« baptisé sous condition ». Ne s'agit-il pas d'enfants dont les 
parents étaient protestants? On comprend le chagrin que 
ces défections discrètes devaient causer à Scalberge. Tout 
ce que Neveu pouvait faire, en pareille occurrence, c'est de 
ne pas causer à son pasteur d'autres tracas. 

Il semble, d'ailleurs, avoir pris à tâche de mettre un peu 
d'ordre dans les affaires d'argent dont il avait été chargé. 
Le 21 mai 1663, il s'occupe, devant le présidial, du soin de 
recouvrer une créance sur Richard Moulin et Jean Lorin, 
qui devaient, depuis le 12 octobre 1643, une rente de 

12 1. 10 s. à l'Église, et s'en acquittaient fort mal, par la 
bonne raison qu'ils étaient morts l'un et l'autre et que leurs 
héritiers s'étaient empressés de ne pas se faire connaître. 
On put cependant découvrir, dans la succession d'Bdme Au- 
bertin, qui avait constitué la rente, une propriété de 
14 arpents, appelée la Richardière, sur laquelle il était loi- 
sible de faire une saisie pour retrouver, en capital, la rente 
en souffrance. Le présidial fit droit à la requête, mais 
quand la saisie fut enfin opérée, après les interminables 
délais habituels à cette époque, Neveu était mort depuis 



E EGLISE DE PONT-TRANCHEFETU. — HISTOIRE 255 

longtemps. L'arriéré, qui comprenait l'année 1667, s'éle- 
vait à 292 1. 10 s. ! Et l'affaire traîna longtemps encore. 

Les 22, 23 et 24 février 1664, M e Guillaume Neveu eut 
trois interminables conférences avec Pierre Dalvimare 
(le fils de Louis Dalvimare), que le Consistoire avait délégué 
auprès de lui poiîr débrouiller les questions relatives aux 
rentes de l'Église; plusieurs des titres lui appartenant 
étaient, en effet, établis au nom de Neveu, et l'on devine le 
désordre qui en était résulté. 

Le même jour, 24 février, Dalvimare rend compte de 
sa mission aux « chefs de famille de l'Église que les Édits 
du Roy obligent d'appeler prétendue Réformée » (ainsi 
s'exprime le titre du procès-verbal). L'acte parle de la mort 
de Neveu comme d'un événement tout prochain. Il s'agis- 
sait de transcrire au nom de Dalvimare les rentes qui étaient 
au nom de Neveu, comme d'autres, précédemment, avaient 
été au nom de Dalvimare père; précaution nécessaire, 
car les Consistoires ne possédaient pas pleinement et expli- 
citement la capacité civile, et il importait de dissimuler les 
biens de l'Église à tous ceux — État ou clergé — qui pou- 
vaient les convoiter. Neveu se refusait à consentir à cette 
transaction, et ce refus remplit l'assemblée « d'une très 
sensible douleur ». « Et néantmoins voulant espérer que 
Dieu exaussant nos prières amolisse son cœur et recueillera 
sa conscience avant que de mourir à ce qu'il s'acquitte de 
cette justice», l'assemblée charge Lemaire, Alain et Dalvi- 
mare « de le soliciter encores au nom de Dieu, et par le zèle 
qu'un chrestien orthodoxe doibt avoir pour la subsistance 
du règne de Christ par le pur ministère de sa parolle, de 
donner la satisfaction qui luy est demandée» (1). 

Que se passa-t-il au lit de mort de Neveu? (car il mourut 
peu après). On ne le saura jamais exactement. Cependant, 
il ne semble pas avoir joué jusqu'au bout ce rôle d'honnête 
homme dont personne n'était dupe; il paraît bien qu'à ses 
héritiers, il ne cacha pas la vérité. Le 4 mai 1664, Lenor- 

(1) Pour le dire en passant, l'Église avait alors pour anciens Dalvimare, J. Cailleau, 
ternaire et Papillon de Vaubérault. 



256 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

mand, dit La Mairie, demande au nom de ses enfants, « pe- 
tits enfans de feu le S r Guillaume Neveu », à être déchargé 
des papiers et contrats qui concernent les rentes de l'Église. 
Les chefs de famille donnent à P. Dalvimare pouvoir d'en 
prendre charge. 

Le 18 mai, après le prêche, Lenormahd représente que 
Neveu détenait 332 livres provenant du legs fait à l'Église 
par Fresnot (1) ; de plus, Neveu lègue 150 livres à ladite 
Église ; et les héritiers désirent fort « vuider leurs mains 
desdites sommes et en être valablement déchargés». On 
commet, à cet effet, Dalvimare et Alain. 

On paraît s'être surtout occupé d'affaires d'argent les 
années suivantes. Le 5 mai 1667, le Synode provincial réuni 
à Clermont règle définitivement le litige entre l'Église de 
Fontaines et le quartier de Saint-Martin-de-Nigelles et 
de Houx, qui avait formé jadis une Église, réunie ensuite à 
celle de Jonvilliers, puis, avec celle-ci, à l'Église de Chartres, 
et détachée, nous ne savons quand, pour grossir l'Église de 
Fontaines. Il s'agissait de la jouissance du legs d'Esther de 
Chartres, demoiselle de Jouy. Déjà, dix ans auparavant, le 
Synode de La Ferté-au-Col s'était occupé de cette affaire. 
Nous en reparlerons dans la suite. Qu'il nous suffise de rele- 
ver, comme un symptôme des sentiments des protestants 
d'alors, la note très optimiste qui termine la délibération, 
inspirée tout entière, du reste, par cet optimisme : « en cas 
que la Providence restablisse l'Église de Houx et de Saint- 
Martin». Quelques années plus tard, ces illusions tombe- 
ront (2). 

En 1671, de nouvelles difficultés surgissent à cause de 
l'administration de l'Église, et du parti que l'on a pris d'ins- 
crire ses rentes sous le nom de divers particuliers. Après 
Neveu, c'était Lemaire. Et Lemaire venait de mourir (3). 



(1) En 1641. 

(2) Disons cependant que pour l'Église de Houx, cet optimisme était justifié. On verra 
qu'elle était reconstituée, comme Église indépendante, en 1679. 

(3) Son inhumation ne figure pas dans le registre. Peut-être est-elle plus ancienne. Car 
Jeanne-Marie I,emaire, qui fut enterrée à Chartres le 30 juin 1669, est qualifiée de * veufve 
de Pierre ternaire . » 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — ■ HISTOIRE 257 

Scalberge et les chefs de famille convoquent à l'assemblée 
générale, pour le 27 septembre, Pierre Augiers, ministre à 
Favières, Daniel de Camp, ministre à Laons, accompagné 
de Jacques Blin, ancien dans la même Église (i). La diffi- 
culté vient de ce que par suite des décès et des défections, 
les hommes se font rares dans l'Église. Il en est peu, parmi 
ceux qui habitent Chartres, dont la situation offre assez de 
surface pour qu'on puisse, en toute sécurité, leur donner la 
mission de confiance, particulièrement délicate, de gérer une 
fortune inscrite en partie à leur nom, mais qui ne leur appar- 
tient pas. Ou plutôt, il n'y a qu'un seul homme digne de 
remplir cette fonction, c'est le docteur Louis Scalberge. On 
comprend que son père ne veuille pas prendre sur lui de le 
proposer aux suffrages; d'où ce recours aux bons offices de 
collègues du voisinage. Comme bien on le pense, Louis Scal- 
berge fut nommé, contre « ample reconnoissance » que les 
titres à lui confiés n'étaient pas sa propriété, mais celle de 
l'Église. Désormais, l'on verra le docteur Scalberge se char- 
ger absolument des affaires de l'Église, et seconder, jus- 
qu'à se substituer à lui, son vieux père (2). 

Cependant lorsque, le 15 novembre suivant (3), Pierre 
Dalvimare et François Alain sont appelés à rendre leurs 
comptes, on y relève des erreurs. Vaubérault (4) et le doc- 
teur Scalberge sont chargés de le leur faire remarquer, 
et de solliciter les rectifications nécessaires. Ils furent très 
mal reçus. Bien loin de leur donner satisfaction, les sieurs 
Dalvimare et François Alain ont « vomi contr'eux et contre 
l'Église des outrages infâmes ». Rapport en est fait au Con- 
sistoire le 13 décembre. A la place des deux émissaires si 
mal accueillis, on délègue Cailleau et Lefébure. Précaution 
inutile. Le sieur Dalvimare a « continué en paroles impu- 
dentes et dit qu'il ne rendroit point conte de nouveau 



(1) Arch. E.-et-I,. Dossier Pont-Tranchefêtu. 

(2) ^'inventaire des titres du Consistoire fait à cette occasion par P. Augier et D. de 
Camp comprenait 264 pièces, qu'ils paraphèrent toutes. Inutile d'ajouter qu'elles ne nous 
sont point parvenues. 

(3) Registre de Pont-Tranchefêtu. Bibl. de Chartres 

(4) Papillon de Vaubérault. 

17 



258 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

qu'au retour du S r François Alain, qu'il a dit ne devoir 
être que dans six mois d'icy». Et, le 27 décembre, le Con- 
sistoire décide « qu'il en seroit écrit à l'Église où on pourra 
sçavoir qu'il se range». 

Mais Dalvimare s'obstine. Et l'on est d'avis, le I er mai 
1672, « que puisqu'il ne veut pas escouter de rentrer à 
l'amiable audit compte, il sera poussé en justice». Le 5 juin, 
on laisse à la prudence de Scalberge le soin de fixer la date 
des poursuites. Je ne sais comment finit l'affaire. 

Passons sur une affaire de mur mitoyen qui, le 14 juin 
1674, se termine par une transaction. François Lepage avait 
élevé des constructions intempestives sur le mur du cime- 
tière de Pont-Tranchefêtu. Le 9 décembre de la même 
année, le Consistoire et les chefs de famille ont à s'occuper 
de l'action intentée aux fils d'Edme Aubertin, pour le 
recouvrement des 12 1. 10 s. de rente (250 livres en capital) 
qui avaient amené le dernier recours de Neveu au présidial. 
C'est sa petite -fille, Madeleine Lenormand, qui pieusement 
s'est chargée de l'affaire. Elle demande à l'Église de l'in- 
demniser des frais que cet interminable procès lui a occa- 
sionnés, ce qu'on lui accorde de grand cœur. Il paraît que 
les fils Aubertin avaient obtenu que la saisie prononcée ne 
serait pas exécutée. On envoya le docteur Scalberge à Paris 
et à Charenton, pour édifier le Consistoire de Paris sur cette 
affaire et le prier d'intervenir auprès des sieurs Aubertin 
pour un règlement à l'amiable. Sinon, on s'adresserait aux 
tribunaux. 

Le 25 février 1675, « M rs Quineau et Trumeau ont esté 
nommés à la charge d'anciens par trois dimanches suivants 
et receus en face d'Église à l'accoustumée et suivant la dis- 
cipline ». Trumeau ne devait pas rester longtemps en fonc- 
tions; le 24 juillet 1678, il donna sa démission, qui est 
acceptée. 

L'Église, aux prises avec des difficultés croissantes, 
semble se désorganiser (1). Le 4 septembre 1678, c'est le 

(1) Cependant, on ne trouve que des abjurations d'étrangers dans les registres parois- 
siaux. V. ci-après p. 266. 



L'ÉGLISE DE PONT-TRANCHEFETU. — HISTOIRE 259 

docteur Scalberge qui est déchargé, non de sa fonction d'an- 
cien, mais de celle d'administrateur des biens du Consis- 
toire. Il venait d'obtenir une solution dans l'affaire des héri- 
tiers Aubertin; par suite d'un contrat signé le 4 avril 1677, 
ceux-ci avaient versé 300 livres, dont L. Scalberge avait 
remis 250 à l'Église, et se disposait à remettre le reste. Il 
avait aussi recouvré 550 livres, « provenant de la rente de 
30 1. 10 s. que les héritiers Dangeau faisoient à l'Église sous 
le nom de feu Louis Dalvimare » ; puis encore 150 livres pro- 
venant du remboursement de la rente de 7 1. 10 s. constituée 
par le sieur Bagneux, apothicaire à Chartres, sous le nom 
de Jacques Lemaire. C'est, on le voit, une véritable liqui- 
dation. Les 950 livres ainsi remises devront être placées en 
rentes pour l'entretien du ministère : je ne sais si elles le 
furent effectivement. 

Le dernier acte du Consistoire qui nous soit conservé est 
du dimanche 19 mars 1679; il est ainsi conçu : 

La Compagnie voiant que la nécessité des affaires, autant que la 
tenue prochaine du Synode, Tobligeoit à demander et à ordoner une 
contribution par un chacun des fidèles, le peuple viendra se cot- 
tiser là mesme volontairement, ce qui durera autant que la provi- 
dence de Dieu permettra nos s tes assemblées. 

P. Scalberge. 

min. 

Scalberge, méd., 

ancien. 

M. Lefaibure. J. Cailleau. 

ansiaint. ansien. 

Pour les rédacteurs, réduits à quatre (dont deux illettrés) 
de ce document, la révocation de l'Édit de Nantes n'est plus 
qu'une question de temps. Ils ne se font plus la moindre 
illusion; ils prennent ces partis désespérés de l'assiégé qui, 
ayant perdu tout espoir, se borne à prolonger le plus pos- 
sible son agonie. 

Le pasteur Scalberge ne vit pas la catastrophe. Dans les 
dernières années de sa vie, il dut avoir recours, parfois, à 
l'assistance d'un collègue. Le 11 décembre 1678, un baptême 
est administré par Jacques Véron, le pasteur de Favières. 



2Ô0 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Puis, le nom de Scalberge reparaît. Le dernier acte qu'il ait 
signé est daté du 21 novembre 1681 : c'est l'inhumation de sa 
belle-fille, Suzanne Poirier (M me Louis Scalberge), qui repose 
dans le cimetière huguenot de Chartres. A la fin de 1681, le 
registre est déposé au greffe du bailliage. En 1682, aucun 
acte pastoral n'est indiqué, et l'an d'après, dès le I er jan- 
vier, c'est Jacob Véron qui signe. Scalberge était donc mort 
dans le courant de 1682, après un ministère de cinquante 
ans. 

Bn même temps que l'Église de Favières et que celle de 
Chartres, J. Véron eut à desservir celle de Dangeau, qui 
était d'un autre Colloque et d'un autre Synode, grande 
marque de désarroi. Il enterra beaucoup de morts en 1683 : 
douze, dont quatre à Dangeau. Il baptisa six enfants, il 
bénit deux mariages, dont celui de Jean de Fauquember- 
gues, sieur du Fayel, fils du célèbre pasteur de Dieppe. 
Beaucoup de morts ! N'est-ce pas son Église elle-même qui 
était en train de mourir? Le registre qui devait servir en 
1684 est resté vierge. Celui de 1685 n'existe même pas. 
C'était la fin. 

Tout ce que l'on sait sur l'Église de Chartres en 1685, c'est 
que le cimetière huguenot servait nuitamment de rendez- 
vous à toute la canaille. Mais écoutons plutôt la plainte (1) 
qu'adressait aux échevins, en juillet de cette année, un voi- 
sin qui n'était pas le premier venu, puisqu'il s'agissait de 
M. Nicole, président de l'élection de Chartres. Il est pro- 
priétaire d'une maison a proche de l'église S te -Foy et 
du jardin en dépendant, le long duquel règne la ruelle de la 
Bourdinière (2) et le cimetière de ceux de la religion pré- 
tendue réformée, contenant ladite ruelle 7 toises de long 
sur 4 à 5 pieds de large ou environ ». Or, dans cette ruelle, 
« les gens de mauvaise vie tant de l'un que de l'autre sexe se 
retirent ordinairement,estant située dans un endroit peu 
fréquenté, et passent par dessus les murs de terre couverts 



(1) Arch. munie, de Chartres, C 2 a. 

(2) Distincte de la rue du même nom, elle formait le prolongement de la rue Sainte-Foyî 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — HISTOIRE 2ÔI 

de chaulme de 4 pieds de haut, qui font la closture dud. 
cimetière, descendent dedans, y commettent toutes sortes 
d'actions deshonnêtes, jurent, blasphèment, ce qui cause un 
très grand désordre et scandale dans le public, lequel n'est 
pas mesme en seureté lorsqu'ils passent de nuit par cette 
ruelle, non plus que led. S r Nicole, dont la maison res- 
pond sur icelle». Déjà le 11 septembre 1684, il a dû porter 
plainte devant le prévôt, « pour violences et voyes de faict 
commises par les personnes qui fréquentent lad. ruelle et 
qui se retirent la nuit dans led. cimetière». De plus, cette 
ruelle est un réceptacle d'immondices. Nicole demande 
l'autorisation de la faire boucher à ses frais aux deux bouts. 
On nomma une commission. L'enquête démontra que 
cette venelle ne servait à rien, et que la requête de M. Nicole 
était recevable; on y fit droit. Il est facile encore, au- 
jourd'hui, de reconnaître l'emplacement de cette ruelle, 
que ferme une porte de fer, et par conséquent, celui de 
l'ancien cimetière protestant. 



CHAPITRE XV 

L'ÉGLISE DE CHARTRES RECUEILLIE AU PONT-TRANCHEFÊTU. 
STATISTIQUE 

I. La population. — Il est plus malaisé qu'on ne croit 
d'évaluer la population de l'Église de Chartres et de ses 
annexes au xvir 9 siècle. Pour la période qui se termine avec 
le départ d'Aubertin, nous n'avons pas le moindre indice 
de quelque précision. Un seul fait est certain, c'est que le 
nombre des fidèles est très restreint. Pour le grossir, on est 
obligé de réunir à l'Église de Chartres d'autres Églises, qui 
ne sont pas mieux partagées : Favières à l'origine, puis Jon- 
villiers et Cherville, lorsque Favières eut été rattaché à La 
Ferté-Vidame. 

On se rappelle par suite de quel accident nous n'avons 
pas, pour Chartres, de registres antérieurs à 1639. Peut-on 
tabler sur ceux qui nous restent pour évaluer la population, 
dans les années suivantes, au milieu du siècle, si l'on veut 
une date fixe? Gardons-nous de le croire ! Du moins ne 
faut-il se servir de cette source d'informations qu'avec une 
extrême circonspection. 

Constatons d'abord que nos registres sont spéciaux à 
l'Église de Chartres : celles de Jonvilliers et de Cherville 
avaient les leurs, qui sont perdus. L'Église de Cherville n'a 
jamais dû être numériquement considérable, dût toute la 
population du hameau avoir pris la religion du seigneur (1), 

(1) Ce n'était pas le cas. 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — STATISTIQUE 263 

et dussent quelques fermiers du voisinage s'être joints à ce 
petit troupeau. Quant à l'Église de Gallardon (ou de Jon- 
villiers), elle était beaucoup plus importante. Elle se com- 
posa longtemps de trois « quartiers », qui eux-mêmes 
avaient eu, et avaient espéré recouvrer, une existence indé- 
pendante : Jonvilliers, Denonville (i), Houx-Saint-Martin. 
Ce dernier quartier comprenait les protestants de Mainte- 
non et des environs. Or, il y eut à Maintenon même (dont 
le nom n'est cependant pas cité comme centre d'un quar- 
tier) assez de nuguenots aisés, pour qu'une dizaine d'entre 
eux aient constitué solidairement une rente d'une certaine 
importance, pour l'entretien du pasteur. Il semble donc 
difficile d'attribuer moins de deux cents fidèles aux Églises 
de Jonvilliers et de Cherville vers 1650 ou 1660, c'est-à- 
dire dans ce qu'on a appelé « la belle époque ». 

Reste Chartres et ses nombreux disséminés. Le premier 
trait qui frappe, lorsque l'on examine les registres, c'est le 
très petit nombre des actes pastoraux. Jusqu'en 1668, seuls 
les baptêmes sont mentionnés. Or, il n'y en a pas trois par 
an, en moyenne, jusqu'en 1652, et neuf en tout de 1653 à 
1667 ! Cela supposerait une population d'une invraisem- 
blable faiblesse. 

Mais regardons de plus près. Des années entières man- 
quent : 1647 à 1649, ID 54, 1656, 1660 à 1665, 1667; et 
pourtant, il n'y a pas de lacunes dans le registre, il n'y a 
simplement pas d'inscriptions. Certaines familles reviennent, 
toujours les mêmes; ce sont presque toujours des familles 
modestes. Les autres, nous les connaissons par les parrains, 
les marraines, les titres de rente ou les actes du Consistoire. 
Biles ne figurent pas dans les actes de baptêmes, et pour- 
tant, ces gens ont eu des enfants, qui ont grandi, qui ont 
pris leur place dans l'Église. 

A priori, on peut donc affirmer que le registre, tel qu'il 
nous est parvenu, n'est pas complet. Examinons-le de plus 



(1) Au xvn e siècle, Denonville fut rattaché à l'Église de Bazoches-en-Dunois, avec Ger- 
mlgnonville erSancheville. 



264 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

près encore : il va lui-même nous l'avouer. Vers la fin de ses 
jours, Scalberge a transcrit quelque part sur une feuille de 
garde du registre, les noms de ses sept fils, avec la date de 
leur naissance et de leur baptême. Les trois derniers de- 
vraient figurer dans notre registre : or aucun ne s'y trouve. 
De plus, dans le dossier sur l'Église de Pont-Tranchefêtu 
appartenant à l' Hôtel-Dieu de Chartres, se sont égarées 
deux feuilles volantes, où d'une main hâtive, et visiblement 
sans se relire, Scalberge a transcrit la liste des enfants de 
Jehan Cailleau (trois), de Toussaint Martin (un), de Pierre 
Quartier (trois) et de Claude du Moutier (cinq). Ce n'est 
pas tout. Lorsque Guillaume Neveu mourut en 1664, il 
avait pour héritiers deux enfants mineurs de sa fille, 
M me Lenormand. Mineurs : ils sont présentés par leur 
père ; puis, quelques années après, c'est la demoiselle Lenor- 
mand, sans doute orpheline, qui prend en mains les affaires 
assez compliquées de la succession ; son frère devait être plus 
jeune. Voilà donc deux enfants, baptisés entre 1640 et 1650, 
qui ne sont mentionnés sur aucun registre à nous connu. 
Bt la liste est-elle complète? Supposons qu'elle le soit, bien 
qu'on doive en douter : le nombre moyen des baptêmes, 
entre 1639 et 1646, s'élève de ce chef de trois à cinq par 
an. 

Scalberge avait sans doute ses raisons pour tenir ainsi ses 
registres, et pour ne rien y inscrire du tout dans les années 
critiques, autour de 1660. Peut-être faut-il voir là des 
marques de la même prudence qui fera inscrire au nom de 
fidéicommissaires les rentes appartenant à l'Église. On peut 
se demander comment était constaté l'état civil des fidèles. 
Passe encore pour l'absence de registre mortuaire : le décès 
d'un huguenot ne donnait lieu à aucune cérémonie reli- 
gieuse. Mais les mariages? Où et comment étaient-ils 
inscrits? Y avait-il un brouillon, aujourd'hui perdu? Se 
servait-on de feuilles volantes? Avait-on recours à des ins- 
criptions authentiques sur la Bible de famille, ce qui expli- 
querait pourquoi presque tous les noms portés sur nos 
registres sont ceux de petites gens ou d'illettrés? Il est dif- 



i/ÉGlJSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — STATISTIQUE 265 

ficile de le dire; peut-être que toutes ces explications sont 
bonnes, et peut-être aucune. 

A partir de 1668, une législation nouvelle amène un chan- 
gement dans la tenue des registres. Désormais, d'année en 
année, ils seront cotés et paraphés au greffe du bailliage, et 
bientôt, on les établira sur papier timbré. Allons-nous cons- 
tater un accroissement dans le nombre des actes pastoraux? 
Non ! La moyenne des baptêmes est à peu près la même, 
avec beaucoup moins de régularité, et le nombre des ma- 
riages et des décès est à peu près en rapport avec celui des 
naissances. Tel qu'il était, le registre pouvait sembler exact 
à un greffier peu averti. Mais où l'honnête plumitif ne 
voyait pas malice, il nous est possible, à nous, de toucher 
du doigt la supercherie. 

Les actes portés au registre officiel ne sont que des copies : 
c'est visible. Les signatures (quand les parties savaient 
signer) sont transcrites, sans intervalle, de la main de Scal- 
berge. Jamais la moindre allusion, d'ailleurs, à un original 
conforme. Ce système permettait évidemment toutes les 
omissions. Et à l'époque où il n'était pas permis à un pas- 
teur d'exercer son ministère en dehors du chef-lieu de la 
paroisse et de son lieu d'exercice attitré, ces omissions 
s'expliquent. Pour dissimuler les infractions à la loi, on a dû 
souvent ériger les Bibles en livrets de famille, et voilà pour- 
quoi, dans cette Église où il y avait eu de tout temps beau- 
coup de gens de qualité et de gens instruits, on trouve sur- 
tout des illettrés dans les actes pastoraux, quand ils n'avaient 
pas été accomplis à Pont-Tranchefêtu. 

Dans quelle proportion faudrait-il grossir le nombre des 
actes pour en avoir le nombre réel? Il est évidemment impos- 
sible de le dire, d'autant plus que dans le quart de siècle qui 
a précédé la Révocation de l'Édit de Nantes, la population 
de l'Église de Chartres a dû sensiblement diminuer, faute 
surtout de se recruter (i). A part le décès de Pierre Lemaire, 



(1) Et aussi, par suite de la défection de la noblesse; on a vu que dans les dernières an- 
nées, on ne pouvait même plus recruter le Consistoire dans la bourgeoisie aisée. 



266 LES ÉGLISES SOtJS L'ÉDIT DE NANTES 

nous n'avons pas relevé d'omissions certaines, pour les 
années qui fournissent des renseignements. Car toutes n'en 
fournissent pas. Nous n'avons rien pour 1672, 1673, 1677, 
1682, 1684, et chaque fois, à la fin du registre précédent, 
une note tendancieuse indique que le registre servira pour 
l'année suivante. Cette remarque seule suffirait à trahir la 
supercherie. 

Ainsi, il ne faut pas tirer de conséquences trop rigou- 
reuses du nombre des baptêmes, des mariages, des inhu- 
mations portés au registre de Pont-Tranchefêtu. Tout ce 
qu'ils peuvent nous dire, c'est que l'Église était fort peu 
nombreuse, ce que nous savions déjà. Peut-être, avec Jon- 
villiers, avec Cherville, avec toutes les petites Églises de 
fief, avec tous les disséminés, a-t-elle atteint le chiffre de 
quatre cents âmes entre 1650 et 1660. 

Quel a été, avant 1680, le compte des profits et pertes de 
l'Église, ce qu'elle a gagné par le prosélytisme, ce qu'elle a 
perdu par les abjurations? Nous connaissons trois conver- 
sions de catholiques au protestantisme : celle de Fran- 
çois Langlois (vers 1636), que signale Élie Benoît; celle de 
Claude Guillot, sieur de la Tour, le 23 octobre 1650, et celle 
de Jacques Mortier, de Vendôme, le 24 août 1653, portées 
au registre des délibérations du Consistoire. Ainsi, même en 
plein xvn e siècle, malgré toutes les entraves mises à l'exten- 
sion du protestantisme, il faisait encore des adeptes. Quelles 
étaient ses pertes ? L'évaluation en est plus difficile à 
faire. 

Vers 1660, Scalberge a de sérieuses inquiétudes pour 
l'existence de son troupeau : nous nous attendions à trou- 
ver à Chartres, à partir de cette époque, un grand nombre 
d'abjurations. Or, il n'en est pas une qui ait réellement dimi- 
nué l'Église réformée recueillie à Pont-Tranchefêtu. Dans 
les paroisses de Chartres, aucune abjuration proprement 
dite. A l'Hôtel-Dieu, par contre, on en relève six en vingt 
ans : le 12 mai 1660, Bsther de la Margueritte, d'Orléans, 
âgée de dix-huit ans; le 9 mars 1669, Daniel Morel, pei- 
gneur, natif de Sedan, environ trente-six ans; le 21 fé- 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — STATISTIQUE 267 

vrier 1675, Jean-Baptiste Vulhen (1), natif de Strasbourg, 
soldat au régiment de Lisbourg (sic), âgé de dix-sept à 
dix-huit ans ; le 6 avril suivant, un autre soldat, Jean Bigot, 
dit la Ruine, du régiment d'Anguien, âgé de trente-cinq ans 
(il mourra le 10 avril), suivi de près (24 avril) par son cama- 
rade Jean de Brune, dix-huit ans, qui mourra le surlen- 
demain; enfin, le 29 octobre 1679, Jean-François de Fer- 
ney, « de proche Berne en Suisse», vingt-six ans; et le 
15 octobre 1685, à Sainte-Foy, la famille Devin, de Rouen 
(trois personnes). Ainsi, des malades, des inconnus de pas- 
sage que personne ne visitera, sinon l'aumônier, qui abu- 
sera de leur faiblesse physique pour les circonvenir ; pas un 
Chartrain. 

En revanche, à partir de 1660, comme nous l'avons dit, 
plusieurs baptêmes sont administrés à Chartres « sous con- 
dition»; il s'agit évidemment d'enfants huguenots que l'on 
élèvera catholiques. Et voilà ce qui inquiétait Scalberge. Il 
n'avait pas tort. C'est ainsi que l'Église de Chartres, insen- 
siblement réduite, a fini par disparaître presque complète- 
ment. 

De quels éléments se composait cette Église et où rési- 
daient ses membres? Il n'est pas possible de dresser, par 
localités et par professions, une liste exacte et complète des 
chefs de famille. Les actes de constitution de rentes, les 
registres consistoriaux de Chartres ou des Églises voisines 
nous donnent des renseignements trop incomplets et trop 
peu précis. Tels noms ont pu s'éteindre de bonne heure, au 
point de vue protestant, ou se rapporter plutôt à d'autres 
Églises (2) ; mais aussi, étant donné la façon dont les 
registres sont tenus, ils peuvent fort bien avoir subsisté sans 
que nous le sachions. D'autre part, le domicile des parrains 
et marraines, et même celui des parents des enfants bapti- 
sés, n'est pas toujours indiqué. Il en résulte un certain 
flottement. Ainsi, il est impossible de savoir quelles familles 



(1) Sans doute Wilhelm. 

(2) Ainsi Mollard, Baril, Baruzier, d'Allego (avocat au Parlement), Boissier, Cornu, 
Etienne, Moulin, etc. 



268 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

huguenotes habitaient Pont-Tranchefêtu. Peut-être les 
Guille, une dynastie de meuniers (i). 

On a vu qu'il y avait à Villebon, autour du château de 
Sully, un groupe assez nombreux de protestants. Nous 
avons déjà nommé ceux qui étaient, plus ou moins com- 
plètement, au service du duc. Il y en avait quelques autres, 
simples paysans, comme les Perrier. A Courville, il restait 
un petit groupe de religionnaires : les André, les Prévost, les 
Simon (2). Saint-Luperce en renfermait aussi : par exemple 
les L,efébure, meuniers à Blanville. Cette famille occupe, 
jusqu'à la Révocation, une assez grande place dans l'Église. 
Puis, il y a Saint-Georges-sur-Bure et les lieux voisins : sans 
parler des Berchères (3) et des Dangeau, mentionnons les 
Valmorin de Mérobert, et, dans un autre milieu, les L,efèvre 
(qui étaient meuniers), les Herbelin, les Marga (4), les 
Bouchard, etc. A Fontenay-sur-Bure, le moulin de Villaines, 
qui n'a jamais cessé d'appartenir à des protestants, était 
exploité par les Gaboriau. A Aufferville, près de Luplanté, 
il y avait tout une petite colonie de huguenots : les Cail- 
leaux, les Clément, les Pelletier. Comme nous le verrons, 
elle disposait d'un cimetière. A Meslay-le-Vidame, où, au 
xvi e siècle, le pasteur de Chartres a béni des mariages, il y 
avait encore, à la fin du xvii e , un sergent nommé Pierre 
Deschamps (5). Ses parents avaient constitué en 1664, en 
faveur de l'Église de Chartres, une rente de 55 1. 11 s. 2 d., 
par hypothèque sur leur terre de Chantepie, située dans le 
village aujourd'hui disparu de Saint-Denis-de-Cernelle (6). 
Bnfin, à Ormoy (7), vivait Butrope Bérou, avec un de ses 



(1) Lepage, locataire d'un immeuble appartenant au Consistoire, était protestant, lui 
aussi, d'après certains indices. 

(2) Un Simon, commis aux aides, meurt en 1676. 

(3) M. de Berchères habitait La Motte, où il mourut en janvier 1653. 

(4) Sans doute venus du Drouais. 

(5) En 1648, Dalvimare est qualifié « receveur de la baronnie de Meslay», mais il semble 
avoir habité Chartres, ou Maintenon. Une partie de sa famille vivait à Châteaudun. 

(6) Chantepie dépend aujourd'hui de Meslay-le-Vidame, et Saint-Denis, du Gault-Saint- 
Denis. 

(7) Commune de Dammarie. 



270 LES EGLISES SOUS LEDIT DE NANTES 

gendres, Jean Cailleau; Scalberge y a aussi assisté des 
pauvres. 

Le reste des religionnaires habitait Chartres ou les envi- 
rons immédiats (sauf, bien entendu, les familles dont nous 
n'avons pu identifier le domicile). A part les notables déjà 
nommés, ou dont les noms apparaîtront dans la suite 
(Neveu, Dalvimare, etc.), administrateurs, membres du 
Consistoire, comme les Alain, les Lemaire ou les Brun, 
citons, sans prétendre tout citer, les Baudet, les Fresnot, 
les Gallot, les Saint-Germain, les de la Croisière, les Lenor- 
mand, Isaac Tannay et Jean de la Châtre, qui étaient com- 
missaires aux aides, Louis Chartier, négociant (comme 
l'était Quartier), Jacques Ferré, compagnon menuisier, les 
Richer, les Lamontagne, les Morel. Quant aux Gaultier, 
aux Gaillard, aux Rasse, aux Proust, ce sont des incon- 
nus (1). Ne parlons pas des passants, des isolés, de quelques 
pauvres vieux sans famille (Martin, Hélouin, Belin, Noël), 
ni des renégats, ni des parrains et des marraines, au nom 
souvent reluisant, qui peut-être venaient du dehors. La 
liste diffère assez notablement de celle que nous avons 
dressée au xvi e siècle; on retrouve quelques noms : les 
Chollet, les Lemaire, les Baudet, les Gallot, les Cailleaux, 
les Vovelle, les Cheron, etc. D'autres, appartenant à des 
personnages fort bien posés dans l'Église, dès la première 
moitié du siècle, ou qui lui ont légué des rentes, sont évi- 
demment à ajouter aux listes de suspects dressées en 1562. 
Mais beaucoup d'autres noms encore ont disparu, familles 
éteintes ou retournées au catholicisme. 

II. L'administration. — L'organisation, toute démocra- 
tique, des anciennes Églises réformées se rapproche beau- 
coup, dans l'ensemble, de celle des Associations cultuelles 
modernes. Dans l'une et dans l'autre, on trouve une 
Assemblée générale en qui réside la souveraineté, et dont 
les Conseils administratifs ne sont que l'émanation. 

(1) De même que Poitrine, ancien au Synode de 1625. 



I/EGUSE DE PONT-TRANCHEFETU. — STATISTIQUE 27I 

Seulement, cette Assemblée générale n'a pas la même 
composition alors qu'aujourd'hui, et de fait, elle se réunit 
beaucoup plus souvent et prend une part beaucoup plus 
active aux affaires de l'Église que sa sœur moderne. 

Bile n'a pas la même composition : en effet, seuls les chefs 
de famille en font partie, les chefs de famille mariés au 
temple, et dont les enfants reçoivent l'éducation protes- 
tante. Ceci élimine déjà beaucoup de personnes : tous les 
célibataires n'ayant pas de ménage indépendant, pas de 
situation régulière, toutes les personnes dont la position 
n'est pas absolument nette au point de vue religieux. Aussi, 
dans les dernières années, cette assemblée du peuple est 
parfois très peu nombreuse; le 6 septembre 1669, par 
exemple, treize personnes constituent « la principale partie 
de l'Église» (1). Il n'y avait donc pas plus de deux douzaines 
de familles complètes, auxquelles il faut ajouter les céliba- 
taires et les isolés, ce qui confirme ce que nous avons dit plus 
haut. Lorsque le mari est absent, sa femme le remplace 
(ainsi M me Papillon de Vaubérault) ; lorsqu'il meurt, elle 
prend définitivement sa place (comme M mes Brun et Dal- 
vimare, dans l'assemblée que j'ai prise pour exemple). 

D'habitude, cette assemblée se réunit le dimanche, à 
l'issue du prêche. Bile négocie toutes les affaires, entend et 
discute tous les rapports, connaît de toutes les difficultés et 
de tous les différends, approuve les comptes, non sans les 
éplucher, et, comme à cette époque les caractères étaient 
hardis et bien trempés, le saint lieu retentissait parfois de 
discussions assez aigres, où, des grands mots, on ne laissait 
pas que d'arriver parfois aux gros mots. Zèle excessif peut- 
être, mais combien honorable, de gens qui prenaient très 
à cœur les affaires de leur Église. D'ailleurs, tout chef de 
famille devait contribuer de ses deniers à l'entretien de 
l'Église, et toute Église devait payer son pasteur. Avec 
quelle régularité, hélas ! on l'a vu. Mais toujours est-il que 



(1) Archives de l'Hôtel-Dieu de Chartres, II, A 5. Parfois, le procès- verbal ajoute que 
la majorité formait t la partie la plus saine » de l'Église; au surplus, ce sont là des formules 
qu'il ne faut pas prendre à la lettre. 



272 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

la très nette conscience de ces droits et de ces devoirs faisait 
des séances de l'Assemblée des chefs de famille tout autre 
chose qu'une formalité imposée par la loi, mais à laquelle on 
se soustrait le plus possible. 

Une des attributions de l'Assemblée générale était la 
désignation des membres du Consistoire (i), qui constituait 
à la fois le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire de 
l'Église, et qui avait la mission fort importante de nommer 
les pasteurs. A l'origine, lorsque l'Église de Chartres était 
nombreuse, le Consistoire se composait d'une douzaine de 
membres. Au xvn e siècle, il n'y en a plus que cinq ou six, 
comme dans les Conseils presbytéraux actuels. 

On n'avait nul égard, dans la désignation des anciens, à 
leur situation sociale; on ne regardait qu'à leur piété et à 
leur capacité, et si, pendant longtemps, le Consistoire de 
Chartres a surtout été composé de notables, c'est parce que 
ceux-ci offraient personnellement plus de garanties et parce 
qu'ils disposaient de plus de temps que les meuniers et les 
laboureurs auxquels on dut avoir recours dans la suite. 

La durée du mandat des anciens n'était nullement uni- 
forme dans toutes les Églises; sagement, on leur laissait 
une grande liberté sur les points où la symétrie n'avait 
aucun avantage. A Chartres, les anciens étaient nommés à 
vie, sauf démission dûment motivée, ou destitution. Lors- 
qu'une place d'ancien devenait vacante, l'Assemblée des 
chefs de famille procédait immédiatement à l'élection, et 
quinze jours après, le nouveau dignitaire, qui était tenu 
d'accepter ses fonctions, était solennellement installé. 

La fonction d'ancien était assez absorbante et assez 
délicate. A l'origine, le Consistoire se réunissait tous les 
dimanches ; plus tard, le roi réduisit les séances à deux par 
mois. Peut-être que dans la pratique, pour les petites 
Églises comme celle de Chartres, les séances étaient moins 
fréquentes. L'état du registre de procès -verbaux semble- 



(i) Réglementairement, à cette époque, les chefs de famille n'avaient que le droit de 
veto; mais en fait, l'élection directe était admise dans certaines Églises. 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — STATISTIQUE 273 

rait le prouver, mais il est fort douteux qu'il soit com- 
plet (1). Il semble avoir été tenu avec un certain laisser- 
aller. 

L,e pasteur était président de droit, lorsque l'Église avait 
un pasteur. Car les Églises réunies à d'autres, à titre d'an- 
nexés, conservaient leur administration propre : ainsi, il y 
avait un Consistoire et une Assemblée des chefs de famille 
à Cher ville, à Jonvilliers, après leur réunion à celle de 
Chartres; de même qu'aujourd'hui, Marsauceux et Nonan- 
court constituent deux Associations cultuelles distinctes, 
que le pasteur de Marsauceux dessert l'une et l'autre. 

Cependant, il n'y avait qu'un délégué laïque au Synode, 
puisqu'il n'y avait qu'un pasteur. Ce délégué, désigné par 
le Consistoire, était défrayé par l'Église. Souvent, il ne pou- 
vait pas siéger, peut-être faute d'argent. Alors le Synode 
examinait les motifs de l'absence, et, s'il les jugeait valables, 
l'excusait, et permettait au pasteur de siéger seul (2). 

Mais revenons aux attributions du Consistoire. Bt d'a- 
bord aux attributions administratives. Il y avait un secré- 
taire (3) et un trésorier. Le secrétaire rédigeait les procès- 
verbaux, tenait les registres, au moins en principe, car je ne 
suis pas sûr que toutes les délibérations soient de sa main ; 
le pasteur semble parfois y avoir fortement collaboré, ce 
qui ne nous éloigne guère des errements actuels. Dans une 
petite Église et un Consistoire peu nombreux, il est assez 
naturel que les choses se soient passées en famille. 

Quant aux fonctions du trésorier, elles étaient plus absor- 
bantes, plus délicates, plus désagréables et surtout beau- 
coup plus compliquées. I,a science financière était alors 
dans l'enfance; sauf dans quelques administrations de 

(1) Il est même certain qu'il ne l'est pas. On retrouve parfois des procès-verbaux égarés. 

(2) Voici quelle a été la représentation de l'Église de Chartres à quelques Synodes pro- 
vinciaux de l'Ile-de-France : 1625 (Charenton), pour Chartres et Favières : E. Aubertin, 
Adrien Poitrine. 1649, Vitry-le-François, Scalberge, pas d'ancien. 1653 (Charenton), 
pour Chartres, Cherville et Jonvilliers, Scalberge, encore seul, de même qu'en 1655. En 1657 
(I,a Ferté-au-Col), Scalberge, Henry de Chartres, seigneur de Cherville. 1665 (Vitry-le- 
François), Scalberge seul; de même à Clermont-en-Beauvcisis, en 1667, et à Charenton en 
1669 et en 1679; de même encore à I,isy en 1681. Nous n'avons pas de renseignements sur 
les autres Synodes. (Bibl. de la Société de l'Histoire du Protestantisme, papiers Auzière) 

(3) ternaire, en 1648. 

18 



274 ^S ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

l'État, où Sully avait mis un peu d'ordre, il n'y avait 
aucun principe de comptabilité nettement défini. On pré- 
sentait bien des états, plus ou moins confus, des recettes 
et des dépenses, mais la notion de budget et celle d'exer- 
cice n'existaient pas, dans le sens où nous l'entendons 
aujourd'hui. 

Cette notion rudimentaire de la comptabilité était une 
première cause de désordre. Il y en avait d'autres. Si les 
Églises de Chartres, de Cher ville et de Jonvilliers formaient 
trois communautés, trois personnes morales ayant leur 
capacité juridique distincte et leurs biens séparés (i), elles 
étaient cependant rattachées par l'obligation commune 
d'entretenir un pasteur unique. D'où il résulte que le tré- 
sorier du Consistoire de Chartres, chargé de payer le trai- 
tement, était par cela même désigné pour recevoir les 
deniers affectés à cet objet. Or, les trois Consistoires avaient 
des biens et des revenus, dont nous parlerons tout à l'heure, 
complication nouvelle, cause nouvelle de désordre. 

De plus, comme la prudence exigeait que les rentes de 
l'Église fussent le plus possible dissimulées, on les avait 
constituées en fidéicommis; il y avait un ou plusieurs 
fidéicommissaires (2), dont l'administration chevauchait 
sur celle du trésorier. L,ui-même était détenteur d'une 
partie des valeurs. Et quant aux autres, celles qui appar- 
tenaient à l'Église de Chartres et celles qui provenaient de 
Jonvilliers ou de Saint-Martin se trouvaient parfois con- 
fondues entre les mêmes mains, de sorte que, même avec les 
états et les bordereaux minutieux que nous possédons, il est 
très difficile de se reconnaître dans ce fouillis. Si l'on ajoute 
à cela l'irrégularité notoire dans le paiement des rentes, on 
comprend que de fâcheux incidents, comme l'interminable 
affaire Neveu, aient pu se produire, et qu'il soit très dif- 
ficile,même à des juges aussi dépourvus de passion que les 



(1) C'était la communauté qui était personne morale, et non le Consistoire, simple 
« comité directeur » qu'à l'origine les actes officiels évitaient même de nommer. Situation 
pleine de subtilités et fertile en conflits. Cf. Pannier, L'Église réf. de Paris sous Henri IV, 405. 

(2) Dalvirnare père, puis Tullières, puis Dangeau, et Neveu brochant sur le tout. 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — STATISTIQUE 275 

historiens du xx e siècle, de porter une sentence équitable; 
pourtant nous connaissons les faits à peu près aussi bien 
que les Assemblées de chefs de famille et les Synodes du 
xvn e siècle, appelés à examiner des dossiers dont les pièces 
essentielles sont parvenues jusqu'à nous. 

D'habitude, chaque ancien était chargé de la police et 
de la discipline d'un des « quartiers » de l'Église, ainsi que de 
recueillir les deniers. Nous ne savons pas si cette règle était 
strictement observée dans l'Église de Chartres (i); nous 
n'avons, d'ailleurs, aucun renseignement précis sur ses 
subdivisions. Tout au plus peut-on supposer, d'après l'em- 
placement des cimetières, que Chartres, Pont-Tranchefêtu, 
Auffer ville et Villebon étaient chefs-lieux de quartier. 

Nous en arrivons ainsi à la deuxième, et peut-être à la 
plus importante des fonctions du Consistoire, à ses attri- 
butions religieuses. I^e Consistoire avait la direction spi- 
rituelle et morale de l'Église; non seulement il nommait le 
pasteur, fonction qu'il n'eut l'occasion de remplir, à 
Chartres, que trois fois au cours du xvn e siècle, mais il 
veillait sur la conduite des membres du troupeau. Un fidèle 
avait-il donné lieu à un scandale quelconque, dans sa vie 
publique ou dans sa vie privée, il était appelé, quel que fût 
son rang, à comparaître devant le Consistoire. Il s'expli- 
quait. S'il se repentait, on ne se montrait pas trop sévère. 
S'il prétendait se justifier, ou si décidément la faute était 
grave, on l'excommuniait pour un temps plus ou moins 
long. On a vu, dans le chapitre précédent, quelques exemples 
de cette juridiction, appliquée aux affaires de l'Église; les 
procès- verbaux ne nous ont guère conservé de jugements sur 
des affaires privées; on comprend pour quels motifs de 
discrétion, de charité ou simplement de prudence, ces sen- 
tences n'étaient pas toujours conservées, et peut-être, pas 
toujours écrites. 

Lorsque la sentence n'était pas acceptée, on en appelait 



(1) En 1656, par exemple, Cailleau remet des fonds à Scalberge et en reçoit quittance, 
mais nous ne savons où il les a recueillis; il a remis aussi des sommes venant de Jonvilliers 
et de Cherville. Cf. ms. 1317 de la Bibl. de Chartres, acte consistorial du 24 déc. 1656. 



27b LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

au Colloque, au Synode provincial, au Synode national 
même, ainsi qu'on l'a vu pour les affaires que nous avons 
racontées. 

Le Consistoire avait aussi à examiner les personnes qui 
désiraient être admises dans l'Église; il se rendait compte 
de leur sincérité, de leur honorabilité, de leurs connais- 
sances. Dans le cours du xvii e siècle, il a eu plusieurs fois 
l'occasion de faire passer de semblables examens, ainsi que 
nous l'avons dit. 

Voici, à titre d'exemples, quelle a été la composition du 
Consistoire de Chartres, à diverses époques, pendant le long 
ministère de Scalberge. En 1650, nous trouvons les signa- 
tures de Courcillon (1), de Josué de Valmorin (seigneur de 
Mérobert), de Périnet, de I^emaire, de Jean Cailleau et du 
fameux Neveu, que Brune remplacera l'an d'après. En 1664, 
ternaire et Cailleau sont encore là, mais ils ont pour col- 
lègues Papillon de Vaubérault, Dalvimare et Alain, qui 
est probablement secrétaire. En 1671, L,efébure et le doc- 
teur 1^. Scalberge ont remplacé ternaire. L,efébure est un 
brave meunier qui ne sait même pas l'orthographe de son 
nom : il signe : Lefaibure, ansiaint. En 1674, enfin, la com- 
position du Consistoire est presque entièrement plébéienne ; 
à côté du docteur Scalberge, fils du pasteur, et qui doit 
moins peut-être à cette circonstance qu'à sa culture et à ses 
talents d'être le bras droit de son père et la cheville ouvrière 
de l'Église, on voit siéger, avec Cailleau et Eefébure, 
Ivefèvre, Quineau et Trumeau. 

Avec le Consistoire, il y avait encore, dans toute Église 
réformée, un autre corps, le diaconat, qui était chargé de 
secourir les pauvres. Dans un troupeau aussi peu nom- 
breux et aussi disséminé que celui de l'Église de Chartres, on 
conçoit que le fonctionnement de ce comité était fort 
malaisé. Étant donné le petit nombre des indigents, il eût 
constitué, d'ailleurs, un rouage inutile. Aussi ne trouve- t-on, 
en fait de diacres, que le receveur des deniers des pauvres. 

(1) Louis II Courcillon de Dangeau. 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — STATISTIQUE 277 

En 1650, c'est Lemaire. Le receveur des deniers des pauvres 
était pris parmi les membres du Consistoire. 

Quels étaient, maintenant, les biens et les ressources de 
l'Église et les charges auxquelles ils étaient appelés à pour- 
voir? D'abord les immeubles. Nous ne parlerons pas de 
ceux des Églises de Jonvilliers et de Cherville. L'Église de 
Chartres possédait, à Pont-Tranchefêtu, un temple, dont 
nous avons déjà indiqué la situation et l'aspect; d'un côté, 
il y avait un cimetière, le jardin de la maison convertie en 
temple. De l'autre côté, se trouvait l'enclos dont la mention 
nous a permis de déterminer exactement la situation du 
temple. Cet enclos de 24 ares, sur lequel s'élevait une 
modeste chaumière, avait appartenu aux demoiselles de 
Dangeau. Toutes ferventes huguenotes qu'elles étaient (à 
l'encontre de leur frère, le célèbre marquis), elles s'acquit- 
taient fort mal de leurs obligations financières envers 
l'Église. En 1678, l'arriéré de leur dette s'élevait à 
150 livres. Il est probable que les nobles châtelaines étaient 
à court d'argent, car elles donnèrent ledit enclos pour se 
libérer. On l'afferma à raison de 20 livres par an à Lepage (1), 
pour quatre ans, à partir de Noël 1678. 

A Chartres, l'Église possédait le cimetière dont les bains 
Sainte-Foy actuels occupent l'emplacement, et qui servit 
encore, au milieu du xvm e siècle, à l'inhumation de mili- 
taires protestants de passage (2). 

Le 17 juin 1683, Daniel Cailleau l'aîné est enterré « en 
nostre cimetière» d'Aufferville. C'est le troisième cime- 
tière possédé par l'Église de Chartres (3) . Là où l'Église 
n'en avait pas, les morts ont été quelquefois, mais très rare- 
ment, inhumés dans les cimetières catholiques : ainsi, le 
12 juillet 1675, le petit Daniel Trumeau, qui avait été bap- 
tisé le 19 mars précédent. 



(1) Arch. de l'Hôtel-Dieu de Chartres, II, A 5. 

(2) Comme nous l'avons dit, par testament olographe du 10 janvier 1641, Fresnot léguait 
à l'Église de Chartres 400 livres, pour l'entretien du pasteur ou l'achat d'un presbytère. 
I<e Consistoire plaça la somme au denier vingt, le 22 mai 1643. 

(3) I,e cimetière de Villebon, situé dans l'enceinte du château, n'appartenait pas au 
Consistoire. 



278 LES ÉGLISES SOUS l'ÉDIT DE NANTES 

Pour le dire en passant, l'aspect de ces cimetières était 
fort simple : un enclos, avec de petits tertres symétriques; 
pas de monuments, pas de fleurs peut-être ; ainsi le voulait 
la sévère discipline huguenote, qui, par une réaction exces- 
sive contre le culte des morts, avait proscrit non seulement 
les cérémonies funèbres, mais jusqu'à l'érection des 
tombes. Des personnages de marque ont été censurés par 
les Synodes, pour avoir contrevenu à ces interdictions (1). 

Ensuite, les valeurs mobilières, les ressources pécuniaires. 
Il faut distinguer ici entre les revenus affectés aux dépenses 
générales de l'Église, et ceux qui étaient réservés à des ser- 
vices spéciaux, comme les secours aux pauvres ou l'entretien 
des académies. Dans la première catégorie, figurent les 
rentes constituées en faveur de l'Église et les souscriptions 
de ses membres ; dans la seconde, les quêtes faites dans les 
temples, et qui étaient destinées en principe aux pauvres, 
jusqu'à ce que la situation troublée de l'Église ait contraint 
le Consistoire de les attribuer aux dépenses du culte ; enfin, 
les souscriptions spéciales, dont le produit était versé au 
receveur général des Églises réformées. Nous ne parlons que 
pour mémoire des subventions du Trésor, qui n'ont grossi 
le budget protestant qu'à une époque antérieure à l'arrivée 
de Scalberge. 

Le montant des rentes de l'Église de Chartres est malaisé 
à déterminer rigoureusement, car l'administration est con- 
fuse et les paiements irréguliers. Précis en apparence, les 
chiffres que nous donnons sont donc approximatifs, ils 
représentent les droits du créancier. Lorsque, en 1643 (2), 
Dalvimare remet à Tullières les titres appartenant à 
l'Église, il dresse un bordereau détaillé, qui donne un total 
d e 335 1- 17 s - 8 d. de revenu normal, en tenant compte des 
amortissements. Un autre bordereau, dressé en 1647 par le 
même, pour constater l'état des arriérés, et qui contient, en 
partie les mêmes noms, en partie d'autres, suppose un 



(1) I,e fait s'est passé à Châteaudun, au moins deux fois. 

(2) I y e 2 décembre, 



i/ÉGUSE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — STATISTIQUE 279 

revenu de 373 1. 14 s. 3 d. Enfin une troisième pièce, dressée 
plus tard, sans date, porte à 149 1. 5 s. les rentes apparte- 
nant à l'Église de Chartres seule, à l'exclusion de celles, plus 
considérables, de Jonvilliers (1). Prenons, comme le plus 
précis, le deuxième chiffre. Il faudra, dans la suite, le réduire 
de 91 1. 13 s. 4 d. attribués à l'Église de Houx-Saint-Martin, 
et le grossir de 75 1. 11 s. 2 d., par suite de la création de 
rentes nouvelles. L,e total sera donc, dans les dernières 
années, de 357 1. 12 s. 1 d. 

Sur les contributions des chefs de famille, nous n'avons 
aucun renseignement précis. Mais la somme devait être 
faible et irrégulièrement payée. En effet, la pénurie, la pau- 
vreté de l'Église de Chartres est notoire. Tout ce que nous 
savons, c'est qu'en 1679, quand le désarroi a déjà commencé, 
quand la noblesse a déjà fait en partie défection, quand le 
Consistoire n'est plus formé que de gens du peuple, l'église 
de Chartres donne 22 livres au Synode, et en reçoit 200 (2). 
La somme a dû être plus élevée dans la belle époque, tout 
en restant modeste. Une explication peu claire sur la cou- 
verture du registre consistorial, semble porter à une cin- 
quantaine de livres la contribution de 1653. 

Si nous connaissons mal les recettes de l'Église, nous ne 
sommes guère mieux en état d'évaluer ses dépenses. Iye gros 
morceau était le traitement du pasteur. Nous savons qu'il 
était payé sans aucune régularité et que, pour se dédom- 
mager, Scalberge a dû quelquefois mettre dans sa poche 
des sommes léguées à l'Église, mais rien ne nous indique un 
chiffre précis. D'après les ressources de l'Église, d'après les 
analogies, nous pouvons hasarder, comme assez probable, 
un traitement de 4 à 500 livres (3), qui en vaudraient de nos 



(1) Ces troispièces sont aux Archives départementales d'Eure-et-I<oir, dossier de Pont- 
Tranchefêtu. 

(2) Bibl. nat., fonds français, 20966. Cité par Auzière. 

(3) Sans l'indemnité de logement. D'après une pièce des archives de l'Hôtel-Dieu de 
Chartres du 20 février 165 1, Scalberge aurait touché 455 livres en 4 paiements, de 120, 200, 
15 et 120, nous ne savons à quel propos. I,e traitement aurait-il été de 480 livres? Sous 
Henri IV, il était de 450 livres pour les pasteurs mariés (Cf. Bull, du Prot. 1858, 18); du 
moins en moyenne, car le traitement variait beaucoup d'une Église à l'autre. Cf. P. de 
Félice, Les Protestants d'autrefois, 2 e série. 



280 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

jours au moins six fois plus. C'est dire que les pasteurs 
d'alors, sans être précisément dans l'abondance, étaient un 
peu moins pauvres que ceux d'aujourd'hui. 

Les autres dépenses étaient insignifiantes; l'apparence 
même des registres consister i aux montre que les frais d'ad- 
ministration n'avaient rien de ruineux; la très simple mai- 
son qui servait de temple ne comportait pas de réparations 
coûteuses, et quant aux fonctions de sacristain, nous 
sommes convaincu qu'elles étaient gratuites. Un usage 
qui s'est maintenu, avec quelques autres, à Pont-Tranche- 
fêtu, jusqu'à la fin du xix e siècle, voulait que le balayage 
du temple fût un honneur réservé aux plus pieuses matro- 
nes de la localité. 

En fait d'autres dépenses, il y avait les frais de route du 
délégué au Synode, mais on a vu que, presque toujours, on 
en faisait l'économie. Lorsque, par extraordinaire, on 
jugeait indispensable d'envoyer un ancien, on prenait un 
notable aisé, qui ne réclamait rien. Restaient les dépenses 
du pasteur : le 9 avril 165 1, par exemple, Scalberge reçoit 
18 livres « pour les frais du voiage qu'il fera au sinode qui 
se tiendra à Charenton dans la fin de ce mois ». 

Les collectes en faveur du Synode (dépenses des Synodes 
nationaux) et des « académies et proposans » étaient faites 
par les anciens, et le produit, centralisé par le pasteur, était 
envoyé au receveur général des Églises, qui, au milieu du 
siècle, était de Launay. Nous avons quelques renseigne- 
ments sur l'importance de cet apport; on les trouve, soit 
dans les Actes du Synode de l'Ile-de-France, soit dans le 
registre consistorial de l'Église de Chartres. Ainsi, en 1649, 
Chartres donne 18 livres pour les frais du Synode, Cher- 
ville et Jonvilliers ensemble 10; pour « les académies, 
étudiants et veuves de pasteurs», 46 livres viennent de 
Chartres, 32 de Cherville et Jonvilliers (1). En 1656, les 
chiffres sont analogues : 46 livres pour Chartres, 30 pour 
Jonvilliers et Cherville. 

(1) Le 9 avril 165 1, on remet 60 francs à Scalberge pour les compter à de Launay ; mais la 
somme vient-elle de Chartres seulement, ou Jonvilliers y est-il compris? 



L'ÉGLISE DE PONT-TRANCHEFÊTU. — STATISTIQUE 281 

Quant aux ressources destinées à secourir les pauvres, 
le total, qui d'ailleurs a pu varier d'une année à l'autre, n'est 
pas facile à établir, toujours faute de budget. Il y avait deux 
ordres de recettes : les quêtes faites à l'issue du prêche, et les 
dons, plus ou moins importants, que les particuliers remet- 
taient aux anciens, soit spontanément, soit au cours de 
collectes à domicile. Le tout était versé dans la « boëte des 
povres ». 

Voici quelques chiffres qui, tout fragmentaires qu'ils 
soient, peuvent donner une idée de ce qu'était la libéralité 
des protestants chartrains. Le 13 mars 1650, Mesdames de 
Dangeau et de Saucourt donnent 40 livres; le 6 novembre 
de la même année, on remet dans la boîte des pauvres 
10 livres et 6 deniers, qui n'y resteront pas longtemps. Le 
6 avril 1653, Périnet remet à Scalberge 7 1. 1 s. 5 d., et le 
20, Marin Cailleau apporte à son tour 30 1. 8 s. 1 d. qu'ils ont 
collectés. En 1654, une quittance mentionnée sur la cou- 
verture du registre consistorial, et où l'on semble devoir 
lire : deniers des pauvres, mentionne une somme de 38 1. 17 s. 
10 d., à laquelle il faut ajouter, le 27 décembre, 6 livres 
données par M. de Mérobert, 20, puis 28 sous provenant de 
sa femme, et 15 livres de M. de Dangeau, ce qui fait, pour 
l'année, au moins 62 1. 5 s. 10 d., car nous ne Savons pas 
jusqu'à quel point la somme est complète. On n'avait pas 
tous les ans des aubaines comme en 165 1, où M. de Ram- 
bouillet fit présent à la Compagnie de 100 livres pour les 
pauvres. 

Dans les dernières années, ces libéralités semblent avoir 
beaucoup baissé. Le 21 février 1677, Trumeau, qui ne tient 
pas à rester ancien, remet « 12 1. 19 s. qui lui restent entre 
les mains, des deniers des pauvres et des contributions » ; 
mais, à vrai dire, ce simple reliquat ne nous dit pas à quel 
chiffre pouvaient s'élever les recettes. 

Dans le premier quart du siècle, l'Église de Chartres 
faillit avoir d'autres ressources pour ses pauvres : elle avait 
hérité d'un capital dont les revenus devaient leur être con- 
sacrés. Mais le Bureau des pauvres de la ville prétendit que 



282 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

de telles libéralités lui appartenaient de droit, puisqu'en 
vertu de l'Édit de Nantes, les pauvres devaient être secou- 
rus sans distinction de culte. Cette prétention devint cou- 
rante plus tard. Bile était assez neuve alors. Cependant, le 
Parlement l'admit, et, par un arrêt du 7 janvier 1626, elle 
donna raison au demandeur (1). Depuis ce moment, 
l'Église de Chartres dissimula soigneusement ses biens. 

Comment étaient distribués les deniers des pauvres? 
Pendant longtemps, les secours furent donnés un peu au 
petit bonheur, le receveur des pauvres ou le pasteur déli- 
vrant, de leur propre autorité et sans contrôle, des bons ou 
du numéraire. Mais il y eut des abus, et, le 24 avril 1650, le 
Consistoire, s'érigeant en diaconat, décide que celui de ses 
membres qui a la garde des deniers des pauvres ne pourra, 
pas plus que Scalberge, délivrer de secours extraordinaires 
sans en avoir donné avis à la Compagnie. Il y avait donc des 
indigents régulièrement secourus (nous avons déjà nommé 
quelques-uns d'entre eux), et d'autres, des passants dont on 
ne pouvait guère vérifier l'honorabilité, peut-être des pro- 
fessionnels de la mendicité ou de l'escroquerie, qu'il s'agis- 
sait de n'assister, autant que possible, qu'à bon escient. 

Dans tous les cas, il semble que la « boëte des povres» 
n'ait guère thésaurisé. On a vu, au précédent chapitre, 
avec quelle libéralité les écus étaient distribués aux néces- 
siteux, aussitôt qu'ils avaient été remis au Consistoire. 

Telle a été l'administration de l'Église de Chartres sous le 
régime de l'Édit de Nantes. Ce que nous venons d'en dire nous 
dispensera d'insister longuement sur ce sujet, lorsque nous 
aurons à pénétrer dans la vie intime des autres Églises de 
notre région, à moins qu'il n'y ait des différences intéres- 
santes à signaler. 

(1) Cf. Filleau, Décisions catholiques (in-f°, 1668), p. 586. 



CHAPITRE XVI 
JONVIUJERS ET I.ES ÉGLISES VOISINES 

Nous n'avons guère de renseignements sur les petites 
Églises voisines de Gallardon, dans le courant du xvn e siècle. 
Celle qui a le moins varié, sans doute parce que, petite 
Église de fief, toujours dépendante de ses voisines, elle prê- 
tait moins par sa nature aux vicissitudes, c'est l'Église de 
Cher ville. Les de Chartres continuent à être des piliers de 
la Réforme. Bn 1607, nous dit Aymon, Paul de Chartres, 
sieur du Plessis-Cherville (1), ancien de l'Église de Chartres, 
est délégué au Synode national de La Rochelle. De ce qu'il 
était ancien de Chartres, il ne faudrait pas se hâter de con- 
clure que Cherville était rattaché à cette dernière Église. 
Quinson, qui était alors pasteur de Chartres, avait aussi à 
desservir Favières. Sa circonscription s'étendait donc fort 
loin dans une direction opposée à celle de Cherville, tandis 
que Baillolet, au contraire, était tout près. Les de Chartres 
avaient évidemment des intérêts dans la ville dont ils por- 
taient le nom, et ils tenaient à mettre leur zèle et leur piété 
au service de l'Église réformée du lieu ; mais ils avaient sans 
doute recours au pasteur de Baillolet. 

Même rattaché à d'autres Églises, Cherville conserve son 
Assemblée des chefs de famille, son administration dis- 



(1) Marié à Esther d'Argenson, Paul de Chartres mourut entre 1631 et 1642. I,e 6 jan- 
vier 163 1, il avait constitué une rente perpétuelle de 15 livres en faveur de l'Église de 
Chartres, et sa femme une rente de 25 livres, qui fut amortie le 3 novembre 1642. Arch. 
d'E.-et-Iy., dossier de Pont-Trancbefêtu. 



284 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

tincte. Scalberge (1) recevra souvent l'hospitalité dans ce 
plessis dont les seigneurs semblent avoir été de ses intimes. 
De ses sept fils, trois ont été baptisés à Cherville, entre 1637 
et 1641. En 1657, c'est Henry de Chartres, seigneur de Cher- 
ville, qui représentera l'Église de Chartres, au Synode de L,a 
Ferté-au-Col. Et la petite communauté, où Scalberge se 
rendra de temps à autre pour faire le prêche, subsistera 
jusqu'à ce que la maison autour de laquelle elle s'est 
formée l'abandonne. L,a conversion des seigneurs amènera 
celle de leurs vassaux (2). 

Quant à l'Église de Gallardon, son histoire est fort obscure 
pendant le premier quart du xvn e siècle. Aymon indique 
«Jjacques Héraud, seigneur de Fosseuse» (il faut lire 
Jacques Hérouard, seigneur de Sausseux) comme ancien 
de l'Église de Houx et Baillolet, au Synode national de 
Charenton, en 1623. Houx et Baillolet : on se rappelle que 
ces deux localités, toutes proches de Gallardon et de Jon- 
villiers, étaient des centres huguenots d'une certaine impor- 
tance. 

A ce moment, l'Église a eu un pasteur, mais son minis- 
tère, dont nous ignorons la longueur, n'a pas été particu- 
lièrement zélé. Il s'appelait Joli (3), et il avait déserté son 
Église. Par ordre du Synode provincial, le Colloque de 
Beauce l'avait suspendu pour trois mois, et, peu satisfait 
de la sentence, il en demandait l'abrogation au Synode 
national. Le Synode entendit les explications de Sausseux, 
et, sagement, décida que la suspension serait maintenue, 
mais que la mention en serait rayée dans les actes du Synode 
provincial, où, en effet, elle ne figura pas. 

Joli fut remplacé par Maurice de L,obéran (4), qui siège, 



(1) On se souvient que vers 1635, Jonvilliers et Cherville sont rattachés à sa paroisse; 

(2) C'est à supposer, du moins, car, comme il arrive souvent en Beauce, on ne trouve pas 
trace d'abjurations dans les registres paroissiaux d'Oinville-sous-Auneau. On y constate 
seulement, après la Révocation, plus de noms de Cherville qu'auparavant. 

(3) Aymon, Synodes, II, 284. 

(4) t II faut décidément substituer cette orthographe d'après les signatures et autres 
documents originaux, à celle qu'on a souvent préférée : Laubéran ». Note de M. Pannier, 
L'Église réformée de Paris sous Henri IV, p. 421. 



JONVIWJERS ET LES ÉGLISES VOISINES 285 

en 1625, au Synode provincial de Charenton, sans être 
flanqué d'un ancien. Fils aîné de François de I^obéran de 
Montigny, qui fut pasteur à Paris, Maurice de Lobéran 
arrivait à Jonvilliers comme débutant, car il était né 
en 1597. Il n'y resta que trois ans, siégea sans ancien au 
Synode de Charenton, en 1625, et fut nommé au Plessis- 
Marly l'année suivante. 

A Maurice de Lobéran, succéda L,ouis Hérauld, qu'Ay- 
mon appelle à tort Braud. A la fin de 1627, il va baptiser, 
à Châteaudun, des enfants de Louis Dalvimare, et il est 
qualifié dans l'acte, de « pasteur de l'Église de Baillolet et 
de Saint-Martin-de-Nigelles au païs chartrain ». Il ne le 
resta pas longtemps, et il a été le dernier pasteur de Gai- 
lardon. On peut fixer à 1633 la fin de son ministère; quelque 
temps après, son Église était rattachée à celle de Chartres. 

Comme Cher ville, Jonvilliers garda son Consistoire et 
son Assemblée des chefs de famille, mais son territoire fut 
remanié, peut-être même plus d'une fois. Je pense que 
l'éphémère Église du Chêne, dont le vrai centre était Denon- 
ville, a dû être rattachée à celle de Jonvilliers. Ce serait, 
dans tous les cas, pour fort peu de temps, car, dix ansaprès 
l'Êdit de Nantes, Denonville relève déjà de la Province de 
l'Orléanais. C'est avec Sancheville et Genonville, avec 
Allonnes que le sort de Denonville s'associe, et c'est en par- 
lant de ces Églises que nous raconterons l'histoire, trop 
brève, de celle que Pierre de Brizay fonda, qu'Hugues Re- 
nard desservit. L,es circonscriptions ecclésiastiques avaient, 
du reste, des limites un peu vagues, un peu flottantes, sans 
cesse modifiées, et ces avatars ne sont pas toujours faciles à 
suivre. 

Plus tard le territoire de l'Église de Jonvilliers est dimi- 
nué du quartier de Houx-Saint-Martin (1), qui est rattaché 
d'abord à l'Église de Fontaine-sous-Prémont, puis deviendra 



(1) Il y avait un temple à Saint-Martin. Un cimetière, qui servait aux protestants de 
Houx, de Baillolet et de Jonvilliers, se trouvait près du chemin de Gas à Armenonville, à 
environ 600 mètres de l'église de ce village. (Cf. P.-V. de la Soc. Arch. d'E.-et-I,., X, 227}. 
Il a servi, depuis, de carrière à sable. 



286 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

dans la suite une Église indépendante. La date de cette rec- 
tification de frontières ne peut être fixée qu' approximative- 
ment. Lorsque, en 1647, Dalvimare remet ses dossiers à 
Tullières, le conflit d'intérêts dont elle fut l'occasion n'est 
pas encore né. En 1654, il est à l'état aigu. Mais, en 1649, le 
Synode de Vitry-le-François a décidé que Beaulieu, le pas- 
teur de Houdan et de Fontaine, devant aussi desservir 
l'Église de Laons et lui donner « encore quelques jours de 
feste », on le dispensera de prêcher à Saint-Martin, « comme 
le faisoit Tardif (1) »; ce qui nous ramène vers 1648. 

Nous avons raconté, à propos de l'Église de Chartres, 
l'origine de la querelle d'argent qu'elle eut avec le quartier 
de Saint-Martin. Il s'agissait de savoir à qui attribuer la 
rente des bourgeois de Maintenon, et celle d'Esther de 
Chartres, dame de Jouy : en tout 91 1. 13 s. 4 d. Chartres 
voulait conserver ces ressources, Saint-Martin, hanté de 
velléités d'indépendance, les revendiquait. Tandis que cha- 
cun tirait de son côté, les bourgeois de Maintenon s'abste- 
naient de financer. L'affaire traîna de Synode en Synode. 
En somme, on donnait raison aux gens de Saint-Martin. 
En 1667, le Synode de Clermont-en-Beauvoisis charge les 
pasteurs Scalberge et Alix de se transporter sur les lieux, 
pour en finir (2). Comme le projet d'ériger le quartier en 
Église prenait corps, on lui attribua les biens qui prove- 
naient des libéralités de ses membres. Mais, pour éviter 
toute revendication ultérieure, on jugea prudent de confier 
la garde des titres à l'Église de Paris. 

En 1679, à la veille de la Révocation, l'Église de Houx et 
de Saint-Martin a retrouvé une autonomie éphémère. Elle 
est recueillie « en la maison du seigneur de Villeray (3) », 
le sieur Pierre de Chartres, qui la représente au Synode de 
Charenton, avec Philippe de Lambermont (4), ministre. 

(1) I,es pasteurs qui ont, dans la suite, desservi Saint-Martin sont Jean Jamet (1657) 
et François Mutel, qui, en 1669, fut suspendu pour six mois. 

(2) Arch. nat. T T 313, cité par Auzière. Dossier de Pont - Tranchef êtu aux Archives 
d'Eure-et-T^oir. 

(3) Commune de Saint-I^ucien. 

(4) Il avait été ministre d*Imécourt. 



JONVIIXIERS ET I,ES ÉGLISES VOISINES 287 

Pierre de Chartres est neveu du seigneur de Cherville. On 
voit quel rôle cette famille a joué dans l'histoire du protes- 
tantisme en notre région. 

Comme le Synode de l'Ile-de-France n'a pas laissé d'actes 
entre 1671 et 1679, on ne sait depuis quand l'Église de Vil- 
ler ay existait. Toujours est-il que Iyambermont se plaint 
de ne pas être payé, et demande au Synode la permission 
d'abandonner son poste, si on ne liquide pas l'arriéré; le 
Synode acquiesça (1). Et Iyambermont s'en alla. 

En 1681, au Synode de L,isy, l'Église de Villeray est repré- 
sentée par le pasteur de Brisbarre, qui y vient seul. I^a 
même année, trois abjurations ont lieu à Pierres, le 6 juil- 
let (2), « à l'édification d'un grand concours de peuple ». Nous 
ne savons rien de plus. Mais comme Brisbarre est réfugié à 
Iyeyde en 1687 (il mourra en 1696), il est probable qu'il 
resta à Villeray jusqu'à la Révocation. 

A part les pasteurs et les anciens qui ont siégé aux 
Synodes, on ne connaît guère les membres de ces petites 
Églises, dont les registres sont perdus. M. J. Pannier a relevé 
dans le Mercure de France de 161 1 (3), le nom de la « demoi- 
selle d'Escoman», qui joua un rôle assez singulier au mo- 
ment de l'assassinat d'Henri IV. Elle était d'origine pro- 
testante. Mariée à « Isaac de Varennes, escuyer, sieur d'Es- 
coman (4) », elle était née Jacqueline I^e Voyer, et était ori- 
ginaire d'Orphin, entre Épernon et Ablis. « Elle est bossue 
et boiteuse, d'un esprit vif, grande parlante, inventive, 
d'une grande mémoire et subtile à controuver beaucoup de 
choses. Estant instruite en la religion prétendue réformée, 
le peu de moyens qu'elle avoit fit qu'elle hanta le monde 
pour vivre et s'entretenir, et en le hantant changea de 
religion, mais mena une vie du tout honneste et lubrique ». 
Elle accusa du meurtre du roi des personnes de qualité, et 
fut, de ce chef, condamnée à la détention perpétuelle. 



(1) Bibl. nat., fonds fr., 20966. Cité par Auzière. 

(2) Jean Pelletier, sa femme Jeanne Fèvre et leur fille. 

(3) Ed. de 162-7, p. 14. V. L'Église réformée de Paris sous Henri IV, 552 n. 

(4) Ecoman, près de Marchenoir (L,oir-et-Cher). 



288 I,ES ÉGUSES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Mais laissons cette brebis galeuse ; nous trouverons meil- 
leure compagnie. Voici d'abord M. de Rambouillet (i), qui 
constitua, le 2 décembre 1642, en faveur de l'Église, une 
rente de 15 livres sur sa terre du Plessis; il n'en paya pas 
les quatre premières années, d'ailleurs, ou du moins, il ne 
les paya pas à l'échéance. On a vu qu'il était plus généreux 
pour les pauvres. Puis, M me Baril, qui habitait Gallardon, et 
payait aussi avec un certain laisser-aller la rente de 25 livres 
qu'elle devait à l'Église. La famille Baril semble, dans la 
suite, avoir quitté le pays; on trouve un Baril ancien de 
Houdan en 1679. Puis, il y avait Louis Maudemain, un négo- 
ciant, mort avant 1647, et qui était de Saint-Piat; il avait 
constitué une rente de 27 1. 15 s. 6 d., devant un notaire de 
Chartres, où nous le soupçonnons d'avoir vécu, car le quar- 
tier de Houx-Saint-Martin ne revendique pas la propriété 
de sa rente, constituée cependant sur son territoire. M elle de 
Boinville, en revanche, semble bien avoir habité la circons- 
cription de Gallardon, bien que la terre du Bois-Hinoust, sur 
laquelle était assignée une rente qu'elle devait à l'Église, 
soit située à côté de Villebon. Ajoutons encore Baruzier, 
et, à Maintenon, un Dalvimare. Mais tout cela est un peu 
vague, il faut en convenir. Le Refuge nous donnera encore 
quelques noms, que nous indiquerons plus tard. 



(1) S'agit-il de Nicolas d'Angennes, seigneur de Rambouillet (mentionné dans un acte 
de 1640, Arch. dép. E.-et-I,., E, 1929), ou d'un Angennes de Montlouët? Cesderniers sont des 
huguenots notoires, et Montlouët est à côté de Gallardon. Mais leur donnait-on le nom de 
Rambouillet ? 



CHAPITRE XVII 

I,ES ÉGUSES DE FAVIÈRES, DE I,A FERTÉ-VIDAME 
ET DE IyAONS 

Les trois Églises qui existaient, au xvi e siècle, dans le 
doyenné de Brezolles, ou, ce qui revient à peu près au 
même, dans le bailliage de Châteauneuf, ont subsisté, au 
xvn e , sous des noms différents, et ont eu des fortunes 
diverses. Très faibles, sauf celle de La Ferté-Vidame, elles 
ont eu beaucoup de peine à vivre. Aussi, constamment, on 
les rattache à d'autres, ou on les rattache entre elles, et il 
n'est pas facile de les suivre dans ces perpétuels change- 
ments. 

Pour déblayer le terrain, nous parlerons d'abord de l'an- 
cienne Église de Châteauneuf, maintenant « recueillie» à 
Favières. Puis, nous esquisserons l'histoire de celle de La 
Ferté-Vidame. Enfin, nous essayerons de suivre celle de 
Brezolles (ou de Laons, comme on la nommera désormais) 
dans ses multiples avatars, où, successivement, elle passe 
de chef-lieu à simple annexe, et s'allie avec ses voisines 
dans des combinaisons aussi variées qu'éphémères. Trop 
faibles pour être indépendantes, trop distantes pour n'être 
qu'annexes, ces Églises sont comme des malades qui se 
retournent sans trêve, espérant trouver une attitude com- 
mode. 

I. Favières. — A quel moment l'exercice fut-il trans- 
porté des « faubourgs de Châteauneuf» à Favières? Mais, 

19 



29O EES EGUSES SOUS I/EDIT DE NANTES 

ces faubourgs si vaguement désignés ne sont-ils pas Favières 
lui-même, qui est à 6 kilomètres de la petite ville? Ce n'est, 
après tout, pas absolument impossible. Toujours est-il que 
les protestants de Favières ont possédé un temple qui a 
survécu à la Révocation. Une note manuscrite de Roullier, 
conservée à la Bibliothèque municipale de Chartres, nous 
apprend qu'il « était situé dans l'intérieur du château, en 
entrant à gauche par la grande porte placée entre les deux 
tourelles. Il a été converti en grange à l'avoine, que M. Tes- 
sier fait rebâtir en 1857. Il doit laisser subsister la porte 
d'entrée de ce temple; elle est bâtie en pierres de taille 
grises; la voûte est en anse de pannier». A ce précieux 
témoignage d'un témoin oculaire, Roullier ajoute ceci : 
« Le cimetière des protestants était derrière l'église de 
Favières. Le 12 fructidor an IV, il a été adjugé à Michel Tou- 
raille, maréchal à Favières. Il avait été confisqué comme 
bien dépendant de la cure de Favières. Il est clos de murs, 
d'une contenance d'environ trois quartiers (1), planté 
d'arbres. Tour aille fils et petit-fils de Michel racontent 
qu'autrefois on voyait encore la forme des fosses des pro- 
testants. Melville, Michel, âgé de quatre-vingt-un ans, [en 
1857] a > en réparant le mur du cimetière des catholiques 
romains, trouvé six cadavres de protestants rangés à côté 
l'un de l'autre. Ce cimetière est un pré; il ne paraît pas 
avoir été fouillé (2) ». 

En 1603, Favières n'a pas de pasteur. En 1609, Quinson, 
que nous trouvons en 1617 à La Ferté-Vidame, est qualifié 
pasteur de Favières (3). Il en a appelé au Synode national, 
réuni à Saint-Maixent, d'une sentence du Synode de l'Ile-de- 
France, tenu à Charenton, « par laquelle le sieur de Bija- 
nettes avoit la liberté de demeurer dans l'Église de Blain- 
ville (centre de celle de Dreux, à cette époque), où il s'étoit 
engagé, nonobstant qu'il fût mieux à portée de servir celle 



(1) 30 ares. 

(2) H est encore en cet état de nos jours. 

(3) Aymon, Synodes, I, 366. On a vu qu'il desservait aus^i Chartres, au moins depuis 1606. 



ÉGIvISÊS DE FAVIERES, IvA FERTÉ-VIDAMF £T LAONS 20,1 

de Favières. Le jugement du Synode de l'Ile-de-France est 
confirmé, et ledit appel déclaré nul », les Synodes provin- 
ciaux jugeant en dernier ressort les affaires de cet ordre. 
Cependant, on décide qu'à l'avenir, « il ne sera permis à 
aucun ministre de s'engager au service de deux Églises sans 
la permission du Coloque, ou du Synode provincial, qui en 
pèsera les raisons». L'explication manque de clarté; et ce 
qui achève de l'embrouiller, c'est que, un peu plus haut 
(p. 355), « le S r Jacques de Bijanetti» est mentionné comme 
Ancien de l'Église de Blain ville. Comme il n'a pas siégé, sans 
donner d'excuses valables, on charge le Synode provincial 
de faire une enquête, et, s'il y a lieu, de prononcer la censure. 

Y a-t-il eu deux « Bijanetti» (i) (car le nom, en somme, 
est le même), l'un pasteur, l'autre ancien, tous deux de 
Blain ville? C'est douteux. Aymon s'est-il trompé? C'est pos- 
sible. Alors, il faut supposer que Quinson, désireux de s'en 
aller, a attiré Bigeonnette, mais que celui-ci, se dérobant à 
ces avances, est allé s'établir à Blainville, et a offert ses 
services à cette Église. 

Dans tous les cas, Samuel Quinson est pasteur à La Ferté- 
Vidame en 1617, et peut-être dès 1615. C'est l'année sui- 
vante seulement qu'B. Aubertin est nommé à Chartres, et 
chargé de desservir Favières. Nous n'avons aucun détail sur 
son ministère à Favières. En 1637, Favières est rattaché à 
Laons, et a pour pasteur Louis Foulé. Les choses allèrent 
ainsi pendant douze ans. En 1638, Foulé est remplacé par 
Abel Dargent, l'ancien pasteur de Châteaudun, qui, au bout 
de sept ans, est signalé comme apostat par le Synode natio- 
nal de Charenton. En 1649, au Synode de Vitry-le-François, 
on décide que « les Églises de Favières, de La Ferté et de 
Lons sont jointes ensemble pour jouir chacune d'elles en 
tiers du ministère de celuy qui les servira, à condition 
qu'outre les dimanches il donnera à chacune église six festes 
par an et davantage s'il peut ». 



(1) Il faut sans doute lire Bigeonnette, nom d'un hameau de la commune de Saint-Sau- 
veur. 



2CJ2 EES EGLISES SOtTS I, EDIT DE NANTES 

C'est à Trouillart, le pasteur de La Ferté, que devait incom- 
ber la lourde charge de desservir ces trois Églises; il s'en 
déclara incapable, en raison de ses indispositions, et on 
accepta sa démission, à condition qu'il fournirait « un pro- 
posant pour les desservir ». En attendant, assisté du sieur de 
Beaulieu, il desservira Laons. 

Ajoutons que cette année-là, Favières donna 12 livres 
pour les frais du Synode national, et 30 pour les académies 
et les veuves de pasteurs. 

La même année encore, la Chambre de l'Édit de Paris 
rendit une sentence assez piquante, dont un membre de 
l'Église de Favières fut la victime. Nous avons eu l'occasion, 
déjà, de parler du sieur d'Arpentigny, et du rôle qu'il joua 
dans les guerres de la Ligue. Le domaine d'Arpentigny, 
situé dans les communes de Thimert et de Favières, à 
1 lieue au sud de Châteauneuf, et qui, avec Longue ville et 
la Picottière, constituait un fort joli bien, avait été vendu, 
en 1585, par Théodore des Ligneris et sa femme, Françoise 
de Billy, alors propriétaires de Courville, à François de 
Gravelle, seigneur d'Hermeray. Gravelle, Hermeray : nous 
avons plusieurs fois cité ces noms. Il mourut en 1616, lais- 
sant trois enfants, dont un fils Jean, héritier, et d'Arpen- 
tigny (qu'il habitait), et de la charge de gentilhomme ser- 
vant ordinaire de la Maison du Roi, qu'avait remplie son 
père. 

Le hameau d'Arpentigny était peuplé de protestants, 
au moins en très grande partie. Un religionnaire de Saint- 
Georges-sur-Eure, que mentionne le registre consistorial de 
Chartres, est surnommé Arpentigny; il a sans doute été 
serviteur des Gravelle, qui, certainement, n'ont que des 
domestiques protestants. 

En effet, la chapelle du château est fermée depuis long- 
temps. La porte donnant sur l'extérieur en est murée, les 
images en ont été brisées, la cloche, placée au haut de la 
maison seigneuriale, sert à des usages profanes, le bénitier 
est devenu une auge pour les volailles de la basse-cour, les 
bancs, ornements et meubles ont eu un sort analogue à celui 



ÉGLISES DE FAVIÈRES, LA FERTÉ-VIDAME ET LAONS 293 

de la cloche, et quant au sanctuaire, on l'a transformé en 
grange, en bûcher, en fruitier, « au grand scandale et desri- 
sion de la Religion catholique, apostolique et romaine». 

Ce scandale dura peut-être soixante ans sans scandaliser 
personne. Mais en 1647, Pierre Le Roy, curé de Thimert, 
« bachelier en la faculté de droit canon à Paris», etc., s'avisa 
qu'il avait une redevance à toucher sur la chapelle d'Ar- 
pentigny. Il se rendit bravement sur les lieux, pour en 
prendre possession. Mais malgré tous les titres dont il était 
canoniquement pourvu, on le reçut fort mal. Jean de Gra- 
velle et ses domestiques lui tinrent des propos dénués d'ama- 
bilité, et exprimèrent, sur la Religion catholique, aposto- 
lique et Romaine, des opinions peu bienveillantes. D'où 
plainte, le 31 janvier 1647; information au bailliage de 
Châteauneuf, le 5 mars; ordre d'interroger, le 19 dudit 
mois ; interrogatoire, le 8 avril ; arrêt du 5 août, pour recol- 
lement et confrontation des témoins; sentence du 31 août, 
déboutant Gravelle; autre arrêt du 26 mars 1648, etc., etc., 
après quoi la Cour, le 14 juillet 1649, ordonne que la cha- 
pelle sera remise en état et rendue au culte catholique. 
Gravelle ne fut pas condamné aux dépens, mais néanmoins, 
on lui infligea une amende de 12 livres. Et, sans doute, Le Roy 
vint dire la messe devant les quatre murs, pour savourer 
son triomphe (1). 

Le sieur d'Arpentigny répondit du tac au tac. Il demanda 
au Synode « que le sieur Tardif visite sa famille et l'assiste 
de quelques prédications et de l'administration des sacre- 
ments ». Réponse : « La Compagnie ne trouve pas mauvais 
que le S r d'Arpentigny reçoive la consolation qu'il demande 
pour sa personne et pour toute sa famille, à condition qu'il 
portera sa contribution à l'Église de Favières, selon l'arresté 
du Synode précédent : ce faute de quoy la Compagnie dé- 
fend audit sieur Tardif et à tous autres voisins de faire au- 



(1) I«a sentence, dont il existe des copies manuscrites, a été publiée dans un Recueil 
d'arrêts concernant les huguenots, dont la Bibliothèque de Chartres possède un exemplaire 
sous le n° 1325-256. E. 



294 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

cune prédication dans la maison dud. S r d'Arpentigny (i). » 
Ainsi, ce grand seigneur était un peu dur à la détente, 
défaut qu'ont eu, hélas, beaucoup de huguenots, et qui 
devait faciliter grandement, dans la suite, la Révocation 
de l'Édit de Nantes. 

Enhardi par un premier succès, le clergé se met en cam- 
pagne, et ne tarde pas à remporter quelques nouvelles vic- 
toires. Il avait conquis une chapelle; il trouva des âmes. Il y 
eut plusieurs abjurations à Favières : le 23 octobre 165 1, 
une orpheline, Bsther Chonchonné; le 4 décembre suivant, 
un meunier, Pierre Marie le fils. Ensuite il n'y en eut plus 
jusqu'en 1682. 

Cependant Trouillart, déchargé du service de Favières, 
était resté à La Ferté-Vidame, et, en 1655, ces t Samuel Pla- 
tel (2) qui représente au Synode les Églises de Laons et de 
Favières. Deux ans après, le pasteur ne peut se rendre au 
Synode, qui l'en excuse. Puis, nous ne savons rien pendant 
quelques années. Le poste semble vacant. Et voici qu'au 
Synode de 1671, nous voyons mentionné Auge (3), ministre 
à Favières ; c'est lui qui est chargé de la prédication d'usage. 
Ainsi, l'Église de Favières est de nouveau pourvue d'un 
pasteur, qui la dessert seule. Tout porte à croire qu'il vient 
d'y arriver, et que c'est pour lui souhaiter la bienvenue 
qu'on le fait prêcher à Charenton, devant ses collègues 
assemblés. Mais l'acte synodal qui a rendu à l'Église de 
Favières son autonomie ne nous est pas parvenu. 

Si nous ne savons que par conjecture quand Auge est 
arrivé à Favières, nous ignorons quand il en est parti (4). 
Le 11 décembre 1678, Jacob Véron administre un baptême 



(1) Comme d'habitude, les Synodes provinciaux se réunissaient au printemps, il est pos- 
sible que la requête du sieur d'Arpentigny ait précédé la sentence de la Chambre de l'Édit . 
La requête de Jean de Gravelle aurait alors été, non une représaille, mais une chicane 
suprême, destinée à placer le curé devant le fait d'un oratoire particulier consacré au culte 
protestant. 

(2) Il était marié à Marie d'Arthuys. 

(3) D'après un acte conservé dans le dossier de Pont-Tranchefêtu (Arch. dép. d'E.-et-I,.), 
il se serait appelé Augier. En 1671, il est délégué au Pont, avec le pasteur de Laons, pour 
mettre fin aux querelles de l'Église. 

(4) Un Pierre Augier, « de Nogent, Pays chartrain », marié et père de trois enfants, figure 
en 1699 parmi les réfugiés de Halle. Il semble donc avoir résidé à Nogent-le-Roi. 



ÉGLISES DE FAVIÈRES, LA FERTÉ-VIDAME ET LAONS 2Ç5 

à Chartres, à la place du vieux Scalberge. Il est donc déjà 
installé à Favières, mais depuis quand? En 1679, il siège, 
sans ancien, au Synode de Charenton, et il y apporte ses 
doléances au sujet du sieur d'Arpentigny, mauvais payeur 
comme l'avait été son père (car Jean d'Arpentigny, qui 
n'était plus jeune trente ans auparavant, devait être mort). 
Arpentigny fut cité à comparaître ; on s'expliqua, et en fin de 
compte, « la Compagnie, après avoir ouy led. S r d'Arpen- 
tigny, et de son consentement, a accordé lad. demande à 
lad. église jusqu'au prochain Synode auquel temps elle con- 
noîtra de nouveau de cette affaire (1) ». 

Après la mort de Scalberge, Véron fut chargé de desservir 
l'Église de Chartres ; il eut même — grande marque de désar- 
roi — à se charger de celle de Dangeau, qui non seulement 
était fort éloignée, mais appartenait à un autre Colloque et 
à une autre Province synodale. 

Les registres consistoriaux de Pont-Tranchefêtu se trou- 
vent ainsi nous avoir conservé quelques noms de protes- 
tants de Favières, presque les seuls que nous connais- 
sions (2). Les Ailleaume habitaient Boisrouvray, dans la 
paroisse de Favières, et les de l'Eau Favières même. A Loin- 
ville (paroisse de Thimert), il y avait les Despi. C'est par 
le ministère de Véron que, le 12 décembre 1683, Jean de 
Fauquembergues, dont le père avait été ministre à Dieppe, 
épousa Suzanne-Hélène de Cailloué, fille de défunt André 
de Cailloué, chevalier, seigneur du Coudray, Loin ville et 
autres lieux (3). A Chappe, dans la commune de Saint- 
Maixme, il y avait des Guillaumeau. Le seigneur du Belluet, 
dans la commune de Gâtelles, à côté de Favières, était pro- 
testant. Il émigra en Allemagne au moment de la Révo- 
cation. Les gens du pays se souviennent d'avoir vu, en 1870, 



(1) Ajoutons qu'en 1679, Favières paie 30 livres au Synode, et en reçoit 150. 

(2) On trouve cependant un nom dans le registre d'Authon, où s'est marié, le 16 sep- 
tembre 1607, Marin Grostête, sieur du Chênay, demeurant à Châteauneuf-en-Thimerais, et 
parent du premier pasteur de l'Église. 

(3) Comme nous l'avons dit, le marage eut lieu à Pont-Tranchefêtu; c'est le dernier qui 
v fut célébré. 



296 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

un officier allemand montrer Gâtelles en s' écriant : « Cette 
ferme a appartenu à mes ancêtres» (1). 

D'autres noms nous sont connus par les abjurations : le 
21 octobre 1682, c'est Bsther Alleaume; comme on l'a vu, 
sa famille resta protestante, puisqu'elle est mentionnée 
comme telle en 1683. L,e 18 décembre 1685, c'est Iyouis Fou- 
bert; et, parmi les signataires de l'acte, figure un Malherbe. 
Or, les Malherbe avaient été protestants. Ils avaient 
commencé par habiter Denonville, où cinq des leurs ont 
été baptisés, entre 1621 et 1625, par Daniel Belon. Un 
sixième enfant des mêmes parents est baptisé à Favières 
le 18 avril 1630, par Aubertin. Une feuille contenant la 
liste de ces six baptêmes s'est trouvée égarée dans le registre 
catholique de Favières, où Roullier l'a découverte. Bile y a 
été mise, probablement, quand les Malherbe ont abjuré. A 
partir de 1685, leur nom revient fréquemment dans les 
actes de baptême catholiques. 

Citons enfin, d'après la France protestante, Samson des 
Guez, sieur de la Barre-Belle ville-en-Thimerais, dont une 
fille épousa, en 1682, Jacques-Gustave de Malortie. 

Il est évidemment impossible, avec des données aussi 
vagues, d'évaluer avec quelque certitude la population de 
l'Église de Favières. Bile n'était, à coup sûr, pas très consi- 
dérable, puisque l'Église ne pouvait se suffire, mais elle n'a 
pas dû non plus être insignifiante, puisqu'au moment où, 
sans contredit, cette population avait dû beaucoup dimi- 
nuer, Favières eut un pasteur pour elle seule; peut-être 
aux environs de deux à trois cents âmes, au milieu du siècle. 

II. La Ferté-Vidame. — Plus heureuse que beaucoup 
d'autres, l'Église de La Ferté-Vidame semble avoir été tou- 
jours — ou peu s'en faut — pourvue d'un pasteur, pendant 
la période qui nous occupe. Bn 1603, e ^ e est desservie par 



(1) Il appartenait sans doute à la fameuse division de Wittich, qui conquit Châteaudun, 
occupa Chartres à deux reprises, et manœuvra aux environs de Châteauneuf. Elle compre- 
nait les 32 e , 95 e , 83 e et 94 e régiments d'infanterie, le 13 e hussards, et était recrutée dans la 
Hesse et les régions voisines. 



ÉGIvISES DE FAVIÈRES, LA FERTÉ-VIDAME ET LAONS 297 

du Bois (1), on ne sait depuis combien de temps; il semble 
n'avoir plus été jeune; dans tous les cas, il commençait à 
être fatigué, car, en 1607, il se présenta devant le Synode 
de La Rochelle, «pour y produire son congé tant de l'Église 
de La Ferté-au-Vidame et de ses annexes que de la Province 
de l'Isle-de-France ». On le déclara libre de se pourvoir 
ailleurs, mais on l'autorisa néanmoins à « continuer 
l'exercice de son ministère dans l'Église du château de 
Madame de la Barre (2) ». Ce du Bois est désigné comme 
« du Bois le fils ». 

En 1614, il est remplacé par Jacques-Imbert Durand, qui 
siège, en qualité de délégué de l'Ile-de-France, au Synode 
de Tonneins. Évidemment, il est à LaFerté depuis plusieurs 
années ; il a succédé de très près à du Bois, car Imbert Du- 
rand est déjà désigné comme pasteur de Brezolles dans un 
document remontant à la fin du règne de Henri IV (1608 ou 
1610), que M. Weiss a publié dans le Bulletin du Protestan- 
tisme en 1895, page Sy. Il s'agit de l'affaire du seigneur de 
Bécaille (3), qui avait établi un oratoire protestant dans 
sa maison, depuis avant 1577. La Bécaille dépendait de 
l'abbé de Saint-Jullien, qui traduisit l'audacieux devant 
le bailliage de Chartres, « pour lui veoir faire défenses de 
continuer ledit exercice». Imbert Durand fit le voyage de 
Paris, pour soumettre le cas aux sieurs de Villarnoul et de 
Mirande, députés généraux des Églises près le Roi. 

Ils représentèrent au Conseil que, de toute manière, 
l'exercice de La Bécaille devait être public, ou privé. S'il 
était public, il n'y avait pas lieu de l'interdire, puisque, 
existant non seulement depuis 1596 ou 1597, mais depuis 
avant 1577, il était garanti par l'Édit de Nantes. S'il était 
privé, « il n'y avoit lieu de s'en plaindre, pour ce qu'il est 
permis à chascun de prier Dieu en sa maison ». Pris dans ce 
dilemme, les juges n'insistèrent pas. L'irascible abbé fut 
débouté. 

(1) Aymon, I, 287. 

(2) Id. I, 325. 

(3) Commune de I,a Puisaye, tout près de I,a Ferté. 



298 I<ES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Imbert Durand est mentionné comme pasteur de Bre- 
zolles . ainsi, à cette époque, Brezolles était une des an- 
nexes de I^a Ferté, une de ces lointaines annexes dont la des- 
serte fatiguait tant du Bois le fils. Biles semblent aussi ne 
pas avoir été du goût de son successeur. Car, en 1614 déjà, il 
ne paraît nullement disposé à rester à La Ferté, et de fait, 
dès l'année suivante, il est pasteur à Orléans. Son départ 
n'avait pas été sans tiraillements. On avait apprécié son 
zèle et ses talents, et on le regrettait. Et d'ailleurs, quand une 
Église est compliquée d'annexés, difficile à desservir, elle 
n'aime guère à changer de pasteur. Aussi, bien qu'en se 
mettant au service de la Province de l'Ile-de-France, 
Durand eût expressément réservé sa liberté de s'en retirer, 
on lui conteste ce droit, afin de le retenir. Le Synode de 
l' Ile-de-France n'a pu se dispenser de donner à ce fidèle 
serviteur l'exeat qu'il demande; le Colloque de Beauce n'a 
pu se dispenser de le présenter à l'Église d'Orléans, qui l'a 
nommé, et qui s'en trouve fort bien Mais on ne laisse pas 
que de porter l'affaire au Synode national, qui s'est assem- 
blé à Vitré en 1617. 

Le Synode, placé entre ces deux intérêts contradictoires, 
approuva la nomination d' Imbert Durand à Orléans, et 
enjoignit à la Province de Berry de donner un proposant à 
celle de l'Ile-de-France, « d'ici au prochain Synode natio- 
nal ». 

La Ferté avait alors pour pasteur Samuel Quinson. Dans 
la liste de 1620, il est désigné comme pasteur de La Ferté, 
Belleville et Neuville. Belleville (1) : c'est là ce château de 
Madame de la Barre, où du Bois le fils avait été autorisé 
à continuer son ministère. On a vu, en effet, qu'il y avait 
des seigneurs de la Barre-Belleville ; la Barre est près de 
Thimert, à côté de Châteauneuf. Quant à Neuville, c'est 
dans la commune de Châtaincourt qu'il faut le chercher, 
pas loin de Laons. Sous d'autres noms, c'est donc toujours 
l'Église de Brezolles qui est désignée. 

(1) Commune de I,a Saucelle. 



ÉGLISES DE FAVIÈRES, LA FERTÉ-VIDAME ET LAONS 299 

On ne sait rien sur le ministère de Quinson à La Ferté (i). 
Il n'y resta pas longtemps. En 1625, au Synode de Charen- 
ton, il représente son Église avec Jean de Lonneau ; le poste 
était vacant peu après. En 1626, d'après Aymon, c'est Qui- 
net qui est pasteur de La Ferté et de Laons. 

En 1637, il n'y est plus. Laons est réuni à Favièreset La 
Ferté est vacant. C'est en 1639, probablement, que Trouil- 
lart y arriva. En effet, natif de Sedan, il y fit ses études, et 
c'est en 1639 qu'il soutint sa thèse. Or, en 1649, quand il 
siège au Synode provincial de Vitry-le-François, il y a 
quelque temps déjà qu'il est pasteur à La Ferté. Il n'est 
guère solide. Aussi, lorsque, par ordre de la vénérable 
assemblée, « les Églises de Favières, de La Ferté et de Laons 
sont jointes ensemble», il déclare que la charge est trop 
lourde pour lui. Il donne sa démission; on l'accepte, à con- 
dition qu'il fournira un proposant pour le remplacer, et 
qu'en attendant, il desservira sa vaste paroisse, Laons en 
particulier, avec l'aide du sieur de Beaulieu, le ministre de 
Houdan. 

Ajoutons qu'en 1649, La Ferté donna 8 livres pour le 
Synode national, et 15 1. 15 s. pour les académies, les étu- 
diants et les veuves de pasteurs. 

Comme rien ne dure autant que le provisoire, Trouil- 
lart était encore à La Ferté en 1655 ; il est vrai qu'il n'avait 
plus ses annexes lointaines. Au Synode de Charenton de 
cette année-là, il avait à côté de lui, comme délégués laïques, 
Jean de Mazis, sieur du Tillet et Matthieu Souillard. En 
revanche, il alla seul à La Ferté-au-Col, en 1657. C'est la 
dernière fois que son nom paraît dans les registres syno- 
daux. En 1667, La Ferté a pour pasteur Guérin, qui y est 
encore en 1669. 

Nous sommes sans renseignements sur les années sui- 
vantes. Il faut aller jusqu'en 1679 pour trouver de nouveau 



(1) Nous connaissons seulement le nom d'un de ses paroissiens : Préjande la Fin, vidame 
de Chartres, de 1602 à 1631, et neveu de Jean de Ferrières. Il préside, en 1619 et 1620, 
l'Assemblée de I<oudun, où il représentait, avec quatre autres délégués, la Province de l'Ile- 
de-France. 



300 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

des noms, seuls jalons qui nous restent de l'histoire de cette 
Église. Elle a pour pasteur Daniel Amieu, et pour délégué 
laïque au Synode, François Crenière (i). Tous deux sont 
mécontents : Amieu n'est pas payé régulièrement, et 
l'Église, de ce chef, est exhortée « fortement» à s'acquitter 
de ses dettes, à défaut de quoi Amieu sera libre de s'en aller 
ailleurs. Quant à François Crenière, il réclame seize années 
de loyer à Guérin, le prédécesseur d' Amieu, pour la mai- 
son qu'il a occupée pendant son ministère. Par parenthèse, 
nous apprenons par là que Guérin a été pasteur à L,a Ferté 
pendant seize ans, mais comme on ne sait ni quand son 
ministère a commencé, ni quand il a pris fin, tout ce que 
nous pouvons conclure de ce renseignement, c'est que 
l'Église n'a pas été vacante. 

François Crenière prétend défalquer le loyer de Guérin 
de l'arriéré de traitement qui lui est dû. L'arriéré de traite- 
ment ! Toujours la même litanie. Qui sait si Guérin, lui aussi, 
n'a pas quitté L,a Ferté, las de ne pas être payé? En effet, 
le Synode déboute Crenière, qui parle au nom de l'Église, 
et déboute ainsi l'Église elle-même. Celle-ci devra payer 
intégralement l'arriéré de traitement, et sans doute, par 
une conséquence logique, prendre à sa charge le loyer de 
l'ancien pasteur. 

; Après quoi Amieu est délégué à L,aons, pour y régler, 
avec d'autres, un différend sur lequel nous reviendrons. 

Cette même année 1679, I,a Ferté remet 22 livres au 
Synode, et en reçoit 150. En 1681, elle n'est pas repré- 
sentée au Synode de Iyisy, et tout ce que nous savons de la 
fin de son histoire c'est que, le 10 avril 1681, en plein jour, 
le temple deI,aFerté-Vidame fut complètement saccagé (2). 

III. Laons. — Dans la liste des pasteurs en 1603, que 
donne Aymon, on trouve cette mention bizarre : pour 



(1) H était marchand de laine, et émigra à la Révocation, après avoir abjuré pour la 
forme. Cf. Archives nationales, T T. 457. 

(2) E. Benoist, Hist. de l'Edit de Nantes, IV, 459. « On a rompu les fenestres et la chaire 
du ministre» (arr. du Cons, 19 mai 1681). 



ÉGLISES DE FAVIÈRES, I,A FERTÉ-VIDAME ET I,AONS 301 

Bauiulle, Gravelle. Gravelle était, depuis quarante ans, 
pasteur à Dreux. Et, pour qui connaît les écritures du 
xvi e et du xvn e siècle, il n'est pas difficile de décou- 
vrir dans Bauiulle une erreur de lecture pour Bresolle, 
autrement dit Brezolles. Ainsi, au début de la période qui 
nous occupe, l'Église de Brezolles est rattachée à celle de 
Dreux, mais ce ne sera pas pour longtemps, puisque, cinq 
ou six ans plus tard, c'est le pasteur de La Ferté qui est 
désigné comme pasteur de Brezolles. Le remaniement des 
circonscriptions a dû coïncider avec la mort de Jean de Gra- 
velle, qui était, d'ailleurs, assez âgé à cette époque. Gravelle 
est donc mort entre 1603 et 1608. 

Depuis ce moment, pendant un nombre indéterminé 
d'années, le sort de l'Église de Brezolles est lié à celui de 
l'Église de La Ferté, puis de Favières. Le nom de Brezolles, 
d'ailleurs, ne sera plus celui de l'Église; on la désigne 
d'abord sous ceux de Belleville et de Neuville, que nous 
avons identifiés plus haut, puis, on ne parlera plus que de 
Laons (qui est tout voisin) et cela, à partir de 1626. 

En 1649, il y a eu un changement, qui remonte à une date 
inconnue : car au Synode de Vitry-le-François, le pasteur 
Salomon le Blanc, sieur de Beaulieu, représente les Églises 
« de Houdan et de Lons » ; combinaison éphémère : le même 
Synode, comme on l'a vu, réunit Laons à La Ferté et à 
Favières, c'est-à-dire crée une seule Église pour le bailliage 
de Châteauneuf. Chacune des trois Églises jouira « du tiers 
du ministère de celui qui les servira, à condition qu'outre les 
dimanches, il donnera à chacune Église six f estes par an et 
davantage s'il peut ». On se souvient que cette combinaison 
échoua dès l'origine, par suite des indispositions de Trouil- 
lart, et qu'il fut autorisé à se faire assister du sieur de Beau- 
lieu, pour la desserte de Laons (1). 

Nouveau changement en 1655 : Laons est réuni à Fa- 
vières, et desservi, en conséquence, par Samuel Platel; il est 



(1) I*aons donna, en 1649, 12 1. pour le Synode national, 38 I. 15 s. pour les Académies. 
I,es anciens de l'Église de Houdan et I,aons étaient alors Jeanin, Piron, Jeh I,e Poix, Mar- 
tin (Bibl. de Chartres, ms. 13 17). 



302 I<ES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

accompagné, comme ancien, de Charles Malassis. Laons 
étant nommé le premier, il semble que ce soit là la résidence 
du ministre et la partie la plus importante de l'Église, mais 
on ne peut l'affirmer. 

Quelques années se passent encore, et Laons semble avoir 
recouvré une autonomie complète. En 1671, on voit « Da- 
niel de Camp ministre à Lons et Jacques Blin ancien audit 
Lons » se transporter à Pont-Tranchefêtu, où Scalberge les 
a fait venir, avec le pasteur de Favières, pour servir d'ar- 
bitres dans l'une des innombrables difficultés que suscitent 
sans cesse, dans l'Église de Chartres, le peu de souplesse des 
caractères, joint à la complication des affaires. C'est, d'ail- 
leurs, tout ce que nous savons du ministère de Daniel de 
Camp. 

En 1679, il n'est plus là. Laons est représenté au Synode 
par David Humbert, pasteur, et par Jean Foubert, ancien. 
Et nous apprenons que la paix ne règne pas dans l'Église. 
Il faut que Régnier, le ministre de Fontaine, Amieu, le pas- 
teur de La Ferté, de Babreuil, l'ancien de Houdan, se ren- 
dent à Laons pour régler les différends qui s'y sont élevés, 
« et particulièrement ceux qui sont au sujet des chaises, 
entre la demoiselle de Fouquemberges (1), les sieurs de la 
Poterie et de Vieux-Pont, et le Consistoire». Nous n'avons 
pas d'autres détails sur cette affaire des chaises, sans doute 
quelque querelle de préséance, soulevée par de grands per- 
sonnages; il fallait à tout prix empêcher qu'elle ne fournît 
un pendant à l'histoire du lutrin, que venait de chanter le 
sieur Boileau-Despréaux. Notons seulement les quelques 
noms que nous fournit cet incident, et en particulier celui 
de Vieux-Pont. Les Vieux-Pont avaient été longtemps pro- 
priétaires de Courville, où une petite Église s'était réunie, 
peut-être autour de l'un d'eux. 

L'affaire des chaises et les autres différends ont-ils été 
pour quelque chose dans la démission de David Humbert? 



(1) Fauquembergues; on a vu que son fils se maria peu d'années après, à Pont-Tranche- 
fêtu. 



ÉGLISES DE FAVIÈRES, LA FERTÉ-VIDAME ET IyAONS 303 

Toujours est-il qu'il la donna, qu'elle fut acceptée, et que le 
Synode, après s'être confondu en éloges sur sa conduite, 
pria l'Église de lui solder l'arriéré de son traitement et les 
frais de son voyage au Synode. Ainsi, les paiements n'étaient 
pas plus réguliers à I^aons qu'ailleurs. Cependant, l'Église 
dut manifester de bonnes dispositions (i), car on lui promit 
le pasteur qu'elle demandait. 

Il ne semble pas, au surplus, que le Synode ait pu tenir 
sa promesse. L/Église de L,aons n'a délégué personne au 
Synode de Lisy, en 1681, et l'on verra comment elle devait 
bientôt disparaître dans la grande tourmente. Du moins, 
les abjurations en masse qui ont marqué celle-ci, et dont 
nous reparlerons, ont-elles eu pour résultat de nous révé- 
ler quelques noms de fidèles, et leur habitat. 

Il y a eu une vingtaine d'abjurations à Brezolles : la pre- 
mière, qui est du 8 janvier 1681, est celle de Pierre Desjar- 
dins, sieur de la Pichonnière. Les autres datent de no- 
vembre 1685 à janvier 1686. Dans la même période, les 
protestants des autres localités de la région ont été poussés 
à l'Église Saint-Pierre de Dreux comme un troupeau, et 
contraints d'abjurer. On trouvera plus loin leurs noms (2). 
Il y en a cent dix-sept. 

Huit viennent de Boissy-en-Drouais ; c'est, en particu- 
lier, une famille de sergers, appelée Bignon; deux sont de 
Mainterne et un de Boullay — sans doute Boullay-deux- 
Églises; — il en reste une centaine dont le domicile n'est pas 
indiqué, mais qui semblent former corps : il est difficile 
de ne pas y voir les réformés de Laons 

(1) Elle donne, en 1679, 30 1. au Synode, et en reçoit 150. 

(2) Pièces annexes, V. 



CHAPITRE XVIII 

i/ÉGUSE DE FONTAINE-SOUS-PRÉMONT 

Sous ce nom, qu'elle a porté pendant la plus grande partie 
de la période qui nous occupe, nous désignons l'ancienne 
Église de Dreux, qui avait autrefois pour territoire le bail- 
liage de cette ville, et est devenue plus tard l'Église de Mar- 
sauceux. Comme on l'a vu, elle a été l'une des plus impor- 
tantes de notre région ; le nombre, relativement, ne lui a 
jamais manqué, si du moins on la compare à ses voisines. 
Après les persécutions de la Iyigue, après la Révocation de 
l'Édit de Nantes, après le lent effritement qui la diminue 
depuis trois siècles, elle est encore celle de notre départe- 
ment qui compte les groupes les plus nombreux et les plus 
rapprochés de protestants. 

Et pourtant, rien n'est plus confus, rien n'est plus incertain , 
rien n'est plus difficile à mettre sur pied que son histoire. 
Ses registres sont perdus et nous n'avons, pour les rempla- 
cer, que des renseignements fort vagues et fort rares. Il ne 
semble pas, d'ailleurs, que beaucoup d'événements saillants 
soient venus interrompre la monotonie de son existence 
journalière. D'où peut donc venir cet effacement dans lequel 
disparaît cette Église? 

Il faut certainement l'attribuer pour beaucoup au fait 
qu'elle n'a jamais eu pour centre des localités importantes 
ou bien placées. Iye pasteur de Pont-Tranchefêtu résidait 
à Chartres : celui de Blainville, et plus tard de Fontaine- 
sous-Prémont, ne résidait pas à Dreux. Blainville, où 



I/EGLISE DE FONTAINE-SOUS-PREMONT 305 

l'Église a été recueillie pendant le premier quart, le pre- 
mier tiers peut-être, du xvn e siècle, est encore relativement 
accessible. Ce château, entouré de quelques chaumières, est 
sur le plateau où fut livrée la bataille de Dreux. Mais il 
n'en est pas de même de Fontaine. Situé à i lieue à l'est 
de Marsauceux, dans un pays coupé de ravins, Fontaine 
devait être singulièrement isolé à l'époque où il n'y avait 
pour ainsi dire pas de chemins. On se représente à quel point 
cet inconvénient a dû peser sur la vie de l'Église. 

lorsque ses voisines plus faibles, Houdan, Brezolles, 
Favières, essaient de s'appuyer sur elle, elles ne sont pas 
loin de l'absorber; dans tous les cas, elles la mettent à l'ar- 
rière-plan. Nous essaierons de nous retrouver dans les rema- 
niements, d'ailleurs difficiles à constater, qu'a dû subir le 
territoire confié au ministre chargé de desservir l'Église de 
Fontaine, soit seule, soit avec une ou deux autres. C'est en 
nous efforçant de reconstituer la liste de ses pasteurs que 
nous y parviendrons. 

Au début du siècle, comme on l'a vu, Jean de Gravelle 
est encore en fonctions, et de Blainville, il dessert à la fois 
les Églises de Dreux et de Brezolles. Nous avons placé la 
date de sa mort entre 1603 et 1608 (1), et nous avons dit 
qu'elle avait entraîné un remaniement de la circonscrip- 
tion, Brezolles étant rattaché à La Ferté-Vidame. 

Ensuite, les affaires de Favières nous ont appris que le 
sieur de Bigeonnette est, en 1609, au service de l'Église de 
Blainville, en vertu d'une décision du Synode provincial qui 
s'était tenu, cette année-là, à Charenton; il aurait aussi pris 
des engagements avec l'Église de Favières, ce qui fut jugé 
illégal. 

En 1620, l'Église de Blainville a pour pasteur J. Durand 
jeune (2), et elle est encore distincte de celle de Houdan. 
Bigeonnette est donc resté fort peu de temps à Blainville, 
et son successeur n'y vieillira pas, car, en 1626 déjà, il est 



(1) Plutôt vers 1608. 

(2) France protestante, pièces justificatives, i re éd. 

20 



306 LES ÉGlvISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

remplacé par Pelloquin (i). Ces fréquents changements ne 
prouvent-ils pas que Blainville n'est pas un poste de tout 
repos, et que les débutants qui en ont tâté s'empressent, 
dès qu'ils le peuvent, de choisir une résidence plus agréable? 

En 1637, nouvel avatar. L'Église de Blainville, qui va 
s'appeler désormais : Église de Fontaine-sous-Prémont, ne 
figure plus dans la liste des pasteurs. Bile est réunie à celle de 
Houdan. Et Houdan est desservi par Louis de Fauquem- 
bergue (2) . La France protestante ne dit pas quelle était sa 
parenté avec Jean de Fauquembergue, qui devint, très 
jeune, pasteur à Dieppe, en 1636; on a vu que sa veuve 
s'établit aux environs de Brezolles. Il semble que cette 
famille ait eu des accointances dans le pays. Louis ne serait- 
il pas un frère aîné de Jean? Dans tous les cas, c'était un 
assez triste sire. Il ne resta pas longtemps à Houdan, fut 
nommé à Senlis, et finit, en raison des désordres de sa vie 
privée, par être destitué et excommunié par le Synode pro- 
vincial Plus tard, il revint à de meilleurs sentiments. On 
lui rendit une Église. En 1665, il était à Dinan; il mourut 
avant la Révocation de l'Édit de Nantes. Nous ne savons 
rien de son court ministère à Houdan et Fontaine, et rien 
en particulier de sa conduite, qui n'apparaît scandaleuse 
que plus tard. 

A Fauquembergue succéda Théophile Tardif, on ne sait 
quand. On profita de ce changement pour séparer l'Église 
de Fontaine de celle de Houdan; et, vers 1648, on détacha 
le quartier de Saint-Martin de l'Église de Jonvilliers, pour 
l'annexer à Fontaine. Tardif prêchait donc à Fontaine et à 
Saint-Martin. Il n'y prêcha pas longtemps. Au commence- 
ment de 1649, il partit, peut-être pour un monde meilleur, 
et le Synode de Vitry-le-François remania une fois de plus 
les circonscriptions. Les Églises de Houdan et Fontaine 



(1) Pelloquin (André) était un débutant; il desservait, dit Aymon, Houdan et Fontaine. 
En 1631, il figure sur la liste des pasteurs déposés : il avait apostasie. C'était un homme 
d'une trentaine d'années, petit, « ayant les cheveux châtains, de petits yeux enfoncés dans 
la tête, le nés plat et la langue grosse". 

(2) I<e nom primitif aurait-il été Falkenberg? Cependant il y a un Fauquembergues, 
modeste chef -lieu de canton, dans le Pas-de-Calais. 



i/ÉGLISE DE FONTAINE-SOUS-PRÉMONT 307 

sont « rejointes ensemble comme elles estoient auparavant », 
et pour ne pas mécontenter les gens de Saint-Martin, on 
leur promet autant de services des jours de fête qu'il sera 
possible. 

Promesse toute platonique, d'ailleurs. Salomon Le Blanc, 
sieur de Beaulieu (1), ministre à Houdan, sera tenu d'assis- 
ter Trouillart dans la desserte de Laons, et, en conséquence, 
on ne l'obligera pas à prêcher à Saint-Martin, tant que 
Laons ne sera pas mieux partagé. 

En effet, la tâche était écrasante de desservir, outre Hou- 
dan et I^aons, les multiples quartiers de Fontaine. Celui de 
Blainville, pour n'être plus le chef-lieu, n'en avait pas moins 
conservé son importance. Il avait, du reste, de par la tra- 
dition, des droits acquis. Peut-être les fit-il valoir avec un 
peu trop d'insistance; peut-être qu'au Consistoire on ne put 
s'entendre : toujours est-il que le Synode fut appelé à régler 
cette petite question intérieure de la répartition des services 
entre les annexes. On décida que sur les dimanches jus- 
qu'alors réservés à Fontaine, on en prélèverait quatre, 
« comme par le passé» pour célébrer la Cène à Blainville. 
En même temps, on exhorte le seigneur du lieu « de faire au 
plus tost la donation du temple qu'il a promis », ce qui nous 
apprend que l'Église de Blainville n'avait disposé jusqu'alors 
que de sanctuaires de hasard, peut-être d'une salle du châ- 
teau. 

Ajoutons, en passant, qu'en cette année 1649, Fontaine 
et Saint-Martin ont donné 36 1. 16 s. pour les Académies. 

Déjà surchargé par les affaires de sa paroisse, Beaulieu 
avait encore à se défendre des manœuvres des gens du 
dehors, On se souvient que Neveu avait produit, à l'appui 
de ses revendications, des protestations fausses de quelques 
Églises du Colloque, notamment celle de Fontaine et Hou- 
dan. Du désaveu qu'elle envoya, le I er novembre 1649, 
nous ne retiendrons que les noms des anciens qui l'ont 
signé : Jeanin, Piron, Jeh. Le Poix, Martin. On n'est pas 

(1) Né en 1620, à Paris, il était petit-fils du célèbre architecte Salomon de Brosse. (France 
protestante, i re éd., et Jacques Pannier, Salomon de Brosse, in fine. 



308 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

surpris que, dans ces conditions, Beaulieu n'ait pas tenu à 
conserver son poste. 

En 1653, son Église, dont, par extraordinaire, les limites 
sont restées les mêmes à son départ, est représentée au 
Synode de Charenton par Jean Jamet, qui est flanqué de 
deux anciens, Matthieu Souillart pour Fontaine, Gédéon de 
Thuillé pour Houdan. On retrouvera les mêmes à La Ferté- 
au-Col, en 1657. La présence de G. de Thuillé dans la repré- 
sentation de Houdan fixe avec une certaine précision la 
limite méridionale du territoire de cette Église. Thuillé, une 
des premières localités de nos régions où il y ait eu des 
assemblées huguenotes, vers 1560, est déjà dans Eure-et- 
Loir (1). 

Sous le ministère de Jamet le rattachement du quartier 
de Houx-Saint-Martin à l'Église de Fontaine est tout récent. 
Nous ne reviendrons pas sur les querelles d'argent, indéfini- 
ment prolongées, qui résultèrent de ce changement. 

En 1665, lors du Synode de Vitry-le-François, Jamet a 
fait place à Féron, qui siège sans ancien. Comme tous les 
précédents, son ministère est très court, et, à son départ, on 
remanie de nouveau les circonscriptions : Fontaine est 
séparé de Houdan, qui n'aura plus à nous occuper; il y a un 
pasteur pour chaque Église, tendance qui va s'affirmer pen- 
dant les dernières années de l'Édit de Nantes. Il ne faudrait 
pas en conclure à un regain de prospérité des Églises. Tout 
au contraire, la Cour émet de plus en plus la prétention de 
supprimer les annexes, d'interdire à un pasteur de desservir 
plusieurs Églises, ce qui n'était pourtant contraire ni à 
la lettre ni à l'esprit de l'Édit de Nantes; mais tout était 
bon pour le rendre illusoire. De là, ces créations d'Églises 
in extremis, dans nos régions. 

Fontaine aura donc pour pasteur, en 1667, Daniel Sebille, 
que Thomas Guibereau accompagnera au Synode de Cler- 
mont-en-Beauvoisis. On y parlera de la vieille querelle avec 
Saint-Martin, et deux délégués du Synode, les pasteurs Alix 

(1) Commune de Faverolle=. 



l'église de fontaine-sous-prémont 309 

et Scalberge, seront envoyés sur les lieux, pour régler défini- 
tivement l'affaire. 

De l'histoire de l'Église de Fontaine pendant les dix ou 
douze années suivantes, nous ne connaissons guère qu'un 
incident, révélé par un arrêt du Parlement. Il est de 1672 ; 
Lefèvre l'a publié dans l'Annuaire d' Eure-et-Loir de 1860, 
pages 337 et suivantes. L'arrêt statue « sur l'appel inter- 
jeté d'une sentence rendue, le 27 septembre 1670, par le lieu- 
tenant général de Dreux, sur la dénonciation de Maistre 
Gilles Lourdault, prestre, curé de Mézières, contre Jacques 
Champagne et Jacques Patriarche, ci-devant archer de la 
connestablie et mareschaussée de France, par laquelle sen- 
tence entre autre choses ledit Patriarche auroit esté déclaré 
deuement atteint et convaincu d'avoir dit et proféré plu- 
sieurs injures et blasphèmes contre le Saint Sacrement de 
l'Autel, la pureté de la Vierge, la gloire des saints et particu- 
lièrement Saint-Jacques son patron. » 

La Cour condamna Patriarche à faire amende honorable 
devant la principale porte de l'Église de Mézières, en che- 
mise, avec une torche de 2 livres dans les mains, puis à être 
banni « des bailliages de Dreux et Chartres, de cette ville, 
Prévosté et Vicomte de Paris », sans parler de « 100 livres 
d'amende vers le Roy et 400 livres qui seront employées par 
les curés et marguilliers de la Fabrique de Mézières en une 
lampe qui sera mise en la chapelle de la Vierge de ladite 
Église et en huile pour brusler à perpétuité en ladite cha- 
pelle ». Quant à Champagne, il en fut quitte pour 30 livres 
d'amende, et on inscrivit l'arrêt « en une plaque de cuivre 
qui sera posée contre la muraille de ladite chapelle ». 

Vers la même époque, l'Église de Fontaine changea 
encore une fois de pasteur : c'est Jean Régnier qui la repré- 
sente, en 1679, au Synode de Charenton. Sa contribution 
aux dépenses du Synode est plus élevée, cette année-là, que 
celle de toutes les autres Églises : elle verse 44 livres, et en 
reçoit 175. 

Régnier siège encore à Lisy, en 168 1. Il est donc le 
dernier pasteur de Fontaine-sous-Prémont. 



310 LES ÉGLISES SOUS l'ÉDIT DE NANTES 

En effet, l'Église fut supprimée le 26 novembre 1682 (1), 
en même temps que trois autres. Une note du xvm e siècle, 
relevée par M. Joseph Bianquis sur les registres paroissiaux 
de Mézières-en-Drouais, dit que le registre des baptêmes 
de Fontaine-sous-Prémont avait été versé au greffe du 
bailliage de Chartres. Il n'a malheureusement pas été 
retrouvé jusqu'à présent. 

Mais si l'exercice de Fontaine était supprimé, l'Église 
n'était pas pour cela anéantie. On sait qu'elle a traversé vic- 
torieusement les persécutions, et qu'elle subsiste encore, 
avec Marsauceux pour centre. 

Il est malaisé de reconstituer la vie intime de l'Église de 
Fontaine, et, en particulier, de déterminer d'une manière 
entièrement précise, avec le nombre et les limites de ses 
quartiers, la répartition de ses membres sur le territoire 
qu'ils occupaient. Cependant, ces groupes ont laissé assez 
de traces pour que l'on puisse toucher du doigt la cause de 
toutes les difficultés internes, révélées par la rapide succes- 
sion des pasteurs. Non seulement le titulaire n'habite qu'un 
hameau, mais ce hameau n'a pas une importance prépondé- 
rante, au point de vue du nombre des fidèles. En somme, 
dans tout le bailliage de Dreux, il y a des protestants isolés, 
ou groupés en petits paquets. Nous le savions déjà par les 
listes de proscription de la Ligue; les abjurations qui ont 
accompagné ou suivi la Révocation de l'Édit de Nantes (2), 
l'habitat actuel des vieilles familles huguenotes, l'existence 
de cimetières, ici ou là, celle des lieux de culte, achèvent 
d'établir notre conviction. 

Il n'y a pas eu, il ne pouvait pas y avoir autant de lieux 
de culte que de groupes de fidèles, même d'une certaine 
importance. On s'est assemblé à Blainville, à Fontaine, et, 
pour la partie de l'Église qui lui fut annexée plus tard, à 
Saint-Martin-de-Nigelles. Le cimetière de Blainville et de 

(1) E. Benoist : Hist. de l'Édit de Nantes, IV, 520. En 1688, « l'emplacement et maison 
du Consistoire de Dreux» était estimé 65 livres; il ne put être remis au Bureau des pauvres 
de la ville, « faute de rapporter le brevet». Arch. nat. T T 14 b. 

(2) M. Joseph Bianquis en a fait le relevé. Cf., aussi Arch. munie, de Dreux, registre 18 
de Saint-Pierre. 



i/ÉGUSE DE FONTAINE-SOUS-PRÉMONT 311 

Saint-Martin (distinct de celui, postérieur, d'Églancourt) 
était probablement situé dans la vallée, sur la rive gauche 
de l'Eure, entre Villemeux et L,e Mesnil-Ponceaux (i). Mar- 
sauceux avait le sien ; c'est la partie, située à droite du temple 
actuel, du cimetière désaffecté à la fin du siècle passé. L,es 
protestants de Fontaine étaient inhumés dans un terrain 
clairement désigné sur un acte en parchemin, conservé à 
l'Hôtel-Dieu de Dreux. En 1629, Jehan Desmazis, écuyer, 
seigneur de Thilly, Flings et Fontaine-sous-Prémont, cède 
à Marie Desmazis, fille naturelle de feu Jacques Desmazis, 
« un lieu et maison manable... item sept arpents de terre... 
assis au village de Mérangle, tenant d'un côté le sentier et 
chemin tendant à L,a Chapelle (2) , d'un bout la rue et che- 
min tendant à Fontaine et d'autre bout le chemin tendant à 
Fontaine et d'autre bout le chemin tendant à Prouais... sans 
aucune chose réserver ni retenir, excepté deux perches ou 
environ, clos à murgs et faisant partie dudict nombre d'héri- 
tage et lieu estant dans le coing vers Mérangle et proche le 
chemin et rue qui tend audict Fontaine, qui demeureront 
pour servir à la sépulture dudict sieur bailleur, des siens et 
de tous autres de la Religion Réformée (3) ». 

Les protestants de Marsauceux n'avaient pas de temple 
au xvn e siècle ; ils se rendaient à celui de Fontaine, le curé 
de Mézières le dit très nettement dans la note, citée plus 
haut, qu'il avait inscrite dans son registre. 

Pas de temple non plus à Bû, semble-t-il ; pourtant, il y 
avait là un groupe important de protestants, bien réduit 
aujourd'hui. Une liste de nouveaux convertis, dressée par 
M. Joseph Bianquis d'après les documents authentiques, 
porte 89 noms d'adultes, entre 1685 et 1713. Cette liste per- 
met de reconnaître les huguenots de Bû dans les 113 que 
Ton conduisit abjurer à Dreux le 16 novembre 1685 ; à ces 



(1) P.-V. Soc. Arch. d'E.-el-L. XII, 362. 

(2) I^a Chapelle-Forainvilliers. 

(3) I,efèvre, op. cit. p. 280. Il prouve, en outre, p. 283, que les seigneurs de Prémont étaient 
protestants. 



312 LES ÉGLISES SOUS l'ÉDIT DE NANTES 

113, il faut ajouter 25 femmes et un mari nommés sans leur 
conjoint, et quelques émigrés. 

Qui étaient ces protestants de Bû? A côté de Pierre Malas- 
sis, « procureur au comte et aux Du Thuillé», on trouve 
des fermiers, des vignerons, des artisans, des marchands (1), 
dont les descendants, demeurés dans le pays, ne sont pas 
toujours catholiques. Très probablement, le cimetière de 
Bû était situé à côté du temple actuel. 

Ainsi, voilà quatre quartiers, non compris Saint-Martin, 
ni la ville de Dreux. Dans cette dernière, il n'y avait guère 
de protestants. En 1672, le régiment anglais du duc de 
Monmouth (2) y fut en garnison, et son passage est marqué 
par trois abjurations : Joseph Flaidd, Jonathan Gridmoay 
et Jean Chepmain, dûment instruits par l'aumônier irlan- 
dais du corps, Thadée Morphy, renoncent publiquement à 
leurs hérésies le 21 avril, en présence de quatre officiers, 
aussi irlandais (3). 

A part les nouveaux convertis de Bû, de Marsauceux, de 
Fontaine (4) , descendants des spoliés de lalyigue, à part quel- 
ques noms d'anciens ou d'émigrés pour cause de religion, 
nous ne possédons pas les éléments d'un recensement de 
l'Église de Fontaine, au xvn e siècle. Elle devait avoir un 
millier d'âmes au xvi e , elle en avait moins sous I^ouis XIV, 
mais elle demeurait importante, on peut l'affirmer. 

Elle a fourni un apostat illustre (5), Charles-François 
d'Abra de Raconis, qui devint évêque de L,avaur, et polé- 
miqua, en 1617, avec les quatre ministres de Charenton. Il 
était né, en 1580, au château de Havelu, qui fut confisqué 
à son père en 1585, comme nous l'avons dit. Il mourut en 
1647. 



(1) V. leurs noms, Pièces annexes, V. 

(2) Licencié en 1678. 

(3) Arch. munie, de Dreux, reg. 16 de la par. Saint-Pierre. 

(4) V. Pièces annexes, V. 

(5) On trouve quelques autres abjurations dans les registres de Mézières-en-Drouais : 
le 17 nov. 1680, Rachel Bled; le 28 nov. 1683. Marie Debu. qui se marie au bout dequelques 
jours; le I er avril 1685, Thomas Champagne. 



CHAPITRE XIX 



I, EGLISE D AUTHON 



L'installation de Jacques Couronné, à Noël 1597, devait 
ouvrir une ère nouvelle à l'Église d'Authon. Homme pieux 
et ordonné, administrateur soigneux, il tint entre les mains, 
pendant près d'un demi-siècle, les destinées de cette Église, 
et il y créa des traditions que ses successeurs n'eurent garde 
de renverser. L,e registre consistorial est désormais admira- 
blement tenu, et en général admirablement écrit. Il nous 
renseigne exactement sur le petit monde qui fréquentait le 
temple, ou vivait, disséminé, dans la très grande étendue de 
la circonscription. Il est regrettable que les actes du Consis- 
toire soient perdus, car nous en sommes réduits à ignorer, ou 
à deviner, beaucoup de détails de la vie intérieure de l'Église, 
qu'ils nous eussent sûrement révélés. 

Fait très significatif, et qui prouve à quel point son admi- 
nistration matérielle était régulière, l'Église d'Authon n'a 
jamais fait parler d'elle dans aucun Synode. Elle n'a été 
rappelée à l'ordre qu'une fois pour infraction à la disci- 
pline (1), et jamais pour négligence dans le paiement de son 
pasteur. Au point de vue spirituel, elle a dû être aussi 
bien conduite, car ses membres ont témoigné d'un atta- 
chement opiniâtre à leur foi : il y a eu des protestants à 
Authon jusqu'à la seconde moitié du siècle passé. 

Ceci dit, que nous apprennent les registres si soigneuse- 

(1) En 1657, pour n'avoir pas envoyé de députés au Synode. 



314 tES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

ment tenus par Couronné et par ses successeurs? C'est le 
28 octobre 1601 seulement que Couronné y transcrit les 
actes de baptême. Jusqu'alors, ils avaient été notés sur des 
feuilles volantes, par M. Paul I^egendre, ancien (1). Legen- 
dre était vieux, sans doute ; il tenait depuis longtemps, avec 
plus ou moins de soin, ces registres fragmentaires. Nous en 
avons conclu qu'à l'arrivée de Couronné, il n'y avait pas de 
pasteur depuis un certain temps. 

Legendre n'inscrivait sans doute pas les mariages, car, 
dès l'origine, le registre est tenu par Couronné lui-même. 
Quant aux décès, rien ne pouvait décider les huguenots à 
en prendre note, même les objurgations répétées des Syno- 
des. Les inhumations ne donnant lieu à aucune cérémonie 
religieuse, on jugeait inutile de les mentionner, à moins que 
le défunt ne fût un bienfaiteur de l'Église ou de ses pauvres. 
C'est à ce titre que, de 1609 à 161 3, quatre décès seront 
indiqués (2). Il fallut les ordres formels du roi, en 1668, pour 
modifier ces errements. 

On ne sait guère de Couronné que ce qu'il nous apprend 
lui-même, par son registre paroissial. Authon a été la pre- 
mière et la seule Église qu'il ait desservie. Il est probable 
qu'il était du Perche, où son nom est assez commun. Marié 
à Marie des Guez, il en eut huit enfants, à des intervalles 
rapprochés : Marthe et Paul en 1599, Jacques en 1600, Marie 
en 1602, Daniel en 1603, un second Jacques en 1604 (3), 
un second Paul en 1606, et Gédéon en 1607. Il mourut en 
1644, après un ministère de quarante-sept ans ; il devait en 
avoir environ soixante-douze. 

A l'époque où Couronné commença son ministère, il y 
avait sans doute un temple à Authon, depuis plus ou moins 
longtemps; mais où était-il à l'origine? On a l'impression, 



(r) « Selon qu'on les a peu recueillir de quelques fragments des mémoires que M r Paul 
legendre, lors ancien de lad. Église, en avoit faits jusqu'au 28 e d'octobre 1601.» (Sous-titre 
du registre). 

(2) I^e 17 juillet 1609, Jaqueline du Fay, vefve'de Jaques Deschamps, enterrée à Authon; 
en 1609 encore, Françoise des Fiefs; en 1610, Marguerite du Fay, et, le 2 mars 1613, Ber- 
trand Robethon. 

(3) Tl épousa, en 1633, Marie Ridou, et est qualifié sieur du Buisson 



l'église d'authon 315 

en compulsant le registre, que les assemblées avaient lieu 
surtout dans des maisons particulières, et que nulle part, le 
Consistoire n'était chez lui. Constamment, à l'occasion d'un 
baptême, le registre mentionne le fait que l'Assemblée a été 
convoquée dans la maison où la cérémonie doit se faire. 
Ainsi, le I er mai 1600, le 4 juillet 1601 et d'autres fois encore, 
on se réunit à L,a Goupillière (1) ; d'autres dimanches de 
1600, aux Cailleaux (2), et même à Ardenay, dans le canton 
de Monfort-le-Rotrou, pas loin du Mans ! C'est bien loin 
d'Authon; la circonscription d'Authon allait-elle bien jus- 
que là? En 1602 et plus tard, on ira à Champrond-en-Gâtine. 
Le 27 juillet 1602, et fréquemment au cours des années 
suivantes (3), l'exercice a lieu à la Forçonnerie, ou dans d'au- 
tres maisons du territoire d'Unverre. On voit encore, dans 
le château de Frazé, un tableau du Décalogue, notoirement 
huguenot, remontant aux premières années du xvn e siècle, 
et dont l'origine nous a paru quelque peu obscure; il est 
certain qu'il a décoré un oratoire protestant, sinon à Frazé 
même, du moins dans les environs immédiats. Ne serait-ce 
pas à la Forçonnerie? 

Enfin, des assemblées ont eu lieu aussi, en 1602 à Chas- 
sant (4) ; en 1605, à Villiers, en Saint-Germain-de-la-Coudre, 
etc. Nous ne parlons pas des lieux d'assemblée absolument 
exceptionnels, ou de ceux qui n'ont existé que plus 
tard. 

En 1606, ces pérégrinations prennent fin. C'est que le 
Consistoire a achece le logis « à l'Image Saint-Jean », qu'il 
a solennellement inauguré le 18 juin. « Cette maison, dit 
M. F. Guillon (5), nommée depuis le Prêche ou la maison du 



(1) Commune de Saint-Hilaire-le-Lierru, canton de Tuffé (Sarthe). 

(2) Commune de Beaumont-les-A utels, à deux lieues d'Authon. 

(3) 5 août 1603, 7 juin (Pentecôte) 1605, etc. I,a Forçonnerie, dont on voit encore les 
pittoresques débris, appartenait alors à Jacob de Tullières. qui était marié à Judith de Cour- 
cillon. En 1636, on célèbre encore le culte à la Forçonnerie. Alix y marie, le 9 novembre, 
deux dunois (Cf. Registre de l'Église de Châteaudun). 

(4) Canton de Thiron. 

(5) Le Protestantisme à Authon- du- Perche, Mémoires de la Société Archéologique d'F,ure- 
et-lvoir, XIV, 139 ss. 



316 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Consistoire (i), était sise rue Basse, à l'angle que forme cette 
rue avec la ruelle de la Croix-Blanche ». 

Pendant le premier tiers du xvn e siècle, les protestants 
d'Authon enterraient leurs morts dans une partie du cime- 
tière paroissial qui leur était réservée. On ne sait pas au 
juste quand ce simultanéum prit fin (2). Toujours est-il 
qu'un cimetière des huguenots a existé dans la rue Basse, sur 
le terrain où s'élève, depuis 1909, une école libre. Il a servi 
jusqu'à la Révolution, puis un marchand de bois y a établi 
ses chantiers. Un nivellement, exécuté en 1885, a mis au 
jour de nombreux ossements, qui ont été pieusement trans- 
portés dans le cimetière communal, par les soins du maire 
d'alors, M. Beaudoin-Bourlier. 

Mais il restait, dans les profondeurs du sol, des tombes 
plus anciennes ou plus soignées, des caveaux que les fouilles 
n'avaient pas atteints. Lorsque, en 1909, l'ancien cime- 
tière changea de propriétaire et qu'on se mit en devoir d'y 
construire l'école libre, on bouleversa le sol, on détruisit les 
tombes. L'entrepreneur essaya vainement de faire trans- 
porter les restes au cimetière ; sur l'ordre du curé, et à l'insu 
des autorités, on les fit ignominieusement disparaître (3). 
Les procès aux cadavres n'ont rien ajouté à la gloire du siècle 
de Louis XIV ; mais étant donné le fanatisme du temps, on 
est plus attristé que surpris de les constater. Au xx e siècle, 
ils sont décidément étranges, et la mentalité qu'ils suppo- 
sent n'est pas de celles qu'un peuple moderne peut impu- 
nément tolérer. 

A part la tenue des assemblées du culte dans les annexes 
et les châteaux, nous ne savons rien de la vie de l'Église 
d'Authon pendant les premières années après l'Édit de 
Nantes. Tout porte à croire qu'elle fut dépourvue d'incidents. 



(1) Sans doute, le pasteur logeait dans la maison; nous pensons même qu'il continua de 
l'habiter jusqu'à la suppression de l'Église, en 1684. 

(2) Biaise Féron, archidiacre de Dunois, qui visita la paroisse d'Authon en 1633, ajoute à 
son rapport : « Nota que le cimetière est commun aux catholiques et aux hérétiques, et que 
mesme la croix du cimetière est du costé occupé par les hérétiques.» Arch. dép. d'E.-et-L., 
G 821. 

(3) Nous tenons le fait de très bonne source. 




La Forçonnerie, à Unverre (Cliché Seley). 



I/EGUSE D AUTHON 317 

Cette paix fut troublée en 1603. Ainsi que nous l'apprend 
une apostille de Couronné, à partir du 21 septembre 1603, 
« Dieu visita ce lieu d'Auton de la contagion très aspre; 
nous fusmes contraints rompre l'exercice public, donnant 
lieu à l'ire de Dieu qui se faisoit faire place, nous dispersant 
çà et là après avoir sanctifié et célébré le Jusne, ayant n re 
recours et refuge à la miséricorde de Dieu. De laquelle afflic- 
tion la remarque est du tout mémorable, non seulement pour 
craindre Dieu à cause de ses jugemens qui sont à redouter, 
mais aussi pour le louer à cause de la délivrance qu'il a 
faite en Sion son Église, préservant par une spéciale grâce 
Israël son troupeau, c'est assavoir ses fidèles, l'Église réfor- 
mée, en ceste grande désolation d'Auton. A l'Éternel Dieu 
le Père et le Fils et le Saint-Esprit protecteur d'Israël en 
soit donc à jamais louange, honneur et gloire. Ainsi soit-il». 

C'est le 24 janvier seulement que, tout danger étant 
écarté, la célébration du culte put recommencer. Mais, s'il 
fallait en croire I^efèvre {Dictionnaire Géographique des 
Communes d'Eure-et-Loir, pp. 328 et 480) et 1^. Merlet (1), 
l'année 1604 ne se serait pas terminée sans de nouveaux et 
tragiques incidents. Voici ce que raconte Merlet : 

« Un des religionnaires d'Authon, Antoine Desmarais, 
sieur de Beauregard, fut assassiné, le I er décembre, dans la 
rue de Saint-I/iibin-des-Cinq-Fonds (2), par des fanatiques 
de l'Église romaine qui sortaient de la messe, et le corps de 
ce noble homme resta à la voirie pendant plusieurs jours. 

« Un an après, à Lt même heure et dans la même rue, 
Charles du Rousseau, sieur de Rougemont, fut pareillement 
assassiné : son corps resta aussi pendant longtemps exposé 
sur la voirie, et ce ne fut qu'à grand peine que ses parents 
purent le soustraire pour lui rendre les derniers devoirs ». 

Ainsi que M. F. Guillon l'a le premier remarqué, à peu 
près tout est inexact dans ce récit, où L,. Merlet semble avoir 



(1) Bull, du Prot., 1855, 324 ss. I,. Merlet n'a pas connu tout le dossier d'Authon. Il ignore 
l'existence du dernier pasteur, et les documents si précieux du xvni e siècle. D'ailleurs son 
étude, rédigée hâtivement, n'est pas toujours d'une exactitude absolue. 

(2) Hameau rattaché aujourd'hui à Authon, mais qui formait alors une paroisse distincte. 



318 I,ES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

reproduit sans contrôle les assertions, souvent sujettes à 
caution, de Lefèvre. En effet, voici ce qu'on lit dans le 
registre paroissial de Saint-Lubin : « Le lundy I er jour de 
novembre 1604, mourut Anthoine Des Marais, escuier, sieur 
de Beauregard, qui fuit occisus en la rue de Saint-Lubin à 
la sortye de la messe. 

(( Lesdits jour et an que dessus, mourut Charles du Rous- 
seau, escuier, sieur de Rougemont, qui fut pareillement 
occis en la dite rue et à la mesme heure. Et les corps d'iceux 
inhumés à la volonté des parens des susdits. » 

Ainsi, les deux meurtres ont eu lieu en même temps, et 
non à un an de distance, le I er novembre, et non le I er dé- 
cembre, et il n'est nullement question d'exposition des corps 
à la voirie. De plus, il suffit de parcourir le registre de Saint- 
Lubin pour y trouver les actes d'inhumation du fils (f 13 juil- 
let 1603) et de la veuve ("j* 15 décembre 1605) du sieur des 
Marais. Tous deux sont inhumés dans l'église. Les deux 
victimes du drame du I er novembre 1604 sont donc catho- 
liques (1) ; Desmarais et Rousseau sortaient de la messe (de 
Saint-Lubin, et non d'Authon), et rien ne permet d'affirmer 
que la religion soit pour quelque chose dans leur assassinat. 

Le moment est donc venu de rechercher, le registre en 
mains, ce qu'était, sous le ministère de J. Couronné, la com- 
munauté protestante d'Authon, quelle en était l'importance, 
la répartition par localités, la composition au point de vue 
de la situation sociale. De 1598 à 1644, la moyenne des bap- 
têmes est de 12 à 13 par an, et celle des mariages de 2,5 à 2,6. 
Cela suppose une population totale d'environ 380 âmes, qui 
semble rester à peu près stationnaire pendant le ministère 
de Couronné. Aussitôt qu'il n'est plus là, la moyenne des 
actes pastoraux baisse brusquement, avec d'étranges sou- 
bresauts. On arriverait donc à des résultats inexacts si, 
pour évaluer la population réformée au xvn e siècle, on pre- 
nait une moyenne générale, de l'origine à 1684. Lorsque 



(1) Non seulement leurs noms ne figurent jamais dans les registres protestants, mais on 
les trouve constamment dans les registres catholiques. 



i/ÉGWSE D'AUTHON 319 

l'Église d'Authon a été supprimée, elle devait, après avoir 
insensiblement baissé (plus rapidement dans les six ou huit 
dernières années) être réduite à peu près de moitié. 

L,a plus grande partie de ces huguenots habitaient Authon 
même, si du moins, il faut supposer que tous ceux dont le 
domicile n'est pas indiqué dans les actes pastoraux vivaient 
dans ce bourg. Il y avait beaucoup de seigneurs, disséminés 
dans leurs gentilhommières, souvent lointaines; il y avait 
quelques roturiers, établis ici et là : ainsi du Boullay, à 
Saint- Avit (1). Et sans doute, autour des seigneurs, il a pu 
y avoir quelques domestiques et quelques fermiers protes- 
tants. Mais le seul groupe de quelque importance, en dehors 
d'Authon, est celui de Champrond-en-Gâtine. Encore n'a- 
vait-il nullement, à cette époque, la prépondérance qu'on lui 
a attribuée : dans la première moitié du xvn e siècle, nous 
n'avons pas relevé plus de trois ou quatre noms (2). D'abord 
celui du seigneur, de Roulin, puis des personnages d'humble 
condition, qui s'appellent Taupin, Renouard ou Séguret. Un 
Maximilien Séguret, baptisé en 163 1, est filleul de la 
duchesse de Sully ; nous le retrouverons dans la suite, à Brou. 
Et puisque nous parlons de Brou, disons en passant que les 
protestants de cette localité, qui relevait de l'Église de Dan- 
geau, ont quelquefois fait baptiser leurs enfants à la For- 
çonnerie : ainsi, le 5 août 1603, le chirurgien Noël Pelet; 
bornons-nous à cet exemple. 

Parmi les réformés de qualité de l'Église d'Authon, citons 
les Taurin de la Chassaigne, les de Crémainville, les lyanfernai, 
sieurs de Villiers et de la Goupillière ; les de Iyuigny ; Gédéon 
de Tullières, sieur du Bois- Valdin ville (qui relevait plutôt de 
l'Église de Dangeau); les Iyanfernai de Courteilles; les Jui- 
gnot de Ballou, les Froger de Saint-Hilaire, les de Saint- 
Berthuin, les d'Oisemont, les Fontenille; puis, de Inouïs, 
écuyer, sieur de Patreau; d'Arthuis, qui est sieur dudit lieu 



(1) Mentionnons encore Pierre Gendron, de Nogent-le-Rotrou, qui se marie à Château- 
dun, le 9 juin 162 1. 

(2) Il est possible qu'il y en ait eu d'autres, mais nous doutons fort qu'à Champrond, les 
protestants aient été en majorité, comme l'affirme Roullier. 



320 EES EGLISES SOUS E EDIT DE NANTES 

et de Villesaison ; de Beaufils, sieur de B avilie ; de Bincy, sieur 
de la Mairie ; Etienne des Landes, avocat au Parlement; de 
Gallot, sieur de Tilly. 

S'ils étaient malades, ils avaient, pour les soigner, le doc- 
teur Robethon, un membre zélé de l'Église, cheville ouvrière 
de ses conseils. Il y avait encore des fonctionnaires, comme 
Chaffet, procureur au siège d' Authon ; des huissiers, comme 
Alleaume ; des apothicaires, tel Chevalier ; des marchands : 
Desfontaines (qui est mercier), Biard, Menou, Chedieu, 
Delastre. Puis, des artisans : Vannier était ouvrier en laine, 
et Gardon, boutonnier. Pour beaucoup, la profession n'est 
pas indiquée : Souchai, Barberau, Fort, Gaulier, Gouyn, 
Legendre, Leschamps, Guy, Blondeau, Ouzon, Raintru, Le 
Cousturier, Fouet, Franchin, Potier, Raidfeu, Bellenger (i), 
Bailly, Boguignon, Aneline, du Gaulier, Bonnet, Dulon, 
Augorai, Hardes, Gervais, Brunay, Crosneau, Farnouël, 
Fouchais, du Charme, Oury, Macé, Pezzé, Hardol, Haston, 
Courant, Renaut, Chapel, Meliand, Desrats, Voisin, Aveline, 
Basque, Haquin, Guelot, Poirier, Drouet, Bourdin, Che- 
villeau, L,egrand, Rameau, Touyn, Rivière, Pineau, Rocher, 
Gasselin, Arnault, Girard, Trezevent, Fenouil, Regnault, 
Seruzier, Ridou, Moureau, Courvoisier. 

Enfin, citons, à la date du 15 août 1638, le baptême de 
«Jan, fils de Julian Gui, qui vit encore en superstition de 
l'Église romaine, dont Dieu le veuille retirer ». A ce catholique 
baptisé au temple, on peut opposer quelques protestants 
baptisés à l'église d' Authon, parce que la faiblesse de l'en- 
fant s'opposait à ce qu'on le transportât jusqu'au lieu, sou- 
vent fort éloigné, où se tenait l'assemblée. 

A partir de 1627, les anciens contresignent les actes pas- 
toraux, et nous apprenons ainsi la composition du Consis- 
toire. Nous n'en suivrons pas les modifications. Voici seu- 
lement quelques exemples : en 1627, on trouve les noms de 
Robethon, de Gouyn (2), de Desfontaines, de L,emoine, de 



(1) M. O. Bellanger, inspecteur d'Académie honoraire, mort il y a peu d'années, était 
originaire d' Authon. 

(2) E)n 1625, Gouyn est député au Colloque de Beauce. 



Iv EGLISE D AUTHON 32I 

Chattier, de Brunet et de Houet. En 1635, ont signé de Gai- 
lot, Desfontaines, Chédieu, Chattier et Robethon. 

Couronné meurt en 1644; le 25 juillet, il est remplacé par 
Arbaud (1), qui ne reste que peu de temps, car, le 9 avril 
1646, René Rousseau lui succède. 

Beaucoup plus long que celui d' Arbaud, le ministère de 
Rousseau, qui dura dix-huit ans, fut moins heureux. L,e 
déclin de l'Église d'Authon commence, et peu à peu il s'ac- 
centue. Faut-il en accuser Rousseau, que, du reste, le piteux 
état de santé du pasteur de Dangeau oblige à s'occuper cons- 
tamment de cette Église, au détriment de la sienne? L,es 
circonstances extérieures sont-elles devenues défavorables? 
On ne saurait rien affirmer. Toujours est-il que la zizanie 
est semée dans le troupeau ; Robethon a maille à partir avec 
le Consistoire; il subit une excommunication temporaire, 
dont nous ignorons, et les causes, et la durée. Nous savons 
seulement, par une lettre adressée à l'Église de Dangeau, que 
vers la fin de juin 1646, le docteur Robethon, ayant fait 
amende honorable, avait été réadmis en la paix de l'Église (2) . 

En 1651 et en 1652, les troubles de la Fronde ont des 
conséquences désastreuses pour toute la région. En 1651, 
il n'y a pas un mariage protestant dans l'Église ; l'an d'après, 
tout est ravagé par les gens de guerre. Les registres d'Au- 
thon sont muets sur cet événement, mais nous savons par 
ceux de Dangeau à quel point cette Église, limitrophe, a été 
atteinte. 

Dans la suite, c'est la situation générale qui se complique, et 
l'Église d'Authon subit le contre-coup. Par tous les moyens, 
à partir de 1660, on cherche à l'entamer. Si les hasards des 
baptêmes amènent encore, dans les registres, quelques 
noms qui n'y avaient pas figuré jusque là (3), en revanche, 



(1) En 1645, l'Église a pour anciens : deux Robethon, I<esage, Bouchard et Gouyn. 

(2) Ajoutons, en fait de détails relatifs à cette époque, qu'en 1649, l'Église d'Authon 
donne 20 livres pour le Synode national et 51 1. 15 s. pour les Académies. 

(3) Bihoreau, Chamberland, de Caradreux, Roudin, Bigod, Innomme, des Marais de 
Beaufort, de Bellefontaine, Mondy, Esnault, Guymel de Beaulieu, I^e Hays de Bréval, 
Huguet. Et plus tard : Jacob, étaminier (1671); Castin, chirurgien (1670); Rochays, mar- 
chand, Chedhomme, procureur (1672); Bienfait, marchand, et Gaucheron, tailleur (1676); 
Huguet, maître serger; Tannay, étaminier (i6b2). 

21 



322 LES ÉGUSES SOUS I/EDIT DE NANTES 

les abjurations commencent à être assez nombreuses : 
ainsi (i), à Luigny, sur son lit de mort, Jean de Fouchais, 
écuyer, sieur de Plessis-Faucherie, le n mai 1649; I e 
I er août suivant, Abraham de Gallou et sa femme. 

Cependant, tant que Rousseau fut là, on n'osa pas con- 
tester à l'Église d'Authon son existence, ni son droit d'exer- 
cice dans la petite ville. Aussi bien n'étaient-ils pas contes- 
tables — tout ce que nous avons dit de cette Église le prouve, 
et il fallait à la mauvaise volonté et à la mauvaise foi du 
clergé, pour réussir, l'heureuse occurrence d'une vacance de 
quelques mois entre le départ de Rousseau pour Gien, à la 
fin de 1663, et l'arrivée de Paul Joly, son successeur, en 
octobre 1664 (2). 

Nous ne nous arrêterons donc pas aux motifs qui ont 
amené, en 1664, le Grand Conseil à écouter les doléances du 
prieur d'Authon, et, non pas à supprimer l'Église, mais à 
exiger que l'exercice du culte réformé eût lieu extra-muros (3). 
I/Église reprit donc sa vie errante d'avant 1606; elle dut se 
contenter de l'hospitalité, souvent précaire, que lui offraient 
les maisons seigneuriales de ses membres. Bile commença 
par être « recueillie» à la Chauverie, près de L,uigny; elle 
y resta près d'un an. Puis, elle émigré « au lieu seigneurial 
de Champs», dans la paroisse de Melleray (4), où elle resta 
plus longtemps, jusqu'à la fin de 1672. 

Dans l'entre-temps, est survenue l'ordonnance royale 
d'avril 1667, qui réglemente les actes de l'état civil. A partir 
de 1668, les registres sont tenus d'après les nouvelles métho- 
des, et nous y gagnons d'avoir la statistique des inhuma- 
tions. Le samedi 8 mars 1670, Philippe Scalberge remettra 
au bailliage de Chartres les duplicata obligatoires de ce 
registre (5). 

(r) Nous citons d'après M. Guillon. 

(2) En 1657, le Consistoire se compose de Chedieu, Menou, Brunet, Souchay et Chattier. 

(3) M. Guillon semble n'avoir pas très bien compris que cette suppression de l'exercice 
à Authon même, avec permission de le continuer ailleurs, prouve précisément qu'au point 
de vue légal, la situation de l'Église était inattaquable. 

(4) Canton de Montmirail (Sarthe). Champs appartenait aux Crémain ville. 

(5) Anciens en 1672 ; Biard, Souchay, Menou. Député au Synode : Chedieu en 1667. 
Anciens en 1673 : Brunet, I,. Menou, J. Menou, Souchay, Chedhomme. 



I/EGUSE D AUTHON 323 

A partir de 1673, l'Église se réunit à Coutermay, tout 
près d'Authon, sous le toit de Louis Souchay, et elle y res- 
tera pendant les onze ans qu'elle a encore à vivre. Bile a 
maintenant pour pasteur Marin Grostête des Mahis, sans 
doute descendant du pasteur Grosteste, qui desservit Châ- 
teauneuf jusqu'en 1602. Grostête des Mahis ne resta que 
trois ans pasteur à Authon. Il abjura, et mourut moine, 
vers la fin du siècle (1). 

Antoine Catel succéda (juin 1676) à cet étrange person- 
nage. Son ministère ne dura pas trois ans. Les temps étaient 
troublés; l'exercice des fonctions pastorales devenait à peu 
près impossible; les Églises étaient continuellement mena- 
cées de suppression; les fidèles commençaient à s'énerver, 
comme on le verra bientôt. 

Tout ce qu'on sait du ministère de Catel, c'est qu'il siégea 
au Synode de Charenton, en 1679, accompagné de Louis 
Fouscher, sieur de Gandelion (2). Puis il fut nommé à 
Compiègne. Il venait d'épouser une demoiselle Robethon. 

Dès le 4 avril 1679, Catel est remplacé par Trouillart, fils 
du pasteur de La Ferté-Vidame dont nous avons parlé. 
Trouillart est le dernier pasteur d'Authon, où il restera cinq 
ans, presque jour pour jour. J'ai parlé de l'énervement de 
ses paroissiens. En effet, un arrêt du Parlement du 11 mars 
168 1, confirmant une sentence du 12 février précédent (la 
justice était expéditive quand il s'agissait d'hérésie) con- 
damne Antoine Vanier le jeune, de la R. P. R. Il sera tenu 
de « faire amende honorable au devant de la principale 
porte et entrée de l'église de ladite ville d'Authon, jour de 
marché, où il sera conduit par l'Exécuteur des sentences 
criminelles, en chemise, tête et pieds nuds, tenant entre ses 
mains une torche ardente du poids de 2 livres, et là, à 
genouïl, dire et déclarer que méchamment et malicieuse- 
ment il a dit et proféré des blasphèmes contre le Saint 



(1) V. Pièces annexes, III, un mémoire qu'il semble avoir inspiré. 

(2) Anciens en 1676 : Souchay, Gaudchou, Brunet, I,. Menou. En 1679, l'Église d'Authon 
donne 30 livres au Synode, et n'en reçoit rien. Elle arrivait donc à se suffire, ce qui était rare 
dans la région. 



324 LES ÉGLISES SOUS 1,'ÉDIT DE NANTES 

Sacrement et contre les Saints, et parlé avec mépris de la 
Religion catholique, apostolique et Romaine, dont il se 
repent, et en demande pardon à Dieu, au Roy et à la jus- 
tice». De plus, Vanier est banni de la baronnie d'Authon 
pour cinq ans, et en cas de rupture de ban, il sera pendu et 
condamné à 200 livres d'amende, ce qui est beaucoup pour 
le fils d'un ouvrier en laine. 1/ emploi éventuel de cette 
amende est curieux : on en remettra 40 livres aux pauvres 
de la ville ; on consacrera 10 livres « à l'achapt d'un Tableau, 
dans lequel sera peint un crucifix, qui sera mis au lieu le 
plus apparent de l'Auditoire dudit lieu». Et le surplus, 
diminué des frais de justice, sera attribué « au Fisque». En 
outre, Vanier sera frappé de 1' « amende ordinaire de 12 li- 
vres ». 

Le 13 mars 1684 (1), l'exercice du culte est interdit à 
Coutermay. C'est la fin de l'Église d'Authon — en tant 
qu'Église, car les morceaux restaient. Le 3 avril 1684, 
Trouillart consigne la note suivante dans son registre : 
« Suzanne Taunay a esté baptisée par moy soussigné, cy 
devant ministre de ceux de ladite religion d'Authon et lieux 
circonvoisins, qui s'assembloient à Coutermay proche 
dudict Authon, m 'estant transporté exprès sur lesd. lieux 
à la requeste du père de l'enfant, lequel m'est venu prier de 
ce faire, bien que je ne estois du pays, pour obéir à un arrest 
du Conseil du Roy lequel m'avoit esté signifié, portant 
injonction aux ministres des Églises interdites de ne pas 
demeurer plus près que de six lieues desdites Églises inter- 
dites, l' arrest de l'interdiction de celle qui se recueilloit à 
Coutermay ne m' ayant esté signifié que samedy dernier sur 
les deux ou trois heures après midy, premier jour dudit mois 
et an, le père dudict m' ayant trouvé à la terre nomée La 
Reyne Bouvier, paroisse de Montmiral, distante de trois ou 
quatre lieues d'Authon, m'y estant arresté à cause de la 
feste de Pasques dans le dessein de me retirer plus loin le 
plus tost que faire se pouroit; ce que j'ay faict, ayant pre- 

(1) Élie Benoît, Hist. de l'Ëdit de Nantes, V, 673. 



I/EGUSE DAUTHON 325 

mièrement eu permission du sieur lieutenant procureur 
fiscal de la baronnie d'Authon de baptiser ledit enfant», etc. 

Ce dernier acte est contresigné de Souillard et Delastre, 
anciens. 

Que restait-il de l'Église d'Authon? Au chef-lieu, un groupe 
tenace, qui s'était allégé de ses éléments médiocres. Ailleurs 
les abjurations avaient fait table rase. A Champrond, en 
particulier, le curé J.-B. Thiers, installé le n janvier 1668, 
s'était attaché avec un zèle inlassable à extirper l'hérésie. 
A son départ, en 1692, il pouvait se flatter d'avoir réussi. 
Aussi bien, tous les moyens lui étaient bons ; il rendait aux 
protestants la vie matériellement impossible, par des tra- 
casseries sans fin et sans nom, et quand, de parti pris, on 
les accusait de tous les crimes dont l'auteur était demeuré 
inconnu, ce n'est certes pas lui qui prenait leur défense. 
Quant à la persuasion, je ne sais jusqu'à quel point il y a 
eu recours. 

En 1687 on attribua à la fabrique d'Authon les biens du 
Consistoire. D'après l'inventaire du 16 septembre 1790, le 
capital qu'elle recueillit ainsi s'élevait à 2.719 1. 15 s., qu'on 
plaça au denier 50 sur les tailles de la généralité de Paris (1). 

Nous reparlerons des protestants d'Authon, après la 
Révocation de l'Édit de Nantes. 

(1) Il y avait, en outre, des immeubles et quelques rentes foncières. 



CHAPITRE XX 

L'ÉGUSE DE DANGEAU. — HISTOIRE 

I. De 1598 à 1660. — De toutes les Églises réformées de 
notre région, celle de Dangeau est sans contredit la plus 
facile à faire revivre. Groupée autour d'une grande famille, 
dont nous avons déjà cité les principaux historiens (1) elle 
a eu de plus la bonne fortune de posséder des secrétaires 
consciencieux, dont les actes nous sont en partie parvenus. 
Le Papier du Consistoire de l'Église réformée de Dangeau, 
conservé aux Archives du Département d'Eure-et-Loir, 
nous conduit du 8 janvier 1645 à la liquidation de l'Église, 
en mars 1683. Il a été précédé d'autres registres, au- 
jourd'hui perdus, et qui comprenaient également une qua- 
rantaine d'années; ces registres sont mentionnés dans un 
mémoire que l'Église présentait, en 1682, pour sa défense (2), 
et les délibérations du Synode de l'Orléanais y font quelques 
allusions; mais ils n'avaient ni l'unité, ni la tenue de celui 
que nous possédons. C'était un registre des baptêmes de 
1597 à 1622; c'était des feuilles volantes, comptes, listes 
de contributions pour l'entretien du pasteur, délibérations 
du Consistoire. La disparition de ces documents épars a dû 
coïncider avec celle de l'Église et n'a pas lieu de nous sur- 



(1) Il faut ajouter à la liste M. Paul de Félice, qui a fait de nombreux emprunts au registre 
de Dangeau dans ses Protestants d'autrefois. 

(2) Archives nationales, T T 243 2. 



i/ÉGUSE DE DANGEAU. — HISTOIRE 327 

prendre. Elle est d'ailleurs moins grave qu'on ne pourrait 
le croire. 

Pour reconstituer l'histoire de l'Église de Dangeau de 
1598 à 1645, nous n'avons donc guère que les actes des 
Synodes provinciaux ou des Colloques (i). Ils nous donnent, 
il est vrai, une assez abondante moisson de renseignements, 
car, par l'irrégularité de sa gestion financière, par les écarts 
de conduite de ses membres ou le caractère difficile de ses 
pasteurs, l'Église de Dangeau, qu'il ne faudrait cependant 
pas juger d'après ces regrettables défauts, a souvent occupé 
les vénérables conseils ecclésiastiques. 

Comme il arriva dans toutes les Églises régulièrement 
constituées, l'Édit de Nantes n'apporta aucun changement 
à la vie de celle de Dangeau. Vian y poursuit l'exercice de 
son ministère. Il siège en 1601 à Mer, avec Ézéchiel Mare, et 
il se plaint de ne pas être payé. Aussi la Compagnie charge 
M. Textor d'écrire à l'Église de Dangeau « que s'ilz ne satis- 
font à leur pasteur dedans le synode national (2) qui se 
tiendra au mois de may prochain, on les pourvoiera ailleurs 
suivant l'ordonnance du colloque ». Nous entendrons, dans 
la suite, souvent ce refrain. Ht si la menace, toujours renou- 
velée, n'est jamais mise à exécution, c'est que sans doute 
l'Église faisait quelques efforts pour ne pas augmenter 
l'arriéré. 

D'ailleurs, Vian meurt bientôt ( 1607) et il est remplacé 
par Jean Alix (3), qui était alors tout jeune (4). En 1609, au 
Synode de Gien, on charge les députés au Synode national 
« d'empescher la distraction de l'église de Dangeau de cette 
province». C'est en général aux changements de titulaire 
que l'on procédait à ces remaniements territoriaux. Il est 
assez naturel, pour le dire en passant, que l'on ait songé à 
rattacher l'Église de Dangeau au Colloque de Beauce et au 



(1) Nous les citons d'après les copies d'Auzière. 

(2) C'est-à-dire jusqu'au Synode national (Jargeau). 

(3) Fr. prot., 2 e éd., I, 146. 

(4) En 1602, il est à l'Université de I,eyde, comme proposant. Pannier, L'Église réformée 
de Paris sous Henri IV, 303, 621. 



328 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

Synode de l'Ile-de-France, étant donné les rapports étroits 
qui unissaient la maison de Dangeau, et tant d'autres, à 
l'Église de Chartres, et les bonnes relations qui ont toujours 
existé entre les deux communautés voisines. 

L'an d'après, au Colloque de Jargeau, l'Église de Dangeau 
est représentée, outre Alix, par le sieur Ourry. Il ne semble 
pas qu'Alix ait dès l'abord conquis toutes les sympathies, 
car dès 1611, au Colloque de Châtillon-sur-Loire, M. de Dan- 
geau demande qu'on le remplace par M. de Salmon. L'As- 
semblée n'accéda pas à ce désir. Au Synode qui se réunit à 
Blois, en novembre de la même année, Dangeau renou- 
velle sa demande. Mais on décide qu'Alix (il siège, accom- 
pagné de La Butte) restera à son poste. 

On charge aussi M. de Chambaran « d'escrire à Madame 
de Dangeau pour l'exhorter d'assister aux habitans d'IUiers 
en la nécessité où ils se trouvent pour la poursuite de leurs 
affaires ». Nous ne savons de quelles affaires il s'agit. On 
trouve, dans les registres de l'Église de Pont-Tranchefêtu, 
mention de protestants habitant Illiers. Il y avait, dans 
l'Église de Dangeau, un « quartier du Perche» dont Brou 
était le chef-lieu, et dans lequel Illiers se trouvait compris. 
Deux autres quartiers avaient pour centre Dangeau et Bon- 
ne val. 

Au Synode de Saint-Amand, en 1612, Alix se présente 
seul, et l'Église est censurée pour ne pas avoir délégué 
d'ancien. L'an d'après, au Colloque de Sancheville, c'est 
Alix qui ne vient pas (mais on l'excuse), et La Butte qui 
représente l'Église. En 1614, La Butte sera remplacé par 
M. de Dangeau (1). Le Synode, qui se réunit cette année-là, 
le 5 mars, à Châtillon-sur-Loing, eut à trancher une question 
assez importante, à l'occasion d'errements suivis dans 
l'Église de Dangeau, et qui, sans doute, avaient provoqué des 
plaintes. On décida que les mariages ne devaient pas être 
célébrés dans les maisons particulières et les jours ouvrables, 
mais devant l'Église, et les jours « ordinaires», c'est-à-dire, 

1) On le députa, avec Denonville, au Synode national de Tonneins. 



L' ÉGLISE DE D ANGE AU. — HISTOIRE 329 

les jours de culte. Décision fort incommode, évidemment, 
dans une Église dont la circonscription était considérable, 
et à une époque où les chemins n'étaient guère faciles. On 
comprend qu'on ait trouvé plus pratique de déranger le 
pasteur, un jour de semaine, que de transporter bien loin, 
par tous les temps, une noce en brillants atours. Mais il 
fallait éviter avec d'autant plus de soin toute apparence de 
mariage clandestin que, même dans les Églises bien admi- 
nistrées, comme l'était celle d'Authon par exemple, il 
n'existait guère que des registres de baptêmes. Les Synodes 
insisteront vainement, dans la suite, pour que l'on tienne 
une liste des décès. 

En 1617, une décision du Synode d'Argenton (i), notifiée 
à toutes les Églises, nous révèle un autre usage du temps. 
On interdit, sous peine de censure, « la distribution des 
aumosnes aux enterremens aux cimetières »; cause, sans 
doute, de désordres et de scandales. 

Cependant, Alix et son Église étaient de moins en moins 
d'accord et il faut reconnaître que les torts semblaient à 
première vue plutôt du côté de l'Église. Au Synode de Jar- 
geau, qui s'ouvrit le 7 novembre 1618, Alix demande à être 
déchargé de son ministère pendant deux ans, et « soulagé 
par son Église en sa nécessité ». On lui devait 700 livres ! 
Et il était chargé de famille. Le Synode lui fit droit. On 
enjoignit à l'Église de lui payer « 300 livres à une fois et au 
plus tost», et le reste progressivement, sur les libéralités 
faites à l'Église. On chargea M. de Dangeau d'user de son 
autorité pour que la dette fût promptement payée (comme 
on le verra, les 400 livres se firent attendre) , et en attendant, 
l'Église devait être privée du saint ministère. 

Alix la quitta. Avec Guérin, il imposa les mains à 
Louis Thuisart, qui devait le remplacer. Ce Thuisart, qui 
avait été « ouï en proposition » en 1614, était boursier de la 
Province; en 1617, on l'avait envoyé à Genève «pour 
s'exercer soigneusement en propositions». Nous le voyons 

(1) Alix, malade, n'y assiste pas. L'ancien, absent sans excuse, est censuré. 



330 LES ÊOUSES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

siéger, le 28 août 1619 et les jours suivants, au Synode de 
Sancerre (avec Lebeau), et l'an d'après à celui de Jargeau 
(avec Desfontaines). Il a dû, dans l'entretemps, faire sus- 
pendre de la Sainte-Cène, pour scandale, un personnage, 
dont la discrétion des actes synodaux nous a tu le nom. 
L'excommunié en appela au Synode, mais le Synode con- 
firma le jugement. 

Le 17 février 162 1, un Colloque se réunit à Dangeau. 
Alix est revenu, et il siège à côté de Thuisart; pour ce motif, 
il y a deux anciens : Chevrigny et Marteau. Cachin, de Brou, 
se présente. Il se plaint du Consistoire. On devine qu'il ne 
paie guère ses contributions à l'Église et qu'il allègue sa 
pauvreté. Charitablement, le Colloque l'exhorte à faire ce 
qu'il pourra, et engage le Consistoire à le soulager. 

Ensuite, on décide qu'Alix sera prêté à l'Église de Chil- 
leurs, et que Thuisart restera à Dangeau. Il siège, en effet, 
aux Synodes et Colloques suivants, avec des anciens va- 
riés (1). Et il se plaint, comme ses prédécesseurs, de n'être 
point payé. En 1626, le Consistoire est enjoint de lui régler 
ses comptes dans les trois mois, sous peine de censure. Pour 
cette fois, l'Église s'exécuta. 

Mais bientôt, elle évoquait une affaire plus grave, qui 
explique, peut-être, son peu d'empressement à « satisfaire » 
Alix. Au Synode de Châtillon-sur-Loing, en 1629, l'Église 
demande ce qu'elle doit faire des actes, encore en sa pos- 
session, concernant Alix, et en particulier de sa suspension 
de la Sainte-Cène, pour avoir été rebelle au Consistoire et 
avoir marié l'une de ses deux filles aînées « à la messe». 
Nous ne savons quand cette condamnation eut lieu. Faut- 
il l'identifier avec celle de l'anonyme qui porta sa plainte au 
Synode en 1620? Certains indices, relevés plus tard, nous le 
feraient croire. Y a-t-il, d'autre part, une connexion quel- 
conque entre les fautes d'Alix et le défaut d'empressement 
tout particulier de l'Église de Dangeau de se libérer envers 
lui? Les deux événements se sont suivis; ils peuvent être 

(1) Chevrigny (1623), Séguier '(1626), Jacques Poirier (1627). 



t* ÉGLISE DE DANGEAU. — HISTOIRE 33 1 

connexes; on peut presque dire qu'ils le sont moralement. 
Mais l'extrême et très compréhensible discrétion des docu- 
ments ne nous permet pas de l'affirmer. 

Quoi qu'il en soit, qu'on remarque la conduite du Con- 
sistoire. Elle est tout à fait caractéristique. L'Église de 
Dangeau se montrera toujours très difficile pour ses pas- 
teurs — et elle avait raison. Les anciens ont assez de 
caractère pour traduire à leur barre le conducteur qu'ils ont 
choisi, s'il leur paraît en faute; ils sont bien dans leur rôle, 
et ils savent discerner les vrais intérêts de l'Église. Mais dans 
l'exécution de leurs sentences, quelle bienveillance, quelle 
délicatesse, quelle charité ! Fortiter in re, suaviter in modo. 
Ils demeurent respectueux; ils ménagent le coupable, ils 
sont prêts à détruire les souvenirs de sa faute, à supprimer 
son casier judiciaire ! Ce caractère, ils le conserveront jus- 
qu'à la fin. 

Le Synode délégua les pasteurs Belon et Garnier, avec 
mission d'interroger Alix, et, faute pour lui de se repentir, 
de prononcer sa déchéance (i). 

Après cette alerte, la vie de l'Église reprit son train habi- 
tuel. En 1632, à Châtillon-sur-Loing, où il siège avec 
Etienne Granet, Thuisart se plaint de n'être pas payé, et 
l'Église est exhortée de le satisfaire dans les trois mois, 
sinon, il sera libre de s'en aller, et il ne sera pas remplacé 
avant que l'arriéré ne soit liquidé. Cette fois, elle ne put 
s'acquitter, car en 1634, l'Église de Dangeau n'a pas de 
pasteur titulaire. Gédéon de la Ferrière, sieur du Tertre, est 
seul à la représenter, et Alix la dessert provisoirement. 
Thuisart, profitant de la permission qui lui a été donnée 
au Synode précédent, se retire, et offre ses services, à titre 
de prêt, à l'Église de Beaugency, où il va au-devant des 
mêmes aventures qui lui ont fait quitter Dangeau. 

A ce moment, les Églises donnent une preuve touchante 
de leur générosité et de leur solidarité. Si les bourses ne 
s'ouvraient pas facilement lorsqu'il s'agissait d'entretenir 

(1) H en fit une maladie, qui dura trois ans. 



332 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

les pasteurs (lésinerie qu'on ne saurait excuser, et dont les 
conséquences ont été désastreuses), jamais un appel en 
faveur des pauvres ou des opprimés n'est resté sans écho. 
Il y avait, « en Argier parmi les Turcs» (i), ainsi que les 
superficiels géographes du Synode l'écrivaient, un malheu- 
reux esclave appelé Jehan Creil. Gédéon de la Ferrière met 
en train une quête pour payer sa rançon. Il faut 350 livres : 
D ange au en fournira 60, S anche ville, 25 1. 10 s., Chil- 
leurs 32, etc. Et Dangeau, qui offre généreusement 60 livres 
pour la liberté de ce captif, n'a pu trouver les 25 livres de sa 
contribution pour l'Académie de Saumur ! 

Cependant, la négligence dont les huguenots de ce temps 
étaient coutumiers devait retarder l'élargissement de 
Jehan Creil. En 1636, il faut que le Synode (Châtillon-sur- 
Loing) invite le Consistoire de Châteaudun à « exhorter 
sérieusement, et au nom de Dieu, Mad me Lamy (2) à la resti- 
tution des deniers aumosnés par quelques églises voisines 
pour le rachat de l'esclave » : 45 livres d'Orléans, 30 de 
Sancerre. (On dut encore le lui rappeler plus tard.) 

A ce moment, la situation d'Alix a été consolidée; on le 
« donne» à Dangeau jusqu'au prochain Synode, et l'Église 
est censurée pour ne l'avoir pas délégué, en même temps que 
G. de la Ferrière. En 1638, il siège, accompagné de Gé- 
déon Poirier, au Synode de Mer, où son Église, animée d'un 
esprit démocratique, demande en vain que les anciens soient 
élus au suffrage universel, comme autrefois. 

Elle émet aussi d'autres prétentions. Elle voudrait 
ravoir Thuisart. Mais précisément, celui-ci se plaint qu'on 
lui doive encore 300 livres. L'Église est d'abord condamnée 
à les lui payer en quatre annuités, dont la première « le 
mois prochain», c'est-à-dire en juillet 1638; à défaut de 
quoi, elle subira les rigueurs que la discipline réserve aux 
« Églises ingrates ». Alors, l'Église promet de tout régler, 
pourvu qu'on lui rende son ancien pasteur ; mais l'Assemblée 



(1) A Alger. 

(2) Veuve d'un pasteur de Châteaudun, décédé en 1634. 



1/ ÉGLISE DE DANGEAU. — HISTOIRE 333 

répond qu'il a été « donné» à Bondaroy, qu'il n'est donc 
pas disponible, et qu'on n'a qu'à se contenter d'Alix (i). 

Deux ans se passent, et Thuisart n'a pas encore vu le 
commencement de ses 300 livres. Au Synode de 1641, du 
Tertre les lui promet dans le délai d'un an. C'est la dernière 
fois que nous voyons siéger au Synode Jean Alix, à côté 
du délégué laïque de l'Église. Entre juin 1641 et le 
printemps 1643 il prit sa retraite, ou du moins, il se fit 
assister. En 1643, à Mer, Dangeau est représenté par un 
nouveau pasteur, Joseph Ardillon (2), et Alix est cen- 
suré pour ne pas s'être fait excuser. Il disparaît désor- 
mais de la scène comme pasteur, et n'apparaît plus que 
comme créancier, car on lui doit toujours ses 400 livres. 
Il les réclame le 3 juin 1646 (3), et l'on prend la déci- 
sion platonique d'assembler à ce sujet les chefs de famille. 
Puis, on lui donnera 100 livres. I^e jeudi 16 juillet 1648, 
il réclame encore le reste. Pour le contenter, au moins en 
partie, on priera M. de Dangeau de donner 164 livres, tant 
de sa main que des deniers donnés par M me de Saucourt, 
M. Allego, etc. (Voilà des noms que nous avons cités à 
propos de l'Église de Chartres). On sait bien que le compte 
n'y est pas, mais la nécessité où se trouve l'Église ne lui 
permet pas de s'acquitter tout de suite. A la mort d'Alix, 
le reliquat n'est pas encore soldé. 

I^e ministère d'Ardillon fut court et paisible. I^e Con- 
sistoire ne s'occupe guère que de nominations d'anciens (4) 
et d'affaires d'argent. I^e 28 juin 1646, on lit une lettre de 
Rousseau, le pasteur d'Authon, qui annonce la réintégra- 
tion, dans l'Église d'Authon, du docteur Robethon; on voit 



(1) Dangeau donne, cette année-là, 45 1. 9 s. à l'Académie de Saumur 

(2) Gédéon Poirier, ancien. 

(3) Désormais, nous suivons le registre consistorial. Entre 1643 et 1679, les actes du 
Synode sont perdus. I<e Synode de 1645 eut lieu à Châtillon-sur-Loing. 

(4) I«e 8 janvier 1645, Daniel Durand, procureur fiscal de la châtellenie; quelques jours 
après, il est substitué à Baume comme trésorier de l'Église et des pauvres; le 22 mars, en 
remplacement de Poirier, démissionnaire, noble homme Gédéon lancement, sieur de 
Chevrigny, commissaire ordinaire, puis I*ouis Cachin. A Dangeau, les anciens étaient nom - 
mes conformément à la discipline : choisis par le Consistoiie, proclamés en chaire trois 
dimanches consécutifs, et, s'il n'y avait pas d'opposition, installés. 



334 T <ES EGLISES sou $ L EDIT DE NANTES 

quelles relations suivies existaient entre les deux Églises 
limitrophes. Puis, Ardilion disparaît (i). 

Le dimanche 12 mai 1647, * e Consistoire et les chefs de 
famille s'assemblent pour lui désigner un successeur. Sur la 
recommandation de Rousseau, ils nomment un proposant 
en théologie natif de Loudun, appelé Isidore Montault. Le 
3 novembre, à l'issue du prêche, on décide qu'il sera con- 
sacré le dimanche suivant. Il le fut en effet, par Jurieu et le 
pasteur de Blois. 

Il eut immédiatement à s'occuper d'une affaire assez 
délicate. Le dimanche 5 janvier 1648, on lit en Consistoire 
une lettre de M me des Prateaux, d'Orléans, « par laquelle 
elle prie d'exhorter le S r de Chevrigny d'épouser les con- 
ventions de mariage passées entre eux». Et la Compagnie, 
déférant à ce désir, d'exhorter « ledit S r de Chevrigny de 
tenir sa foy, satisfaire à ses promesses envers ladite dame ». 
A quoi Chevrigny répondit qu'il était prêt, quant à lui, à 
tenir ses engagements, « pourveu que lad. dame luy fist 
veoir clairement du bien qu'elle luy avoit fait entendre 
posséder, suivant la lettre qu'il avoit d'elle, ce que n'ayant 
fait jusqu'icy est le subjet du retardement à l'exécution de 
ses promesses ». 

Il faut croire que de Chevrigny était séduisant, ou qu'il 
était un bon parti; car M me des Prateaux ne se laissa pas 
rebuter par cette peu sentimentale réponse. Bile mit en 
branle les pasteurs et anciens d'Orléans, qui, galamment, 
redoublent à Chevrigny leurs exhortations pour la consom- 
mation de son mariage. Mais, le 2 février, il répond « en tes- 
moignant une résolution contraire à la précédente, qu'il ne 
voulloit passer plus outre à l'exécution du traicté de mariage 
devers luy et Madame Des Prateaux, quelques remons- 
trances qu'on luy aie pu faire. Sur quoy, il a esté arresté 
qu'il en seroit donné ad vis aud. sieurs ». C'est, en effet, tout 
ce qui restait à faire. 



(1) Il est désigné : défunt de Champlay, dans la délibération du 12 mai 1647; un acte de 
mariage de l'Église de Châteaudun le désigne explicitement comme « sieur de Champlay. » 



l/ÉGUS£ D£ DANO^AU. — HISTOIRE 335 

L,e jeudi 5 mars 1648, nous voyons mentionner pour la 
première fois une subvention à l'Académie de Die ; elle est, 
cette année-là, de 32 1. 9 s., et dans la suite, elle sera régu- 
lièrement de 26 1. 16 s. Ainsi, ce n'est plus à Saumur que va 
le « quint denier » des collectes des pauvres, destiné, selon 
les décisions synodales, à l'entretien des académies; et ce 
changement correspond avec la nomination de Montault, 
patronné par Rousseau. Que s'était-il donc passé? 

Il faut remonter quelques années en arrière. Dès le second 
tiers du xvn e siècle, le protestantisme français commen- 
çait à évoluer; on abandonnait le calvinisme pur, et en 
particulier, la doctrine si dure de la prédestination. Iy'un des 
propagateurs les plus autorisés de la nouvelle doctrine était 
Moïse Amyraut (1), professeur à l'Académie de Saumur 
depuis 1633. L'an d'après, il publiait son traité de la Pré- 
destination, où il démontrait que Dieu désire le bonheur de 
tous les hommes, mais que pour être sauvé, il faut croire en 
Jésus-Christ. « Dieu, dans sa bonté immense et universelle, 
ne refuse à personne, il est vrai, le pouvoir de croire; mais il 
n'accorde pas à tous l'assistance nécessaire pour qu'ils 
fassent usage de ce pouvoir, en sorte que plusieurs périssent 
par leur faute, sans qu'on puisse accuser la bonté de Dieu (2)». 
Malgré les objurgations des Universités de lyeyde, de Gro 1 
ningue et de Genève, le Synode d'Alençon (1637) ne J u g ea 
pas cette doctrine si condamnable (Ardillon était sans doute 
de cet avis) et se borna à recommander à Amyraut et à ses 
amis la prudence et la discrétion. Conseil mal suivi. On avait 
déjà attaqué Amyraut, on l'attaqua encore, et le Synode 
de Charenton (1644) lui permit de se défendre. 

1/ Académie de Saumur passait donc pour hétérodoxe 
dans certains milieux, tandis que celle de Die avait con- 
servé intacte la doctrine de Calvin. Calviniste pur, comme le 
furent ses successeurs, comme le fut son Église, Montault fit 
donc reporter sur l'Académie de Die la subvention qu'avait 



(1) Il était secondé par son ami Paul Testard, pasteur à Blois, dont nous retrouverons 
le nom plus tard. 

(2) France protestante, i re éd., art. Amyraut. 



336 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

reçue, jusqu'alors, celle de Saumur, et il en fut ainsi jus- 
qu'à la fin. 

Mais si l'orthodoxie de Montault était irréprochable, 
il n'en était pas de même de sa santé. Dès 1650, il n'est plus 
en état de remplir, avec toute la régularité voulue, les 
devoirs de son ministère. L,e jeudi 25 mai, après la prédi- 
cation faite par Rousseau, le pasteur d'Authon, les chefs 
de famille de Brou et du quartier du Perche réclament « que 
pour plusieurs très grandes et très chrestiennes considéra- 
tions)) le Consistoire « voulust mettre ordre que doresna- 
vant le presche se fist en ceste Église à heure certaine et 
arrestée par chacun dimanche de l'année; que depuis 
Pasques jusques à la Toussaint il y eust catéchisme après 
midy; que la S te Cène y fust célébrée chaque fois par deux 
dimanches consécutifs ; que mesme en hiver lors de la célé- 
bration d'Icelle, il y eust exhortation après midy, comme 
aussy es jours de Noël, premier de l'an, vendredi d'avant 
Pasques et de l'Ascension; que Mons r Montault fust exhorté 
et obligé de visiter les malades et particulièrement ceux qui 
auront esté recommandés aux prières publiques et que les 
mariages et baptesmes aient à se célébrer à l'avenir et estre 
administrez publiquement en l'Église; avec protestation 
d'estre exemptés de plus fournir, à l'entretien du S* 
Ministère que les deffaults passés ne soient amendés par 
ce règlement ». 

On sent percer l'impatience sous cette mise en demeure. 
Sans doute, plus d'une fois, les braves huguenots de Brou 
avaient fait le voyage de Dangeau pour trouver le temple 
clos. Et l'on dit clairement, aussi, que l'irrégularité dans les 
fonctions de Montault était déjà ancienne, ce qui la reporte 
très près du début de son ministère. Que pouvait répondre 
le pasteur ainsi mis sur la sellette? 

Il reconnaît le bien fondé de toutes ces prétentions, mais 
allègue l'état précaire de sa santé; il promet qu'aussitôt 
remis, il s'emploiera « non comme par contrainte, mais 
volontairement à paistre le troupeau que Christ luy a com- 
mis », qu'il suivra de point en point le programme qu'on lui 



i/ÉGWSE DE DANGEAU. — HISTOIRE 337 

trace, à condition toutefois qu'il n'ait pas à prêcher à 
moins de trois jours d'intervalle (ce qui fera mettre au 
jeudi saint le service du vendredi). Il visitera les malades. 
Il avoue avoir célébré un mariage dans sa chambre, mais 
c'est qu'il ne pouvait en sortir, et le Consistoire le talon- 
nait ! Voilà trois ans qu'il est pasteur, et si faible est sa cons- 
titution, qu'il a passé un an au lit, et qu'il ne peut s'adon- 
ner à l'étude. 

On voulut bien se rendre à cette explication, et l'on con- 
vint qu'au lieu de récriminer, les chefs de famille de Brou 
feraient bien mieux de joindre leurs prières à celles des 
autres membres de l'Église, pour le rétablisseemnt de Mon- 
tault (i). 

Iye mardi 7 juin, c'est Scalberge qui vient prêcher, et 
Montault s'étant « encore plus amplement expliqué» la 
Compagnie se déclare satisfaite et prie de nouveau pour lui. 
Au milieu d'octobre, la santé de Montault est lamen- 
table ; il a prié Rousseau de le seconder, mais Rousseau, qui 
a bien assez d'ouvrage à Authon, a refusé. Alors Montault, 
pris d'un scrupule, fait venir Cachin, et lui demande si 
vraiment il est en droit de se faire payer « ses gages»? Il a 
pourtant mis plus de 500 livres du sien, et il est à court 
d'argent. Cachin apporte la nouvelle au Consistoire. On 
assemble (le 16 octobre) les chefs de famille, « comme pour 
une affaire de très grande importance»; les braves gens 
expriment leur « extresme déplaisir » de la longue maladie 
de leur pasteur; ils décident qu'on lui paiera l'arriéré 
jusqu'au quartier de juillet, et que pour cela, on fera 
flèche de tout bois. 

En mars 1652, de nouvelles complications viennent 
s'ajouter aux maladies de Montault. Comme soixante ans 
auparavant, le pays est traversé par les gens de guerre. 
Soldats des princes, soldats du roi. Fâcheuse engeance ! Ils 
pillent. Ils interrompent la vie publique. Un jeûne devait 
être célébré dans tout le Colloque le jeudi 25 mars; il ne 

(1) « Noble homme Gédéon Poirier, bailly de Dangeau », nommé ancien le 24 mai 1648 
signe la délibération comme secrétaire. 



338 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

peut avoir lieu, on le reporte au 25 avril. On le célèbre, à 
Dangeau, « par la prédication que nous a donnée M. Rous- 
seau, lecture de la parolle de Dieu, le chant de ses louanges 
et prières publiques». Montault et Chevrigny, malades, 
n'ont pas assisté à la cérémonie. 

Montault en a été de 80 livres pour le logement des gens 
de guerre; il n'a pourtant pas été des plus éprouvés; le 
malheur « a esté si grand, si général et si subit qu'il n'a 
donné ny lieu ny temps à aucun d'y chercher remède ». 
Aussi, après avoir, le I er juin, demandé qu'on l'indemnise 
de ses pertes, Montault se ravise le 16, et demande à être 
déchargé des catéchismes et prédications extraordinaires 
qu'on lui impose, et qui ne lui sont « pas moins nuisibles 
que de mettre du feu sous de la paille » ; il consent, au sur- 
plus, à ce qu'on diminue à l'avenir son traitement. L'as- 
semblée ne goûta nullement cette requête; à l'unanimité, 
elle s'opposa à la suppression des catéchismes, « attendu 
la grande et évidente utilité que l'Église en avoit à la gloire 
de Dieu, en l'instruction de la jeunesse». Diminuer le trai- 
tement? Mais c'était, par contre-coup, diminuer les con- 
tributions des particuliers, principale ressource de l'Église, 
et mettre celle-ci en péril. On engagea donc Montault à 
travailler à se fortifier « par quelque essay», jusqu'au 
Synode prochain. On promit, non seulement de ne pas dimi- 
nuer « ses gages», mais d'en payer le courant et l'arriéré 
avec une ponctualité telle, qu'il n'aura aucun motif de se 
plaindre. 

Cependant, comme la santé du malheureux pasteur ne 
s'améliorait pas, l'Église finit par perdre patience. Le 19 jan- 
vier 1653, le Consistoire, considérant qu'il n'est ni raison- 
nable ni possible de recourir sans cesse aux pasteurs voi- 
sins et de les détourner ainsi de leur tâche naturelle, charge 
M. de Dangeau d'obtenir de Montault sa démission. 

L'enterrement de M. de Berchères, survenu sur Ces entre- 
faites (1), retarda la commission. C'est le 4 février seule- 

(r) A Pont-Tranchefêtu. 



i/ÉGUSE . DE DANGEAU. — HISTOIRE '339 

ment que Dangeau s'en acquitte. Montault répond qu'il 
éprouve « un sérieux déplaisir » de donner à son Église un 
sujet de plainte, mais qu'il se sent désormais assez fort pour 
fournir aux devoirs de sa charge. Vain espoir, illusoire 
promesse. Devant l'impatience croissante de l'Église, le 
Synode délègue Dumoulin et Lenfant, les pasteurs de Châ- 
teaudun et de Bazoches. Le jeudi 22 mai, ils écoutent les 
doléances des chefs de famille; Montault est resté « des 
mois tout entiers sans donner de prédications » ! 

Par charité, on veut bien oublier le passé, mais on ré- 
clame pour l'avenir l'observation du programme tracé en 
1650. 

Montault renouvelle ses promesses, et continue à de- 
mander un allégement provisoire de ses charges : le caté- 
chisme tous les quinze jours, jusqu'au Synode après celui, 
tout prochain, de Châtillon. S'il ne tient pas sa promesse, le 
député au Synode sera autorisé à demander son remplace- 
ment. 

Les délégués exhortent, et Montault de satisfaire son 
Église, et l'Église de le supporter, puis ils se retirent. Le 

25 mai, Chevrigny est délégué au Synode de Châtillon-sur- 
Loing. 

Comme on pouvait s'y attendre, la santé de Montault ne 
s'améliora pas. Aussi Chevrigny va-t-il à Saumur rete- 
nir un proposant à substituer au perpétuel valétudinaire. 
Quartier s'engage d'abord, puis, circonvenu par Montault, il 
se dérobe (1). L'Église trouva le procédé de Montault fort 
mauvais, étant donné surtout la longue patience dont on 
avait usé à son égard. On résolut (le 28 septembre) de le lui 
dire en face, et de porter l'affaire au Synode provincial, puis 
au Synode national, pour empêcher, par une mesure géné- 
rale, le retour de pareilles manœuvres. 

Le règlement de compte avec Montault eut lieu le 

26 octobre. Dumoulin, délégué par le Synode, prêcha. Puis 



(1) Montault, calviniste orthodoxe, combattait sans doute en Quartier un disciple d'Amy- 
raut. 



340 • LES EGLISES SOUS LEDIT DE NANTES 

on ouvrit la bourse. Sur 50 livres qu'on devait encore à 
Montault, on voulait en retrancher 21 et 4 s., dépensées à 
le remplacer pendant sa maladie. I/intervention de Du- 
moulin réduisit ce prélèvement à 10 livres. Restaient 40; 
le Consistoire en retrancha 32, prix d'un an de loyer à la 
Toussaint, et en remit 8 à Montault. En s'en allant, celui-ci 
protesta qu'il n'avait jamais eu l'intention d'offenser son 
Église, et qu'il la quittait « très content d'elle et satisfait » ; 
sur quoi, on lui remit l'attestation réglementaire. 

Peu après (la date est en blanc dans le registre) arrivait 
le nouveau pasteur, Du Prat, qui exerçait son ministère à 
Senlis, et était prêté par la Province de l'Ile-de-France, de 
laquelle il ne s'est jamais considéré comme délié. C'était un 
homme d'un certain âge, et d'un caractère difficile. Cepen- 
dant, ses premiers rapports avec l'Église de Dangeau furent 
parfaitement courtois. L,e compte que Gédéon Poirier pré- 
senta le 14 février 1654 ayant laissé un excédent de 96 1. 4 s. 
on remet cette somme à Du Prat, pour payer une partie, 
du transport de ses meubles et de ses livres. 

Iye 5 avril (jour de Pâques), on lit une lettre de l'Église 
d'Orléans, accompagnant « une copie de celle à eux écrite 
par l'Église de Rouen, leur donnant advis du grand nombre 
de ceux de nostre profession qui se trouvent maintenant 
captifs entre les mains des Turcs ». On fait appel à la cha- 
rité de tous pour les racheter. I^a quête rapporte 60 livres, 
que Du Prat s'engage à remettre au Consistoire de Paris, 
chargé de centraliser les dons. 

Iye 11 février 1655, Du Prat, tout en se déclarant en- 
chanté du logement qu'il occupe, pour 26 livres, dans la 
maison de Poirier, manifeste le désir d'habiter la maison 
Consigny, qui coûte 32 livres. Bt le Consistoire finit par 
y consentir, bien qu'à ce nouveau loyer, plus élevé, s'ajoute 
l'année réclamée par Poirier, à titre de dédommagement. 
Lorsque, le 26 avril 1655, Du Prat se dispose à aller au 
Synode provincial de Charenton (1), le Consistoire montre 

( 1) I,e Synode de l'Orléanais eut lieu, cette année-là, à Mer, le 10 juin. 



i/ÉGUSE DE DANGEAU. — HISTOIRE 341 

une certaine mauvaise humeur. Il eut bientôt de plus 
graves motifs de mécontentement. 

Souvent (i), Du Prat interrompait ses prédications pour 
se plaindre du bruit fait « dans la chambre voisine du 
temple ou dans la cour d'icelui, ou de ce qu'au travers des 
vitres il voyoit passer quelqu'un avec une épée au costé, 
menassant à chaque fois de descendre de sa chèze et de n'y 
plus remonter». Un dimanche de mai, « à l'occasion du 
bruit que faisoient en ladite cour les porcs du receveur de 
ceste chastellenie, après une longue et bien piquante invec- 
tive contre M 1 * de Dangeau, Messieurs ses enfans, les magis- 
trats du lieu et tout le peuple », il remplace la prière 
liturgique « et celle qu'il a coustume de lui substituer » par 
une autre de sa façon contre les mêmes personnes; grand 
étonnement et grand scandale, car si on reconnaît la 
plainte légitime dans le fond, on la trouve déplacée dans la 
forme, et M. de la Perrine ne le cache pas à M. de Belessart, 
ancien. 

Enfin, le 8 août, l'Église étant « assemblée pour ouyr la 
prédication », Du Prat donne à entendre « avec beaucoup 
de chaleur et de véhémence » qu'il a été troublé par le bruit 
fait dans la chambre voisine, qu'il faut y porter un remède 
définitif, sinon il descendra de sa chaire, etc. (voir ci-dessus) . 
Si l'on n'y va pas, il saura bien y aller lui-même. Stupéfac- 
tion générale; la chaire étant placée contre la paroi de la 
chambre fatale, Du Prat avait été seul à entendre quelque 
chose. Les assistants se regardaient l'un l'autre, « et par 
divers gestes» témoignaient de leur étonnement. 

Alors Du Prat descend de sa chaire, et, suivi de son fils 
aîné, il entre « en la chambre du sieur Halquin », qu'il trouve 
déjeunant, pendant que sa femme s'habillait. Halquin, que 
Samson (le sacristain) avait déjà admonesté de la part de 
l'Église, s'empresse de prétendre qu'il n'a fait aucun bruit, 
et rejette la faute sur une voisine qui aurait été voir sa ser- 
vante malade. Il assure même qu'il les a rudement tancées 

(r) Procès-verbal du 8 août 1655, barré le 9 juillet 1656. 



34-2 LES ÉGUSES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

l'une et l'autre, et que Samson peut en témoigner; et que 
même il lui a offert les clefs de la chambre, pour que l'ac- 
cès pût en être interdit pendant « l'action». Du Prat, qui 
n'était pas dupe de ces explications, se retire « dans sa 
maison par le carefour, la porte d'en bas estant fermée », et 
continue à invectiver de loin Halquin, demeuré sur le seuil 
de son logis. 

Cependant le sieur de Chevrigny et le sieur de Saint- 
Amand avec quelques autres sont sortis, et Du Prat leur 
déclare qu'il ne prêcherait plus, etc. (voir ci-dessus.) Rap- 
port à la Compagnie. On députe Belessart avec Chevrigny, 
qui, étant assis dans le « parquet», au pied de la chaire, 
« avoit ouy de vrai quelque petit bruit». Ils réussissent à 
ramener Du Prat jusque dans la cour du temple, avec pro- 
messe qu'il « parachèveroit son action », si on lui témoignait 
toute la sympathie requise, « autrement, il ne ...», etc. 
(voir ci-dessus). 

Entre temps, plusieurs s'étaient retirés, indignés de ce 
scandale. Pendant que Belessart va rapporter la conven- 
tion ci-dessus à ce qui reste de l'auditoire, Du Prat avise 
Halquin, et, furieux, le traite « d'insolent, d'impudent et 
de plusieurs aultres parolles offensives, de ce qu'en la mai- 
son d'un seigneur de la religion il osoit ainsy en troubler 
l'exercice », puis se tournant vers le bailly et le procureur 
de seigneurie, qui étaient là, il les somme « d'informer de 
cette sédition et infraction des édits ». 

Halquin, dont cette fureur arrangeait l'affaire, raconte 
doucement ce qui s'est passé chez lui. Du Prat l'accuse de 
lui chercher querelle, et s'avance « pour lui en oster le 
moyen». On rentre dans le temple, tandis que Du Prat, 
oubliant sa promesse, retourne chez lui. 

1/ Assemblée fait les prières publiques, puis, envoie une 
nouvelle députation; elle trouve fort mauvais que l'on 
plante là, avec tant de désinvolture, des gens qui sont venus 
de 2 ou 3 lieues. Du Prat ne veut rien entendre, et les délé- 
gués sont « extresmement offensez de la dureté dudit sieur », 
qui après un tel scandale, oblige encore son Église « à luy 



ti ÉGLISE DE DANGEAU. — HISTOIRE 343 

faire une espèce d'amende honorable»; ils se demandent 
s'ils ne vont pas être dans la nécessité de chercher un autre 
pasteur. Du Prat tient bon. Instances de Belessart et de 
Du Tertre, larmes de M me Du Prat; à la fin, il se décide à 
prêcher, à 2 heures de l'après-midi. 

Entre nous, il savait fort bien que Halquin était un 
mauvais plaisant doublé d'un tartuffe; assez fin pour l'avoir 
découvert, il n'eut pas assez d'esprit pour ne pas s'en aper- 
cevoir. 

Cette algarade mit un certain froid entre Du Prat et son 
Église. Lorsque, le 23 avril 1656, il demande à être déchargé 
des catéchismes du dimanche après-midi, et offre en échange 
des prédications les jours de semaine, quand il y aura des 
fêtes, l'Église lui répond sèchement que les catéchismes 
sont de la plus haute importance, et que s'il veut s'en 
aller, on ne le retient pas. Mais cinq semaines après, on 
s'avise qu'il n'est pas au bout de son prêt, que son départ 
serait préjudiciable, et on lui demande de rester, et de faire, 
pour le même traitement, le catéchisme tous les quinze 
jours. Du Prat refuse. On décide de soumettre la question 
au Colloque, qui va sous peu se réunir à Blois. 

Le Colloque délègue Perreaux et Lenfant, pasteurs 
d'Orléans et de Bazoches-en-Dunois, qui remettent tout 
le monde d'accord et ordonnent de biffer le procès- verbal du 
8 août. En conséquence, on y a tracé de grandes croix de 
Saint-André, qui le laissent d'ailleurs parfaitement lisible. 
Et en conséquence aussi, comme le « prêt » de Du Prat 
devait finir « à l'entrée du Synode de l'Ile-de-France », qui 
était convoqué à La Ferté-au-Col pour le 19 avril 1657, on 
pria le bouillant ministre de rester deux ans encore à Dan- 
geau. Du Prat répondit que c'était au Synode d'en décider, 
et l'on désigna (1) M. de Dangeau pour s'y rendre. En fait, 
sans doute à cause de son grand âge, il se fit suppléer par 
Poirier, qui, de retour dès le 29 avril, apporte une réponse 
favorable. 

(1) Le 12 avril. 



344 ^E s ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Mais Du Prat était incorrigible. Dès le I er novembre, il 
cause un nouveau scandale, à l'occasion du jeûne ordonné 
pour ce jour-là 'par le Synode. L,e dimanche 4 novembre, 
Louis de Courcillon et Poirier, anciens, Daniel Durand et 
Cachin, le greffier de la châtellenie, se font les échos de la 
plainte. Voici ce qu'ils racontent au Consistoire. 

Du Prat avait pris pour texte ces paroles de Jérémie (1) : 
« Comment dis-tu, je ne me suis point polluée, je ne suis 
point allée après les Bahalins : regarde ton train en la vallée, 
recognoi ce que tu as fait, dromadaire légère, ne tenant point 
de chemin certain, asnesse sauvage, accoustumée au désert, 
humant le vent à son plaisir, et qui lui pourroit faire rebrous- 
ser sa course? nul de ceux qui la cherchent ne se lassera 
après : on la trouvera en son mois ». A la fin de son sermon, 
il s'emporta à invectiver les plaignants, « et les diffamer 
comme si lui, seigneur de Dangeau, eust empesché par son 
autorité de défendre ausdits Poirier, Durand et Cachin, 
ses officiers, et qu'iceux Poirier, Durand et Cachin eussent 
encore esté corompus par argent pour ne pas faire justice 
de la mort de deux hommes, qui de la semaine de la Pen- 
tecoste dernière ont esté méchamment homicides en cette 
justice ». 

Or, il paraît que Du Prat était mal informé. Bien loin 
de couvrir l'inculpé de leur protection, les plaignants 
avaient au contraire fait toutes les diligences possibles pour 
le retrouver, et l'avaient même condamné à mort au mois 
d'août. Ainsi, Du Prat avait manqué de charité dans ses 
insinuations, et il n'avait pas davantage tenu compte du 
commandement de l'apôtre, « qui défend à son disciple de 
reprendre rudement l'homme ancien, mais veut qu'il soit 
admonesté comme père (2) », et ce, sur la foi de deux ou 
trois témoins (3) ; de plus, Du Prat avait foulé aux pieds la 
discipline, qui, en pareil cas, prescrivait de prudentes et 
charitables procédures. Aussi, les plaignants demandent 

(1) Chap. 11, v, 23 et 24. Version de 1588, 

(2) I. Timothée, V, 1. 

(3) II. Corinthiens, xm, 1. 



i/ÉGUSE DE DANGEAU. — HISTOIRE 345 

qu'en réparation d'une offense publique, Du Prat fasse de 
publiques excuses, « dans un sermon qu'il fera exprès à 
cette fin » ; sinon, l'affaire sera soumise au prochain Colloque, 
et, s'il le faut, à la hiérarchie des Synodes. Pour cela, Du 
Prat donnera une copie du sermon incriminé, où, d'ailleurs, 
« il y a encore plusieurs autres choses non convenables à 
l'action d'un tel jour, contraires à la charité et sans sujet 
offencives de plusieurs personnes ». 

Avant l'ouïe de ce discours, Du Prat avait déjà témoigné 
de quelque mauvaise humeur. Il avait été chercher dans 
un acte du 29 avril précédent, un grief contre le Consistoire, 
qui ne le lui avait signifié que le vendredi 2 novembre ; cet 
acte refusait d'indemniser Du Prat de son voyage à La 
Ferté-sous-Jouarre, en avril. Et, « après le chant du second 
pseaume», il avait « aresté les chefs de famille, de son 
propre mouvement, leur faisant entendre qu'il avait été 
honteusement blessé en son honneur par son Consistoire, 
et tout cela avec tant de chaleur et de véhémence qu'il des- 
cendoit de sa chaire sans donner la bénédiction s'il n'en eust 
été averti par un particulier)). Du reste, il avait coutume 
de dire, tant en public qu'en « particulière conversation», 
que pour conduire les Églises, il faut n'en pas croire la 
Discipline, qui donne l'autorité aux Consistoires, Colloques 
et Synodes, mais s'en rapporter uniquement à l'avis des 
chefs de famille. Par de semblables allégations, Du Prat 
montait lesdits chefs de famille contre le Consistoire et 
semait du trouble dans l'Église. 

Comme on peut le croire, Du Prat prit fort mal ces obser- 
vations. L'affaire suivit la filière. Le Synode national de 
Loudun (10 novembre 1659 — 10 janvier 1660), devait la 
trancher définitivement, mais non sans de nouvelles et 
préalables querelles. L'Église de Dangeau, cependant, 
montrait l'esprit le plus équitable et le plus conciliant, 
excellent moyen, d'ailleurs, d'obtenir satisfaction auprès des 
autorités suprêmes. Elle avait à se reprocher le mal chro- 
nique, l'irrégularité dans le paiement du traitement. Le 
26 janvier 1659, elle prend à ce sujet une décision ferme, 



346 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

qui, si elle avait été observée, était de nature à mettre un 
ordre définitif dans les finances. On décide que, soit pour 
régler l'arriéré, soit pour alimenter la dépense courante, 
les particuliers verseront désormais leurs contributions à 
Pâques, et qu'ils le feront « sans murmure ny contredit». 
Une commission de six membres : Belessart (i), de Mar- 
gontier, Jacques Liard, Isidore Bihoreau, Daniel Durand 
et Jonathan Poirier, sera chargée de fixer l'apport de 
chacun. La liste des cinquante-trois chefs de famille (2) 
fournit un total de 618 livres. C'était presque l'unique 
ressource de l'Église, qui, ainsi que nous le verrons, ne 
possédait que très peu de rentes. 

En regard de ce budget des recettes, on dressa celui des 
dépenses : on promit au pasteur 500 livres, son loyer, les 
frais de voyage des députés au Synode; si l'on y ajoute les 
gages du sacristain et quelques menues dépenses, on voit 
que l'équilibre était à peine atteint, et l'on ne conçoit pas 
que, dans la suite, l'Église ait cru devoir augmenter le trai- 
tement de son pasteur. 

Mais revenons à Du Prat. L,e Synode où son affaire allait 
être évoquée devait s'ouvrir à Blois le 8 mai. Or, dès le 
commencement d'avril, Du Prat déclare qu'il ne s'y rendra 
pas. Deux ans auparavant, il avait été censuré par ce 
Synode (on sait avec combien de raison!), et il désirait 
aller au Synode de Paris, se plaindre de cette censure. 
Insistance du Consistoire. Refus. Du Prat rentre chez lui. 
Belessart, Lancement et Poirier (3) vont le trouver, lui 
lisent les articles de la discipline auxquels se heurte son 
refus, l'assurent que s'il va au Synode, il pourra faire annu- 
ler la censure qu'il n'a pu accepter. Du Prat s'obstine; il 
interprète la discipline à sa façon ; tout en se déclarant prêt 
à assister son Église le plus possible, il réclame l'attestation 
de doctrine et de mœurs qui lui permettra de se présenter 
ailleurs. « Soit, lui dit Belessart, rédigez-la, nous la signerons ». 

(1) Benjamin de Chartres, sieur de Belessart. 

(2) V. Pièces annexes, II. 

1 (3) Poirier avait été délégué au Synode. 



Iv EGLISE DE D ANGE AU. — HISTOIRE 347 

— Mais non, réplique Du Prat, c'est à vous de le faire. 

La députation n'a plus qu'à se retirer. L,e 6 avril, les 
chefs de famille s'assemblent. On envoie L,uigny et Cou- 
pigny remercier Du Prat de ses bons services, et lui témoi- 
gner le désir que l'on a de le voir rester définitivement 
— ce qui prouve, qu'à part ses écarts et sa violence, c'était 
un digne pasteur. Il répond qu'il ne mérite pas ces remer- 
ciements, qu'il a fait son devoir, mais qu'il désire s'en 
aller, et qu'en attendant le verdict du Synode, il desservira 
l'Église (i). 

Au Synode national de L,oudun, les députés de la Pro- 
vince du Berry se plaignent de ce que, depuis six ans qu'il 
est à Dangeau, Du Prat n'a pas encore daigné reconnaître 
l'autorité de leur Synode. On lui ordonne de comparaître au 
prochain Synode de cette Province, et, dans le cas où il 
n'accepterait pas sa sentence, on délègue au Synode d'An- 
jou le pouvoir de juger en dernier ressort. 

Il s'agissait maintenant de pourvoir l'Église. I,e Synode 
de Blois avait eu une idée de génie. Lenfant était brouillé 
avec l'Église de Bazoches-en-Dunois, qui payait sans exacti- 
tude les 750 livres de son traitement. On prêtera L,enfant à 
Dangeau, pour un an. Mais le Consistoire, après avoir fait 
cette remarque mélancolique : « Nous restons sans autre 
consolation que celle que nous pouvons atendre de la cha- 
rité des Églises voisines », déclina cette offre. Il ne voulait 
pas désobliger l'Église de Bazoches, ni prendre parti dans 
ses querelles, et d'ailleurs, il ne pouvait promettre que 
500 livres. 

En mars 1660, Du Prat s'absente, et les chefs de famille 
s'étant, le 26 juin 1659, opposés à toute solution provisoire, 
on se met en quête d'un proposant. Le I er juin 1660, Du 
Prat donne quittance des 60 1. et 6 s. qu'on lui devait 
encore (2). 



(1) Délibération du 20 avril 

(2) Pendant le ministère de Du Prat, Jacques I<iart, marchand à Brou, entre au Consis- 
toire (le 19 août 1657), et Durand et Cachin en sortent, par démission, le 16 septembre 
suivant. 



348 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Peu auparavant, on était enfin parvenu à liquider le 
compte des héritiers Alix. Le 3 octobre 1658, l'Église ayant 
eu une rentrée exceptionnelle de 262 1. 10 s. (quatorze années 
d'arrérages d'une rente que Jacques d'Allego lui devait), 
on avait remis cette somme, un peu arrondie, aux héritiers, 
et sollicité une réduction sur le reste. Ils refusèrent. Le 
15 juin 1659, Poirier rapporte enfin la quittance des 
36 livres, dernier reliquat de la dette. 

II. De 1660 à 1685. — Si les années voisines de 1660 
marquent un changement sensible dans la situation des 
Églises réformées de France, par suite de l'étrange manière 
d'appliquer l'Édit de Nantes qui sera courante désormais, 
le sort de l'Église de Dangeau dépend aussi, à partir de ce 
moment, de circonstances locales qu'il importe de men- 
tionner. 

Louis II Courcillon de Dangeau, ce ferme soutien de 
l'Église réformée, était mort en juillet 1658 (i).-Il eut pour 
successeur le personnage connu dans l'histoire sous le nom 
de marquis de Dangeau. Né en 1638, et baptisé à Pont- 
Tranchefêtu, Philippe de Courcillon avait montré de bonne 
heure autant de dispositions brillantes que d'ambition. Sa 
famille, éblouie par sa bonne grâce et son modeste talent de 
versificateur, le lança, fort jeune, dans le monde. Nous 
n'avons pas à dire ici comment il fit son chemin à la Cour, 
ni quelle fut l'intimité de ses relations avec Louis XIV. 
D'Argenson raconte que Dangeau écrivait les billets galants 
du roi à M lle de la Vallière, et ceux de M lle de la Vallière 
au roi, et l'abbé Bordas s'est empressé de recueillir ce potin. 
Mais d'Argenson est peut-être une mauvaise langue, et 
Bordas sûrement un homme d'esprit. Les services militaires 
de Dangeau et son fameux journal n'ont pas davantage à 
nous occuper. L'événement de sa vie qui nous intéresse ici 
est son abjuration qui, antérieure à celle de son frère, 
l'abbé de Dangeau, date de 1665. Elle devait, par voie de 

(1) Cf. de Possesse. Notes sur Dangeau et ses seigneurs. Mém. S. A. d'E.-et-L., VII, 129 ss. 



i/ÉGUSE DE DANGEAU. — HISTOIRE 349 

conséquence, entraîner la suppression de l'Église réformée 
de Dangeau, en 1683. 

Mais revenons à l'année 1660, et aux démarches que fait 
le Consistoire pour trouver un successeur à Du Prat. Dès le 
26 avril, on a des vues sur un proposant nommé Testard. Il 
est fils du pasteur de Blois, ami et chaud partisan d'Amy- 
raut, mais il ne paraît pas avoir partagé la théologie de son 
père, car l'Église de Dangeau, avec laquelle il fut toujours 
en termes excellents, continua de refuser ses deniers à 
l'Académie de Saumur, et à subventionner celle de Die. L,e 
jeune Testard finissait à peine ses études. Il fallait attendre 
l'approbation du Synode pour lui conférer l'imposition des 
mains, et l'installer dans son Église. En attendant, on lui 
promet 600 livres par an, payables « de quartier en quartier, 
la garantie des tailles et logements de gens de guerre», 
avantages qui dépassaient manifestement les ressources de 
l'Église. De plus, on décide que si Testard est appelé dans 
une autre Église et désire répondre à cette invite, ladite 
Église se chargera de fournir, « à ses frais et dépens», un 
autre proposant, qui convienne aux gens de Dangeau. Avec 
cette convention, Testard signa l'engagement de faire les 
catéchismes, quand Dieu lui en aurait donné la force, et 
sauf indispositions. 

En juin, Testard est admis, par le Synode, à faire les trois 
prédications d'épreuve, et, le 25 juillet, il est consacré par 
Pajou et Janisson, les pasteurs de Marchenoir et de Blois. 
Peu après, le 19 septembre, Daniel Durand, procureur fiscal, 
et Jonathan Poirier, « procureur en ce siège», sont reçus 
anciens (1). Du Prat reparaît le 11 novembre, pour décla- 
rer qu'il donne aux pauvres de l'Église une pistole d'or que 
lui doit M. Monceau, « et cent solz à quoy il a modéré une 
plus grande somme qui luy estoit deiie par Jaques Fabier, 
vigneron». Et le Consistoire exhorte les débiteurs à s'exé- 
cuter. 



(1) Et le 7 mai 1662, Josias lancement sieur de Coupigny et Jean Petineau, maître 
chirurgien. 



350 LES ÉGUSES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Cependant, le 27 décembre 1661, le trésorier constate que 
sur les 750 livres dues à Testard sur son traitement et les 
14 1. 2 s. qu'il a dépensées pour se rendre, en juillet, au 
Colloque de Marchenoir, on ne lui a payé que 671 1. 12 s. 6 d. 
La vieille tradition reprend. En 1662, on sera trop pauvre 
pour envoyer un ancien au Synode. Testard, qui s'y rend, 
dépensera 109 1. 3 s., alors qu'il n'en avait reçu que 105. Le 
31 décembre, il se plaint de ce que « l'Église luy demeure 
beaucoup redevable », et les chefs de famille le paient en 
promesses. Le compte présenté par Coupigny le 28 mai 1663 
montre qu'en un an, on a réussi à donner 504 1. 15 s. au 
pasteur, moins que son traitement, et, par conséquent, rien 
de l'arriéré. 

Toujours faute d'argent, Coupigny n'alla pas au Synode 
de 1664; et cette année-là, il put remettre à Testard 
566 1. 7 s. ; on lui devait près de 500 livres à la fin de l'année ! 
Le Consistoire, estimant avec raison qu' « il est entièrement 
nécessaire d'y mettre ordre », nomme à cet effet une commis- 
sion de six membres (1). Au I er octobre 1665, l'arriéré 
avait été sensiblement diminué : il n'était plus que de 
434 1. 6 s. Et pourtant, certes, l'année de l'abjuration de 
Philippe de Dangeau, qui en récompense de cet acte de 
basse courtisanerie, recevra le titre de marquis, ne pouvait 
être heureuse pour l'Église (2). 

Quelques mois avant ce règlement de comptes, le 6 mars, 
elle avait reçu la visite du sieur Etienne Le Faure, « député 
de l'Église réformée de la ville de Lesches en Dauphiné». 
La ville de Lesches ! O mirage ! Lesches est un pauvre vil- 
lage du canton de Luc-en-Diois, perdu dans la montagne, 
loin des chemins battus, et dont l'aspect actuel, fort peu 
différent de celui d'il y a deux cent cinquante ans, n'est 
certes pas celui d'une ville. Le sieur Etienne Faure arrivait 



(1) Margontier, Coupigny, Cachin, Bihoreau, d'Alluyes et Jon. Poirier. 

(2) Ses pieuses et vaillantes sœurs, Charlotte et Hélène-Françoise, supportèrent seules 
désormais la contribution de 250 livres que leur famille assurait à l'Église de Dangeau, et 
ce sans préjudice de ce que leur coûtaient les Églises de Bazoches-en-Dunois et de Pont- 
Tranchefêtu. 



i/ÉGUSE DE DANGKAU. — HISTOIRE 35 1 

muni de « bons certificats signés des pasteurs et anciens de 
lad. Église », et il parcourait « les provinces de ce royaume » 
pour « implorer la charité et assistance des Églises réfor- 
mées, afin que par ce secours qu'ils espèrent de la charité 
de leurs Frères, ils puissent relever les ruines de leur Église 
et de leurs familles, qui ont souffert de grandes pertes par 
les gens de guerres qui ont passé par leurs quartiers et qui 
ont abbattu leur temple, et désolé leur pays ». Cet exploit, 
digne avant-coureur des dragonnades, avait eu lieu en 
pleine paix. On donna 8 livres au pauvre homme, sur la 
caisse des pauvres, avec de bonnes paroles. 

En 1666, faute d'argent, on n'envoie pas de député laïc 
au Synode de Mer; on n'arrive même pas à rembourser 
intégralement à Testard ses frais de voyage. Il faudra, pour 
y parvenir, des dons particuliers, qui seront encaissés vers 
la fin de l'année. 

C'est vers ce moment que le Consistoire est aux prises 
avec le sieur Maximilien Seguret, maître chirurgien à Brou, 
dont la piété laissait fort à désirer. 1/ affaire traîna plusieurs 
années. Comme elle montre à merveille quel était l'esprit 
du Consistoire de Dangeau et comment il comprenait son 
rôle de gardien de la discipline, nous en parlerons dans le 
chapitre suivant. 

Louis Cachin et Daniel Sandrin sont installés anciens le 
15 janvier 1668. A partir de cette année, une ordonnance 
royale impose aux Églises la tenue en double des registres 
de l'état civil. Le Consistoire de Dangeau règle avec minu- 
tie les conditions que devront remplir ces registres. S'ils 
ont été tenus comme on l'a prescrit, nous ne pouvons que 
regretter vivement leur disparition. 

La situation financière continue à être mauvaise. En 
juillet 1668, l'arriéré dû à Testard est considérable. L'an 
d'après, une fois de plus, il va seul au Synode, qui se tient 
à Sancerre, mais du moins, on est en état de le défrayer. La 
vie de l'Église semble languir; le Consistoire n'a pas déli- 
béré en 1670. Le 16 avril 1671, il doit 470 1. 12 s. 7 d. à son 
pasteur; celui-ci doit avoir fait une absence, peut-être 



352 EES EGLISES SOUS E EDIT DE NANTES 

l'année précédente, d'après une allusion du procès- verbal. 
Du moins, maintenant, on pourra envoyer au Synode 
(à Mer) la délégation réglementaire : Jonathan Poirier 
accompagne Testard. 

Le 31 juillet 1672, Daniel Sandrin se démet de sa charge 
d'ancien (1) ; on le remercie du zèle qu'il a déployé, et, le 
4 décembre, on installe Alexandre Pelet, de Brou, et Jac- 
ques Desfontaines, de Dangeau. 

A partir de juin 1673, Testard commence à souffrir de 
tenaces migraines; tout ce que les médecins y peuvent, c'est 
de lui dire que son mal résulte de l'exercice de ses fonctions. 
Il parle, en conséquence, de démission. 1/ Assemblée, qui a 
été « fort édiffiée» de son ministère et de sa vie privée, ne 
peut se résoudre à se séparer de lui définitivement, et l'en- 
gage à prendre un congé et un suffragant. Très touché de 
l'affection qu'on lui témoigne, Testard se range à cette 
manière de voir. Il ne se rend pas au Synode de Sancerre, 
qui doit s'ouvrir quelques jours plus tard, mais le chirur- 
gien Petineau se charge de défendre sa cause. 

L,e Synode, effectivement, accorda un an de congé à 
Testard, « pour chercher les moïens de recouvrer sa santé », 
et permit à l'Église de recourir aux bons offices d'un pasteur 
de la Province, ou, à défaut, d'un pasteur d'une autre Pro- 
vince; et si l'on n'en trouve pas, les pasteurs voisins se 
relaieront, de trois en trois semaines, pour desservir Dan- 
geau. 

De ces sages combinaisons, aucune n'aboutit, peut-être 
parce que l'arriéré dû à Testard s'élevait, en novembre, à 
599 1. 7 s. 10 d. Il continua donc à prêcher, à catéchiser et 
à avoir des migraines. Au Synode de 1674 (Mer), où il se 
rend avec Pelet, il renouvelle sa demande de congé, ce qu'on 
lui accorde « sans aucune opposition». Alors Testard pro- 
pose, pour le remplacer, le sieur Michel Chatrefou de la 
Jugannière. L,es chefs de famille l'agréent, mais insistent 
pour que Testard leur revienne, après son année de repos. 

(1) Il allait s'établir à Châteaudun. 



i/ÉGUSE DE DANGEAU. — HISTOIRE 353 

Il ne partit pas, et, l'été suivant, demanda pour la troi- 
sième fois son congé; on sollicitera encore, pour le rempla- 
cer, Chatrefou de la Jugannière, qui est pasteur à Fon- 
taines en Normandie (i). Testard se rend seul au Synode 
(Châtillon-sur-L,oing) et en revient avec la confirmation de 
son congé. Mais il continue à ne pas le prendre. Dans l'en- 
tre-temps, on réduit son traitement à 550 livres (11 octobre 
1675). Sur l'arriéré, on lui doit encore 385 1. 9 s. 10 d. ; vail- 
lamment les demoiselles de Dangeau continuent à payer la 
contribution que donnait leur père. Enfin, le 27 octobre 1675, 
Testard est « sur le point» de prendre son congé, et il 
reçoit de son Église de touchants témoignages de sym- 
pathie. Décidément aussi, I^a Jugannière est désigné 
comme sufïragant. I^e 30 avril 1676, il requerra la Com- 
pagnie d'insérer au registre un acte du 3 novembre précé- 
dent, où sont énumérés ses titres à desservir l'Église. Mais 
c'est bien du 27 octobre que partaient ses fonctions, car 
c'est le 27 octobre 1676 que Testard revient. Il a employé son 
congé à voyager en Angleterre; avec bonheur, il reprend 
possession de sa chaire le I er novembre, et le 12... on abaisse 
son traitement à 500 livres, chiffre qu'il aurait été prudent 
de ne jamais dépasser, comme nous l'avons dit. 

Près d'une année se passe sans incident. Le Synode 
de 1677 (Mer) eut lieu fort tard (novembre), et Testard s'y 
rendit seul. I^e I er mai 1678, il y eut une grosse promotion 
d'anciens : Claude de Beaufils, écuyer, sieur de Iyoin- 
ville, Benjamin de Chartres, écuyer, sieur de Bourgneuf, 
Paul Souchay, sieur du Souci. Mais dès le 26 juin, Beaufils 
donne sa démission, qui est acceptée. 

Iye Synode de 1679 eu t neu à Sancerre, le 29 juin et les 
jours suivants. Testard y alla sans ancien, et on l'en excusa. 
Il avait à soutenir la cause de son Église, en désaccord avec 
celle de Châteaudun, pour des questions d'argent : Château- 
dun réclamait la restitution de deux années de la contri- 
bution d'un nommé Gobert, et, reconventionnellement, 

(1) Fontaine-sous-Cressy (Orne), qu'il ne faut pas confondre avec Fontaine-sous-Pré- 
mont (Eure-et-I*oir) . 

23 



354 ^ ES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

D ange au réclamait, aussi pour deux ans, la restitution des 
contributions de Bihoreau, de Sandrin et de Dumont. 

Le Synode commença par infliger un blâme à l'Église de 
Châteaudun, qui ne s'était pas fait représenter : le pasteur 
était malade, et l'ancien n'était pas venu. Après quoi, par 
un vrai jugement de Salomon, on compensa les demandes, 
on engagea les deux parties à mettre fin à leurs exigences, 
et on exhorta l'Église de Châteaudun à exprimer à l'avenir 
ses griefs en termes plus honnêtes. 

Toujours souffrant, Testard avait demandé un nouveau 
congé. Le Synode le lui avait accordé, mais à condition qu'il 
resterait à Dangeau jusqu'à ce que l'Église fût pourvue. 
Sans doute, Testard avait offert, pour le remplacer, le pro- 
posant des Galesnières (i), mais le Synode ne l'avait pas 
accepté. Alors Testard, se rabattant sur les chefs de famille, 
leur propose (le 23 juillet) de se faire aider par des Gales- 
nières, auquel il donnerait 200 livres, prélevées sur son trai- 
tement. Mais on trouva que le service de l'Église ne com- 
portait pas deux pasteurs, et Testard, bien que le Synode 
l'eût autorisé à pourvoir Dangeau d'un pasteur, même pris 
hors de la Province, se résigna à continuer seul ses fonc- 
tions, « avec l'aide de Dieu ». 

L'Église de Dangeau paya cependant deux voyages à 
Bellesmes, où le proposant des Galesnières devait être con- 
sacré au Saint Ministère. Les finances étaient du reste en 
moins triste état : le 28 mars 1680, on ne devait plus à Tes- 
tard que y y 1. 10 s., en dehors du trimestre courant. 

Ce règlement de compte devait être l' avant-dernier. 
Après de longs et vaillants efforts, Testard avait dû se 
convaincre que sa santé ne lui permettait plus d'exercer 
son ministère. Le dimanche 5 mai 1680, il prit congé de son 
Église, pour se retirer à Blois, où il était né. Ce fut une 
journée émouvante. « Comme pendant vingt ans led. sieur 
a travaillé dans l'œuvre du Sainct Ministère d'une manière 
qui nous a donné bien de l'édification, tant par la pure Doc- 

(1) Fils de l'avocat des Églises. Il devint pasteur du Mans. 



i/ÉGUSE DE DANGEAU. — HISTOIRE 355 

trine de la foi qu'il nous a preschée et les aultres fonctions 
de sa charge que par ses bonnes mœurs et son honneste 
conversation, ainsi il a terminé aujourd'hui ceste course 
par une action qui a eu pour texte ces paroles ici du S nd 
chapitre des Nombres : L Éternel vous bénie et vous conserve, 
dont toute nostre Église a tiré beaucoup de contentement 
et de consolation. Après ce sermon et les prières que led. 
sieur Testard a faites, nous nous sommes embrassez, et 
séparés avec des Tesmoignages réciproques d'affection et 
d'amitié, d'estime et de considération, mondit sieur Tes- 
tard nous tesmoignant qu'il ne s'éloignoit qu'avec Regret 
d'un troupeau qu'il ayme tendrement, dont il demande à 
Dieu très ardemment la Bénédiction et la Conservation, en 
remettant la houlette entre les mains du sieur Humbert, 
que nous avons appelé pour estre nostre pasteur. Et nostre 
Église aussi l'asseurant qu'elle voit son Bloignement avec 
douleur, et qu'elle eust bien souhaitté jouir plus longtemps 
des fruits de son ministère, nostre compagnie avec toute 
l'Église prie Dieu qu'il accompagne tousjours Mondit 
sieur Testard de ses Grâces et de ses bénédictions, et qu'il le 
restablisse dans une parfaite santé pour servir encore à la 
gloire de son Saint nom». 

Ive lendemain, Testard rendit compte des deniers qu'il 
avait entre les mains. Il en avait employé une partie en 
secours aux pauvres, et le reste s'était fondu « par la dimi- 
nution qui est arrivée sur les solz marqués et pièces de 
quatre solz, selon l'Édit du Roy dudit mois d'avril ». C'est 
le 21 août 1681 seulement que l'Église de D ange au parvint 
à liquider l'arriéré dû à Testard. 

Liquider? Hélas, on ne songeait plus qu'à cela dans ces 
temps troublés. Si l'impression de tous était que l'Édit de 
Nantes, sans cesse lacéré depuis vingt ans, était arrivé au 
terme de son existence, pour d'autres motifs il était non 
moins évident que les jours de l'Église de Dangeau étaient 
comptés. L,e seigneur du lieu était trop bien en Cour, et son 
abjuration était trop ancienne déjà pour qu'il y eût la 
moindre illusion à se faire à cet égard. 



356 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Le ministère de David Humbert débutait donc sous de 
fâcheux auspices, et tout disait qu'il ne serait guère long. 
Il débuta, du reste, par un congé que Testard avait auto- 
risé, et qui venait de prendre fin le 4 mai 1681. Il semble que 
la situation du nouveau pasteur n'ait pas été nettement 
définie (1), car il parle de ne rester que jusqu'au I er octobre. 
Il resta cependant jusqu'au bout. Mais on sent, sous la dis- 
crétion des délibérations consistoriales, que sa situation 
n'était guère tenable. Les embarras lui venaient de toutes 
parts. Comme il avait fallu régler le compte de Testard, on 
était déjà en retard de 81 1. 17 s. envers Humbert le 
21 août 1681, non compris le trimestre courant. 

Le 5 février 1682, l'Église de Dangeau est pour la der- 
nière fois représentée au Synode (2). Humbert est excusé 
de ne pas s'y rendre ; Alexandre Pelet y va donc seul. Sans 
doute, il fit part des démarches que le marquis de Dangeau 
faisait auprès du roi, pour faire expulser du château 
l'Église, qui s'y était toujours réunie. M. A. Lefèvre-Pon- 
talis a publié (3) toutes les pièces de cet édifiant procès. La 
requête de Dangeau, non datée, doit remonter à 1681 ou 
1682. Bile devait forcément aboutir. 

Chassés du château, les Réformés prétendent s'assembler 
désormais dans le bourg. Mais ici, le clergé intervient; il 
prétend que l'Église n'est qu'un exercice privé, qu'elle ne 
saurait invoquer le bénéfice de l'Édit de Nantes. Et, pour 
supprimer l'Église de Dangeau, on invoque les arguments 
mêmes par quoi, quelque vingt ans auparavant, Loride des 
Galesnières a sauvé celle de Châteaudun. Vian a assisté aux 
Colloques de 1594, 1595 et 1598? Fort bien. Mais l'Édit ne 
mentionne que 1596 et 1597, pour créer des droits aux pro- 
testants. On répond à cela que Vian a assisté au Synode 
national de 1596, et à un Colloque en 1597. Et voilà préci- 
sément, répliquent ces singuliers chicaneurs, ce qui prouve 



(1) Il n'était que prêté. 

(2) A Mer. 



h EGLISE DE DANGEAU. — ■ HISTOIRE 357 

qu'il n'était pas à Dangeau, car vous reconnaissez vous- 
mêmes, qu'en son absence, le culte était présidé par un 
ancien! C'était péremptoire... 

Humbert se sentait découragé devant une argumenta- 
tion pareille. Le 27 septembre 1682, il demande à se retirer, 
pour vaquer à ses affaires. Le Consistoire s'y oppose. « Ce 
seroit un trop grand préjudice à cette Église en ce temps 
fascheux d'estre privée du S* Ministère ». Humbert pro- 
met alors 'de rester encore un an ; mais il demande la per- 
mission de faire, sans retard, un court voyage à Paris. On 
le lui permet, et on lui fait espérer qu'à son retour, l'arriéré 
de son traitement lui sera payé. Le 17 novembre, en effet, on 
ne lui doit plus que 23 Lis., en dehors du trimestre courant. 

Le 15 février 1683, le Conseil du Roi « interdit pour 
toujours l'exercice public de la religion prétendue réformée » 
à Dangeau. Ainsi, de ce qu'en fait cet exercice avait tou- 
jours eu lieu dans l'enceinte du château, on concluait qu'il 
n'avait pas le droit de se tenir ailleurs. Le temple devait 
être, sans retard, désaffecté (1). 

Dès le 9 mars, ce qui restait de l'Église (car beaucoup de 
seigneurs avaient déjà abjuré (2) s'assemble pour procéder 
à la liquidation. Grâce aux demoiselles de Dangeau, à leur 
sœur M me de La Perrine, à M lle de Brétigny et à d'autres, 
l'Église en est quitte envers Humbert. Les deniers des 
pauvres sont employés à payer le voyage de Pelet « pour 
estre présent au Jugement qui se debvoit faire de nostre 
Église sur la fin du mois de novembre». La sentence que 
celle du 15 février ne fit que confirmer, est, en effet, du 
I er décembre. Après cela, décharge fut donnée aux admi- 
nistrateurs. 

Le troupeau de Dangeau fut confié au pasteur de Fa- 
vières, qui avait déjà hérité de l'Église de Chartres. Le 
25 juillet, J. Véron enterre Marie Chervy, femme de Jean Bi- 
horeau, « dans le nouveau cimetière qui est au lieu de Dan- 



(1) Archives nat., B, 1820. 

(2) M. de Possesse en mentionne un certain nombre. Métn. Soc. Arch. E.-L., VII, 131 ss. 



358 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

geau (i) ». On se rappelle que jusqu'alors, les protestants 
avaient joui d'une partie du cimetière catholique, avec une 
entrée spéciale. Ce simultanéum ne pouvait évidemment 
plus durer, après la suppression de l'exercice. Iye 22 août, 
une deuxième tombe se ferme dans le cimetière nouveau : 
celle de Claire Renoud, fille de I^ouis Renoud, « fillacier», 
et de Catherine Belin. L,e 19 septembre, c'est, à Brou, 
l'inhumation d'une enfant de dix-huit mois, fille de Paul Pe- 
let, sergier, et de Marie Rouget; puis Claude de Beaufils 
(neuf ans), fils de Claude de Beaufils, écuyer, sieur de Loin- 
ville et de feu Rachel de Tullières, demeurant aux Ferrières, 
paroisse d' Yèvres. Enfin, le 24 octobre, on enterrera à Pont- 
Tranchefêtu le vieux Daniel Samson (68 ans), « cy-devant 
enterreur à Dangeau ». 

Par la dispersion, l'émigration, l'abjuration de ses 
membres, l'Église de Dangeau disparut peu à peu. On 
trouve une descendante du chirurgien Petineau au château 
de Talcy, au xvm e siècle. Nous reparlerons des demoiselles 
de Dangeau, à propos de Bazoches-en-Dunois. 

(1) Reg. de Pont-Tranchefètu, Bibl. munie, de Chartres^ 



CHAPITRE XXI 

i/ÉGUSE DE D ANGE AU. — VIE INTÉRIEURE. 
ADMINISTRATION 



Grâce aux détails familiers qui abondent dans le registre 
consistorial, il est peu d'Églises dont la physionomie soit 
aussi vivante que celle de Dangeau. Nous revoyons ce tem- 
ple, grande salle aménagée dans les communs du château, 
et séparée de logements de valets ou de fermiers, par une 
cloison mince, contre laquelle s'appuie la chaire; nous 
revoyons, tout autour, cette basse-cour où vaguent inno- 
cemment des porcs, et que traversent, à l'ire violente du 
pasteur Du Prat, des gens armés d'épées. Nous savons par 
ailleurs que dans ce temple, en sus du mobilier traditionnel, 
il y a un grand coffre. C'est là qu'on remise, en dehors des 
cérémonies, le matériel appartenant à l'Église : les deux 
« verres d'argent marqués au-dessous de la patte du nom 
de» feu Jacques Poirier, noble homme, « advocat en la cour 
de parlement et bailly dudit lieu», que son fils donne le 
18 juin 1650, et qui serviront dorénavant à la Sainte Cène; 
la « grande Bible in-folio, imprimée à Genève, pour Samuel 
Boreau, l'an M.DC.X», que la dame Marie Brunet, veuve 
de Paul Pelet, chirurgien à Brou, lègue le 23 décembre 1668 ; 
le drap mortuaire long de deux aunes, des fabriques du 
Berry, légué le 8 février 1671 par Jacques Poirier, fils et 
successeur du bailly susnommé. C'est là aussi que Gédéon 



360 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Poirier, qui doit s'absenter, mettra en sûreté l'argent des 
pauvres et les papiers de l'Église, le 25 novembre 1675. 
D'ailleurs, c'est lui qui détient, en sa qualité de trésorier, 
la clé du coffre ; il a soin, avant de partir, de la remettre 
au Consistoire. 

Le tout est surveillé et épousseté par le sieur Isidore 
Samson, auquel succédera son fils Daniel. Samson cumule, 
sous le titre de marguillier, les fonctions de sacristain avec 
celles de fossoyeur. Comme sacristain, il fournit le pain et 
le vin de la Sainte-Cène ; l'Église lui rembourse la dépense, 
en même temps qu'elle lui paie, avec une régularité que le 
pasteur ne connaît pas, ses modestes gages. Le compte de 
Samson s'élève en moyenne à 10 ou 12 livres par an : 
10 1. 15 s. en 1665, 10 1. 18 s. en 1666, 14 livres de Noël 
1666 au 5 février 1668, et, en 1673, 27 livres pour près de 
deux ans, etc. 

Samson a-t-il été le seul fonctionnaire subalterne de 
l'Église? Nulle part, le registre ne fait la moindre allusion 
à une école ou à un maître d'école. Et pourtant, je mettrais 
ma main au feu que l'un et l'autre ont existé dans l'Église 
réformée de Dangeau. Ce ne serait pas assez d'alléguer 
qu'assez groupée, la communauté a pu avoir une école, ni 
que, pour obéir à la règle commune, elle a dû en avoir une. 
Mais je remarque que, toujours, les délibérations des chefs 
de famille sont revêtues de nombreuses signatures : 24, 26, 
22, c'est-à-dire la moitié environ du nombre total des mem- 
bres. Or, il y avait des absents, des abstentions. Si peu qu'on 
en suppose, on voit que la majeure parie, de beaucoup, des 
membres de cette Église de campagne savaient écrire, ce 
qui suppose forcément une école. Elle ne dépendait pas, 
pécuniairement, du Consistoire; il ne l'administrait pas, et 
voilà pourquoi il n'en parle jamais, ce qui est d'ailleurs géné- 
ral. M. Paul de Félice, qui a étudié avec tant de sagacité et 
de soin les petites écoles, dans la 4 e série des Protestants 
d'autrefois, n'a pu recueillir sur elles que fort peu de ren- 
seignements. 

Sans doute, la proportion des gens de qualité était assez 



L'ÉGLISE DE DANGEAU. — VIE INTÉRIEURE 361 

forte dans l'Église de Dangeau, mais l'élément populaire y 
était cependant assez nombreux pour alimenter une école. 

Est-ce à ce grand nombre d'honnêtes gens, comme on 
disait alors, qu'il faut attribuer le ton particulièrement poli 
et bienveillant des délibérations des chefs de famille, à 
Dangeau? Je ne le crois pas. L'impression très nette qui se 
dégage de la lecture de ces vieilles pages, c'est que l'urba- 
nité n'y est pas simple affaire de forme ; il y a là, vraiment, 
la douceur évangélique, une douceur qui ne va pas sans 
fermeté. 

Ces braves gens sont très attachés à leur foi, très soucieux 
de s'édifier et de s'instruire en commun, très exigeants, et 
avec raison, envers leurs pasteurs, mais parfaitement 
patients. Les violentes récriminations des huguenots de 
Brou, en 1650, pour justifiées qu'elles fussent dans le fond, 
causent un vrai scandale par leur vivacité de forme. La 
majorité de l'Assemblée blâme cette incartade, beaucoup 
moins au nom de la courtoisie qu'au nom de la charité chré- 
tienne. Dans toutes ces délibérations, les formules bibliques 
arrivent sans effort, et ne causent jamais l'impression dé- 
plaisante du patois de Canaan; elles sont sincères, sponta- 
nées, elles expriment le fond même de la pensée. 

Certes, les chefs de famille de Dangeau avaient souvent 
besoin de patience. Ils en ont usé. Ils ont eu, pour les fai- 
blesses d'Alix, autant de fermeté que de charité; sévérité 
à l'égard du mal, indulgence pour le pécheur. Ils ont sup- 
porté les maladies de Montault, et les colères de Du Prat, 
ils se sont profondément attachés à Testard, ils ont arrêté, 
chez Humbert, ce qui pouvait ressembler à une désertion 
devant l'ennemi. On ne trouve pas chez eux les dehors un 
peu froids et un peu durs sous lesquels se cachent les quali- 
tés, plus positives que sociables, du caractère beauceron. On 
ne se disputait pas, dans le temple de Dangeau, comme on 
l'a trop souvent fait dans celui de Pont-Tranchefêtu. Bt si 
les protestants de Dangeau étaient un peu paresseux à 
délier les cordons de leur bourse, du moins quand il s'agis- 
sait de faire vivre leur pasteur, en cela ils ne différaient 



362 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

guère, hélas, des autres huguenots, du Nord au Sud de la 
France (1). 

Nous avons fidèlement indiqué les mutations qui se pro- 
duisirent dans le Consistoire. Tant que le seigneur de Dan- 
geau a été protestant, il en a fait partie; il le méritait, d'ail- 
leurs, par son extrême attachement à l'Église. Avec lui, nous 
voyons siéger presque toujours quelques-uns de ses officiers, 
puis des seigneurs ou des bourgeois (2). I^e Consistoire est 
constitué en diaconat, pour les secours aux pauvres. Il y a, 
comme partout, deux caisses; tantôt elles sont adminis- 
trées par le même receveur, tantôt par deux personnages 
différents. 

Habituellement, le Consistoire se réunit dans le temple, 
mais parfois aussi dans la « chambre de présence » du sei- 
gneur (3), ce qui devait plus tard achever d'accréditer, chez 
les ennemis de l'Église, cette opinion qu'elle ne savait et ne 
pouvait se détacher du château. Pourtant, ce n'est pas le 
seigneur qui payait le marguillier Samson, et d'autre part, 
un cabinet de médiocre étendue, bien chauffé, était plus 
propice aux séances d'un petit comité qu'un temple, dont 
la chaire était le meuble central et le point de mire. 

Nous avons eu l'occasion de mentionner, en passant, 
quelques exemples de la manière dont le Consistoire de 
D ange au comprenait sa mission de maintenir la discipline. 
Voici, avec plus de détails, l'affaire la plus caractéristique 
dont il eut à s'occuper dans les quarante dernières années 
de son existence, celle, du moins, dont le dossier nous est 
parvenu le plus complet. Il s'agit de l'affaire Seguret. 

Iye dimanche 17 mai 1665, le Consistoire excommunie, 
à moins qu'il ne se repente, « le sieur Maximilien Seguret, 
maître chirurgien demeurant à Brou ». Originaire de Cham- 
prond, où il était né en 1631, filleul de la duchesse de Sully 
et de son secrétaire Périnet, il n'habitait Brou que depuis 



(1) Ajoutons en passant que chaque année, à des dates et sous des prétextes variables, 
le Synode provincial prescrivait une journée de jeûne et d'humiliation. 

(2) En tout, une demi douzaine de membres. 

(3) Surtout dans la mauvaise saison. 



i/ÉGUSE DE DANGEAU. — VIE INTÉRIEURE 363 

peu. « Depuis quelques années qu'il se dit de cette Église » 
allègue le jugement, il a « conversé parmi nous d'une manière 
peu édifiante ou plutôt scandaleuse, se trouvant fort rare- 
ment aux saintes assemblées, se dispensant ordinairement 
de participer à la Sainte-Cène, négligeant les ordres de 
l'Église, tenant souvent des discours et ayant des entretiens 
qui tesmoignent le peu de considération qui fait de la pro- 
fession de la religion réformée. Il en auroit esté souvent 
repris par le Consistoire, qui a fait pour le ramener à son 
devoir toutes les diligences nécessaires, ayant employé les 
exhortations particulières dans la maison, les censures dans 
le Consistoire, les lettres d'exhortation particulières, la 
députation des anciens et tous les moyens que les reigle- 
ments de la discipline et la prudence auroit suggéré, aux- 
quels moyens il n' auroit respondu que par des lettres pleines 
d'irrévérence, par des paroles pleines de mépris pour l'autho- 
rité ecclésiastique, ou tout au plus par des promesses vaines 
et frivoles. » 

On voit très clairement la procédure, et la gradation des 
avertissements. On attend deux ans et plus : le 6 novem- 
bre 1667, Seguret n'ayant pas cédé, on fait auprès de lui de 
nouvelles instances. Enfin, le 13, il promet au Consistoire de 
se ranger. On attend encore; le 22 janvier 1668, on insère au 
registre les actes des 17 mai 1665, 6 et 13 novembre 1667, 
qui avaient été inscrits, avec intention, sur des feuilles 
volantes. 

Le 8 avril 1668, Seguret, n'ayant pas tenu ses promesses, 
est suspendu de nouveau de la Sainte-Cène. Il le sera encore 
le 19 août 1668, et l'acte sera publié le 2 septembre, « après 
l'action ». Le 25 mai 166g, ce pécheur endurci s'opiniâtrant, 
le Consistoire le menace de le traduire devant le Synode. 
Seguret réplique tout de gô « qu'il ne se soucie pas de cela », 
et on l'abandonne à sa perversité. Onze ans se passent, et 
enfin, le 3 mars 1680, il témoigne de sa repentance. Aussitôt 
on lève la censure, on le reçoit « en la paix de l'Église » et on 
lui permet de participer à la Sainte-Cène. 

Sévère aux protestants d'origine, qui, dès l'âge de douze 



364 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

ans, avaient le droit de communier après avoir suivi le 
catéchisme, le Consistoire examinait soigneusement les 
personnes qui désiraient se rattacher au protestantisme, et 
ne les autorisait qu'à bon escient à participer à la Sainte- 
Cène. Voici la liste des prosélytes dont le registre nous a 
conservé les noms : le 25 juin 1648, Françoise Clergeau, na- 
tive des environs de Loudun, servante du pasteur Mon- 
tault, est examinée; le dimanche suivant, elle abjure publi- 
quement la foi catholique. Le 30 juin 1653, examen de 
« Jean Vieuguay, jeune homme d'environ vingt à vingt- 
deux ans, natif d'Aubigny en Berri (1), escrivain de sa pro- 
fession, demeurant depuis environ deux ans en ça au logis 
de Mademoiselle de Tuillières à Arganson, paroisse de Peau- 
trolles (2))); admis le 26 juillet. Le 5 avril 1654 (3)» c'est le 
tour de « Jaqueline Jumer, servante domestique de M. de 
Bellessart ». 

Le 24 décembre 1655, « Claude de Galou, escuier, troi- 
siesme fils de M r de Tregny », témoigne de son regret d'avoir 
« offensé Dieu, blessé sa conscience et scandalisé l'Église par 
une lasche et honteuse abjuration», et il est réintégré. Le 
20 novembre 1661, « Jehan de Vatelot, escuier, s r dudit 
lieu, demeurant à Dangeau», est examiné et admis; le 
11 septembre 1667, c'est le sieur « Michel Menuet, m e chi- 
rurgien et opérateur demi à Beauvoir, paroisse de Vitray », 
et, le 18 décembre 1672, " Jehanne Martin, femme de Jean 
Gardon, boutonnier, demeurant à Dangeau avec sa famille 
depuis six mois ». Ensuite, il n'y en aura plus, mais on est 
surpris qu'il y en ait eu jusqu'à ce moment-là, car les 
changements de religion étaient mal vus, et la situation des 
Réformés fort précaire. 

Parfois, le Consistoire est appelé à jouer le rôle d'arbitre 
dans des affaires privées. C'est ce qu'il fit, en particulier, le 
dimanche 21 avril, jour de Pâques 1658, « après la seconde 
prédication de M r Du Prat»; il s'agissait de personnes de 

(1) Arrondissement de Sancerre. 

(2) Epeautrolles. 

(3) Jour de Pâques. 



i/ÉGUSE DE DANGEAU. — VIE INTÉRIEURE 365 

l'Église de Chartres, que nous avons eu l'occasion de men- 
tionner. Butrope Bérou, qui habitait Ormoy, près de Dam- 
marie, avait marié ses filles à Jean Cailleau, établi près de 
lui, et à Daniel Cailleau, d'Aufferville. La belle-mère étant 
morte, les gendres et le beau-père se disputèrent fort aigre- 
ment l'héritage; le bailly avait été saisi de l'affaire, et, à 
part la regrettable désunion des deux familles, il en était 
résulté de fort grosses dépenses. Sans doute, Scalberge avait 
été impuissant à rétablir la paix, puisqu'on s'était adressé 
à Du Prat; d'ailleurs, à ce moment, D. Cailleau était mem- 
bre du Consistoire de Pont-Tranchefêtu. Toujours est-il que 
Du Prat exhorta vivement, à plusieurs reprises, les deux 
parties de se réconcilier: il engage Bérou à « aimer et chérir 
ses enfants», lesdits Cailleau à « honorer et respecter led. 
Bérou comme leur père ». Les parties consentent, en effet, à 
soustraire l'affaire à la juridiction du bailly, et à s'en rap- 
porter au jugement du Consistoire. On oubliera de part et 
d'autre « tous les mécontentemens et injures» dont on s'est 
mutuellement accusé, on promet de vivre désormais dans la 
crainte de Dieu, et le premier qui troublera la paix sera 
condamné à payer 60 livres. 

Telle a été la gestion morale du Consistoire de Dangeau. 
Parlons maintenant de son administration matérielle. Le 
mardi 2 juin 1648, le Consistoire décide que dorénavant il se 
réunira tous les jeudis, à 1 heure. Mais il s'en faut de beau- 
coup que ce règlement ait été observé, qu'il s'agisse de la 
périodité ou du jour de la semaine. Lorsque le roi interdira 
les séances hebdomadaires des Consistoires, cette défense ne 
troublera guère les usages. Il en est de même de ceux rela- 
tifs à la comptabilité. Nous avons dit à propos de l'Église 
de Chartres quels étaient sur ce point les errements du 
temps. A Dangeau, ils fleurissent dans toute leur beauté, 
et comme l'administration est plus serrée, on le remarque 
davantage. Lorsque, le 18 janvier 1645, Baume rend 
compte « des deniers par luy maniez tant de l'entretien du 
Saint Ministère que de la subvention des pauvres », pareille 
opération n'avait pas été faite depuis le 24 août 1642. 



366 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

Quatre jours après, Baume a pour successeur Daniel Durand, 
et on lui prescrit de rendre ses comptes de trois en trois mois 
(ce qui, d'ailleurs, est la négation même de la notion d'exer- 
cice). Mais il ne faudrait pas croire que cette prescription, 
fondée du moins sur la date régulière des paiements au 
pasteur, ait le moins du monde changé les habitudes. 

Les comptes continueront à être arrêtés n'importe quand, 
au bout de peu de mois ou de quelques années (i). C'est un 
pur hasard si, parfois, l'intervalle est d'à peu près un an. 
Lorsqu'il s'agit de savoir ce que l'on doit au pasteur, on 
fait le compte de tout ce qu'il aurait dû recevoir depuis son 
installation, puis le relevé de tous les acomptes qu'on lui 
a remis (parfois dix-huit en deux ans) au fur et à mesure des 
rentrées. C'est très simple, comme on voit. Aussi, le trésorier 
est moins un comptable expert qu'un homme de confiance. 
C'est lui qui est chargé de distribuer les méreaux (2) aux 
fidèles au moment des communions. Quand il est absent, sa 
femme le remplace dans ses attributions finan< ières. Ainsi, 
en 1669, Coupigny, qui est chargé des deniers des pauvres, 
est à Courtrai en Flandres. C'est sa femme qui administre 
la caisse, puis, quand elle part le rejoindre, on remet les 
deniers à Cachin. Et à sa mort, c'est M me Cachin qui reçoit 
fonds et registres, jusqu'à ce qu'elle en ait assez (4 avril 
1679). 

Lorsqu'on avait payé les gages du marguillier, le loyer du 
pasteur et ce que l'on avait pu de son traitement, il restait 
à solder les frais de voyage des députés de l'Église. Avant 
leur départ pour le Synode, on leur remettait une somme 
ronde, calculée d'après la dépense probable, et ils en ren- 
daient compte au retour, dans la séance obligée où ils pré- 
sentaient leur rapport aux chefs de famille. Ainsi, pour aller 
à Châtillon-sur-Loing, en 1649, Montault et son compagnon 
dépensent 82 1. 11 s. 8 d., y compris la location de deux che- 

(1) Jusqu'à cinq ans et demi! (octobre 1648-février 1654). 

(2) Jetons qui attestaient le droit de communier. I,e souvenir des méreaux ne s'est pas 
perdu dans telle région du Midi; nous avons vu des communiants déposer sur la table 
sainte une pièce de monnaie, sans préjudice de celle qu'ils donnaient à la quête. 



i/ ÉGLISE DE D ANGE AU. — VIE INTÉRIEURE 367 

vaux; Chevrigny, qui s'y rend seul quatre ans après, con- 
somme 60 1. 15 s. 6 d. Le voyage de Mer, qui coûte la somme 
considérable de ioo livres en 1655, n'occasionne à Testard 
qu'une dépense d'environ 24 livres en 1660. En 1671, à deux, 
on coûte 30 1. 15 s. à l'Église, alors qu'en 1677, Testard 
débourse à lui seul la même somme à peu près, 30 1. 1 s. 
dont 30 sous pour la copie des actes du Synode. Pour aller 
à Blois, l'inégalité est plus grande encore : 1656, Poirier 
n'emploie que 13 1. 5 s. sur 30 qu'on lui a données; mais en 
1666, avec Testard, il dépense 91 1. 18 s. 6 d. dont 6 livres 
pour location du cheval qui portera Testard de Blois à Issou- 
dun. Enfin, en 1662, pour aller seul à Blois, Testard ne 
dépensera pas moins de 109 1. 3 s. ; on ne lui en avait remis 
que 105. Il paraît évident que dans ces grosses sommes, on 
comptait d'autres frais que ceux du voyage proprement dit. 

Testard avait assez l'habitude de dépenser plus qu'on 
ne lui remettait : ainsi, en 1669, il dépasse de 3 1. 3 s. 6 d. 
le crédit de 40 livres alloué à son voyage à Sancerre, et pour 
celui de 1679, * a pénurie du Consistoire conduit à d'ingénieux 
expédients. 

On avait à payer d'autres voyages encore, pour les affaires 
de l'Église, pour des examens de proposants, pour des 
remplacements, mais c'était là des dépenses extraordi- 
naires, assez rares, et qui n'ont pas à entrer en ligne de 
compte, pas plus que les ports de lettres nécessités, quel- 
quefois, par des cas imprévus. 

Quant aux recettes, la principale était constituée, comme 
de juste, par les contributions des chefs de famille. Le mon- 
tant normal dépassait 600 livres. L'Église possédait en 
outre quelques rentes, faible appoint, dont l'importance 
exacte est d'ailleurs difficile à déterminer. La situation, 
normale à Dangeau, est donc l'opposé exact de celle de 
Chartres, où les capitaux éta'.ent la grosse ressource de 
l'Église. On a vu qu'à force d'expédients et d'efforts extraor- 
dinaires, les recettes avaient fini par couvrir les dépenses. 

Si la caisse des frais de culte a toujours été peu garnie, 
celle des pauvres avait une situation beaucoup plus pros- 



368 I,ES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

père. Le chiffre moyen des quêtes, pendant les quarante der- 
nières années de l'Église, dépasse 160 livres par an (i). Les 
quatre cinquièmes seulement de cette somme étaient consa- 
crés à l'assistance; on réservait le « quint denier» aux aca- 
démies, comme l'exigeaient les ordonnances synodales, et 
comme la contribution à l'Académie de Die était régulière- 
ment de 26 à 28 livres (2) (sans que nous percevions nette- 
ment la raison des différences, d'une année à l'autre), il 
restait un petit reliquat, que l'on employait à solder de 
menus frais : copies des actes synodaux, excédent des frais 
de voyage sur la somme votée, etc. 

En outre des quêtes régulières, qui constituaient ses 
ressources normales, la caisse des pauvres recevait de 
temps à autre des dons et des legs plus ou moins impor- 
tants, qui étaient capitalisés ou servaient à des secours 
extraordinaires : legs Vallainville de 60 livres en 1650, dons 
de 100 livres de M me de Dangeau la même année, de 
40 livres deM me Dalvimare, en souvenir de son mari en 1655, 
rentes de Suzanne Gaudret (7 1. 10 s.), legs de Benjamin de 
la Haye, écuyer, sieur de Carcahu, en 1675 (200 livres), etc. 

L'assistance semble avoir été très judicieusement orga- 
nisée. Il y avait des indigents inscrits au bureau, comme 
nous dirions, et des secours extraordinaires. Le jeudi, les 
pauvres pouvaient se présenter devant le Consistoire : la 
séance du I er mars 1657 a ^ en (( à l'issue des povres». En 
dehors de ces audiences, ils présentaient des requêtes, qui 
étaient soigneusement examinées : ainsi, le I er mars 1648, 
la veuve La Grave étant tombée dans une extrême pauvreté, 
blessée, obligée de garder le lit, on décide d'ajouter à sa sub- 
vention ordinaire de 12 sous par semaine les 7 livres 10 sous 
de la rente Gaudret (3). Le 5 juillet suivant, Mathurin 
Leroux dit L'Esprit et la veuve Paul Baudoin ayant de- 



(1) I<a somme est du reste variable. I,e 17 juin 1646, Durand se plaint de ne pas trouver 
dans la « boëte des pauvres la so e ordonnée toutes les semaines. » I,e Consistoire exhorte les 
fidèles à être assidus au culte et généreux, ce qu'ils semblent avoir fait. 

(2) 32 1. 9 s. en 1648. 

(3) Suzanne Gaudret était la mère de I<ouis II de Courcillon. 



i/ ÉGLISE DE DANGEAU. — VIE INTÉRIEURE 369 

mandé assistance, on leur octroie à chacun dix sous par 
semaine pendant un mois. Le 4 décembre 1650, Montault, 
« qui avoit cy devant receu de Madame Moneau, de Chasteau- 
dun, huit livres tz pour la fille de M e Jaques Chenier », 
rapporte au Consistoire qu'il les lui a remises. Ainsi encore, 
le 8 décembre suivant, la veuve de Georges Gervaise pré- 
sente un mémoire de son mari, indiquant l'emploi qu'il a 
fait de 100 livres, données par feue « Madame»; il reste 
6 s. 9 d., qui sont versés dans la « boëste des pauvres». 

Les secours ordinaires dépassent de beaucoup en impor- 
tance les menus secours extraordinaires : ainsi, pour trois 
trimestres de 1679-1680, 8y 1. 8 s. contre 16 1. 18 s. Il y avait 
en outre des secours plus importants, des prêts consentis à 
des personnes honorables momentanément gênées : le 7 juil- 
let 1669, la caisse des pauvres avance 100 livres à Petineau, 
ancien, maître chirurgien à Brou, et 100 autres à Daniel 
Sandrin, également ancien, maître orfèvre à Brou; le 
28 mars 1680, c'est du Soucy qui a eu besoin de 10 livres. 

Quand il y avait des fonds disponibles, ce qui n'était pas 
rare, on les plaçait en rentes, ou bien on constituait des 
approvisionnements en nature, pour parer aux besoins 
futurs. Le 21 mars 1658, Gédéon Poirier a acheté 6 setiers 
de blé pour la somme de 30 livres, et 3 muids pour 153 livres, 
à raison de 4 1. 5 s. le setier (1), et il a transporté le tout dans 
son grenier, dont il remet la clé au Consistoire. Il dispose 
donc de 42 setiers de blé, « pour les bien gouverner et distri- 
buer quand et à qui il sera ordonné par le Consistoire. » 

On a pu voir, par ces quelques exemple!, que l'Église de 
Dangeau a fait honneur au protestantisme de notre région. 
Bile a su pratiquer de la manière la plus honorable les ver- 
tus chrétiennes, et surtout la charité. Son histoire, qui n'a 
rien d'héroïque, mérite cependant de ne pas tomber dans 
l'oubli. 

(1) I,e setier est un sac de 150 litres (ou 120 kilos); le muids vaut 12 setiers. 



1\ 



CHAPITRE XXII 



L EGLISE DE CHATEAUDUN 



Peu après que, chargé d'ans, le pasteur Berger eût pris 
un repos bien gagné (fin de 1601), on modifia la circonscrip- 
tion de l'Église de Châteaudun (1). Bazochesen fut détaché 
et constitua, avec Sancheville-Genonville, plus tard aug- 
menté de Denonville, une Église nouvelle. 1/Église de Châ- 
teaudun demeurait assez importante pour se suffire, et 
pour ne pas laisser trop de loisirs à son pasteur. De 1602 à 
1643, la moyenne des baptêmes, presque constante de 
décade en décade, est d'environ 19, ce qui suppose une popu- 
lation de 550 à 600 âmes. Dans la suite, elle baissera lente- 
ment : la moyenne des trente années suivantes (autour de 
14 baptêmes par an) correspond à une population de 400 à 
450 âmes. Dans les dernières années, la chute est plus rapide ; 
la diminution des baptêmes et des mariages, le nombre des 
décès demeurant sensiblement le même, trahit l'importance 
de l'émigration. 

Ce qu'était, au xvn e siècle, la société protestante de Châ- 
teaudun, le tableau que nous en avons présenté pour la 
fin du siècle précédent le démontre suffisamment : quelques 
noms à ajouter, soit que le hasard ne les ait pas fait figurer 
dans les actes de baptême, au cours de la brève période que 
nous avons envisagée, soit qu'il s'agisse de nouveaux arri- 
vés; quelques autres à retrancher, familles éteintes, parties, 

(1) Vers la fin de 1605. 



l'église de chateaudun 371 

ou bien rentrées dans le giron de l'Église, mais pas de chan- 
gements essentiels dans la composition même du troupeau 
et dans sa physionomie. Il y a toujours beaucoup de gens 
de qualité, d'un rang plus ou moins élevé, des bourgeois 
cossus, des fonctionnaires et des gens de loi; il y a des 
orfèvres (Toutin, Convers, Dargant, Massé, Tinant, Bes- 
nard) des peintres verriers (Harteman), des horlogers 
(Havoy, Henry, Maistot, Ourry), des marchands, des hôte- 
liers, des sergers et des étaminiers, des apothicaires, des 
chirurgiens, des cordonniers, des menuisiers, des armuriers, 
des chapeliers, des gantiers, des faiseurs de formes, des tis- 
serands, des teinturiers ; il y a des archers ; il y a des maré- 
chaux, des charretiers, des laboureurs, des vignerons, des 
jardiniers et des hommes de peine. L,a liste n'en présente- 
rait pas grand intérêt. Abordons plutôt l'histoire de l'Église. 
Déchargé de ses fonctions par le Synode de Sancerre (1601) , 
pensionné de 300 livres par an, sur les denier royaux, en 
récompense de ses longs et loyaux services, Jean Berger 
se retira le 11 novembre 1601. On ne le remplaça pas tout 
de suite par un pasteur en titre; on s'adressa au pasteur de 
l'Église française de Londres, Marie, qui prêcha pour la 
première fois le 2 décembre 1601, et pour la dernière 
le 22 décembre 1602. 

Cet intérim avait pour cause principale, unique peut- 
être, le défaut de ressources. I/opulente Église de Chateau- 
dun était « tombée en nécessité », à tel point que pour « con- 
tribuer à son entretenement », les autres Églises de la Pro- 
vince avaient dû se cotiser; chacune avait souscrit de 1 à 
4 écus. Or d'habitude, quand une Église, fût-elle pauvre (et 
celle-ci ne l'était pas), n'arrivait pas à payer son pasteur, 
on n'avait pour elle aucune pitié; au lieu de la secourir, on 
la censurait. Nous sommes donc ici en présence d'une pénu- 
rie accidentelle; la délibération ne parle pas d'une catas- 
trophe. 

Mais par voie de déduction et par l'examen de ses débris, 
on est amené à dater des premières années après l'Édit de 
Nantes la construction du temple de Chateaudun. C'est 



372 LES EGLISES SOUS E ÉDIT DE NANTES 

donc elle qui, en 1601 et 1602, avait absorbé toutes les res- 
sources de l'Église. Le Synode ne pouvait que tenir compte 
de cette circonstance et que savoir gré à Berger d'avoir, 
pour couronner sa carrière, assuré un abri décent à l'Église 
et à son pasteur. On se souvient, en effet, que la maison du 
docteur Mérault, où le culte avait lieu, fut transformée en 
presbytère lorsqu'on eût élevé, dans le jardin, le temple dont 
les ruines sont encore visibles. 

Le bâtiment était adossé au mur mitoyen, sur une lon- 
gueur d'à peu près 14 mètres; il n'atteignait pas tout à 
fait la rue des Huileries, qui se présentait de biais et en 
forte pente ; sans doute, il y avait sur la rue une porte pré- 
cédée de quelques marches. La largeur hors œuvre était de 
5 mètres. La construction était soignée : des pierres de taille, 
un entablement à denticules, de style classique ; un cordon, 
sur lequel s'appuyaient les fenêtres, courait à 5 pieds du 
sol. La corniche finissait à 11 pieds, et était surmontée d'un 
comble dont il n'est plus possible aujourd'hui de mesurer 
la hauteur. 

L'intérieur semble avoir été divisé en deux pièces, dont 
celle du fond (elle pouvait avoir 4 mètres sur 5) devait servir 
de salle du Consistoire. Mais dans l'état actuel de la ruine, 
on ne peut, sur ce point, qu'émettre des hypothèses. 

Après le départ de Marie, on nomma, à titre définitif, 
Alexandre Simson (1), qui était fils d'un magistrat écossais. 

A peine installé, il épouse (2) Anne Mérault — la fille aînée 
du docteur, qui n'avait pas encore vendu à l'Église la mai- 
son consistoriale. La sœur d'Anne, Elisabeth, devait épou- 
ser, le 14 juin 1609, Jean Toutin, le célèbre orfèvre. 

Simson semble avoir été fort préoccupé d'administrer 
strictement son Église. Dès le I er janvier 1604, le Consistoire 
décide que pour augmenter les garanties d'authenticité des 
actes de baptême, on les fera signer désormais par les pères 
et les parrains; on authentique en bloc les actes inscrits 



(1) Il reçut l'imposition des mains le 2 décembre 1602. 

(2) I,e 15 juin 1603. 



L EGUSE DE CHATEAUDUN 373 

jusqu'à cette date « attendu qu'ils ont toujours esté escripts 
et enregistrés de temps en temps [c'est-à-dire au fur et à 
mesure] par ceux qui en avoient la charge ». Et nous appre- 
nons subsidiairement que le Consistoire était composé d'Blie 
Dubois (1), Marsollier et Juppin, anciens, et de Boissonnet, 
diacre. 

Quelques mois plus tard, autre incident administratif, 
qui révèle dans toute leur beauté certaines susceptibilités des 
protestants d'alors. Un autre diacre, Aignan Janson, gros 
négociant, fournisseur du gouverneur, avait perdu sa femme. 
Il trouva tout naturel de lui élever un tombeau. Or c'était, 
aux yeux de ses coreligionnaires, un crime impardonnable ; 
on était hypnotisé par la réaction contre le culte des morts. 
Comme toutefois le bon sens, qui ne perd jamais ses droits, 
et la tradition avaient quelquefois raison de ces exagérations, 
il avait fallu, pour imposer les mesures orthodoxes, toute 
l'autorité du Synode national de Gap (1603). Le Consistoire 
rappelle cette décision à Janson; il réplique que le monu- 
ment existait déjà, et que la loi ne pouvait avoir d'effet 
rétroactif. On échange, de part et d'autre, des propos assez 
vifs, « des aigreurs et des procédures». Finalement, on en 
appelle au Synode provincial, qui se réunissait, cette année- 
là, à Châtillon-sur-Iyoire. 

Sur le fait même, le Synode donna raison à Janson, pour 
le motif qu'il avait allégué. C'est à l'avenir seulement qu'on 
devait ôter des sépultures « toutes vanitez» et se contenir 
en toute modestie. Janson fut donc rétabli dans la charge 
de diacre, qu'on lui avait enlevée, reçu en la paix de l'Église, 
exhorté à « se ranger à la discipline ecclésiastique» et à se 
réconcilier avec ses adversaires. En entendant cette sen- 
tence, Janson protesta « estre marry qu'il y a eu de sa part aux 
susd. procédures passées. Et là dessus, ont esté réconciliés ». 

Je ne sais où était le cimetière protestant de Châteaudun, 
pour le dire en passant. L,es huguenots de la région avaient 
d'ailleurs d'autres lieux de sépulture : le registre consistorial 

(1) Sieur de la Senelière. 



374 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

mentionne le caveau ou « voûte» des La Perrine (i), où l'on 
enterrait d'autres que leurs proches. Il y avait un cimetière 
protestant à Villebeton (2) , un autre à Auvilliers (3) , ce qui 
nous donne l'emplacement des petits groupements. 

Vers la fin de 1605, comme nous l'avons dit, l'Église de 
Bazoches-en-Dunois est détachée de celle de Châteaudun. 
Cependant, en 1607, un particulier de Sancheville vint 
encore faire baptiser son enfant à Châteaudun. Ces irrégula- 
rités étaient souvent une cause de frottements entre Églises 
voisines, et l'on verra qu'en particulier Simson n'était guère 
disposé à les tolérer. 

Notons, en 1609, la présence d'un Convers parmi les étu- 
diants en théologie; l'an d'après, il est rayé de la liste des 
proposans, pour n'avoir pu restituer le prix de ses études, 
comme il devait le faire s'il n'entrait pas au service de sa 
Province synodale. Bn 161 2, Châteaudun fournira un autre 
proposant, Garnier, qu'on priera de ne pas s'engager dans 
une autre Province. 

C'est en 1610 que le Consistoire de Châteaudun acheta la 
maison du docteur Mérault, dont il avait toujours disposé. 
La même année, au Synode de Blois, Simson se plaint amè- 
rement de ce que Guérin, le pasteur de Beaugency, a béni 
un mariage dans sa circonscription. Tout en lui donnant rai- 
son sur le fond, le Synode l'exhorte à « interprêter charita- 
blement tout ce qui s'est passé». L'affaire Janson, puis 
l'affaire Guérin : comme tous les bons administrateurs, 
Simson était autoritaire et pointilleux. De plus, on lui repro- 
chait d'avoir, en théologie, des idées qui n'étaient pas celles 
de tout le monde. Il croyait à la présence réelle dans l'Eu- 
charistie (il avait même écrit un traité sur ce sujet en 1605), 
et s'écartait ainsi des doctrines zwingliennes qui tendaient 
déjà à s'implanter. Mais surtout, il avait sur l'état des âmes 
après la mort des vues personnelles, contraires à celles 
qu'alors on estimait seules vraies. 

(1) Commune de Saint-Christophe, à 2 lieues de Châteaudun. 

(2) Commune du Mée, canton de Cloyes. 

(3) Ozoir-le-Breuil, canton de Châteaudun, 



l'église de chateaudun 375 

Ses paroissiens se plaignaient de cet enseignement sub- 
versif, qu'il propageait avec tout le zèle d'une ardente con- 
viction, par la prédication, le catéchisme, les entretiens 
privés, les libelles imprimés. A la vérité, il s'était rétracté au 
Synode de Blois, en présence de Viguier et d'Alix, mais de 
mauvaise grâce et pour la forme seulement. En conséquence, 
le Synode de Montrond lui interdit de prêcher en son Église, 
jusqu'au prochain Colloque, sans toutefois qu'aucune rete- 
nue soit opérée sur son traitement. Quant au Colloque de 
Blésois, il aura pour mission de suspendre, ou même de 
déposer Simson, comme le veut la discipline. Le dossier est 
laissé à Viguier, désigné comme rapporteur. 

Il semble bien que Dubois, qui siégea aux Synodes et 
Colloques de 1610, 161 1 et 1612 (1) n'ait pas été étranger à 
cette condamnation, car dès qu'il a le dos tourné, on a de 
tout autres sentiments à l'égard de Simson. 

Simson destitué, l'Église de Chateaudun recevait à sa 
place Jacques Lamy (2). Mais son prédécesseur conser- 
vait des partisans actifs, qui savaient user de tous les 
moyens pour faire valoir leurs idées. Tandis que Simson 
s'efforçait d'atténuer, par de sages méditations, le cha- 
grin que lui causait l'attitude de ses collègues, dès 16 13, au 
Colloque de Sancheville, Téligny (3) et Toutin, le beau-frère 
de la victime, représentaient que l'Église de Chateaudun 
ne pouvait décidément entretenir deux pasteurs, dont 
l'un absent. Grave question, opina l'assemblée. Et comme 
Simson n'était pas là, on remit la sentence au prochain 
Colloque, et on décida qu'en attendant, l'Église continue- 
rait à le payer. 

Alors s'avança Mérault, le beau-père et de Toutin et de 
Simson, lequel s'avoua l'auteur d'un livre intitulé : Apologie, 
ou advis sur Vadvis que quelqu'un a fait courir par un certain 
escrit, pour taxer son pasteur touchant restât des âmes fidèles 



(1) Il siégea aussi, en 1612, au Synode national. Lestoile et Téligny secondèrent Dubois 
au Synode de 161 1. 

(2) Il signait I/Amy. 

(3) Téligny était député de l'Église. 



376 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

après leur trépas jusques à la Résurrection. C'était engager 
de nouveau le fond du débat. L'Assemblée jugea qu'en 
l'absence de Simson, ce n'était pas possible, et vota le ren- 
voi à la prochaine session. 

Puis elle refusa à Lierville l'autorisation d'élever une 
tombe sur la sépulture de son père, qui avait été pourtant 
un personnage marquant. 

L'affaire Simson revint, en effet, au Synode de 1614, qui 
s'ouvrit, le 5 mars, à Châtillon-sur-Loing. Simson y assis- 
tait à côté de Lamy; le député laïque était Guichery (1). 

Très simplement, Simson demanda que la censure pro- 
noncée contre lui par le Synode de Saint-Amand fût levée. 
Du Plessis-Mornay intervint, et plaida la cause du malheu- 
reux. Le Synode se laissa convaincre. On enjoignit à l'Église 
de payer à Simson les 375 livres qu'elle lui devait, pour trois 
quartiers de son traitement (nous apprenons ainsi que le 
pasteur de Châteaudun recevait 500 livres par an) ; en 
revanche, il ne devait rien recevoir pour ses frais de voyage. 
Devant toute l'Église, Simson devait se réconcilier avec 
Lamy et Guichery, et les procès-verbaux du différend 
devaient être rayés. 

On pense que Simson, après cela, resta à Châteaudun, et 
qu'il y mourut au bout de quelques années. Sa femme lui 
survécut jusqu'en 1652. 

La paix revint. En 1617, l'Église de Châteaudun est cen- 
surée pour ne pas avoir envoyé d'ancien au Synode. Bile 
alléguait sa pauvreté. Le Synode ne trouva pas ce prétexte 
exempt d'ironie. Aussi, l'an d'après, Edmond Convers 
accompagne Lamy au Colloque de Blois. Sa présence était 
d'ailleurs particulièrement nécessaire, car le Colloque avait 
à examiner l'appel interjeté par un membre de l'Église de 
Châteaudun. Cet anonyme avait été censuré par le Consis- 
toire, comme convaincu d'adultère. Il s'était repenti depuis. 
Le Colloque décida que ce pieux sentiment serait publié 



(1) Jean Hamilton, écuyer, sieur de Guichery, mort le 15 juin 1637, et enterré dans le 
sépulcre de famille des ~L,a Perrine. 



l'église de chateaudun 377 

dans l'Église, en nommant le personnage, mais sans dire 
son crime; mais que néanmoins, il serait publiquement 
suspendu de la Sainte-Cène; « dont ledict personnage a 
appelé. » 

Il ne comparut pas, le 7 novembre suivant, au Synode 
de Jargeau, et la sentence du Colloque fut purement et sim- 
plement confirmée. 

Parmi les Églises auxquelles le Synode de Sancerre (1619) 
décide de rembourser leurs frais « pour le défroquement de 
quelques moines », l'Église de Chateaudun figure pour 
38 livres : 18 pour Grelin, de Blois, et 20 pour Jean Annebau. 
Prosélytisme hardi et singulier, qui montre quelle force 
d'expansion le protestantisme avait encore. 

Le même Synode, où Lamy et Guichery représentaient 
Chateaudun (1), décide, évidemment sur un appel de l'in- 
téressé, que la tombe de Janson restera comme elle est, « sans 
qu'aucun à l' advenir puisse poser sous icelle aucun corps, ni 
ériger aucune autre tombe ». Ainsi, on imposait à la famille 
Janson, au nom des principes, des sépultures qu'elle jugeait 
insuffisamment honorables. 

Lamy vint se plaindre ensuite de ce que son Église refu- 
sait de solder ses tailles, comme le faisaient toutes les autres ; 
car l'usage voulait que le traitement du pasteur fut absolu- 
ment net. On entendit deux anciens, La Perrine et Guichery, 
et on décida que les tailles devaient être à la charge de 
l'Église. 

Enfin, « sur le différent intervenu entre le Consistoire de 
l'Église de Chateaudun et le Consistoire de l'Église de Denon- 
ville, Bazoches et Sancheville, la Compagnie exhorte les 
uns et les autres» de vivre en concorde, et chaque Église 
d'entretenir ses pauvres. Le différend provenait sans doute 
de ce que Bazoches avait dépendu autrefois de l'Église de 
Chateaudun, et de ce que, au moment de la liquidation, on 
n'avait pas tranché certaines questions de fait. 



(1) Outre Guichery (Hamilton) et L,a Perrine, l'Église avait pour anciens Haudry, Toutin 
et Coyneau, et pour diacre Daniel (?). 



378 I/ES ÉGLISES SOUS i/ÉDlT DE NANTES 

Ajoutons cet écho des préoccupations de l'époque. Les 
pasteurs d'Orléans et de Blois étaient délégués au Synode 
national et à l'assemblée politique, qui devaient les rete- 
nir assez longtemps. On répartit entre les Églises voisines 
le soin de desservir ces postes momentanément vacants : 
Châteaudun eut à pourvoir à l'un et à l'autre. 

Aux assemblées de 1620, 1621 et 1623, Châteaudun est 
successivement représenté par d'Orteil, Toutin et Dubois, 
qui siégera aussi, cette année-là, au Synode national. Le 
Synode provincial de 1623 se réunit à Mer. L'anonyme con- 
damné à Saint-Amand, en 161 2, y revient à la charge. Il 
était toujours excommunié, et il estimait que depuis onze ans 
que cette peine durait, ses péchés devaient être suffisam- 
ment punis, d'autant plus que sa conduite semble avoir 
cessé d'être irrégulière. Il sollicitait donc « d'estre receu à 
la paix de l'Église nonobstant tous les défaults qui luy sont 
survenus cy-devant». La Compagnie, « supportant cet 
homme avec sa famille», ordonne qu'on s'en remette à la 
décision de Saint-Amand, c'est-à-dire à l'aveu public de 
sa repentance, mais à la suspension de la Sainte-Cène. 

On voit, par ce nouvel exemple, à quel point les hugue- 
nots étaient sévères sur les questions de morale, mais en 
même temps, avec quelle patience et quelle bienveillance 
ils traitaient le pécheur qu'ils avaient cru devoir punir. 

Le cahier des plaintes présenté au roi en 1625 (1) mentionne 
un assez gros incident qui s'était passé tout près de Château- 
dun. L'évêque de Chartres avait fait exhumer le corps de 
Téligny, mort huit ans auparavant, et qu'on avait enterré 
dans la chapelle de son château de la Roche-Bernard; c'était 
toujours cette même prétention du clergé, qu'une chapelle 
privée, désaffectée de fait par le changement de religion de 
son propriétaire, continuait à relever de l'Église qui en était 
bannie. La plainte transmise au roi posait donc une question 
de principe. On n'osa pas donner de réponse directe; on se 
borna à renvoyer aux articles 18 et 23 de l'Édit de Nantes, 

(1) Cf. ï\lie Benoist, op. cit. II, 449, 450. 



l'église de chateaudun 379 

dont le premier condamnait implicitement le procédé de 
l'évêque, mais dont le second obligeait les protestants à 
observer les lois de l'Église. Il s'agissait, dans ces deux arti- 
cles, de baptêmes et de mariages. On renvoyait aussi à un 
arrêt du Conseil rendu le 25 août 1620 (1). 

Je ne sais quels griefs Daniel Molart, avocat au Parlement, 
avait contre Toutin et contre le Consistoire de Chateaudun. 
L'affaire fut portée au Synode de 1626, mais Molart ayant 
fait défaut, on rejeta son appel (2). 

En 1632, Jean Toutin invente les émaux opaques. Jean 
Toutin, dit Bordas (3) , « étoit un de ces caractères commu- 
nicatifs qui mettent leur intérêt à part lorsqu'il s'agit de 
contribuer à la gloire de la patrie, dans les genres dont ils 
sont capables. Cet habile orfèvre et peintre, au lieu de 
cacher son secret pour sa seule fortune, ou du moins de ne 
le faire passer qu'à son fils, artiste d'un génie profond comme 
lui, en fit part à Gribelin, son disciple, à Dubié, qui travail- 
loit dans les galeries du Louvre, à Molière, orfèvre à Blois, 
et à plusieurs autres, qu'il encourageoit à travailler, autant 
qu'il étoit en eux, à porter sa découverte à la plus grande 
perfection. Son fils, qui se nommoit Henry (4), fit, entre 
plusieurs ouvrages en ce genre, une boëte de montre, pour 
la Reine Anne d'Autriche pendant sa régence sous la mino- 
rité de Louis XIV, qui fit l'admiration de la Cour. » 

Le 11 février 1634, Jacques Lamy mourut (5). Homme 
de valeur, intègre, bon administrateur, il avait siégé au 
Synode national de Charenton en 1631, et avait été plusieurs 
fois désigné pour mettre de l'ordre dans les affaires embrouil- 
lées de l'Église de B azoches-S anche ville-Denon ville, où nous 

(1) L'an d'après, à Flacey, un protestant, Louis de Chesnelong, est enterré « en un lieu 
à part au cimetière» paroissial. 

(2) Ancien de Chateaudun à ce Synode : Isambert; en 1629, Daniel Baignoulx; en 1632, 
Dubois. Mentionnons le fait que le I er janvier de cette année-là, il y eut un jeûne dans toutes 
les Églises de France à cause de la sécheresse et autres calamités de 1631. 

(3) L 325. 

(4) Né le 8 juillet 1614. 

(5) On l'enterra le lendemain « au jardin qui est derrière le Temple, par l'avis de tous 
les chefs de famille assemblez au Temple, à cette fin pour éviter la rage et la félonie du 
peuple mutiné qui estoit résolu de déterrer le corps s'il eust été enterré au cimetière ordi- 
naire. » Cf. Registre consistorial de Chateaudun. 



380 LES ÉGUSES SOUS I/ÉDIT DE NANTES 

le retrouverons. Sa veuve continua à demeurer à Château- 
dun. Bile lui survécut longtemps. On a vu que, dépositaire 
des fonds destinés au rachat de l'esclave Jean Creil et de 
100 livres appartenant, je ne sais à quel titre, à la Province, 
elle mit quelque négligence à s'en dessaisir, et dut y être, à 
plusieurs reprises, « sérieusement exhortée» par le Consis- 
toire (1636, 1638). 

Jacques Moureau, ancien, représenta donc seul l'Église 
de Châteaudun au Synode qui s'ouvrit à Mer le 28 avril 
1634 (1). C'est en effet le I er juin seulement qu'on installa 
Abel D argent, le successeur de Lamy. Nous n'avons aucun 
détail sur son court ministère, qui prit fin en mars 1637 ( 2 )- 
1/ année précédente, il avait siégé au Synode avec Éléazar 
Molard. Originaire de Sancerre, et fils d'un grenier au gre- 
nier à sel, Dargent avait terminé à Sedan des études, com- 
mencées longtemps auparavant à Genève. Nous avons dit 
comment, après avoir quitté Châteaudun muni des meil- 
leures références, il fut nommé à Favières et finit par apos- 
tasier (3). 

A Dargent, succéda Cyrus Dumoulin. Fils puîné de Pierre 
Dumoulin, l'illustre pasteur de Charenton, Cyrus Dumou- 
lin était né à Paris et avait fait ses études à Sedan; c'est 
tout ce qu'on sait sur son compte avant son arrivée à Châ- 
teaudun, le 11 mars 1637 (4). Nous n'avons pas beaucoup 
de détails sur les premières années de son ministère. Il assiste 
au Synode, en 1638 avec Dubois, en 1641 avec Molard, mais 
rien, dans les délibérations de ces assemblées, ne concerne 
son Église. Toutefois, de cette paix extérieure de l'Église 
de Châteaudun, il ne faudrait pas trop se hâter de conclure 
à sa prospérité. Si l'on n'a pas de différends avec les Églises 



(1) A ce Synode, la contribution de Châteaudun pour les Académies fut fixée à 40 livres. 

(2) Si ce n'est ce joli tableau de mœurs que nous a laissé Biaise Féron, archidiacre de Du- 
nois, en 1634 : a Ceux de la R. P. R sont à scandale à toute l'église; lorsqu'on porte le Saint- 
Sacrement, ils passent et repassent et jettent les balieures de leurs maisons pour tesmoi- 
gner leur mespris; ils se mocquent, estant à leur fenestre, de toutes les processions et autres 
cérémonies qui se font à l'église. » Arch. dép. d'E.-et-I,.. G. 822. 

(3) France protestante, i re éd. 

(4) Il était marié à Marie de Marbais, dont il eut de nombreux enfants. 



L EGUSE DE CHATEAUDUN 38 1 

voisines, si l'on n'encourt pas les foudres synodales pour 
infraction à la discipline, si aucune querelle entre quelque 
fidèle et le Consistoire n'est soumise à la juridiction supé- 
rieure, l'Église a des ennemis du dehors qui commencent 
à la menacer sérieusement. 

Nous avons dit que, vers le milieu du siècle, la statistique 
des actes pastoraux commence à accuser un affaiblissement 
de l'Église de Châteaudun. C'est que tout, d'autre part, trahit 
un formidable effort du clergé pour arracher à la Réforme 
ses adeptes. En 1651, il y eut une abjuration retentissante : 
celle de Juppin, que l'abbé Bordas, dans son ignorance de 
l'organisation protestante, traite de ministre de Château- 
dun (1) (ce que tous les historiens ont docilement répété 
après lui), et qui était tout simplement ancien. Sa conver- 
sion « fut commencée par un cordelier stationnaire qu'il 
alloit entendre à la Madeleine, et parfaite par les confé- 
rences qu'il eut avec lui et d'autres théologiens du mesme 
ordre, résidant dans leur Couvent de la mesme ville. Le zèle 
du nouveau converti à la foi catholique le porta à imprimer 
les motifs de son changement en forme de petits traités 
succincts, sur les principaux points controversés, qu'il 
adressa à ses frères, dont il s'étoit séparé, et qu'il exhortoit 
de suivre son exemple; le tout formoit un petit in-12, dont 
j'ai vu autrefois un exemplaire. » 

On devine l'effet moral et matériel d'une telle volte-face, 
dont il est du reste impossible de mesurer, par des chiffres, 
les résultats. Toujours est-il que Cyrus Dumoulin en fut 
profondément affecté, et qu'aux petits traités de Juppin, 
il répondit, au bout de quelques années, par son Catéchisme 
des controverses, dont la première édition parut à Genève 
en 1659, e t l a seconde à L,eyde en 1661 (2). L,e rapproche- 
ment de ces deux dates montre à quel point ce court et clair 
opuscule venait à son heure. 

Mais au moment où il paraissait, ce n'est plus seulement 



(1) Op. cit. I, 339. Il s'agit probablement de Michel Juppin 

(2) Nous en possédons un exemplaire. I«e titre complet est : Catéchisme auquel les con- 
troverses de ce temps sont briefvement décidées par la parole de Dieu. 



382 LES ÉGLISES SOUS l'ÉDIT DE NANTES 

en essayant de lui enlever un à un ses membres, à commen- 
cer par les plus marquants, que le clergé attaquait l'Église 
de Châteaudun. Il tenta d'en obtenir la suppression. En 
1663, M e Jean Edeline, syndic et député du diocèse de 
Chartres, prétendit démontrer que l'exercice du culte 
réformé à Châteaudun était illégal. Le plaidoyer par lequel 
Loride des Galesnières démontra péremptoirement le 
contraire est parvenu jusqu'à nous. Déjà nous en avons tiré 
de précieux renseignements sur les origines ou sur quelques 
points obscurs des Églises de Châteaudun et de Dangeau. 
L'analyse de ce document, tout en nous permettant de pré- 
ciser certains détails, donnera un exemple typique des argu- 
ments que l'on invoquait pour essayer d'obtenir la suppres- 
sion d'une Église, et des moyens de défense que celle-ci 
apportait. 

Lorides des Galesnières parle donc d'une « possession 
ancienne, d'environ cent ans », qu'on ne saurait troubler 
« sous prétexte de demander qu'ils ayent à représenter 
maintenant les tiltres en vertu desquels ils le font». L'Édit 
de Nantes suffit, « avec une continuelle et tranquille pos- 
session, depuis ce temps-là. » Il y a donc prescription ; elle 
s'établit au bout de quarante, de trente ans même, et c'est 
seulement à partir du 7 août 1662 que l'on s'est avisé de 
demander aux huguenots des titres, sans vouloir admettre 
de témoins. 

D'ailleurs, de nombreuses pièces (nous en avons tiré 
parti) établissent l'existence de l'Église de Châteaudun, 
avant 1577 et depuis. La cinquième de ces pièces est un 
« Contrat d'échange passé en l'an 1610, entre ceux de 
ladite Religion P. Réformée et Maistre Philippes Mérault, 
Docteur en médecine, qui leur bailla en échange la maison, 
en laquelle il est énoncé, que se faisoit lors l'exercice de 
ladite Religion, et qui est encore à présent leur Temple. 
Avec une sentence rendue au Bailliage de Blois, en l'an 1614, 
sur un appel interjette d'une autre du Bailly de Dunois, par 
ceux de la Religion P. Réformée, d'autant, qu'ils avoient 
esté condamnez à payer au Prieur de Saint-Lubin, dans la 



1/ ÉGLISE DE CHATEAUDUN 383 

censive duquel est ladite Maison, ou Temple, une plus 
grande somme, estant tombée en Main morte, de voit le 
Droict d'indemnité appelé Vicariat, dans le coutume du 
Païs. Sur lequel appel il fut réglé ce qu'ils dévoient payer. 
Plus une reconnaissance, que ceux de ladite Religion P. 
Réformée passèrent en ladite année 1614, audit sieur Prieur 
de Saint-Lubin, de dix livres de rentes par chacun an, pour 
ledit droict de Vicariat, ou d'indemnité. Laquelle reconnois- 
sance fut receuë en justice, en présence du Procureur fiscal 
de feu Monsieur le Duc de Longue ville, comte de Dunois, 
des Marguilliers de ladite parroisse, et Procureurs des habi- 
tans ; qui est la plus expresse approbation du droict de ceux 
de la Religion P. Réformée, d'avoir leur exercice au mesme 
lieu où ils l'ont toujours eu, et le continuent à présent, qu'on 
puisse souhaiter ». 

A ces preuves, que pouvait répondre l'adversaire? Le 
P. Bernard Meynier, S. J., s'était vainement essayé, en 1662, 
dans son traité sur l'exécution de l'Édit de Nantes, à com- 
battre les arguments des huguenots : il avait été obligé de 
reconnaître convainquantes les preuves constituées par les 
Actes des Synodes, Colloques, Consistoires. 

A vrai dire, le syndic du clergé, après le P. Meynier, contes- 
tait la légalité des Colloques tenus en dehors des Synodes, et 
prétendait qu'un Colloque n'est valable que si tous ses 
membres y assistent. On lui répondit que les Colloques 
s'assemblent pour régler des affaires urgentes, avant les 
Synodes, et que le quorum fixé par le Synode national de 
Jargeau, en 1601, pour la suspension d'un ministre, est de 
trois pasteurs. 

On contestait la preuve tirée de la célébration des bap- 
têmes; mais, depuis 1559, ceux-ci ne peuvent être célébrés 
qu'au cours d'un culte public. L'usage est constant, et la 
signature de Berger, au bas des actes, est authentique. La 
célébration des mariages? Mais, disait le clergé, pour vous 
le mariage n'est pas un sacrement, et il peut être célébré hors 
du temple. Pardon, lui répond-on, les mariages sont des 
cérémonies publiques, dûment annoncées, dûment consta- 



384 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

tées. Et au surplus, les Commissaires députés par S. M. pour 
juger les contraventions de l'Édit de Nantes ont trouvé 
valables les preuves fournies par les Églises de Châteaudun 
et de Marchenoir. 

Le clergé prétend alors que les Dunois n'ont pas à se pré- 
valoir de ce que le culte a été célébré dans leurs murs le 
17 septembre 1577, puisque l'article 7 de l'Édit de 1577 
faisait exception pour les bourgs alors momentanément 
occupés par les huguenots. La réponse était simple : Châ- 
teaudun est une ville, et non un bourg, et les huguenots ne 
l'occupaient pas militairement en 1577; d'ailleurs, le culte 
s'y célébrait en 1576, et a continué depuis. 

Alors le clergé allègue que les Réformés n'avaient pas le 
consentement du seigneur du lieu. Or, dans le cas de Châ- 
teaudun, il n'était pas nécessaire. En désespoir de cause, on 
se plaint de ce que le temple est trop près de l'église Saint- 
Lubin. Or, il y a « une distance très considérable de l'un à 
l'autre, avec des maisons et des bastimens qui empeschent 
que l'on puisse ouïr de ladite Église paroissiale de Saint- 
Lubin, le chant des Pseaumes, qui se fait dans le Temple 
de ceux de ladite Religion. » D'ailleurs il n'y a jamais eu ni 
plainte, ni scandale, puisque le prieur de Saint-Lubin a 
donné sans la moindre difficulté la reconnaissance qu'on lui 
demandait. 

Le tribunal fut sensible à ces arguments. L'Église de 
Châteaudun était sauvée, ou plutôt son existence était 
prolongée d'une vingtaine d'années. Le ministère de 
Cyrus Dumoulin prit fin après cette victoire. Le 26 juil- 
let 1665, il est remplacé par Pierre Morin, qui a été le dernier 
pasteur de Châteaudun (1). 

Triste ministère que le sien ! Devant les restrictions crois- 
santes de l'Édit de Nantes, sous l'énergique pression du 
clergé, l'Église diminue, soit par les défections, soit par 
l'émigration. En 1672, les abjurations sont particulière- 
ment nombreuses : le 6 janvier, à Saint- Jean-de-la-Chaîne, 

(1) « Noble homme» Pierre Morin était marié à Anne de Mongissot, qui lui donna plu- 
sieurs enfants. Anciens en 1668 : Hauldry, Roullin, I*échallas; Garnier, scribe. 



l'église de chateaudun 385 

Suzanne Robert, veuve Simon; le 26 juin, à Saint-Pierre, 
Pierre Brissart (1) ; le 10 juillet, à la Madeleine, Pierre For- 
get, un veuf de 64 ans. 

En dehors de ces pertes, nous ne savons à peu près rien 
de l'histoire de l'Église de Chateaudun, pendant ses dernières 
années (2). En 1679, Morin, malade, n'assiste pas au Synode 
de Sancerre, et l'Église est censurée pour n'avoir pas délé- 
gué d'ancien. Trois ans plus tard, Louis XIV, passant par 
Chateaudun, est heurté dans ses convictions les plus intimes 
et les plus chères par la présence, dans cette ville, d'une 
Église réformée. Et, le 10 août, il la supprime. 

Ou du moins, il supprime l'exercice du culte, car il ne 
pouvait empêcher la communauté de subsister, et l'on verra 
qu'elle mit du temps à disparaître. On chargea les Récollets 
de procéder à la liquidation des biens de l'Église. Ils s'ad- 
jugèrent ceux des livres de la bibliothèque consistoriale 
qui leur convenaient, et qu'on retrouva chez eux lorsque, 
à leur tour, ils furent victimes des malheurs du temps. 
C'est ainsi qu'est parvenu jusqu'à nous, lui quatrième, un 
exemplaire de Y Institution de la Religion chrétienne, édition 
Philibert Hamelin (1554). 

Quant au temple, c'est en 1696 seulement que la ville de 
Chateaudun en ordonna la démolition (3). I^es ruines sub- 
sistent encore. Comme on l'a vu, elles permettent de se 
rendre un compte assez exact de ce qu'était l'édifice. Elles 
étaient plus considérables il y a peu d'années, mais le temps 
a fait son œuvre. 



(1) Il avait 18 ans; le curé cnit devoir lui adresser « un petit discours touchant la néces- 
sité et l'importance de la véritable foy et touchant le bonheur que Dieu luy avoit fait de 
l'avoir retiré des ténèbres de l'hérésie», ce qui tendrait à prouver que les convictions nou- 
velles de P. Brissart étaient, sinon peu spontanées, du moins peu profondes. 

(2) Notons, en 1678, la dispense accordée par le roi à Paul Chappet, huissier à Charbon- 
nières (près d'Authon) pour épouser sa proche parente, Rachel Robbé, veuve de Paul Pezé, 
«vivant pauvre charpentier à Chasteaudun ». Dans l'acte de mariage, Chappet est désigné 
comme notaire à Authon. 

(3) C'est à tort que Bordas dit (I, 353) qu'il fut rasé dès 1683. 



25 



CHAPITRE XXIII 

i/ÉGUSE DE BAZOCHES-EN-DUNOIS ET SES ANNEXES 

Qu'au xvn e siècle, en dehors des grandes routes, un pas- 
teur ait eu à desservir une région d'au moins 50 kilomètres 
de long, du nord-est au sud-ouest, avec un chapelet 
d'annexés aux prétentions aussi catégoriques que contra- 
dictoires, c'est ce qu'on a peine à se figurer. Telle a pour- 
tant été la tâche du pasteur de S anche ville, puis de celui de 
Bazoches-en-Dunois. 

A la fin du règne d'Henri IV, l'Église de Sancheville avec 
son annexe de Genonville, très proche voisine de Beauvil- 
liers et d'Allonnes, était fort mal en point, et manifeste- 
ment incapable de se suffire. On lui annexa donc, au sud, 
l'Église de Bazoches-en-Dunois, qui pouvait sans inconvé- 
nient être détachée de celle de Châteaudun, puis, au nord, 
la petite Église de Denon ville, trop faible pour subsister 
par ses propres moyens, quel qu'en fût son désir. Tel est du 
moins, en gros, l'économie des combinaisons successives 
d'où est sortie cette grosse Église, dont, en raison des péré- 
grinations incessantes auxquelles le condamnait l'immensité 
de son territoire, le pasteur finit par être le plus grassement 
payé de la province. 

Pour nous reconnaître dans l'histoire, assez enchevêtrée, 
des divers groupes dont se composa cette Église, il convient 
de parler d'abord de ceux qui ont disparu les premiers, ou 
qui les premiers ont perdu de leur importance : nous nous 



l'église de bazoches-en-dunois 387 

transporterons donc successivement à Denonville, à Allon- 
nes, à Sancheville, Genonville et à Bazoches. 

I. Denonville. — Alors qu'au xvi e siècle, l'Église du 
Chêne dépendait du Synode de l'Ile-de-France, dès le début 
du xvn e , on trouve celle de Denonville, son héritière, dans 
la Province de l'Orléanais. Il n'est pas possible de dire quand 
ce changement s'est produit. 

Denonville était une Église de fief, dont les Brizay 
étaient le centre, et en quelque sorte l'âme. I^es fidèles 
étaient, on peut l'affirmer, en petit nombre, car manifes- 
tement, l'Église n'arrive pas à se suffire, malgré, ses pré- 
tentions à l'autonomie. Cette autonomie, elle y tient. Bn 
1614, au Synode de Châtillon-sur-L,oing, « M. de Denon- 
ville demandant un pasteur pour redresser une Église en sa 
maison avec ses voisins, la Compagnie l'autorise en la 
recherche d'un pasteur qu'il présentera au Colloque de 
Blézois ». 

Ainsi, M. de Brizay, sieur de Denonville, a des voisins de 
la Religion, et ils espèrent bien à eux tous trouver de quoi 
payer un pasteur. Mais il faudrait d'abord, pour cela, que 
Brizay ne fût pas privé de l'appoint que ses charges appor- 
tent au revenu de ses terres. Or, en cette même année 1614, 
le Synode national de Tonneins prend en mains ses griefs. 
Denonville a été dépouillé de sa charge de lieutenant du duc 
de Sully; pour quels motifs? nous l'ignorons, et d'ailleurs 
peu importe, puisque la Chambre de l'Édit l'a déclaré inno- 
cent des faits à lui imputés. Dans tous les cas, le Synode 
demande qu'on donne à ce serviteur réhabilité une situa- 
tion assurée : qu'on le rétablisse dans son emploi, ou qu'on 
lui montre, en lui donnant un remplaçant, que l'on désire 
se passer de ses services (1) . 

Quelle qu'ait été l'issue de cette affaire, la reconstitution 
de l'Église de Denonville traîna. Au Colloque de Blois, 
en 1618, elle n'a pas encore d'organisation régulière. De sa 

(i) Aymon. Synodes, II. 



388 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

part, « Isaac Dautier, sieur de Harville, a apporté lettres des 
familles dudit lieu, sur lesquelles a esté advisé, encores que 
sou envoy ne soit d'une Église formée ni en bonne forme, 
que néantmoins ayant esgard qu'il est de longue main 
antien de l'Église de Genonville, et pour autres bonnes con- 
sidérations, il aura voix délibérative au Synode ». 

Dans tous les cas, l'Église de Denonville a renoncé à 
avoir un pasteur pour elle seule. L^amy, le pasteur de Châ- 
teaudun, que le précédent Synode a chargé de mettre un 
peu d'ordre dans l'Église de Sancheville et Bazoches, pré- 
sente un rapport, sur lequel le Colloque décide que Jérôme 
Belon appartiendra pour moitié aux Églises de Denon- 
ville et de Sancheville-Bazoches, à charge pour chacune 
d'elles de le payer. Denonville fournira la moitié du trai- 
tement, qui est fixé à 500 livrés. 

Pour le dire en passant, à propos des mêmes affaires de 
Denonville, Sancheville et Bazoches, « l'Église de Chas- 
teaudun est exhortée de tenir la main à ce que les plus 
proches se tiennent chacun en son Église et ne participent 
aux sacrements avec eux », ce qui prouve que dans la pra- 
tique, les fidèles tenaient peu de compte des limites des 
circonscriptions, et c'était là — on en a d'autres exemples — 
une source de conflits perpétuels. 

Le Synode dont ce Colloque n'était que la préparation 
adopta, en les précisant, les décisions prises à Blois. Belon 
devait prêcher à Denonville de quinze en quinze jours, à 
Bazoches et à Sancheville par quart (un dimanche par 
mois), plus une exhortation à un jour de fête à Bazoches. 
Quant au traitement, Denonville fournira 200 livres, 
Bazoches et Sancheville 100 chacune, et Belon recevra en 
sus, jusqu'au prochain Synode national, une portion franche 
des deniers du roi. On ajoute que le passé sera liquidé, ou 
que Belon sera libre de s'en aller, et que dans le délai de 
neuf mois, on lui remboursera ses frais de voyage. Nous 
avons insisté sur ces détails d'organisation, sur cette 
quote-part des différents quartiers dans les services et le 
traitement du pasteur, parce que tout cela nous montre 



i/ÉGUSE DE BAZOCHES-EN-DUNOIS 389 

bien quelle était la situation de l'Église de Denon ville : 
alors que Sancheville et Bazoches ne forment, en somme, 
plus qu'une Église, celle de Denon ville demeure distincte, 
et si elle n'a pas de pasteur pour elle seule, c'est unique- 
ment faute d'argent. 

Au Synode de 1619, Belon est bien qualifié de pasteur de 
« Denon ville et Chance ville », et c'est M. de Denon ville qui 
l'accompagne. Un peu plus loin, l'Église est appelée : 
Denonville, Bazoches et Sancheville, et il en est de même 
en 1621 et à l'avenir. D'ailleurs, il ne semble pas que cette 
combinaison bâtarde ait été sans inconvénients et sans 
froissements, non seulement à cause de l'énormité des dis- 
tances, mais en raison des exigences contradictoires des 
divers quartiers. Ils n'arrivent pas à s'entendre sur des 
points de détail, et ils ont recours à l'arbitrage du Synode. 
Où sera célébré, par exemple, le jeûne de 162 1 ? Le Synode 
désigne Sancheville, point le plus central; ce motif sera 
explicitement donné par le Synode, la même question lui 
ayant été posée en 1623. 

Kn 1627, Lamy est de nouveau chargé de visiter les trois 
quartiers de l'Église, pour y apporter un peu d'ordre. Mais 
il mettra beaucoup de temps à s'acquitter de sa mission. 
En 1629, il n 'est pas encore allé à Denonville, ni même à 
Sancheville. Belon est très irrégulièrement payé (comme on 
le verra) et il s'impatiente. Au Synode de 1632, on l'exhorte 
à se contenter de ce que lui a promis Denonville : 50 livres 
(nous voilà loin des 250 et des 200 du début !), plus le tiers 
des frais de voyage au Synode. D'ailleurs, Denonville mani- 
feste des velléités de sécession. Cette Église se souvient 
d'avoir appartenu autrefois au Synode de l'Ile-de-France, 
et désire lui retourner. Le Synode décide que « quant à la 
distraction du quartier de Denonville, proposée par le 
député ancien de ce quartier-là, pour s'adjoindre à la Pro- 
vince de l'Ile-de-France, comme il le dit avoir esté autre- 
fois», on fera une enquête pour s'assurer que l'Église 
restera « assez puissante pour entretenir son pasteur ». 
Ainsi, on comptait toujours sur Denonville pour parfaire 



390 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

le traitement de Belon. En attendant, on conservait le 
statu quo, et l'on engageait Belon à s'efforcer de contenter 
tout le monde. 

Ce n'était sans doute pas facile, car la question du jeûne 
revenait sur le tapis. Cette fois, le Synode décida qu'il serait 
célébré tour à tour dans les trois quartiers : à Denonville 
d'abord, puis à Bazoches, enfin à Sanche ville. 

L'enquête annoncée eut sa sanction au Synode de 1634 : 
on décida que Denonville continuerait à rester attaché à 
Sancheville-Bazoches, et paierait la moitié du traitement 
du pasteur. 

A partir de 1638, Denonville n'est plus nommé avec San- 
cheville et Bazoches : les Brizay, dont l'apport avait permis 
de charger Denonville de la moitié du traitement du pas- 
teur, les Brizay, âme de l'Église, venaient d'abjurer, et 
l'effet moral et matériel de cette défection était la ruine de 
l'ancienne Église du Chêne, qui avait ainsi duré à peine 
un siècle (1). 

II. A lionnes. — Voisine de celle de Denonville, et d'une 
importance semblable, l'Église d'Allonnes n'est guère 
connue que par un passage de l'Histoire de VÊdit de Nantes 
d'B. Benoît (2). « Le vingt troisième de Mai [1672] l'Église 
d'Allonne fut interdite. Bile ne s'assembloit qu'à droit de 
fief. Le seigneur demeuroit à Bmanville, qui n'en étoit 
éloigné que d'une portée de pistolet (3). Il n'y avoit point 
de temple; et l'exercice se faisoit seulement dans une 
chambre de la maison seigneuriale, dont le reste ne servoit 
qu'à loger un Fermier : mais dans cette chambre il y avoit 
une chaire et des bancs. Cet arrêt étoit comminatoire, et 
condamnoit la veuve de Henri de Brion, seigneur de Pi- 
sieux (4) et d'Allonne, à produire dans quinzaine de certai- 

(1) Nous avons déjà cité, à propos de Favières, la seule famille protestante roturière de 
Denonville qui nous soit connue : les Malherbe, dont Belon baptisa 6 enfants, de 162 1 à 
1630. 

(2) III, 218. 

(3) Ce pistolet portait à un grand quart de lieue, 

(4) Puiseux. 



l'église de bazoches-en-dunois 391 

nés pièces, à défaut de quoi l'exercice seroit interdit. Cette 
dame ayant dessein d'aller demeurer ailleurs, ne se mit pas 
en peine d'obéir, parce qu'aussi bien le droit seroit demeuré 
inutile par son absence. D'ailleurs l'Église étoit fort pettite, 
et ne subsistoit que par le zèle de trois ou quatre gentils- 
hommes qui entretenoient le ministre. Le seigneur de Pi- 
sieux, ou Puiseu, comme il se nommoit lui-même, étoit un 
des plus accomodez; mais il n'avoit laissé en mourant 
qu'une fille, qui étant morte peu d'années après lui, ceux 
qui lui succédèrent, et qui se trouvoient établis dans des 
lieux éloignez, ne prirent plus d'intérêt à la conservation de 
cette Église ». 

Essayons d'ajouter quelques détails à ce récit. On a vu 
que, vers 1604, les Gallot avaient ouvert un oratoire dans le 
château tout voisin de Beauvilliers, qui leur appartenait. 
Le prêche de Beauvilliers n'aurait-il pas, dans la suite, été 
transporté à Allonnes? Et les autres seigneurs qui contri- 
buaient à assurer l'existence de la petite Église supprimée 
en 1672, ne seraient-ils pas, notamment, ceux de Villereau, 
et peut-être de Genonville? En effet, on ne sait rien, en 
somme, du prêche de Beauvilliers, si ce n'est sa création ; et 
en fait de seigneurs protestants voisins d' Allonnes, je ne 
vois que ceux-là, du moins dans le voisinage immédiat (1). 

Quant aux pasteurs, on n'en connaît qu'un. La seule fois 
que le nom d' Allonnes figure dans les actes des Synodes de 
l'Orléanais, c'est à propos de celui de Mer, en 1643. L'Église 
qui, deux ans auparavant, est encore dénommée Sanche- 
ville et Bazoches, y est désignée : Bazoches- Allonnes et Chas- 
tenay. Elle est représentée par Bernard-Toussaint Le 
Gendre, pasteur, et par les sieurs de la Cour d'Ouestre ville 
et de Pressin ville, anciens. Une délibération nous explique 
que les quartiers de Bazoches, Allonnes et Sainte-Esco- 

(1) Peut-être faut-il y ajouter les protestants de Foncetiay-sur-Conie. « I,e château 
actuel, dit Bordas (II, 76), a esté basti par un de ses seigneurs de la maison de Villereau. 
Jeanne de Carnaset en était dame en 1625. Il a passé par vente aux Hotman. » Autant de 
noms protestants. En 1683, on relève plusieurs abjurations à Fontenay : Marguerite de 
Faye, épouse d'Etienne Montas, avec ses deux fils, de 18 et 12 ans; Anne Nauer, femme de 
Jean Froment et sa fille Anne, tous de Germignonville. Enfin, Jean de Gravelle, seigneur 
de Viabon, et sa femme, Gédéon de Gravelle (fils de Jean) et sa fille. 



392 LES ÉGLISES SOUS 1,'ÉDIT DE NANTES 

bille (ce dernier détaché du Colloque de Beauce et du 
Synode de l'Ile-de-France) formeront désormais une seule 
Église; et que le sieur Du Parc — qui arrive ici, je ne sais 
pourquoi, à la place de L,e Gendre (i) — visitera Sainte- 
Escobille de quatre dimanches l'un, de la Cène de Pâques 
à celle de septembre, un dimanche pour la célébration de 
la Cène à Noël, et le surplus pour les deux autres quartiers. 
Sainte-Kscobille devait fournir 150 livres pour son traite- 
ment, et les deux autres quartiers le surplus. Comme les 
Actes des Synodes subséquents sont perdus, il est difficile 
de dire combien dura cette combinaison. 

III. Sancheville et Genonville. — Nous avons dit dans quel 
état précaire se trouvait, au commencement du XVII e siècle, 
l'Église de Sancheville et de Genonville. Tout nous faisait 
supposer que sa fusion avec celle de Bazoches-en-Dunois, 
détachée de Châteaudun, devait coïncider à peu près avec 
la retraite de Berger, c'est-à-dire n'être guère postérieure 
à 1601. Mais à vrai dire, on ne possède sur ce point aucun 
renseignement précis. Sancheville — dont le nom est sou- 
vent écrit Chance ville — est privée de pasteur en 1603, et 
sans doute aussi les années suivantes (2). En 1609, Bazoches 
est appelé « quartier». C'est l'an d'après seulement que la 
liste des députés du Synode indique, pour « Jenonville, 
Bazoches et Chanceville », Jérôme Belon comme pasteur; 
et comme l'Église n'a pas envoyé d'ancien, elle est censurée. 

Mais depuis combien de temps Jérôme Belon est-il à 
Sancheville? Comme son père était pasteur à Bourges 
en 1582, à supposer qu'il se soit marié vers ce moment et 
que Jérôme soit son aîné (ce que la concordance des dates 
ferait facilement supposer), le pasteur de Sancheville, qui 
devait y rester fort longtemps, était certainement jeune 

(1) Voir plus bas p. 396. 

(2) En 1600, Sancheville figure parmi les localités du diocèse de Chartres où l'on a enterré 
des protestants dans le cimetière catholique. Cf. Bull, du Prot., 1898, 279» 523 (article de 
M. N. Weiss). Plus tard, il y aura un cimetière protestant. Il était sur le chemin de Bonneval, 
à droite, en face de l'école actuelle, dans le terrain où M. Plé, instituteur, a récemment 
construit une maison. Au cours des travaux, il a découvert 33 squelettes, auxquels il a 
donné une sépulture décente dans un coin de son jardin. 



i/ÉGUSE DE BAZOCHES-EN-DUNOIS 393 

en 1610. D'autre part, il était installé déjà depuis quelque 
temps, puisqu'en cette même année, au Colloque de Jar- 
geau, où il assiste avec M. de Brinville, il se plaint par le 
canal de celui-ci de n'être pas payé. Ses Églises sont ingrates, 
et par là, « ladite Église est en danger d'estre ruinée ». On 
demande au Colloque comment il faut s'y prendre pour 
mettre fin à cette situation fâcheuse, et obliger les chefs de 
famille à payer les contributions qu'ils ont promises. La 
Compagnie répond que s'ils persistent dans leur coupable 
négligence, Belon sera libre de les quitter. De plus, « le 
Consistoire usera de toutes les censures permises par la 
discipline, mesmes jusqu'à la suspension de la Cène ». Et 
pour combattre un peu l'atonie de ces peu zélés paroissiens, 
on décide que le prochain Colloque serait convoqué dans les 
Églises de Bazoches, Chance ville et Genon ville, ce qui eut 
lieu en effet en 1613. 

Dès l'année suivante, à Châtillon-sur-Loire, on décide que 
Bazoches-Genonville recevra 45 livres sur les deniers du roi, 
« à la charge qu'ilz feront leur debvoir d'accompagner leur 
pasteur aux Colloques et Synodes suivans ». En effet, au 
Synode qui se réunit, en novembre 161 1, à Blois, Belon est 
accompagné de M. de Villiers. 

Alors l'Église demande que la subvention de 45 livres lui 
soit continuée ; on le lui accorde, à condition que ce vote ne 
soit pas interprété comme un précédent, créant une sorte 
de droit acquis. En 161 2, en effet (Belon siège avec « de 
Peauvilières », il faut lire « de Beauvilliers » (1)), le subside 
est renouvelé. 

Arrive le fameux Colloque de 1613; deux anciens, de 
Cansillon et de Villiers-Hombières, siègent avec Belon. Le 
Consistoire promet de donner 500 livres à son pasteur, si les 
deniers venant des libéralités du roi sont remis à l'Église 
dès le I er juillet prochain. « Et si le S r Belon les reçoit, il 
luy en tiendra compte » ; après quoi, on s'efforcera de liqui- 
der l'arriéré. 

(1) H fut député en 1614. 



394 ^S ÉGLISES SOUS l'ÉDIT DE NANTES 

En 1614, « l'on continue encores à l'Église de Genonville 
la somme de 45 livres pour cette année seulement, sans 
tirer à conséquence ». Belon continue à se plaindre de l'ar- 
riéré qu'on lui doit; on invite le Consistoire à retirer sur les 
particuliers tout ce qu'il pourra pour le contenter ; mais de 
son côté, Belon « ne pourra prétendre congé pour lesdits 
arrérages ». 

L'Église n'obéit pas à ces conseils; au Synode d'Argen- 
ton (1617), où elle n'est pas représentée, Belon et Isaac 
d'Authier étant l'un et l'autre malades, elle reçoit l'ordre 
de satisfaire son pasteur, à défaut de quoi, le Colloque 
pourra l'envoyer ailleurs. Lamy, le pasteur de Châteaudun, 
est chargé de signifier cette injonction. 

L'an d'après, au Colloque de Blois, il présente son rap- 
port sur la démarche qu'il a faite à S anche ville. Nous avons 
dit, à propos de Denon ville, quelle combinaison en sortit. 

C'était parfait sur le papier. En réalité, la situation resta 
la même. Au Colloque de Dangeau, en 162 1, Belon se plaint 
de n'être pas payé depuis 1618, et l'Église est menacée de se 
voir privée de pasteur, si elle s'obstine à ne pas s'acquitter 
de ses devoirs envers lui. 

Elle s'exécuta sans doute en partie, car au Synode sui- 
vant (1), elle n'est pas rappelée à l'ordre. Mais en 1626 (2), 
les plaintes recommencent; on enjoint au quartier de Denon- 
ville de payer à Belon ses arrérages, et à toute l'Église de 
payer les frais de voyage du sieur Lapierre, qui a visité 
l'Église pendant la maladie de Belon; celui-ci sera, ce 
nonobstant, intégralement payé. Évidemment, ces conti- 
nuels retards devaient provenir d'un défaut d'organisation 
dans l'assiette des contributions. Aussi, le Synode charge 
Belon de réviser les taxes de toute l'Église de Bazoches- 
S anche ville-Denon ville . 

En 1627, Lamy n'a pu encore remplir sa mission; aussi 



(1) Ancien : I^ierville. 

(2) Belon, malade, est excusé; ancien, « Doitreville », ou plutôt « d'Ouestreville » (ha- 
meau de la commune d'Angerville, Loiret) ; l'Église est priée de donner à ses députés des 
lettres de pouvoirs conformes au modèle prescrit par le Synode de Vitré. 



l'église de bazoches-en-dunois 395 

Belon se plaint-il toujours de n'être pas exactement payé. 
On lui accorde, du moins, sur les libéralités du roi, une por- 
tion franche jusqu'au prochain Synode. Deux ans se 
passent : I^amy n'a visité que Bazoches, et l'on exhorte 
Belon à patienter. Il patientait depuis vingt ans ! On a 
l'impression très nette que, peuplé de protestants un peu 
tièdes, le quartier de Sanche ville se fondait petit à petit, et 
qu'il n'était plus possible d'être très sévère à son égard. 
Depuis 1614, Genonville, sans doute tombé à rien, n'est 
plus nommé dans les actes synodaux. 

Nouvelles plaintes de Belon en 1632 (1) ; il s'agit, comme 
on l'a dit, plus spécialement du quartier de Denon ville. 
Nouvelles exhortations à la patience. Bazoches a cependant 
réussi à donner 16 livres pour les académies ; en 1634, avec 
Denonville, ce sera 16 livres encore; est-ce avec intention 
que Sancheville n'est pas nommé? 

Lorsque s'ouvrit, le 3 juin 1638, le Synode de Mer, 
Philippe Cahouet représentait seul l'Église de Sancheville- 
Bazoches. Belon, malade, n'arriva que plus tard. Il fut de 
nouveau question des finances de son Église. On autorisa le 
Consistoire à « taxer en conscience » tous les particuliers de 
« l'Église qui estoit cy-devant recueillie à Lumeau, qui sont 
à présent joints à l'Église de Sancheville-et-Bazoches, pour 
l'entretien du ministre de ladite Église ». Ainsi, pour gros- 
sir ses ressources et sans doute pour compenser la perte 
virtuelle de Denonville, on augmentait encore le territoire 
de l'Église. Celle-ci, remarquons-le en passant, donne cette 
année-là 32 livres pour l'Académie de Saumur. 

En 1641, l'Église de Sancheville-Bazoches n'est repré- 
sentée au Synode que par Gilles Convert. Comme l'Église 
n'est pas censurée, il faut supposer que Belon était malade. 
C'est, du reste, la dernière fois que Sancheville est nommé. 
Au Synode de 1643, l'Église est désignée sous le nom de 
Bazoches- Allonne et Chastenay (2), et désormais, c'est le nom 



(1) Ancien : La Combe. 

(2) Châtenay est à une dizaine de kilomètres au S. -IL de Denonville, 



396 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

de Bazoches qui survivra seul. Le sieur Bernard-Toussaint 
Legendre est indiqué comme pasteur, les sieurs de la Cour 
d'Ouestre ville et de Pressinville comme anciens, et l'Église 
est exhortée à payer ses dettes à Belon, qui a pris sa retraite. 

Du Parc étant, dans la suite, désigné comme pasteur au 
lieu de Legendre, on se demande si les deux ne sont pas un 
même personnage, Legendre étant sieur du Parc. Tou- 
jours est-il qu'en vertu d'une décision de ce Synode, les 
quartiers de Bazoches, Allonnes et Sainte-Bscobille cons- 
titueront une même Église. Sainte-Bscobille avait jusqu'a- 
lors été une Église distincte, rattachée au Colloque de 
Beauce et au Synode de l'Ile-de-France. Le pasteur visi- 
tera Sainte-Bscobille de quatre dimanches l'un, de la Cène 
de Pâques à celle de septembre, lui donnera encore un 
dimanche pour la célébration de la Cène à Noël, et réser- 
vera le surplus pour les deux autres quartiers. Sainte- 
Bscobille fournira 150 livres pour le traitement du pasteur, 
et les deux autres quartiers se partageront le reste. 

Deux ans plus tard, le poste est vacant, et le Synode 
national de Charenton décide que l'Église sera desservie 
par les pasteurs d'Orléans, de Blois, de Châteaudun, de 
Marchenoir, de Chilleurs, de Dangeau et de Mer, jusqu'à ce 
que le Synode du Berry ait examiné Lenfant. 

IV. Bazoches-en-Dunois. — Fils de Jacques Lenfant, un 
marchand de drap de soie fort cossu, qui habitait Château- 
dun, où il avait épousé, en 1595, Judith Hauldry, Paul Len- 
fant était un homme de valeur (1). Il avait fait des études 
très complètes, et il fut le premier et le principal éducateur 
de son fils Jacques, qui devait être un jour l'un des plus 
illustres pasteurs du Refuge (2). 

Il est possible que, pour une raison ou pour une autre, 
Lenfant n'ait pas toujours habité Bazoches même dans les 
premières années de son ministère, mais c'est bien Bazoches 



(1) Il est né à Saumur. 

(2) Né à Bazoches, le 13 avril 1661. 



h EGLISE DE BAZOCHES-EN-DUNOIS 397 

qui est désormais le centre de la paroisse, et Lenfant a 
toutes les raisons possibles de ne guère s'en éloigner. En 
1653, on le trouve installé à Bourneville (i). L'an d'après, il 
épouse Anne d'Brgnioust de Pressainville, fille de Jacques de 
Boissay et d'Anne Bancel ; bientôt, on le qualifiera d'écuyer, 
sieur de la Bertaudière. Il posséda la Bertaudière (com- 
mune de Bazoches) jusqu'en 1680. Mais il ne paraît pas y 
avoir habité. D'après M. Thibault, les demoiselles de Dan- 
geau « lui avaient assuré la jouissance d'une maison et d'un 
clos, au nord du village, vers Cormain ville, pour le retenir 
auprès d'elles. Cette maison existe toujours, rebâtie à peu 
près sur le même plan (maison Billault) ». 

Quelle est l'histoire du quartier de Bazoches avant 
l'arrivée de P. Iyenfant? Elle est dénuée d'incidents, et se 
résume sans doute dans cette délibération du Synode de 
Gien, en 1609 : « L/Église de Bazoches ayant remonstré son 
extrême pauvreté qui empesche qu'ils ne puissent fournir 
aux frais des Synodes et Colloques, la compagnie, à la des- 
charge de ceux du quartier de Bazoche, a ordonné qu'il 
sera pris 45 livres des deniers qui seront es mains de 
M. Morisset pour fournir aux dits frais ». Bt le même fait se 
reproduit en 161 1 et dans la suite. 

Ainsi, pauvreté de cette Église, peuplée surtout de culti- 
vateurs (il y a cependant un notaire, Rouillon, qui se marie 
en 1619, à Châteaudun). Bt tranquillité. L,e curé, qui n'est 
pas en force (au contraire), ne songe pas à la troubler; un 
archidiacre écrira, en 1649, que le digne homme « est tous 
les jours à boire avec les huguenots »; du moins, « on » le 
dit (2). 

Autre gage de paix, ce que nous avons dit (3) des pro- 
jets relatifs au cimetière commun. Nous ne revenons pas 
sur ce sujet; nous ne reparlerons, ni du cimetière huguenot, 



(1) Cf. T. Thibault, Notice sur Bazoches- en- Dunois, Bull, de la Soc. Dunoise, VIII, 
333 ss. 

(2) Arch. dép. d'E.-et-I,., G. 831. I/an d'après, à Villampuy, le même archidiacre (Biaise 
Féron) reçoit l'abjuration de Henry de Villereau, écuyer, sieur de Villereau. Id. G. 832. 

(3) P- 189. 



398 LES ÉGUSES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

converti en jardin après la Révocation de l'Édit de Nantes, 
ni du temple, à peu près contigu à la ferme du prieuré. 

Combien y avait-il de protestants à Bazoches? L/abbé 
Bordas dit qu'ils étaient en forte majorité; mais un archi- 
diacre du Dunois alléguera au contraire qu'en 1668, il y a 
dans la paroisse cent quatre-vingts communiants contre un 
total de deux cents hérétiques. Or, c'est Bordas qui a rai- 
son. On possède les registres d'actes pastoraux de l'Église de 
Bazoches du 12 août 1671 à la fin de 1678 (1). La période est 
courte : on ne peut, sur les moyennes de si peu d'années, 
établir des évaluations d'ensemble de quelque précision. 
Cependant, comme le domicile est toujours indiqué, la part 
qui revient à Bazoches sur le tout ressort assez clairement. 
Or, elle est absolument prépondérante : les autres grou- 
pements, Bourneville, Varize, Guillonville, Péronville, 
Huêtre, Patay, Terminiers, Germignonville, Villeneuve- 
sur-Conie, Beauvilliers-en-Chartrain, Cormainville, San- 
cheville, Lumeau et les hameaux qui en dépendent, sont 
insignifiants; ils sont très loin de constituer la moitié de 
l'Église. 

Prenons les baptêmes : avec la natalité de l'époque, leur 
nombre, équivalent à celui des naissances, représente en 
moyenne, chaque année, à peu près le trentième de la popu- 
lation totale. Il y en a 11 du 12 août au 31 décembre 1671, 
ce qui supposerait 29 pour l'année entière; 27 en 1672, 
23, 21, 15, 16, 13 les années suivantes, 12 en 1678. La di- 
minution des quatre dernières années est anormale, au 
point de vue démographique; elle s'explique par d'autres 
causes. Les chiffres de 1671 à 1674 semblent au contraire 
donner la moyenne ordinaire : or ils supposent une popu- 
lation de six cents à huit cents âmes, dont les trois quarts, 
probablement, habitaient Bazoches ou les hameaux voisins. 
Remarquons en passant que sur cent trente-huit naissances, 
il n'y a qu'un enfant naturel, fils reconnu d'un gentilhomme. 

Les mariages, au nombre de 22, nous amènent à des cons- 

(1) Greffe du tribunal de Châteaudun. 



l'église de bazoches-en-dunois 399 

tatations analogues à celles que Ton déduit des baptêmes. 
1/ époux est le plus souvent originaire de la vaste circons- 
cription de l'Église. Quelquefois cependant, il vient du voi- 
sinage : Gidy, Aufferville, Dangeau, mais jamais de très 
loin. 

Il y a eu quatre-vingts enterrements ; le nombre varie du 
simple au quadruple d'une année à l'autre. L/acte d'inhu- 
mation mentionne les témoins (deux, rarement trois) de la 
cérémonie, qui a lieu, la plupart du temps, à Varize ; cepen- 
dant, en 1673, M. de Bonville, sieur de Germignonville, est 
enterré au château de L,umeau. 

Quand les témoins sont illettrés, l'acte nous l'apprend; 
le fait est relativement peu fréquent, pour l'époque. Il est 
avéré, du reste, qu'il y avait une école protestante à Bazo- 
ches, mais on n'a guère de renseignements à son sujet. 

A part les Ramsay, seigneurs de I/urneau, les Bonville de 
Germignonville, les Gallot de Beauvilliers, les d'Brgnioust, 
les Meaussé et un Paul d'Arthuis qui semble être là en pas- 
sant, les registres ne mentionnent guère de gens de qualité ; 
mais nous savons que c'est surtout faute d'en avoir l'occa- 
sion, et qu'à cette courte liste, il faut ajouter plusieurs 
noms, en particulier celui des demoiselles de Dangeau. 
A part ces noms illustres, on trouve des . laboureurs, des 
maréchaux, des hommes de peine, peuple rural dont les des- 
cendants vivent encore dans le pays, et n'ont pas tous cessé 
d'être protestants. 

Ils l'étaient d'ailleurs avec ferveur. On les entamait dif- 
ficilement. Il y a bien eu une abjuration le 17 décembre 1651, 
celle de Claude Paré, un bonhomme de soixante-trois ans, 
qui sans doute aimait à boire avec le curé. Mais il n'y a pas 
d'autres défections avant 1698. On ne connaît qu'un seul 
épisode du ministère de I^enfant : en 1659, il était en fort 
mauvais termes avec son Église, on ne sait pourquoi. L,ui 
refusait-elle les 750 livres qu'elle lui promettait, sans doute 
pour lui permettre d'avoir un cheval, car 500 livres auraient 
suffi pour lui-même? C'est possible, c'est même assez vrai- 
semblable, mais ce n'est nullement prouvé. Toujours est-il 



400 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

qu'un moment, il fut question d'envoyer Lenfant à Dan- 
geau. Le Consistoire de Dangeau repoussa cette offre, qu'il 
jugeait discourtoise pour l'Église sœur. Lenfant resta. Il 
figure au rôle des pasteurs de 1660. Puis, on perd un peu ses 
traces (1). Mais comme le registre des actes pastoraux com- 
mence au milieu d'août 1671, avec la signature de Jéré- 
mie Perrot; comme, d'autre part, à cette époque, les re- 
gistres étaient constitués à l'avance pour chaque année, et 
cotés et paraphés au bailliage, il est probable que le registre 
de 1671 et ses prédécesseurs avaient prématurément 
disparu, sans doute parce qu'en s'en allant, Lenfant les 
avait emportés ; et ceci nous donne la date de son départ. 

Ce Jérémie Perrot, qui venait le remplacer, était natif 
d'Issoudun; il avait été immatriculé à la Faculté de théo- 
logie de Genève en 1646. Son ministère à Bazoches ne 
semble pas avoir été zélé ; on a vu à quel point, au bout de 
peu d'années, le nombre des baptêmes avait fléchi. Quelque 
chose, dans cette situation, a dû paraître anormal aux 
autorités de l'Église, car le Synode qui a précédé celui 
de 1679 chargeait Morin, le pasteur de Châteaudun, de 
visiter Bazoches. Perrot, en l'absence de Morin à ce Synode 
(réuni à Sancerre le 29 juin 1679) explique que la visite a 
eu lieu. 

Kt c'est tout ce qu'il a trouvé à dire. Il n'était pas de ces 
héros que les difficultés exaltent : en 1682, il abjura. Alors, 
les nobles châtelaines de Bazoches se chargèrent de cette 
Église, que son chef abandonnait à l'heure du danger. 
L'abjuration de Perrot supprimait en fait l'exercice public 
à Bazoches. Il ne fallait pas songer à en demander le réta- 
blissement, alors que de l'Édit de Nantes, il ne restait déjà 
presque plus rien. Les demoiselles de Courcillon se souvin- 
rent que Bazoches, depuis peu propriété de leurs alliés les 
Laubespine, était fief de haute justice : elles recueillirent 
l'Église dans leur maison. 

(1) Il fut nommé à Châtillon-sur-I,oing à son départ de Bazoches, émigra lors de la Ré- 
vocation de l'Édit de Nantes, et mourut à Marbourg en juin 1686. Sa femme, Ann e 
d'Ergnoust de Pressain ville, lui survécut de quelques années : elle mourut à Berlin le 
6 décembre 1692. Cf. Jacques I^enfant. Histoire du Concile de Bade, II, p. xi. 



i/ÉGUSE DE BAZOCHES-EN-DUNOIS 4OI 

Iya chaire et les bancs du temple sont transportés dans 
une chambre où, plus tard, le fermier logera ses chevaux. 
« On voit encore, dit Bordas (i), dans un passage de leur 
appartement, au lieu d'assemblée, une grande embrasure 
garnie de tablettes, où les assistants laissoient leurs livres 
de prières, ainsi que le ministre. » Et le savant abbé ajoute : 
« C'est la chaire du prédicant qu'on voit encore dans l'église 
de Bazoches, où on l'a transférée du château ». 

Mais cette situation même ne pouvait durer. Un arrêt du 
Conseil privé, du 4 septembre 1684, interdit l'exercice du 
culte réformé dans les fiefs de haute justice créés après 
l'Édit de Nantes : Bazoches, qui avait cette qualité depuis 
1577, ne devait pas tomber sous le coup de cette déci- 
sion. Iyes intéressées le firent remarquer dans une longue 
requête adressée à l'intendant de la généralité d'Orléans (2). 
On ne les écouta pas; et, alors que le 20 juin 1682, on les 
avait explicitement autorisées à transférer le prêche dans 
leur maison seigneuriale, moins de trois ans après, l'arbi- 
traire et toute puissante volonté du roi leur retirait une 
permission pourtant régulière. 

L,es vaillantes femmes en conçurent un profond chagrin : 
elles s'expatrièrent. Mais elles parties, la masse de l'Église 
resta. Nous la retrouverons à Gaubert. 



(1) n, 32. 

(2) M. de Possesse l'a publiée in extenso dans les Mém. de la Soc. Arch. d'E.-et-L., VII, 176 ss. 



26 



CHAPITRE XXIV 

i/ÉGUSE DE JANVH.I.E ET JUMEAU 

Rien de plus obscur, rien de plus compliqué que l'histoire 
de l'Église de Janville sous le régime de l'Édit de Nantes. 
On a l'impression qu'elle se meurt. Dès le début, on la désar- 
ticule, et ses annexes sont rattachées à une Église voisine, 
sans toutefois perdre absolument leur autonomie. Nous 
chercherons à deviner les progrès de la lente décadence que 
nous révèlent ces avatars. 

En 1601, jumeau est séparé de Janville. En effet, au 
Synode de Mer, L,e Puiset (lieu d'exercice de l'Église de 
Janville, comme on l'a dit) est représenté par « de L/umeau le 
fils, escuyer, et de Vigny, escuyer, députés de ladite Église », 
tandis que « pour l'église de L/umeau, Chilleurs et Bondar- 
roy (1) est comparu Mons r d'Anormis, escuyer, ancien. » 
De jumeau le fils, désigné le premier, est sans doute pas- 
teur; desservait-il L,umeau, Chilleurs et Bondaroy, qui, 
n'étant pas censurés pour n'avoir envoyé qu'un ancien, n'ont 
sans doute pas de ministre? Ce n'est pas impossible, mais 
ce n'est qu'une hypothèse. 

En 1603, Lumeau est de nouveau rattaché à Janville. L,a 
liste d'Aymon indique, en effet, de la Rochedeigne comme 



(r) Bondaroy était une église de fief, créée le 29 novembre 1570, sur la requête de I^ouis de 
la Taille, éc, sgr. de Bondaroy. 1/ exercice de Chilleurs avait été établi dans des conditions 
ar.a.cgues. I,es deux châteaux, dans lesquels se célébrait le culte, avaient beaucoup souffert 
des guerres de religion. Ajoutons que jusqu'en 161 1, le cimetière de Chilleurs fut commun 
aux deux confessions. Arch. nat. T T, 241 x . 



i/ÉGUSE DE JANVIIJyE ET JUMEAU 403 

pasteur de « Gyn ville et l'Umeau ». Ensuite, pendanf: de 
longues années, il n'est plus question de cette Église dans 
les actes synodaux; le poste paraît être demeuré vacant. 
Le quartier de J an ville, où nous verrons dans la suite que les 
protestants étaient fort mal vus, semble perdre toute impor- 
tance. En 1614, Bondaroy-Chilleurs a pour pasteur Ben- 
jamin de Launay; ni Lumeau ni J an ville ne sont nommés, 
mais il n'y a pas lieu de tirer des conclusions de ce silence. 
Trois ans plus tard, de Launay siège à Argenton accompagné 
de Jean Duplessis; l'année suivante, ils se rendront tous 
deux au Colloque de Blois. Au Synode de la même année, 
qui se réunit à Jargeau, le 7 novembre et les jours suivants, 
les anciens du quartier de Lumeau (Église de Chilleurs et 
Bondaroy) demandent, par l'entremise de M. de Beauvil- 
liers, à n'être ni séparés de l'Église de Chilleurs, ni privés 
des services de M. du Granier. 

Du Granier, au contraire, demande à être libre de quitter 
cette Église, et même la Province, ce qu'on lui accorde à 
cause de son âge seulement. Et l'on enjoint à l'Église de lui 
payer l'arriéré de son traitement. Il semble donc que 
Lumeau — et sans doute J an ville — tout en relevant offi- 
ciellement de l'Église de Chilleurs, ait eu un pasteur, du 
Granier. C'est là une organisation peu claire. 

Dans tous les cas, en 1620, Chilleurs a pour pasteur Vau- 
louet, que Beauvilliers accompagnera au Synode. L'an 
d'après, plus de pasteur (1), mais au Colloque de Dangeau, 
Chilleurs-Bondaroy-Lumeau est représentée par deux 
anciens : de Beauvilliers et Noé Huet. 

Le poste sera bientôt repourvu : David Home le dessert 
en 1623, mais il est toujours assisté de deux anciens au 
Synode : Philippe de Cosnes, écuyer, « s r de Mommerault » 
et Huet. L'exercice du culte a été supprimé à Lumeau; mais 
l'assemblée tient à son rétablissement, et le recommandera 
par lettre à « Messieurs les députez généraulx ». 

Comment Home est-il là? Alix se plaint de ce qu'il se soit 

(1) Vaulouet était mort. 



404 LES EGLISES SOUS L EDIT DE NANTES 

faufilé dans la place « par mauvaises pratiques, et contre 
l' ad vis de ceux du quartier de L,umeau», ce qui l'avait con- 
traint, lui Alix, de faire une retraite peu honorable à ses 
yeux. En effet, le fameux Alix, en froid avec Dangeau, avait 
été prêté à Chilleurs; on remarquera que le quartier de 
Lumeau a des allures fort indépendantes, et qu'il n'est plus 
jamais question de J an ville. 

En même temps qu'Alix se plaignait de l'arrivée de Home 
à Chilleurs, l'Église de Jargeau, qu'il desservait précédem- 
ment, exprime son mécontentement de ce qu'il l'ait aban- 
donnée. L,a Compagnie ne veut pas trop tenir rigueur à 
Home, car les temps sont difficiles, mais elle blâme néan- 
moins Home d'avoir méconnu la discipline et usé de procé- 
dés désobligeants envers Alix. Elle le remet, en conséquence, 
« à la distribution des pasteurs de ceste compagnie». Mais 
elle n'absout pas pour cela Alix. Elle le censure, au contraire, 
« pour avoir faict servir la chaire de l'église à la démonstra- 
tion de ses passions particulières, et injurié par lettres les 
sieurs Home, de Montmerault et Huet, voire tous les anciens 
de l'Église de Chilleure », et « ordonne qu'il demandera par- 
don en particulier au sieur de Montmerault et à ses collègues 
et se réconciliera présentement avecq eux». Après quoi, 
Alix est suspendu du ministère pour un mois ; mais comme il 
témoignait d'une sérieuse repentance, la suspension fut levée. 

Ensuite, on met l'Église en demeure de régler, au pro- 
chain Colloque ou Synode, l'arriéré dû aux héritiers de 
Vaulouet, soit 106 1. et 9 d. 

Alix, rentré en grâce, et voyant qu'on parle finances, 
demande alors qu'on lui attribue la portion des deniers du 
roy qui revient à l'Église de Chilleurs, et que celle-ci lui 
renvoie ses livres et ses hardes, en port payé. Le Synode 
voulut bien accueillir cette requête; on alloua à Alix le 
quartier de 1621, plus trois mois de l'année courante, pen- 
dant qu'il desservirait Dangeau en l'absence de Thuisart, 
appelé à Beaugency ; de plus, on lui fit renvoyer ses hardes 
et ses livres par l'Église de Chilleurs, avec 30 livres pour ses 
frais de voyage. 



l'église de janville et lumeau 405 

Après quoi, à la distribution des pasteurs, on adjuge Home 
à Chilleurs-Bondaroy-Lumeau, « et en cas que le quartier 
de Iyumeau puisse avoir un lieu commode pour l'exercice, 
ils sont exhortez de se réunir au quartier de lad. Église». 
Quant à Alix, on lui laissa la liberté. 

En pleine possession de tous ses droits, Home viendra 
siéger, avec Huet, au Synode de Mer (1626). Le Synode se 
plaindra de ce que les Églises s'obstinent à ne pas enre- 
gistrer leurs morts; il décidera que celles qui n'arrivent pas 
à assurer au moins 300 livres à leur pasteur n'en auront 
plus à l'avenir, ce que le Synode précédent avait déjà posé 
en principe. Puis, après avoir censuré Alix et l'avoir sus- 
pendu pendant trois mois à cause de ses écarts de langage 
envers Lamy et Thuisart, l'assemblée examine une requête 
de l'Église de Bondaroy, qui demande la restitution de 
40 livres perçues en trop par Alix, pendant qu'il desservait 
Iyumeau. La réclamation parut fondée en droit, mais expo- 
sée avec peu de charité. 

Chilleurs n'envoya pas d'ancien au Synode de 1627, e t 
fut censuré à ce propos. Aussi, en 1629, D. Home parut-il 
flanqué de Jehan Agar, et en 1632 de Noël Huët. Deux ans 
plus tard, le Parlement de Paris s'avise de découvrir que 
Home est écossais, et lui interdit, pour ce motif, de conti- 
nuer l'exercice de son ministère. Home vient donc rendre 
compte de sa gestion, en compagnie de Jacques de la Taille, 
écuyer, sieur de Mongue ville, et le Synode prie le Commis- 
saire d'intercéder auprès du roi en faveur d'un fidèle servi- 
teur, qui n'a pas trahi la France. En attendant, l'Église de 
Chilleurs sera desservie par les pasteurs voisins. Inutile de 
dire que la démarche du Commissaire n'eut aucun effet. 

En 1636, Thuisart, qui n'a pu exercer son ministère dans 
l'Église de Beaugency, est attribué à celle de Chamerolles- 
Bondaroy : on remarquera ce nouveau nom (1). En effet, le 
culte avait cessé d'être célébré à Chilleurs, dont Chamerolles 
(même paroisse) avait pris la place le 12 mai 1638 ; il était, 

(1) Anciens : Noël Huët; en 1638, Lancelot du Plessis. 



406 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

de plus, interdit aux réformés de s'assembler dans les mai- 
sons particulières pour y célébrer leur culte, et de chanter 
des psaumes chez eux. (Atch. nat. T T, 241 '). En outre, les 
quartiers de Chilleurs et de Bondaroy se disputaient le 
domicile du pasteur et la célébration des jeûnes. On soumit 
le cas au Synode de 1638 (Mer). Il décida que le jeûne serait 
célébré d'abord à Bondaroy, Chilleurs étant hors de ques- 
tion (1) ; et que le pasteur logerait où bon lui semblerait. Le 
sieur Huet exposa aussi une affaire compliquée, mais sans 
intérêt, entre Chilleurs et Chamerolles ; misérables querelles 
de clocher, qui ne dénotent pas une vie religieuse intense, 
ni une situation florissante (2). 

Au Synode de 1641, Thuisart siège avec deux anciens, 
Lancelot du Plessis et Jacques Cottard, ce qui prouve que 
la vieille Église de J an ville avait encore conservé un reste 
de vie. 

Puis, les actes synodaux se taisent : notre seule source 
d'information tarit. Dans la liste des pasteurs en 1660, le 
nom d'Abram Longuet figure à côté de celui de Chilleurs (3). 
Mais depuis quand est-il là, et quand partira-t-il? Nous n'en 
savons rien. B. Benoist nous apprend (4) que les protestants, 
évidemment tombés à un nombre infime, étaient à J an ville 
dans une situation intolérable. En 1662, l'avocat Le Nor- 
mand « n'osoit paroître dans les rues, parce qu'aussi-tôt le 
peuple s'attroupoit et le poursuivoit à coups de pierres : 
jusques là qu'une fois l'ayant conduit jusqu'à sa maison, il fit 
ce qu'il put pour rompre la porte, après quoi il découvrit la 
maison, la pilla, y mit en pièces tout ce qu'il ne put empor- 
ter. Le Normand échappa comme il put, et n'osa depuis y 
retourner. Ce qu'il y a même de remarquable est que s 'étant 
pourvu en Justice contre ces violences, il ne put obtenir ni 
réparation des outrages reçus, ni défenses de lui en faire 
d'autres à l'avenir. » Doux pays ! 



(1) 1/ arrêt ci-dessus avait interdit au pasteur d'y résider. 

(2) On se souvient qu'au même Synode, jumeau est rattaché à Sancheville. 

(3) Bull, du Prot., 1866, 516. 

(4) Hist. Ëdit de Nantes, III, 449, 



L EGLISE DE J AN VILLE ET LUMEAU 407 

Si les passions y étaient à ce point surexcitées en 16621, on 
se figure ce qu'elles devinrent vingt ans plus tard, et la 
graduelle et presque complète disparition de l'Église de 
Janville s'explique le plus facilement du monde par l'inte- 
nable situation des protestants, qui ont dû, à peu près 
tous (car il en est resté quelques-uns dans la région) choisir 
entre l'abjuration (1) et la fuite. Cependant, on a vu que 
plusieurs villages de ces cantons renfermaient encore des 
protestants — nobles ou roturiers — peu d'années avant 
la Révocation de l'Édit de Nantes. On en trouvera même 
en plein xix e siècle. 



(1) L'absence de tout acte d'abjuration dans les registres de Janville, du Puiset, de 
Lumeau, etc., ne prouve rien, étant donnée la manière dont les choses se passaient d'habi- 
tude en Beauce. 



CHAPITRE XXV 

LES PRÉLIMINAIRES DE LA RÉVOCATION DE L'ÉDIT 
DE NANTES 

L'Église d'Allonnes était morte, en 1672, de sa belle mort; 
mais, peu après, on avait ressuscité, à Villeray, l'Église de 
Saint-Martin-de-Nigelles. Il y avait donc compensation de 
ce côté. Mais bientôt, les suppressions d'Églises se succèdent 
et se précipitent. C'est, en 1681, La Ferté-Vidame ; en 1682, 
Châteaudun et Fontaine-sous-Prémont ; en 1683, Dangeau, 
et de fait, Chartres, qui en droit subsista jusqu'au bout, 
puisque c'est seulement au lendemain de la Révocation que 
le Bureau des pauvres, héritier légal des Consistoires sup- 
primés, prit possession du petit domaine de Pont-Tranche- 
fêtu. En 1684, suppression d'Authon et de Favières; en 
1685, de Bazoches-en-Dunois. Pour Villeray, qui d'ailleurs 
ressemblait fort à une Église de fief, et pour Laons, la date 
n'est pas connue (1). A la veille du fatal Édit du 18 octo- 
bre 1685, il ne restait donc plus une Église organisée dans 
ce qui constitue aujourd'hui le département d'Eure-et- 
Loir. 

Or, avant de supprimer le droit d'exercice dans ces diverses 
Églises, on s'était plu à le restreindre en fait, en rendant le 
ministère des pasteurs presque impossible. Dès le 28 mai 
1669, toute fonction leur était interdite hors du lieu d'exer- 



(1) I,e droit d'exercice dans les fiefs de haute justice avait été considérablement res- 
treint par des mesures prises les 4 septembre et 21 novembre 1684. De plus, le 16 janvier 
suivant, tout exercice était interdit dans les localités où il n'y avait pas dix familles protes- 
tantes agglomérées. Villeray devait être dans ce cas. 



LES PRÉLIMINAIRES DE LA RÉVOCATION 409 

cice officiel de leur circonscription, hors du domicile i qui 
leur était assigné. C'était supprimer les annexes, que l'on 
avait inconsidérément multipliées, faute de vouloir entre- 
tenir quelques pasteurs de plus. Et quand, pour réparer 
cette grave erreur, on se décidera à augmenter in extremis 
le nombre des pasteurs, un arrêt du Conseil du 24 novem- 
bre 1681 limitera leur effectif à celui qui existait au moment 
du dernier Synode, tandis que, dans la suite, d'autres mesu- 
res interdiront les assemblées tenues hors des temples et 
celles que ne président pas des ministres (i er décembre 1682), 
et qu'on défendra bientôt aux fidèles qui font plusieurs 
lieues pour assister au culte, de sortir de leur bailliage dans 
cette intention (25 juillet 1685). 

D'ailleurs, quand au lieu de huit ou neuf pasteurs, au 
plus, dans notre région, on en aurait eu quinze ou seize, la 
dispersion des fidèles, poussée à l'extrême, alors comme 
aujourd'hui, rendait l'exercice du ministère impossible, s'il 
était interdit au pasteur de se déplacer, lorsque les devoirs 
de sa charge et d'impérieuses nécessités l'y obligeaient. 
Enfin, nous avons dit (1) que le 16 janvier 1685, l'exercice 
fut interdit de plein droit partout où il y avait moins de 
dix familles de religionnaires. 

Quant aux fidèles, tout conspirait savamment à leur 
rendre la vie intenable, pour peu qu'écoutant leur conscience, 
ils fissent le sacrifice de leurs aises et de leurs intérêts les 
plus légitimes et les plus grands. Non seulement on entravait 
à plaisir l'exercice de leur culte, mais par une interpréta- 
tion arbitraire de l'Édit de Nantes, qui en venait à lui faire 
dire le contraire exact de ce qu'il établissait, on les privait 
de tous leurs droits. Nous ne pouvons donner ici que quel- 
ques rares exemples de cette étrange procédure ; il faudrait 
des volumes pour énumérer toutes les déclarations, tous les 
arrêts, tous les Édits destinés à tourner la loi, sous prétexte 
de l'appliquer « à la rigueur», et tous les Articles du clergé, 
activant le zèle du roi. Ainsi, le 13 mai 1681, on interdira aux 

(1) Note ci-dessus. 



410 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

artisans huguenots de Paris de former des apprentis de leur 
religion, alors que par ailleurs on interdit aux protestants 
d'avoir des domestiques catholiques : ils se convertissaient 
constamment. Mais ceci n'est encore qu'un détail. 

Dès le 15 août 1680, pour nous en tenir à notre région, 
on fait dans la généralité d'Orléans un relevé des fonction- 
naires des finances appartenant à la R. P. R. (1). Ils sont 
assez nombreux dans l'administration des Aides, mais fort 
inégalement répartis : 16 dans l'élection d'Orléans, 11 dans 
celle de Blois, 1 dans chacune de celles de Pithiviers, de 
Romorantin, de Clamecy, de Montargis, aucun à Beaugency, 
à Vendôme, à Dourdan, à Gien. A Châteaudun, on ne relève 
que Pierre Quineau, receveur du grenier à sel. Par contre, 
dans l'élection de Chartres, il y a 13 fonctionnaires : Pierre 
Humeau, receveur des aides, Jacques Lemaistre, Etienne 
Ferrier, Jean de la Chastre, Michel Mariette, Samuel des 
Hais, Elisée Cadelan, Jean Crommelin, Lévy Guy, Antoine 
Durzy, Louis Marceau, Jacques du Cerceau, commis. Dans 
les Tailles, tous les agents sont catholiques. 

Pourquoi cette enquête? En exécution d'un arrêt du 
Conseil du 4 mars 1683, on ordonnera, le 23 mai 1683, à 
tous les fonctionnaires des finances appartenant à la R. P. R. 
de choisir entre l'abjuration et une destitution mal déguisée 
sous la démission qu'on leur imposait (2). Il y avait près 
d'un an, à ce moment, que les huguenots avaient été dépos- 
sédés de leurs charges d'officiers ministériels : notaires, pro- 
cureurs, huissiers, sergents. C'est seulement un peu après 
la Révocation qu'on leur interdira les professions d'avocat 
et de médecin, mais soucieux de leur enlever tout moyen 
d'influence, on leur a déjà défendu, le 22 janvier 1685, 
d'être épiciers et apothicaires, le 9 juillet 1685 d'être impri- 
meurs et libraires, sans parler des fonctions de sage-femme, 
de chirurgien, de commerçant privilégié, etc. Ainsi, l'une 
après l'autre, fonctions publiques et professions libérales 



(1) Arch. nat. G 7, 417. 

(2) Arch. nat. ut supra. 



LES PRÉLIMINAIRES DE LA RÉVOCATION 4II 

leur étaient fermées, et tandis que tout appui matériel 'leur 
était refusé, on les accablait d'irritantes tracasseries. Il va 
sans dire, d'ailleurs, qu'à la moindre velléité d'abjuration, 
toutes les portes s'ouvraient devant eux. 

On ne se contentait pas de supprimer les exercices, les 
Églises, de fermer les temples sous les plus spécieux prétextes, 
de tracasser fidèles et pasteurs : il fallait encore empêcher 
tout contact entre ces derniers et leurs anciens paroissiens, 
lorsqu'une Église avait été interdite. A cet effet, on obligea 
les pasteurs des Églises interdites de s'en éloigner, d'abord 
d'au moins 3 lieues (30 avril 1685)., puis d'au moins 6 
(6 août 1685) ; ou du moins, à ces dates, on renouvela un 
arrêt d'avril 1684, qui, sans doute, n'avait pas été exécuté 
avec un empressement bien grand. 

Moyennant ces mesures, le clergé avait ses coudées fran- 
ches; alors qu'à partir de 1680, toute tentative de prosély- 
tisme est sévèrement interdite aux protestants, des missions 
puissamment et savamment organisées, et dont l'abbé 
Imbert, supérieur du Séminaire de Chartres, sera dans notre 
région un des agents les plus actifs, travaillent avec un zèle 
incomparable à la conversion des huguenots. Tout est disposé 
pour favoriser leur action. Le 17 juin 1681, on s'avise de per- 
mettre aux enfants des réformés d'abjurer, sans le consen- 
tement de leurs parents, dès l'âge de sept ans, que l'on con- 
sidère pour eux comme l'âge de raison. C'est en vain que les 
réformés protestèrent contre cette mesure exorbitante (1) ; 
nous ne savons pas, au surplus, dans quelle mesure elle 
a été effectivement appliquée dans notre contrée. 

Quant aux moyens de peser sur la conscience des adultes, 
ils étaient innombrables : controverse, prédications, discus- 
sion loyale, persuasion de bon aloi, mais aussi pression fai- 
sant appel à des mobiles d'ordre inférieur, comme l'intérêt 
ou la crainte : maintien en fonction de quiconque en avait 
une, pensions, exemption des logements de gens de guerre, 
facilités accordées aux débiteurs dans l'embarras, justice 

(1) Arch. nat., T T, 430. 



412 LES ÉGLISES SOUS L'ÉDIT DE NANTES 

plus prompte, sinon plus équitable, offerte aux plaideurs, 
et, pour les opiniâtres, toute la série des injustices opposées; 
enfin, achat direct des consciences, quand on était acculé 
à ces grands moyens. En 1685, il y avait un quart de siècle 
que cette organisation jouait. 

Il est malaisé de dire ce qu'elle produisit en Beauce. On 
a vu combien sont rares, dans les registres paroissiaux de 
cette région, les actes d'abjuration; ils ne sont nombreux, 
en somme, que dans le Drouais (1), à part une paroisse 
d'Épernon, où ils portent exclusivement sur des militaires. 
Le plus souvent, terme d'une pression plutôt douce, d'une 
action indirecte ou occulte, l'abjuration était tacite (2) : le 
curé laissait venir la victime qu'il avait savamment cir- 
convenue, ou qu'il avait acculée par un habile boycottage ; 
il fermait les yeux, il baptisait, il mariait sous condition, 
et peut-être même sans cette précaution réglementaire, 
dont les actes ne font pas mention aussi souvent qu'on 
s'y attendrait. 

Le nombre de ces abjurations tacites est, bien entendu, 
fort difficile à évaluer. Dans notre département actuel, il 
devait y avoir près de cinq mille protestants vers 1660, autant 
qu'on peut en juger. Quand une partie de la noblesse eut 
fait défection, quand on eut réussi, de gré ou de force, à 
convertir un certain nombre de roturiers, qui souvent 
s'étaient bornés à suivre l'exemple de leur seigneur, quand 
les premiers départs eurent éclairci les rangs de ceux qui 
restaient, les privant précisément de leurs éléments les plus 
énergiques, tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il y avait encore, 
malgré tout, à conquérir des masses assez compactes, et 
fort disposées à résister : on confia ce soin à l'armée. 

A vrai dire, il y avait assez longtemps que l'autorité, 
ingénieuse toutes les fois qu'elle s'avise d'être tracassière, 
avait inventé d'imposer des logements de gens de guerre, 



(1) Et encore, après la Révocation! 

(2) Il est possible, cependant, que les actes d'abjuration figurant sur des registres origi- 
naux, aujourd'hui perdus, n'aient pas été transcrits sur les copies, déposées aux greffes des 
bailliages, qui nous sont parvenues. Le fait s'est passé notamment pour Brezolles. 



LES PRÉLIMINAIRES DE LA REVOCATION 413 

avec une insistance indiscrète, aux particuliers qu'elle 
désirait molester, sans avoir le droit strict de les punir. 
Mais la grande pensée de Louis XIV et de son entourage, 
c'est d'avoir appliqué à la conversion des religionn aires la 
rudesse, la turbulence, l'indiscipline et l'esprit de pillage 
éhonté de la soldatesque du temps. On exploita et on codi- 
fia ce que, pour l'honneur de l'armée, il aurait fallu empê- 
cher à tout prix. Les instructions données à d' Asfeld lorsque, 
le 5 mars 1685, on l'envoie en Poitou, avec ses douze compa- 
gnies de dragons, pour convertir les religionnaires, sont à 
cet égard bien significatives (1). Quand, à force de barba- 
rie, on aura obtenu l'abjuration de pauvres gens excédés, 
ruinés par l'obligation de nourrir et d'abreuver des sou- 
dards insatiables, on aura soin de « soulager considéra- 
blement» les tailles qu'ils ont à payer. C'est là toute l'éco- 
nomie du système. 

Dans notre région, les premières dragonnades sont en 
connexion intime avec l'emploi de la main-d'œuvre mili- 
taire dans les travaux de terrassement de l'aqueduc de 
Maintenon : l'examen attentif des documents conservés 
aux Archives de la Guerre est très explicite à cet égard. Ce 
qu'on lit clairement entre les lignes des instructions données 
au marquis d'Huxelles, commandant des troupes, le choix 
même des régiments, qui tous sont peuplés de huguenots 
qu'on cherche à décimer, ou se sont montrés tièdes dans 
les dragonnades d'autres régions, ou sont logés chez les reli- 
gionnaires sans prendre part aux travaux, les instructions 
relatives aux cantonnements, tout trahit une arrière-pensée 
absolument nette. 

Passons sur les mouvements de troupes qui ont lieu autour 
de Chartres dès l'automne 1684. Le 21 mars 1685 (2), nous 
voyons que des grenadiers, qui d'ailleurs se sont fort mal 
conduits en route, arrivent à Gallardon, venant de Nogent- 



(1) Arch. de la Guerre, 743, f° 68. Nous citons ces instructions parce qu'elles coïncident à 
peu près avec le commencement des dragonnades dans notre région; elles ont commencé 
plus tôt ailleurs. 

(2) Ibid., fo 391. 



414 LES ÉGLISES SOUS i/ÉDIT DE NANTES 

le- Roi ; instructions détaillées sur leur logement, avec cette 
remarque significative : II ne faut rien /aire payer à ceux 
de Galardon pour le logement des grenadiers qui y sont mar- 
chez. Pourquoi cette anomalie, alors qu'on a, partout ailleurs, 
le plus grand soin d'indemniser au tarif réglementaire les 
particuliers chargés de garnisaires? C'est qu'à Gallardon 
et aux environs, les religionnaires sont encore nombreux, 
et qu'il s'agit de les convertir. 

Ces logements de troupes à Gallardon sont d'ailleurs la 
seule trace de dragonnades (si le mot peut s'appliquer à des 
grenadiers) que nous ayons relevée dans notre région avant 
la Révocation de l'Édit de Nantes. Aussi nous réservons-nous 
de parler plus amplement dans le chapitre suivant, et des 
travaux de Maintenon, et des dragonnades en Bure-et-Iyoir. 

Il est probable, autant qu'on peut le savoir, que les dra- 
gonnades n'ont pas été jugées nécessaires, avant le 18 octo- 
bre 1685, dans un pays où le protestantisme, complètement 
désorganisé, n'avait que peu d'adeptes, et fort dispersés. 
On se rendit compte plus tard, sans doute, que ces débris 
des Églises disparues étaient moins découragés et de moins 
bonne composition qu'on n'avait cru, et alors, on essaya 
des grands moyens. 



TROISIEME PARTIE 

DE LA RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES 
A LA RÉVOLUTION 



CHAPITRE XXVI 

LA RÉVOCATION DE i/ÉDIT DE NANTES 
ET SES SUITES IMMÉDIATES 

I. L'Aqueduc de Maintenon. — Nous n'avons pas à faire 
l'histoire des « travaux du Roy», destinés à conduire l'eau 
de l'Eure à Versailles, et qui, du printemps 1685 à la fin 
de 1690, ont amené tant d'activité dans la région comprise 
entre Pontgouin et Gallardon. Les plans si remarquables de 
Vauban, l'organisation des immenses ressources dont il a 
disposé, l'emploi d'ouvriers d'État et d'entrepreneurs de 
transports étrangers au pays, celui des corvéables de la 
région, tout cela n'a pas à nous arrêter. Ce qui nous inté- 
resse davantage, c'est le concours de l'armée à cette œuvre 
grandiose, et qui ne devait jamais être achevée; c'est le 
choix des régiments placés sous les ordres du marquis 
d'Huxelles, et la besogne qui leur a été confiée (1). 



(1) Pour plus de détails, et en particulier, pour l'évaluation des effectifs, voir dans les 
P. V. de la Soc. Arch. d\E. et-L., X, 311 et s?, l'étude que nous avons consacrée à ce sujet. 
Nous avons, ici, révisé la liste des régiments ; en particulier, nous ne tenons plus compte de 
ceux qui ont dû simplement accompagner la Cour, arrivée à Maintenon le 26 juillet 1687 : 
ainsi les Gardes suisses. Cf. Arch. dép. d'E.-et-I,. G, 3269. 



416 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

Bile est double : travailler aux terrassements de l'aque- 
duc et à la canalisation de la Voise, ce qui devait provoquer 
une mortalité effroyable ; convertir les huguenots des envi- 
rons. La première de ces tâches incombait aux régiments 
peuplés de protestants, ou qui s'étaient montrés tièdes dans 
les dragonnades, et qu'il fallait punir de ces deux crimes; la 
seconde demandait des agents de toute confiance, éprouvés 
et triés sur le volet. Ainsi qu'on l'a vu, c'est surtout après 
la Révocation de l'Édit de Nantes que cette opération, d'un 
ordre spécial, devait commencer dans notre contrée. Cepen- 
dant, dès le début des travaux, les instructions données à 
d'Huxelles portent la trace de cette double préoccupation 
que nous avons signalée, lorsque, le 15 mars 1685, on l'aura 
autorisé à demander les quelques compagnies d'infanterie 
nécessaires aux travaux de Gallardon (1), lorsque, le 21 mars 
suivant (2), on aura annoncé la prochaine arrivée à Chartres 
et aux environs des régiments de Feuquières et de Langue- 
doc et celle de six bataillons expédiés du côté de Pontgouin, 
on ajoutera, sur le logement des grenadiers à Gallardon, la 
recommandation que nous avons citée tout à l'heure (3). 

Et aussitôt après la Révocation, les instructions se pré- 
cisent, et les mouvements stratégiques se dessinent. Le 
27 octobre, Louvois écrit à Bezons (4) qu'« un bataillon 
des fusiliers venant de La Rochelle arrivera à Blois les 
8, 9, 10 du mois prochain, c'est-à-dire cinq compagnies chacun 
de ces jours », et qu'il faut le faire loger chez les religion- 
naires (5). Ce bataillon se rapprochera du Pays chartrain. 
Le 5 novembre 1685, Louvois écrit au marquis d'Huxel- 
les (6) : « Le Roy me commande de vous faire sçavoir que 
vous ferez chose qui luy sera fort agréable d'essayer de 
pousser les religionnaires qui sont à 5 ou 6 lieues à la 

(1) Arch. de la Guerre, 743, 248. 

(2) Ibid., 391. 

(3) P. 414- 

(4) I,ouJs Bazin, seigneur de Bezons, fut intendant d'Orléans jusque vers le commen- 
cement de 1686. 

(5) Arch. Guerre, 756. 

(6) là., 751, 91. 



L.A RÉVOCATION DE i/ÉDlT DE NANTES 417 

ronde des quartiers qu'occupent, ou qu'occupoient les 
troupes qui sont à vos ordres de changer de religion, et que 
si vos exhortations ne peuvent pas les y porter, Sa Ma té 
trouvera bon que vous establissiez des sergens ou des sol- 
dats pour loger chez eux et y vivre à leur despens jusques à 
ce qu'ils ayent pris ce party, mesme chez les gentilshommes 
qui ne sont pas de qualité distinguée, si vous ne croyez pas 
pouvoir faire autrement ce que Sa Ma té désire. Je fais 
part à Mons. l'Évesque de Chartres de l'ordre que le roi 
vous donne, afin qu'il puisse de son costé f e dans l'es- 
tendue de son diocèse ce qu'il pourra pour seconder vos 
forces. )) On verra quelle prompte et complète obéissance 
Iyouvois et son maître obtinrent. Et l'on peut rapprocher 
ces instructions de la phrase suivante, extraite d'une lettre 
du même au même, écrite le 10 novembre (i) : « Je vous 
parleray la prochaine fois que j'iray à Maintenon... de la 
proposition que vous a f e le présidial de Chartres de 
mettre les soldats qui seront logez dans la ville dans les 
maisons désertes et de leur y fournir tout ce dont ils auront 
besoin. » Cette préoccupation de ne pas charger les popula- 
tions catholiques et de les indemniser est d'ailleurs cons- 
tante (2). 

Le 19 novembre (3), après quelques remarques sur les 
travaux de Maintenon, Louvois écrit à d'Huxelles : « Je 
vous prie de me faire part des mesures que vous prenez 
pour la conversion des religionnaires. » Il paraît que 
d'Huxelles était un correspondant négligent, et Louis XIV 
un homme pressé. 

Et maintenant, quels régiments trouvons-nous en Eure- 
et-Loir autour de 1685, et <l u 'y ont-ils fait? 

D'abord, ceux qui ont été employés aux « travaux du 
Roy», du moins principalement. Nous n'avons pas à nous 
préoccuper de la date et de la durée de leur séjour sur les 

(1) Arch. Guerre, 751, 262. 

(2) Cf. Arch. Guerre. 751, 534, 752, 255, 529, 548, 632, etc. Quatre bataillons étaient 
logés dans les baraques, à Maintenon. 

(3) Id., 751, 456. 

27 



418 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

chantiers (car les corps ont été relevés plusieurs fois), ni de 
l'importance des détachements qu'ils ont fournis : ce qui 
nous intéresse exclusivement, c'est le fait d'en avoir fourni. 
Les archives du Ministère de la Guerre ne donnent, sur ce 
point, qu'assez peu de détails. Mais on peut suivre les régi- 
ments à la trace dans les registres paroissiaux : les actes 
d'inhumation y sont innombrables; le curé, débordé, ne 
s'est pas toujours enquis des noms des décédés. Puis, il y a 
les actes de mariage des soldats, ou les baptêmes de leurs 
enfants. Enfin, les actes d'abjuration, qui sont pour nous 
particulièrement significatifs. 

Louis XIV tenait énormément à ne pas commander à des 
soldats hérétiques. Aussi mettait-il tous ses soins à les faire 
convertir, et, selon la coutume du temps, les meilleurs 
moyens voisinaient avec les pires. On n'avait pas seulement 
recours aux discussions plus ou moins spécieuses, aux solli- 
citations plus ou moins importunes, à une pression plus ou 
moins ouverte et plus ou moins violente, on ne reculait 
nullement devant le scandaleux système, publiquement et 
tranquillement pratiqué, dont la caisse de Pellisson était 
l'expression la plus complète : on payait les abjurations. 
Le tarif du 27 novembre 1685 (1), renouvelé le I er décembre 
suivant, confirmé à diverses reprises, promet 3 pistoles à 
tout cavalier et 2 à tout fantassin qui se convertira. On en 
trouva un certain nombre que ces offres alléchèrent (2). Il 
y eut aussi des abus, et il ne faut pas en être surpris; le 
11 décembre 1685, ordre est donné de procéder contre un 
soldat du régiment de Beauce qui a tenté d'abjurer une 
seconde fois, pour toucher une seconde fois la prime (3) ; il 
fallut aussi mettre fin à une industrie des Suisses, qui abju- 
raient à la veille de leur libération, et, une fois rentrés chez 
eux, « ne pouvaient pas s'empêcher» de retourner à leurs 
erreurs (4). 



(1) Arch. Guerre, 751, 722. 

(2) Arch. Guerre, 752, 773, etc., passim. 

(3) Id., 752, 255- 

(4) Cf. H. Lehr. Les Protestants d'autrefois, vie et institutions militaires, 247. 



LA RÉVOCATION DE l/ÉDIT DE NANTES 419 

Mais s'il avait fallu payer l'abjuration de tous les 7 pro- 
testants de l'armée française, il en aurait coûté gros, car ils 
étaient, en proportion, fort nombreux. Non seulement, en 
effet, les régiments étrangers ou assimilés (comme ceux 
d'Alsace) se recrutaient pour la plupart dans les pays où les 
protestants étaient en majorité, mais les corps français 
eux-mêmes étaient peuplés de huguenots. Ils s'engageaient 
volontiers, parce qu'ils avaient l'esprit aventureux, et on 
les recherchait beaucoup, soit à cause de leurs qualités mili- 
taires dûment reconnues et consacrées par une vieille répu- 
tation, soit pour des motifs d'ordre politique. Comme on 
craignait toujours un soulèvement des protestants, dès 
1648, on se mit à pratiquer de « douces saignées» dans 
les provinces où ils étaient nombreux, principalement dans 
les Cévennes. On multipliait les commissions de capitaines 
données à des protestants; ils recrutaient leur contingent 
dans leurs terres et aux alentours. On envoyait de préfé- 
rence ces troupes dans les armées en campagne; et voilà 
comment, plus un régiment est ancien et réputé, plus les 
Espagnols apprennent à compter sur sa valeur, plus il est 
certain que les protestants y étaient nombreux. Décimés 
par les combats et par les maladies, ces régiments avaient 
constamment besoin de renforts, et le tour était joué (i). 
Les régiments qui ont remué la terre, de Pontgouin à 
Gallar don, étaient-ils de ceux-là? Passons-les en revue, en 
commençant par les régiments étrangers, ou considérés 
comme tels (2) . 

Voici d'abord Alsace. On sait, d'après ses contrôles, qu'il 
se recrutait non seulement en Alsace, -mais en Suisse, dans 
toutes les parties de l'Allemagne (surtout dans les parties 
protestantes), en Hollande et en Scandinavie. Dès avril 
1685, Alsace a un bataillon à Maintenon, et Louvois recom- 



(1) E. Benoist, Êdit de Nantes, III, 116. Cf. H. I,ehr, op. cit., 177. Ces pratiques durèrent 
jusqu'à la Révolution. 

(2) A qui voudrait évaluer l'importance des détachements qu'ils ont envoj'és, rappelons 
qu'à cette époque, les compagnies des régiments étrangers avaient 100 hommes, et celles des 
érgiments français, 50. 



420 DE LA REVOCATION A LA REVOLUTION 

mande de ne pas faire de levées à Francfort (i). En sep- 
tembre 1685, le reste du régiment est employé aux dragon- 
nades en Saintonge, puis à Angers. Et L,ouvois écrit le 
22 novembre (2) : « Je vais en Alsace pour empescher que 
les officiers du régiment de ce nom ne trouve (sic) désor- 
mais à faire des recrues dans la Haute- Alsace. » La Haute- 
Alsace est un pays catholique (3). 

Passons aux Suisses : entre Erlach et Salis,* Stuppa 
l'Aîné est là en partie. Un soldat de ce dernier régiment 
abjure à Maintenon, le 20 juin 1687 (4). Tous trois se recru- 
taient dans les cantons protestants (du moins principale- 
ment) et le troisième avait des sympathies protestantes 
qu'il ne songeait pas à dissimuler. Chargé, en 1686, d'em- 
pêcher l'émigration des religionnaires cévenols, il la favo- 
risait au contraire, sous prétexte que les capitulations inter- 
disaient d'employer les Suisses protestants à molester les 
huguenots français (5). A vrai dire, à l'époque où se pas- 
sait cet incident, Stuppa l'Aîné avait déjà un détachement 
à Maintenon et à Chartres, mais dans la suite, il en vint 
un autre, et, le 27 avril 1687, mourait à l'Hôtel-Dieu de 
Chartres, un suisse dont le capitaine, Bourcard, porte un nom 
notoirement protestant. Stuppa jeune fit aussi une appari- 
tion à Maintenon en 1687. 

l,e dernier régiment étranger que nous rencontrions est 
celui de Dongan. Il est irlandais, mais comme il semble 
n'avoir pas été régulièrement incorporé dans l'armée fran- 
çaise, il n'a pas à nous arrêter (6). D'ailleurs, a-t-il été 
employé aux travaux du Roi? 

Voici maintenant. les régiments français. Nous les indi- 



(1) Arch. Guerre, 744. 

(2) Id., 751, 531. Le commencement de la lettre donne des instructions sur les travaux 
et sur les cantonnements. 

(3) En d'autres termes : quand le gros du régiment est aux dragonnades, pas de recrues 
protestantes; quand il est aux travaux, pas de recrues catholiques. 

(4) Deux autres soldats ont abjuré à Maintenon, le 7 juin 1688. On remarquera, que le 
régiment Pfyffer, recruté dans les cantons catholiques, n'est pas allé à Maintenon. 

(5) Cf. P. V. de la Soc. Arch. d'E.-et-L., X, 318. 

(6) D'après le général Susane (Hisf. de l'infanterie française, V, 300) un régiment anglais 
de Dunkan, levé le 30 avril 1671, aurait été licencié le 10 mars 1678. 



LA RÉVOCATION DE E EDIT DE NANTES 42 1 

querons dans leur rang de bataille (i), qui est à peu de 'chose 
près celui de leur ancienneté, et nous avons dit que plus ils 
étaient anciens, plus il est vraisemblable que les huguenots 
y soient nombreux. Les six « vieux corps » sont représentés : 
Picardie, Champagne (2), Navarre (3) (le 11 janvier 1686, 
un soldat du I er bataillon abjure à Saint-Pierre d'Épernon), 
Piémont, Normandie, La Marine. Puis on trouve les « petits 
vieux» comme Bourbonnais, Feuquières (4), Auvergne (5), 
et les corps, levés avant 1659, <l u i en fort ^ eur étaient assi- 
milés : Lyonnais ; le 30 octobre 1686, Jean Angely , soldat de 
ce régiment, compagnie Trico (6), âgé de vingt-sept ans, 
abjurait à Dreux, « dans la maison de Lucas, prévost, 
sise au faubourg de Val-Gelé », en présence d'un chirurgien 
militaire et d'un vigneron; l'acte dit ingénument : « Angely 
a déclaré ne pouvoir pour lors signer, à cause de sa grande 
maladie, et promis signer si Dieu luy renvoyoit la santé (7) ». 
Puis, nous arrivons au Dauphin (8), à Crussol ; ce régi- 
ment fut terriblement éprouvé; bien qu'il occupât Chartres, 
un de ses soldats abjure à Bailleau-sous-Gallardon, le 
10 février 1686. Et maintenant, Touraine, Anjou (9), 
Maine (10). Ici, arrêtons-nous. Lors de la Révocation de 
l'Édit de Nantes, aucun régiment ne s'est plus audacieuse- 



(1) V. Pièces annexes, IV. 

(2) A Sedan, en octobre 1685. 

(3) Avant 1589 ce corps, qui constituait la garde du roi de Navarre, était entièrement 
composé de protestants. 

(4) Arrivé tout entier dès le début des travaux. 

(5) I/héroïque régiment d'Auvergne se recrutait dans les Cévennes protestantes. On di- 
sait de lui qu'une seule chose pouvait le faire fuir : c'est d'entendre battre la messe. I*e pro- 
pos, tenu en 1710, devait être au moins aussi vrai vingt ans avant. 

(6) I^e i er bataillon était à Maintenon. 

(7) Arch. munie, de Dreux. G G, 18. 

(8) I^es entrées à l'Hôtel-Dieu de Chartres, en 1687, mentionnent un dragon du Dauphin 
et des soldats du Dauphin. Comme Dauphin- Infanterie avait d'Huxelles pour colonel, il 
est certain que la compagnie colonelle, qui constituait sa garde particulière, l'avait suivi. 
I,e gros du régiment était à Boulogne, d'après le général Susane. 

(9) En garnison à Chartres en 1686. Identique, d'après le général Susane {op. cit. V., 
239), au régiment protestant d'Orval, levé en 1621, il est entré dans l'armée vers 1625. Ses 
sept premiers colonels (du duc de I,a Force au comte de Rauzan, 1625 à 1671) ont été pro- 
testants et le 9 me ( 168 1- 1697) François-Marie de Hautefort appartenait à une famille en 
partie protestante. 

(10) Ancien régiment du maréchal de Turenne. 



422 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

ment compromis que Maine. De Metz, où il était en garni- 
son, le lieutenant-colonel, des officiers, des soldats sortent 
en armes pour se rendre en Prusse ; on parvient à en arrê- 
ter quelques-uns, qui passent en Conseil de guerre. L'affaire 
eut un énorme retentissement : décidément, la place de 
Maine était à Maintenon. Poursuivons : voici Guiche, La 
Reine-Infanterie, dont les grenadiers semblent avoir occupé 
Gallardon, Roy al-des-V aisseaux, Artois (venu de Sain- 
tonge), La Sarre (i), La F ère, (2) et nous voilà au bout des 
régiments formés avant 1659. 

Un long intervalle nous sépare de Vermandois, et nous 
arrivons aux Fusiliers du Roi. Comme les Bombardiers que 
nous indiquons ici hors de leur rang, ils sont les ancêtres à 
la fois de nos artilleurs et de nos sapeurs du génie. Cette 
spécialité explique leur présence sur les chantiers : aussi 
voit-on des fusiliers à Nogent-le-Roi, puis à Gallardon, 
dès l'ouverture des travaux, au printemps 1685. Mais bien- 
tôt on leur adjoindra le bataillon qui a « dragonne», avec 
peu de succès, les protestants de L,a Rochelle, et dont nous 
avons déjà indiqué les étapes. Il y a eu trois abjurations 
aux Fusiliers du Roi : à Dreux le 17 novembre 1685, à 
à l' Hôtel-Dieu de Chartres, in-extremis, le 19 janvier 1686, 
et à Épernon le 4 avril suivant. 

Passons sur Languedoc, dont nous reparlerons. Un certain 
intervalle nous sépare de Saint-Laurent, qui était surtout 
recruté en Savoie; une des compagnies était commandée 
par Grimaldi, de Dangeau, qui abjura en 1684; en quelques 
jours, le tiers de son effectif entra à l'Hôtel-Dieu de Chartres. 
Désormais, les régiments que nous citerons se touchent 
presque sur la liste, avec, entre les séries ainsi formées, de 
longs intervalles : c'est que nous arrivons aux corps créés à 
la fin de 1684, soit avec des détachements de vieux corps, 
soit avec de nouvelles levées (on sait comment elles 



(i) Le général Susane, fort avare de détails sur l'aqueduc de Maintenon, spécifie qu'en 
1686, « le régiment y fut décimé à tel point qu'il ne put prendre aucune part aux deux pre- 
mières campagnes de la guerre» suivante, op. cit., IV, 165. Vauban servit dans ce 
régiment. 

(2) En ranguedoc, en octobre 1685. 



KA RÉVOCATION DE i/ÉDIT DE NANTES 423 

étaient faites) ; Toulouse, Lorraine, Berry, Béarn (1), 
Périgord, Forez, Soissonnais, Ile-de-France. 

De tous les régiments énumérés, assez avaient une pro- 
portion notoirement forte de protestants dans leurs rangs 
pour que la cause soit entendue. Car pour les autres, tout 
ce qu'on peut dire, c'est qu'on n'en sait rien; ce n'est pas 
une contre-indication (2). 

Reste à indiquer les régiments venus surtout, ou même 
uniquement, pour les dragonnades. Et d'abord Languedoc. 
Il a remué la terre, dès le début des travaux, aux environs 
de Chartres, mais au bout de très peu de temps, il a changé 
de rôle. Dès novembre 1685, il occupe une véritable position 
stratégique, dans une région où les huguenots foisonnent, 
et où il n'y a pas de terrassements à faire : l'état-major et le 
2 me bataillon sont à Dreux, où, le 6 avril 1686, on bénira 
trois drapeaux dans l'église Saint-Pierre. Quant au I er ba- 
taillon, il est à Épernon, d'où il est probable, d'ailleurs, 
qu'il a fourni des détachements aux travaux, car en 1686, il 
encombre de ses malades l' Hôtel-Dieu de Chartres. La 
vallée de l'Eure est donc encadrée, et Brezolles surveillé. 
Mais pourquoi est-ce le 2 me bataillon qui reste, avec l'état- 
major, au centre des opérations? C'est que le premier avait 
grand besoin d'être épuré. Les registres de Saint-Pierre 
d'Épernon nous le prouvent. Sur les trente militaires qui 
ont abjuré dans cette église, du 30 décembre 1685 au 
16 avril 1686, vingt-huit appartiennent au I er bataillon de 
Languedoc, dont quatorze à la compagnie de Ville, "le tiers 
de son effectif ! 

A part les détachements employés aux travaux, Épernon 
a encore été occupé, en 1688, par un détachement de 
Royal- Roussillon, corps de cavalerie dont le rôle, si près de 
Saint-Martin-de-Nigelles, s'explique sans peine. 

Entre ces points extrêmes, jalonnés par les .deux batail- 



(1) Formé d'un bataillon de Picardie. 

(2) Est-ce une simple coïncidence que plusieurs régiments notoirement très catho- 
liques n'aient pas été employés à Maintenon? Ainsi Royal des Vaisseaux, qui appartint, au 
XVII e siècle, à trois archevêques et à deux cardinaux. 



424 DE LA REVOCATION A LA REVOLUTION 

Ions de Languedoc (i), deux régiments de dragons ont succes- 
sivement évolué. D'abord celui de la Reine. Il était encore 
à Orange au commencement de novembre 1685. On l'a 
envoyé hiverner, partie à Meaux, partie dans le Bas-Orléa- 
nais (six compagnies, dont une fut détachée dans l'élection 
de Châteaudun). C'est dans l'été 1686 que le régiment se 
transporta à Maintenon et aux environs. Il y resta jusqu'en 
1688, où il fut relevé par les dragons du Colonel-Général. 

II. Les Dragonnades. — Lorsque, le 19 novembre 1685, 
Louvois se plaignait de la négligence que d'Huxelles appor- 
tait à l'entretenir de la conversion des religionnaires, il 
savait sans doute que celle-ci venait de faire un pas décisif. 

Le 8 novembre, « Monseigneur l'Illustrissime et Révé- 
rendissime Kvesque de Chartres Ferdinand de Neuville» 
avait donné commission à « Maistre Léonor de Mauger, 
prebstre curé de St. Pierre d'Abondant », à « Maistre 
Charles Deshayes, prebstre curé de Gainville (2) et doyen 
rural de Mantes » et à « Monsieur Imber, prebstre de la mis- 
sion et supérieur du Séminaire de Chartres » de recevoir les 
abjurations du Drouais. Le 2 me bataillon de Languedoc 
s'était mis en campagne; campagne peu dangereuse et peu 
fatigante, car elle consistait à s'installer chez les religion- 
naires, et à vivre à leurs dépens sans la moindre velléité de 
discrétion. 

La victoire promptement remportée, il fallut la célébrer 
avec pompe. C'est ce qui eut lieu à Saint-Pierre de Dreux le 
14 novembre et les jours suivants (3). Le marquis de Ménars, 
intendant de l'Ile-de-France, avait tenu à rehausser de sa 
présence l'éclat de la cérémonie. Celle-ci dura quatre jours 
consécutifs, reprit le 19, et se prolongea les 3 et 25 décembre 
par des actes isolés. Il y eut, dit le procès-verbal, « un grand 



(1) Chartres, avec ses six bataillons, formait le troisième sommet du triangle. 

(2) Guainville (canton d'Anet). 

(3) Dans le registre paroissial, le mariage de Noël Pèlerin et de Françoise Poulain, de 
Dreux, célébré le 12 novembre, est indiqué sous la rubrique : « Abjuration». Si ce n'est pas 
un simple lapsus calami ùu scribe, nous aurions ici l'abjuration, suivie de mariage, de deux 
protestants de la ville. 



LA RÉVOCATION DE l/ÉDIT DE NANTES 425 

concours de peuple, tant de cette ville que de toutes les 
paroisses circonvoisines de 3 ou 4 lieues ». Et l'on ajoute 
ce détail : « Il est à remarquer que pendant les trois jours 
qu'a duré l'abjuration assez nombreuse (1), on a dit la 
messe à 3 et 4 heures du soir ». 

A la simple lecture des procès- verbaux, il est facile de se 
rendre compte que les soldats ramassaient tous les hugue- 
nots d'un ou de plusieurs villages, et les poussaient, tel un 
vil troupeau, au pied des autels. Le premier jour, il y en 
eut cent sept. Les cinq premiers sont de Boissy-en-Drouais ; 
la provenance des cent deux autres n'est pas indiquée, mais 
il est facile de voir qu'ils constituaient l'Église de Laons : 
l'indication de Boissy, localité voisine, la similitude des 
noms avec ceux de Brezolles, qui n'est pas loin non plus, 
l'absence, au contraire, de presque tous les noms carac- 
téristiques de Bû, Marsauceux, etc., ne permet pas d'en 
douter (2). 

La fournée du jeudi 15 fut de quatre-vingts. Après les 
trente-six premiers, une apostille marginale spécifie : « qui 
ont signé » ; les quarante-quatre derniers, « de ce requis et 
interpellez », ont « déclaré ne sçavoir signer ». Cette propor- 
tion d'illettrés me paraît un peu forte, pour une commu- 
nauté protestante pourvue d'une école (elle serait trop faible 
s'il n'y avait pas d'école); entre « je ne sais» et « je ne 
saurais signer », il y a une nuance sur laquelle le document 
glisse avec complaisance. Et ce n'est pas là une supposition 
gratuite, car ces gens ont, jusqu'à nos jours, fait souche de 
protestants. En effet, leurs noms, comparés à ceux des 
nouveaux convertis que M. Joseph Bianquis a relevés dans 
les registres de Mézières-en-Drouais, nous disent clairement 
que nous sommes en présence des protestants de Marsau- 
ceux et de Fontaine. 

Le troisième jour, le nombre des abjurations atteignit 
cent treize; l'un, Pierre Basaumoine, soldat, était de Chau- 



(1) Elle le fut moins le quatrième. 

(2) V. Pièces annexes, V. 



426 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

don. Les cent douze autres sont faciles à identifier avec les 
nouveaux convertis de Bû, dont M. J. Bianquis a relevé les 
noms sur place. 

Le 17 novembre, on donna l'absolution de l'hérésie de 
Calvin à une nouvelle fournée de cinquante-cinq personnes. 
Il y a, dans le nombre; un fusilier du Roy. Les autres 
portent des noms qu'on retrouve à la fois à Marsauceux, 
Fontaine ou Bû et à Brezolles ou Laons, sans parler des 
listes de confiscation de 1585, qui achèvent de confirmer 
l'identification : ce sont les réformés de Blainville et des 
environs. 

On se reposa le jour suivant. Mais quatre habitants de 
Boissy-en-Drouais abjurent encore le 19 novembre, avec un 
habitant du village voisin de Mainterne; le 3 décembre, c'est 
un autre habitant de Mainterne, puis, le 25, une femme de 
Boullay-Deux-Églises. Le total est de trois cent soixante 
et un. 

Comme Brezolles est trop loin de Dreux, les abjurations 
eurent lieu sur place : le 24 novembre 1685 Nicolas Des- 
mares; le 12 décembre, Louis Deslandes, Françoise Lan- 
glois, veuve d'Isaac Desmares, Elisabeth Basomoine, veuve 
de Charles Dentu, Matthieu Souillard, Judith, Daniel et 
Pierre Leclerc, Louise et Judith Chevalier, Élie et Nico- 
las Hélouin, Judith Deslandes, Jeanne Dentu, Margue- 
rite Desmares; et, le 29 janvier 1686, il y eut un retarda- 
taire : Gédéon Alleaume, valet de chambre de M. de la Boul- 
laye. 

Pendant ce temps, que se passait-il à Chartres? La tâche 
à laquelle le 2 me bataillon de Languedoc s'était employé 
avec tant de succès dans le Drouais, incombait, dans la 
capitale de la Beauce, au régiment à' Anjou, qui en consti- 
tuait en partie la garnison. Mais comme le régiment était 
fort et les protestants peu nombreux, il ne consacra à leur 
conversion que les détachements d'une importance mé- 
diocre. Il est assez difficile, d'ailleurs, de dire en quelle 
mesure il réussit, puisque les abjurations des gens du pays 
ne sont jamais portées dans les registres. On remarque seu- 



LA RÉVOCATION DE i/ÉDIT DE NANTES 427 

lement, en 1686, un nombre inusité de baptêmes adminis- 
trés « sous condition»; quelquefois le parrain est un prêtre, 
ainsi pour le petit Nicolas André, baptisé à Saint- Barthélémy 
le 12 février 1686. Puis, on marie, on enterre des personnes 
de noms très protestants : Cheron, Dalvimare (1), de Gra- 
velle, Lemaire, Poussemotte. 

Mais tous n'étaient pas d'humeur si facile. Le 21 dé- 
cembre 1685, un rapport de M. de Brégy, daté du 17, lui 
vaut de la part de Louvois la réponse suivante (2) : « J'ay 
veu par vostre lettre... l'opiniastreté du nommé Scalberg (3) , 
médecin huguenot de Chartres, que suivant les ordres de 
M r le marquis d'Huxelles vous avez fait loger chez luy 
quatre sergents ; le Roy a approuvé ce que vous avez fait en 
cela et désire que s'il ne fait pas dans quelques jours son 
abjuration, vous augmentiez la garnison de manière qu'il 
s'ennuye de la nourrir et se résolve à obéir aux ordres de Sa 
Ma té ». Il ne céda pas. Mais il eut des émules, car, le 
28 janvier 1686, Louvois écrivait à Brégy (4) : « L'intention 
du Roy est que vous fassiez mettre en prison les gens de la 
religion de la ville de Chartres qui s'obstineront à ne pas 
changer, et les deux veuves dont vous me parlez comme les 
autres (5) ». Une circulaire, adressée la veille aux évêques, 
interdisait la lecture de la Bible protestante et des livres 
calvinistes, ainsi que le chant des psaumes, et prescrivait 
de remplacer les versions hérétiques des Livres saints par 
celle de Godeau de Mauroy, évêque de Vence. On ne négli- 
geait rien. 

Quant aux huguenots du reste de notre région, ils 
n'étaient pas oubliés. On les confiait aux soins des dragons 
de la Reine. Des instructions précises sont donnés à Bezons, 



(1) Aujourd'hui fervents catholiques, ils donnaient encore, pendant la Révolution, des 
preuves de civisme avec lesquelles la défense du trône et de l'autel s'accordait assez peu. 

(2) Arch. Guerre, 752, 611. lieutenant-colonel au régiment de Crussol, Brégy commandait 
les six bataillons alors cantonnés à Chartres. Cf. Reg. des échevins de Chartres. C 2 a. 

(3) On a reconnu le docteur T_ouis Scalberge. 

(4) Arch. Guerre, 773. 

(5) I,e docteur Scalberge se réfugia, dans la suite, à Londres, où il s'occupa de réviser le 
psautier huguenot. L,e Synode des Églises wallonnes, réuni à Utrecht en 1703, n'agréa pas 
son ouvrage. 



428 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

en date du 17 novembre 1685 (1) : on fera hiverner dans la 
généralité d'Orléans six compagnies qui sont encore à 
Orange, pour parfaire la conversion des opiniâtres, aux 
environs d'Orléans. Quand les compagnies seront réparties, 
on pourra en faire « assembler des détachemens de douze 
à quinze maistres pour faire parcourir tout le pays, et espe- 
lucher tout ce qui restera de religionnaires ». On commença 
par le « plat pays », c'est-à-dire la Charité, Gien, Châtillon- 
sur-Loire; et Louvois se félicitait, le 19 novembre, de ce que 
déjà les principaux religionnaires de ces trois villes s'étaient 
convertis. 

Le 13 décembre (2), le roi approuve la proposition de 
Bezons « d'envoyer dans l'eslection de Chasteaudun la 
comp e de dragons qui doit arriver à Vouzon (2) le 19 
de ce mois », et de la faire « loger chez les religionnaires 
de Marchenoir et de Saint-Léonard (3) jusques à ce qu'es- 
tant convertis, vous puissiez la faire marcher dans les vil- 
lages qui luy sont destinés pour son quartier d'hyver». Et 
Louvois ajoute : « Encore qu'il reste des religionnaires à 
Dangeau, Bazoches et autres lieux de l'eslection d'Orléans, 
Sa Ma té trouvera bon que vous vous serviez de lad e comp e 
pour les réduire comme les autres ». Pour en finir avec 
cette compagnie, venue de Vouzon, disons encore qu'une 
lettre adressée à Bezons le 19 décembre (4), recommande 
de ne faire « aucune distinction des gentilshommes, puisque 
sa Ma té veut que l'on achève de faire tout convertir, en 
donnant de gros logements à ceux qui se distingueront par 
leur opiniastreté à ne point faire ce qu'elle désire d'eux». 

Mais revenons aux instructions du 13 décembre 1685. On 
enverra deux compagnies à Romorantin, puis une à Lorges, 
Crenay et Mer, qui sera répartie ensuite dans les paroisses 
de l'élection d'Orléans. Quant à la compagnie destinée à 
l'élection de Chartres, au lieu de la diriger sur Ablis, on 

(1) Arch. Guerre, 751, 368. 

(2) Ibid., 752, 384. 

(3) Loir-et-Cher. 

(4) Arch. Guerre, 752, 529. 



LA REVOCATION DE E EDIT DE NANTES 429 

l'enverra « vers Illiers pour en f e la répartition dans les 
paroisses du Perche (i) ». 

Quel fut le résultat de cette savante stratégie? Évidem- 
ment pas tout à fait celui qu'on attendait. Sans doute, les 
protestants de Dangeau, déjà fortement ébranlés, et les 
disséminés du Perche, isolés et abandonnés, se confor- 
mèrent aux injonctions du roi (2), mais Bazoches et Authon 
se montrèrent autrement récalcitrants. Les dragonnades n'y 
eurent pas grand succès. 

Quant à la ville de Châteaudun, comme elle avait une 
garnison, il était inutile d'y envoyer des troupes : on se con- 
tenta de loger celles qui s'y trouvaient chez les religion- 
naires, très réduits par l'émigration, mais que les dragon- 
nades n'achevèrent pas d'entamer. Il y eut pourtant quel- 
ques abjurations : le 8 novembre 1685, à Saint-Lubin, 
Job Godefroy et Anne Girard sa femme, et les années sui- 
vantes, quelques autres, souvent temporaires, pour avoir 
été forcées. Mais il restait une situation d'ensemble qui 
après le départ de Bezons (nommé intendant du Langue- 
doc), inspirait à son successeur, M. de Creil, les apprécia- 
tions suivantes (3), datées du 14 juin 1686 : 

Les Huguenots sont très mal disposés, et je ne voy guère d'ap- 
parence à les maintenir, si Ton n'ayde la parole de Dieu de rap- 
proche de quelques troupes; le recouvrement n'en ira pas mieux, 
mais le zèle du Roy pour l'acroissement de la Religion et pour 
l'extirpation de l'hérésie marche le premier, et je prends, Monsieur, 
la liberté de prendre les devants là-dessus, pour que vous ne soyez 
pas surpris dans les temps si les deniers (4) ne viennent pas si pron- 
tement. Il m'estoit venu une pensée qui m'a réussy en Bourbo- 
nois, et sur laquelle j'ose vous demander vostre avis, ce seroit de 
n'accorder aucun privilège à ceux qui ont fait abjuration, et qui ne 
se mettent pas dans la suite en devoir de bons catholiques. J'ai 
donné en cela différents ordres, les uns de loger les troupes chez ces 
faux convertis, les autres de ne pas les laisser jouir des surcéances 

(1) C'est seulement après l'hivernage qu'on envoya le régiment autour de Main tenon. 

(2) Il faut y ajouter, sans trop généraliser, les protestants de Gallardon; on y baptise 
« sous condition » le 20 novembre 1685, un enfant de Jean Richard et de Marguerite Coquart. 

(3) Archives nationales G 7 417. 

(4) I*a rentrée des impôts. 



430 DE LA RÉVOCATION A hA RÉVOLUTION 

accordées pour le paiement de leurs dettes : en d'autres endroits 
les obliger de prendre des certificats ou du moins s'inscrire sur une 
feuille du curé, ou d'un supérieur de maison religieuse pour marque 
qu'ils ont assisté à la messe les jours de f estes et de dimanches, ce 
qui avoit fait un merveilleux effet quand on pouvoit y adjouster : 
sous peine de loger pendant trois ou quatre jours un dragon. Vous 
me ferez bien de la grâce, Monsieur, de m'honorer sur cela de vos 
avis. 



La part faite au zèle du fonctionnaire tout frais émoulu, 
et qui a hâte de montrer que son prédécesseur n'y enten- 
dait rien, ce qui ressort clairement de cette lettre, c'est qu'on 
n'était pas venu à bout des quelques protestants de l'Orléa- 
nais. On ne se faisait aucune illusion sur la valeur de con- 
versions obtenues par contrainte, et dont on ne voyait 
guère les effets. 

A-t-on tenu compte, en haut lieu, des avis de M. de Creil? 
Le brillant avancement que Bezons venait de recevoir 
montre bien qu'il n'y avait pas lieu de lui infliger un désa- 
veu, et qu'il échappait au reproche de ne pas avoir su faire 
un emploi suffisant de la manière forte. Il est probable que 
les dragonnades continuèrent un certain temps, jusqu'au 
retrait définitif des troupes employées à l'aqueduc de Main- 
tenon, mais on n'a d'autre indice, pour le croire, que la pré- 
sence de dragons sur les bords de l'Eure. Les dragonnades 
semblent donc, en fait, avoir été plutôt atténuées qu'ag- 
gravées après le départ de Bezons. La force des choses le 
voulait ainsi. 

Nous ne saurions quitter ce sujet des dragonnades en 
Eure-et-Loir sans parler des persécutions subies par le 
marquis du Péray (i), bien qu'en 1686, il habitât, non sa 
propriété de Chartainvilliers (où il avait un oratoire), mais 
une terre située dans le Vendômois (2). Fortement molesté, 
il demande au roi quinze jours pour se faire instruire, et, 



(1) Jean Guiehard, marquis du ou de Péray. 

(2) Et non dans le Poitou, comme le disent les Proceedihgs of the Huguenot Society of Lon- 
don. T. VIII, p. 84. 



LA RÉVOCATION DE Iy'ÉDIT DE NANTES 43 1 

le 29 janvier 1686, Louvois ordonne à Bezons (i)de patien- 
ter, de n'envoyer des dragons que si, le 15 février, du Péray 
n'a pas abjuré. Il ne put se décider, et l'on employa les 
grands moyens. Tandis que la soldatesque saccageait ses 
domaines, lui-même et sa femme étaient enfermés à la 
Bastille. Ils promettent d'abjurer; aussi, le 24 avril (2), 
ordre de faire retirer la garnison. Le 25 avril, les portes de 
la Bastille s'ouvrent (3). Mais du Péray n'avait abjuré que 
pour pouvoir émigrer sans trop de peine, plus heureux que 
sa femme (4), qui fut internée aux Ursulines de Chartres. On 
ne sait ce que devint leur fils. 

Élie Benoît (5) cite le marquis du Péray et sa femme 
parmi les membres de l'aristocratie dont la constance fut 
particulièrement grande dans ces tristes jours. Il cite aussi 
les demoiselles de Courcillon, ce qui ne nous surprend pas. 

III. Les mesures subséquentes. — Dès le 15 janvier 1683 et 
le 21 août 1684, le roi avait attribué aux Bureaux des 
pauvres des localités les plus rapprochées les biens des Con- 
sistoires supprimés. C'est en vertu de ces décisions que, dès 
le 26 octobre 1685, le Bureau des pauvres de Chartres prend 
possession du temple de Pont-Tranchefêtu, et y donne le 
premier coup de pioche. Le 4 novembre, l'opération était 
terminée, et le bénéficiaire pouvait disposer des matériaux. 

Il n'eut, en effet, du temple que les matériaux; car tel un 
régiment vaincu qui détruit son drapeau, les réformés de 
Pont-Tranchefêtu avaient soustrait à l'adversaire le mo- 
deste mobilier de l'édifice. Lorsque, dans le courant du 
siècle passé, on démolit la chaumière qui avait appartenu 
au Consistoire, et dont, lors de la Révocation, Lepage 
était locataire, on trouva, enfouis dans le sol, deux flam- 
beaux de cuivre, que l'on prit pour des chandeliers d'église, 



(1) Arch. Guerre, 773. 

(2) Louvois à Bezons. Arch. Guerre, 774. 

(3) Bull, du Prol., 1909, 566. Hug. Soc. of London, T. VIII, p. 

(4) Catherine de Courcillon 

(5) Êdit de Nantes, V, 900. 



432 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

et dont personne ne soupçonna l'origine. Personne ne se rap- 
pelle ce qu'ils sont devenus. Le fait qu'ils étaient cachés 
dans la maison de Lepage nous permet de voir en lui un 
huguenot. 

Pendant trois ans, le Bureau des pauvres de Chartres 
jouit des immeubles, des lopins de terre et des maigres rentes 
qui avaient constitué la fortune du Consistoire. Puis 
comme, le 6 février 1688, les biens des religionnaires fugitifs 
avaient été réunis au Domaine, on craignit des confusions 
fâcheuses, et l'on sollicita une donation en règle. La 
demande est du 15 février 1689; la réponse fut aussi 
prompte que favorable. Les lettres de confirmation sont 
datées du 15 juillet 1689 (1). Ajoutons qu'aujourd'hui, il ne 
reste plus rien de cette donation dans la fortune des hos- 
pices de Chartres. 

Quant aux biens des fugitifs, nous en parlerons plus loin, 
quand nous aurons à nous occuper de leurs propriétaires. Il 
s'agit d'examiner maintenant ce qu'a été la vie des réformés 
de notre région, dans les années qui ont suivi la Révocation 
de l'Édit de Nantes, quelles en ont été les sanctions après 
la fin des dragonnades. 

Le clergé s'efforçait, par tous les moyens, de parachever 
l'œuvre commencée par les soldats; une émigration, dont 
nous essayerons plus loin d'évaluer l'importance, venait 
en accentuer les effets, en privant ce qui restait des trou- 
peaux de leurs éléments les plus énergiques. Cette action 
du clergé s'exerçait de deux manières : par les missions 
spéciales, digne pendant des dragonnades, et par la pres- 
sion constante du clergé paroissial. 

Sur les missions, nous n'avons pas beaucoup de rensei- 
gnements; ce qui s'était toujours fait, en particulier lors des 
visites des archidiacres, se poursuivait avec des agents 
spéciaux, qu'il ne faut pas se flatter de connaître tous, ni de 
suivre tous. Tantôt ils accompagnaient la troupe (comme 
Imbert aux environs de Dreux), tantôt ils se présentaient 

(1) Archives de l'Hôtel-Dieu de Chartres, II, A 5. 



LA RÉVOCATION DE 1, EDIT DE NANTES 433 

sans elle : ainsi, M. F. Guillon a relevé la mission, à Authon, 
de Philebert Chasteau, docteur de Sorbonne, chanoine 
de Notre-Dame de Chartres, en 1686 ; de Messire Antoine de 
Sinxe d'Or me ville, un autre docteur, un autre chanoine 
de la cathédrale, l'an d'après; c'est lui qui marie Élie de 
Crémainville, sieur des Champs, avec Marie-Marguerite de 
Saint-Méloir, et qui enterre Marguerite Rousseau, la fille 
du pasteur. Enfin, en mars 1688, la mission est confiée à 
Michel Carreton, cor délier. Ces exemples suffisent à mon- 
trer comment les choses se passaient (1). Avec son appareil 
et sa pompe, avec son caractère exceptionnel, la mission 
apparaît comme un instrument de combat, comme une 
tentative de surprendre, ou de prendre d'assaut, soit les 
opiniâtres, soit au contraire les timides, les hésitants, les 
fatigués. 

1/ œuvre de la mission était préparée par l'action jour- 
nalière du clergé. Dès le lendemain de la Révocation, les 
instructions qui réglaient déjà sa conduite sont renouvelées 
et précisées. Le 29 avril 1686, le roi condamne à l'amende 
honorable, aux galères perpétuelles et à la confiscation des 
biens, les galères remplacées, pour les « femmes et filles», 
par la détention, les religionn aires qui, en cas de maladie, 
auront refusé le ministère du prêtre. De plus, le procès sera 
fait à leur cadavre, qui sera traîné sur la claie. 

Quel a été l'effet de cette mesure sur les protestants de 
notre région, et quelle a été l'attitude du clergé? Et, d'une 
manière générale, comment a-t-il compris son rôle de con- 
vertisseur? L,es faits précis sont assez rares, et ils se rap- 
portent en général à une région assez limitée. Il y aura 
encore quelques abjurations à Châteaudun : le 19 mai 1721, 
on enterrait au cimetière Saint-Lubin Charlotte Desjardins, 
femme d'Henry-François Cochet, marchand serger, âgée de 
soixante-seize ans. « Elle était née calviniste et avait fait 
abjuration de son hérésie il y a plus de trente ans», dit son 



(1) Citons encore : à Bû, en 1686, le jacobin Noël Drugeon; en 1692, le F e Bonaven 
ture Boyer ; en 1696, le R. P. jacobin Maulmy; en 1704, le cordelier Jean Falloux. 

28 



434 DE LA REVOCATION A LA RÉVOLUTION 

acte de décès. Mais elle était « retombée dans ses erreurs» 
et c'est seulement l'année précédant sa mort qu'elle avait 
demandé le sacrement de pénitence. 

Le 23 octobre 1689 (1), il y avait eu « une rumeur non 
pareille» dans la paroisse Saint-Médard, « en raison du 
déceds d'une nouvelle convertie nommée Anthoinette Ma- 
ret, néantmoins huguenotte dans l'âme quoiqu'elle ait 
donné des marques de mourir en la religion catholique, apos- 
tolique et romaine, parce qu'elle pouvoit estre sifflée par 
deux huguenottes » que le curé trouva auprès du feu, dans 
la chambre où elle était malade. Bile refusa de se confesser, 
sous prétexte qu'elle n'avait commis aucun péché. Embar- 
rassé, le curé s'en va demander conseil à « M. le lieute- 
nant (2) », qui lui répond de laisser enterrer la patiente « où 
ils voudront». Mais quelques heures après, il se ravise, et 
ordonne de la déposer, sans cérémonies et sans prières, en 
terre sainte. Mais le cortège ne passa pas le carrefour voi- 
sin. La populace pense faire un mauvais parti au curé, 
s'empare du cadavre, le porte au cimetière Saint-Gilles, 
puis le déterre et le traîne jusqu'au carrefour. On dut inhu- 
mer la malheureuse en terre profane. 

En 1699, le 17 septembre, abjuration in extremis d'Es- 
ther Blondin, de Genève (3), qui était entrée un mois 
auparavant à l'Hôtel-Dieu de Châteaudun, puis s'était 
retirée dans la paroisse de Saint-Jean-de-la-Chaîne. 

Les quelques abjurations qu'on relève à Bazoches-en- 
Dunois ou aux environs sont invariablement le prélude d'un 
mariage mixte. A Authon, on remarque un certain nombre 
de baptêmes sous condition, et c'est à peu près tout dans cet 
ordre d'idées. 

Il y eut cependant quelques internements : ainsi la mar- 
quise du Péray finit ses jours aux Ursulines de Chartres. De 
plus, deux dossiers conservés aux Archives départementales 



(1) Arch. munie, de Châteaudun, G G, 70. 

(2) Michau, qu'on retrouvera tout à l'heure. 

(3) Arch. munie, de Châteaudun, G G, 82. 



I,A RÉVOCATION DE I/EDIT DE NANTES 435 

d'Eure-et-Loir, où M. Jusselin les a découverts (i), nous 
apprennent que l'abbesse de Saint-Avit, à Saint-Denis-les- 
Ponts, eut sous sa garde successivement trois jeunes hugue- 
notes. Nous ne savons, ni comment s'appelait la première 
ni quand on jugea à propos de la punir de son opiniâtreté. 
Mais, le 2 avril 1688, l'intendant de Creil écrit à l'abbesse 
qu' « enfin » elle va être débarrassée de la fille huguenote qui 
est chez elle. On devait encore sa pension depuis le 24 jan- 
vier précédent, et c'est peut-être là la date de son interne- 
ment. En effet, le 4 avril, Michau (2) va prendre la jeune 
fille « avec ses hardes enfermées dans un sac ». 

Nous avons des renseignements plus circonstanciés sur 
l'autre affaire, qui se rapporte aux deux demoiselles de 
Champs de Crémainville, d'Authon. Comme leur mère et 
leur oncle les ont « mal élevées dans la Religion catholique », 
de Creil donne l'ordre, le 7 août 1693, de les enlever, pour 
les confier à l'abbesse de Saint-Avit, déjà avertie, par une 
lettre de cachet du 20 juillet, de la mission qui allait lui 
incomber. Le 6 septembre, la cadette se déclare prête à 
entrer au couvent; l'aînée fait de même le 10 octobre, en 
présence de l'abbesse et du lieutenant de la maréchaussée. 
C'est quatre ans après seulement, le 26 juillet 1697, qu'elles 
abjurent : Catherine-Marie a vingt-deux ans, et Elisabeth- 
Marianne dix-huit à dix-neuf seulement. Maintenant, il 
s'agit de les faire instruire. Dix-huit mois y suffisent, et, le 
5 janvier 1699, une nouvelle lettre de cachet informe 
l'abbesse que les demoiselles de Champs de Crémainville 
peuvent être remises « entre les mains de la D e Desfossez, 
leur parente ». 

Combien y a-t-il eu d'autres internements? Il n'est pas 
possible de le dire. Mais il est évident qu'il y en a eu; des 
traditions de famille, incertaines quant aux détails et aux 
dates, mais précises quant au fond, permettent de l'affirmer. 
Vers 1685, il y avait à Bourne ville deux jeunes personnes 



(1) H. 4248. 

(2) lieutenant de la maréchaussée du Dunois. 



43^ DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

probablement originaires de Membrolles, nommées Fau- 
connet. L'une était mariée à un Fousset, venu on ne sait 
d'où, que M. de Bourneville avait amené avec lui et installé 
comme fermier dans ses terres. On s'empara de ces deux 
femmes, on les interna dans un couvent que la tradition 
place aux environs de Cloyes, et qui est peut-être Saint- 
Avit (i). Un incendie éclate dans le couvent, et les deux 
détenues parviennent à s'enfuir. Rejoignirent-elles les Bour- 
neville en Hollande? On n'en sait rien. 

On le voit, la moisson est assez mince (2). Faut-il incri- 
miner la perte, ou le silence souvent volontaire des docu- 
ments? Peut-être dans une certaine mesure. Mais il faut 
ajouter qu'en fait, très fréquemment, le clergé de Beauce a 
atténué la rigueur des ordonnances royales, par une modé- 
ration qui lui fait honneur. 

Voici, en effet, ce que Pontchartrain écrivait, le 6 fé- 
vrier 17 15, à l'évêque de Chartres, Charles-François de 
Monthier de Mér in ville (3) : 

Vous sçavez les soins que le Roy s'est donné pour faire établir 
des Écoles dans tous les lieux de son Royaume où il étoit nécessaire, 
et combien de fois Sa Majesté a fait écrire à Messieurs les Prélats 
pour exciter leur attention, à ce que les Nouveaux Convertis eussent 
soin d'y envoyer leurs enfans; KHe apprend néanmoins avec sur- 
prise qu'il y a des Diocèses où ces Écoles sont entièrement négligées, 
que les Juges à qui il est enjoint de prononcer des amendes contre les 
Pères et les Mères qui se dispensent, ou qui refusent d'y envoyer 
régulièrement leurs enfans, s'excusent sur ce que les Curez ne les 
avertissent point, et que ceux-ci par un scrupule mal placé ne veu- 
lent pas les dénoncer, de crainte de se faire haïr par les nouveaux 
Convertis. Ils tombent encore dans une autre négligence bien plus 
blâmable : Par l'Édit du mois d'avril 1686, les Curez sont obligez de 
visiter les Nouveaux Catholiques dans leurs maladies, et lorsqu'à 
l'extrémité de leur vie ils refusent de les écouter, ils doivent aver- 
tir les Juges de se transporter chez les malades pour recevoir leur 



(1) Une fille du marquis d'Argent aurait été internée dans ce même couvent, mais nous 
ne savons ni à quel moment, ni pour quel motif. 

(2) I,a France protestante (2 e éd.), cite trois forçats de notre région, Jean Piron, de Bû, 
condamné en 1690, mort en 1706. Bioro, dit Borne, de Châteaudun (1689) et Jacques 
Garnier, de Bazoches-en-Dunois (T. VI, p. 229, 275, 3?2). 

(3) Edits concernant la R. P. R. Rouen 1721, p. 366 ss. 



LA REVOCATION DE LEDIT DE NANTES 437 

déclaration, afin que s'ils persistent dans leurs erreurs, ils puissent 
après leur mort faire le Procez à leur mémoire. L,e Roy apprend que. 
tout cela ne s'exécute point, par la faute particulièrement des 
Curez qui ont la délicatesse de ne vouloir pas se poiter délateurs, 
sous prétexte (disent-ils) qu'ils se rendroient odieux aux Nouveaux 
Catholiques, qui n'auroient plus de confiance en eux ; cependant il 
meurt très fréquemment des Relaps, lesquels sont enterrez secret- 
tement pendant la nuit dans les champs ou dans les caves des mai- 
sons, sans qu'il soit fait aucune poursuite contre leurs mémoires, ce 
qui est directement contraire à la disposition de l'Bdit de 1686, et 
produit de grands inconvénients par rapport aux familles. Vous 
jugez bien, Monsieur, que de si grands abus ne doivent pas être tolé- 
rez ; ainsi sa Majesté m'ordonne de vous écrire, que vous fassiez des 
reproches très vifs aux Curez de vôtre Diocèse, qui peuvent être 
tombez dans ces négligences et qu'en général vous les avertis- 
siez que le Roy est très mécontent de leur peu d'exactitude à l'exé- 
cution de ses ordonnances ; qu'ils aient à l'avenir à y être plus atten- 
tifs, et qu'ils ne doivent jamais par quelque considération que ce 
soit, ni par aucun respect humain, se dispenser de faire leur devoir 
dans les choses qui intéressent si fort la Religion. 



L'évêque s'empressa d'obtempérer à ces injonctions. Dès 
le I er mars, il prenait sa meilleure plume, et, avec onction, 
transmettait à son clergé l'expression du déplaisir royal. 
« Nous aurions de grands reproches à vous faire, si par négli- 
gence ou par molesse, vous aviez manqué à la moindre 
chose qui est de votre ministère pour la parfaite conversion 
des Nouveaux réunis. Nous sommes persuadez» que s'ils 
sont un peu tièdes, la faute en est uniquement au « mal- 
heur de leur naissance », à leur entourage et à leurs préven- 
tions. « Mais enfin, nous ne saurions trop vous exhorter à 
travailler avec plus d'application que jamais à une œuvre si 
importante à la Religion. I^e zèle du Roy doit exciter 
le nôtre pour répondre à ses intentions si justes et si 
pieuses », etc. Et l'on demande une statistique complète 
des Nouveaux Convertis, famille par famille, avec les noms, 
les âges, les dispositions de tout genre, la proportion des 
mariages mixtes, etc., plus tous les renseignements sur 
l'état religieux de cette catégorie de paroissiens. 

Étrange aveuglement. Car la conduite des curés de 



438 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

Beauce n'était pas seulement la plus digne et la plus hu- 
maine, elle était aussi la plus sage, et il serait stupéfiant, si 
l'on ne connaissait l'esprit de Louis XIV et de son entou- 
rage, de voir reprocher au clergé de chercher à se faire 
accepter, aimer peut-être, de ces convertis par force, plu- 
tôt que de s'en faire haïr. 

De fait, alors que dans tant de régions, notamment dans 
les Charentes, les descendants des Nouveaux Convertis, 
catholiques de nom, se passent de génération en génération, 
depuis plus de deux siècles, une haine farouche contre leur 
Église et son clergé, les fils des huguenots de Beauce, pro- 
gressivement gagnés par leurs curés, non seulement se sont 
absolument fondus dans la masse des catholiques, mais 
n'ont souvent gardé aucun souvenir de leur origine. Là où 
le protestantisme ne s'est pas maintenu jusqu'à nos jours, il 
est impossible d'en trouver des traces ailleurs que dans des 
archives souvent éloignées de la région. L'exception que 
présente Authon, où il y avait encore des protestants, des- 
cendants de ceux du pays, à une époque toute récente, est 
de celles qui confirment la règle. 

Il nous reste à examiner ce que sont devenus les Réformés 
qui ont réussi à émigrer, et ceux qui, résistant à toutes les 
tentatives de conversion, sont demeurés fidèles à leur foi, 
et constituent le noyau d'où les Églises actuelles sont issues. 



CHAPITRE XXVII 



I.E REFUGE 



I. Les départs et leurs conséquences. — On estime que, vers 
1680, il y avait près de deux millions de protestants en 
France. Sur ce nombre, la moitié à peu près céda aux ins- 
tances des convertisseurs, et la moitié du reste émigra (1). 
Cette proportion entre ceux qui cédèrent, ceux qui partirent 
et ceux qui restaient a-t-elle existé dans notre région? C'est 
assez difficile à dire, car le quantum varie énormément d'une 
Église à l'autre, sous l'influence des causes les plus diverses. 
S'il est facile de constater la disparition totale de tel ou tel 
groupement, et, au contraire, la survivance de tel autre, 
plus ou moins réduit, plus ou moins modifié dans son habitat, 
il est plus malaisé de déterminer la part exacte qui revient 
dans le déficit soit aux conversions définitives, soit à l'émi- 
gration. 

Comme une décision royale du 6 février 1688 avait réuni 
au Domaine les biens des religionnaires fugitifs, et que les 
comptes de la Régie sont conservés aux Archives natio- 
nales, l'idée qui vient d'emblée à l'esprit est de s'en rap- 
porter à ces documents authentiques. C'est aller au devant 
de graves mécomptes : d'abord parce que, parmi les fugi- 
tifs, il y avait beaucoup d'indigents; pour quelques-uns 
même — et c'est ce qui arrive toujours dans les cas analo- 



(1) Estimation moyenne et purement approximative; on ne sait pas le nombre exact des 
émigrés. 



440 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

gues — le grand exode a été un prétexte excellent pour 
échapper à une situation embarrassée, intenable peut-être. 
Parmi les nombreux réfugiés secourus, avec tant de géné- 
rosité, en Suisse et ailleurs, il y a eu des personnages fort 
peu intéressants, des aventuriers, des escrocs, qui n'étaient 
pas toujours protestants. Mais encore peut-on, à la rigueur, 
évaluer avec quelque vraisemblance la proportion entre ces 
prolétaires et les émigrés nantis de moyens d'existence. 

Qu'on fasse ce calcul, et l'on n'aura pas échappé à la plus 
grande cause d'erreur : malgré les ordres les plus sévères, les 
mesures les plus adroites et les plus draconiennes, les fugitifs 
ont su presque toujours, avec une dextérité stupéfiante, 
liquider leur situation avant de partir. C'est du moins ce 
qui saute aux yeux dans notre région; à commencer par 
la partie du département actuel qui relevait de la généra- 
lité d'Orléans (i). 

Après avoir raconté comment, ayant passé à Château- 
dun en 1682, I v ouis XIV fit « raser» (2) le temple l'année 
suivante, Bordas ajoute (3) : « Cette expédition déconcerta 
beaucoup les prétendus réformés, en grand nombre dans 
cette ville et dans tout le païs. La dragonade et la révoca- 
tion de l'édit de Nantes, en 1685, les mit tout à fait aux abois. 
Il y en eut un grand nombre qui prirent, les uns la routte 
d'Allemagne et surtout du Brandebourg, d'autres celle 
d'Angleterre (4).)) 

Il suffit d'examiner d'un peu près les registres de l'Église 
réformée de Châteaudun pour se convaincre que l'émigra- 
tion avait commencé assez longtemps avant la Révocation 
de l'Édit de Nantes. Or les protestants de Châteaudun 
étaient riches, du moins en général. Eh bien, pas un d'entre 
eux n'a laissé de biens en pâture au fisc. Et il en a été de 



(1) Même constatation dans le I,anguedoc, comme l'a démontré M me la baronne de Char- 
nisay. Bull, du Prot., 191 1, 226 ss. 

(2) Ainsi que nous l'avons dit, le temple de Châteaudun n'a jamais été « rasé». Fermé 
en 1683, il a été partiellement démoli en 1696. 

(3) Op. cit. I, 353- 

(4) D'autres encore, comme on le verra. 



LE REFUGE 441 

même aux environs, Lorsque M. de Bourne ville émig/re en 
Hollande (1), ses biens passent à la branche cadette, catho- 
lique, de la famille. D'aucuns ont cru à une spoliation; mais 
cette hypothèse ne tient pas debout. Nous avons là, sans 
contredit, une transaction de famille, qui nous montre com- 
ment on se tirait d'affaire en général. 

La supercherie réussissait, en somme, presque toujours. 
Grâce à des complicités d'autant plus dangereuses que la loi 
les punissait sévèrement, le départ des fugitifs était généra- 
lement ignoré. Parfois, on ne le découvrait qu'après bien 
des années : lorsque le fisc s'aperçoit, en 1731, que la veuve 
Fleury n'est plus à Baccon (2), où elle résidait ordinairement, 
ni à Marchenoir, où elle avait des propriétés, il y avait 
dix ans qu'elle était partie, et quatre ans qu'elle était 
morte, étant décédée à Berlin le 22 mars 1727 (3). 

Il en est de même des deux seuls fugitifs dont on ait saisi 
les biens, dans la partie d'Eure-et-Loir qui dépendait d'Or- 
léans. En 1705, pour la première fois, le comptable fait 
recette « de la somme de 64 livres, sçavoir 40 livres de Jean 
Lamy pour jouissance qu'il avoit du bien de... (sic) Cail- 
lot (4) suivant sa décl on , et 24 livres pour deux années 
de ferme dudit lieu à raison de 12 livres par an, escheue 
le... (sic) suivant l'adjudication faite à... (sic) par M. Gobi- 
neau, subdélégué à Chartres ». Les comptes subséquents 
précisent bien qu'il s'agit d'Aufîer ville; celui-ci nous montre 
seulement que le départ de Caille aux remontait à quelques 
années. Plus tard, la ferme sera confiée aux Cartier (des 
nouveaux convertis, d'ailleurs parents des Cailleaux), qui 
paieront tantôt 33 livres de fermage, tantôt 39. De temps à 
autre, on fait aux bâtiments de petites réparations : 6 1. 10 s. 
en 1725, par exemple. En 1745, Cartier sera remplacé par 
François Curny, et le fermage abaissé à 25 livres. 



(r) M me de Bourneville était fille du marquis du Péray. 

(2) Près de Meung-sur-I,oire. 

(3) Archives nationales T T 1 , 58. 

(4) Daniel Cailleaux, à Aufferville, paroisse de I,uplanté; émigré en 1681, comme on 



442 DE T. A RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

L'autre bien confisqué apparaît dans les comptes à partir 
de 1723 : c'est la métairie de Vilaine, sise dans la paroisse de 
Saint-Hilaire-sur-Yerre, près de Cloyes; elle rapporte 
100 livres par an et appartient au sieur de Saint-Amour et 
à sa femme, fugitifs du 25 juin 171 1. Les Saint- Amour appar- 
tenaient à l'Église de Dangeau, et habitaient le « quartier 
du Perche » ; ils ne résidaient certainement pas dans leur 
métairie de Vilaine. Sans doute, ils n'avaient pas pu s'en 
défaire lors de leur départ, et c'est douze ans après seule- 
ment qu'on s'en aperçoit. 

Dans toute la généralité d'Orléans, où il y avait eu de 
grosses et plantureuses Églises réformées, le revenu des biens 
saisis est infime : en 1733, où il a été exceptionnellement 
élevé, il atteint péniblement 5047 1. 8 s. 6 d. de produit brut) 
les frais sont copieux (1). 

Les autres généralités qui se partageaient notre départe- 
ment ne donnent pas une moisson beaucoup plus abon- 
dante : à Authon (2), Louis Souchay, sieur de Gandillon et 
son frère Jacques sont sortis du royaume depuis longtemps 
lorsque, au début du xvm e siècle, on appose les scellés sur 
leurs biens. Il en est de même pour Daniel Monceau, sieur 
de la Rain ville; la lecture des pièces le donne à entendre. 
D'autres pièces, toujours de la même époque (1701 à 1710), 
mentionnent encore, comme émigrés d' Authon pour cause 
de religion, Daniel, Marie, Suzanne et Hsther Chédomme. 
C'est beaucoup plus tard, le 19 août 1767, que l'on saisira 
les métairies de la Bellehulière, des Brunetières et de la 
Soubizière, qui ont appartenu à Paul Menou et à sa femme 
J. -Louise Moignot, religionnaires fugitifs. Et c'est tout. 
Bien que la liste ne soit pas complète, ainsi qu'on le verra, 
on peut demeurer convaincu, avec M. F. Guillon, que l'émi- 
gration de cette Église n'a pas été très élevée. Comme il le 
fait judicieusement remarquer, « l'industrie locale n'eut 



(1) Cf. Arche nat. T T 1 , 59. Dans la généralité d'Alençon, en 1729, le produit est de 
4577 livres 4 s. 8 d., dont un septième environ pour l'élection de Dreux. 

(2) Arch. dép. d'E.-et-L. B,288s.Xouis Souchay avait épousé à Châteaudun Esther Mo- 
reau, le 10 mars 1669, par le ministère de Barbin, pasteur à Marchenoir. 



I«E REFUGE 443 

pas à souffrir de ces graves événements par la raison bien 
simple que les étaminiers nogentais et la moitié au moins 
de ceux d'Authon étaient catholiques». Dans la suite, on 
retrouve sur place les descendants des étaminiers protes- 
tants. La crise de l'étamine vint plus tard et eut d'autres 
causes. 

A La Ferté- Vidame, le nom d'un émigré nous est révélé 
par une réclamation adressée au fisc, en 1689 (1). On se 
souvient peut-être du fameux François Crenière (appelé ici 
Crinière), ce marchand de laine qui eut quelques démêlés 
avec le Consistoire et le Synode. A la Révocation, il avait 
abjuré pour la forme, puis il avait décampé. On avait saisi 
ses biens et ses effets, et notamment une créance de 195 livres 
sur un pauvre diable de tailleur, un coreligionnaire, Mi- 
chel Poulin, qui habitait Morvilliers, à 5 kilomètres de là. 
Poulin se libérait par acomptes : 59 livres, dont quittance, 
40 1. 12 s. sans quittance, devant témoins, « à cause de la 
grande confiance qu'il témoignait». Le fisc, plus dur que 
Crenière, réclamait cet acompte déjà payé. Avant de faire 
justice au pauvre homme, on s'assura qu'il vivait « en bon 
catholique ». 

Plus tard, il y eut encore à La Ferté une autre confiscation : 
on saisit les biens de Charles Gringonneau, dont la fuite 
était antérieure à la déclaration de 1699. Il avait deux 
maisons à La Ferté, et deux petites fermes (dont une aux 
Ressuintes), le tout affermé à une somme minime (2). 

Ainsi, deux saisies. Et nous indiquerons tout à l'heure, 
glanés dans les registres du Refuge, les noms d'autres fugi- 
tifs de La Ferté ou des environs. Une autre saisie, insigni- 
fiante, a encore lieu à Crucey, où Matthieu Souillard et la 
veuve des Marres possédaient de maigres biens (3). Souvent, 
chose bizarre, les saisies et les listes de réfugiés, au lieu de 
coïncider, se complètent, ou du moins s'additionnent. 

(1) Arch. nat. T T 6 , 457- 

(2) Arch. nat. T Tl, 3 b. 

(3) Ibid. 



444 DE ^ A RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

Nous l'avons dit : il y a des Églises où pas une saisie n'a 
été faite, et où pourtant l'émigration a été considérable. 

Il y a encore quelques confiscations aux environs de 
Dreux : trois à Laons (élection de Verneuil, généralité 
d'Alençon), les autres dans l'élection de Dreux (généralité 
de Paris). C'est, à Laons, Charles Duprey et autres, « fugi- 
tifs depuis ladite déclaration » (de 1699) ; leurs biens sont 
affermés à Jean Guille, moyennant 65 livres, en 1723 (1), 
et seront restitués aux descendants par un arrêt du 26 fé- 
vrier 1791 (2). C'est ensuite la veuve Charles André et Jean 
Vassart, aussi fugitifs depuis 1699, et qui ne possèdent pas 
grand chose. 

Dans l'élection de Dreux, une dizaine de biens ont pu 
être effectivement saisis ; or, les fugitifs de cette région ont 
été nombreux. Les comptes de la régie (3) font état des biens 
suivants : 

i° Ceux de Magdeleine Giboreau, qui possédait à Ville- 
meux une maison, des terres, des prés, des vignes, et au 
Boulay-Mivoie, 26 arpents de terre, qui seront restitués à 
ses descendants le 28 octobre 1790 (4). 

2° Ceux de Jacques et Jacqueline Margas, à Marsauceux 
(deux maisons, des granges, 40 arpents de terre labourable, 
une vigne, un peu d'argent, le tout affermé à Pierre Margas). 

3 Ceux de Suzanne et d'Elisabeth Margas, à Bû; 
4 arpents de vigne, affermés 20 livres à Moïse Margas. 

4 Ceux de Jean Aube, à Bû; c'est une maison en ruine, 
inhabitable. 

5° Ceux de Jeanne Aube, veuve de Nicolas Piron; elle 
était aisée; mais elle n'avait pas quitté le pays, elle y était 
morte relapse. 

6° Ceux de Matthieu Perrez, qui avait, à Marsauceux, un 
cinquième de maison et quelques champs. 



(1) H avait abjuré à Dreux en 1685. 

(2) P.-V. du Directoire d'Eure-et-Loir, t. II, f° 289 

(3) Arch. nat. T T 1 , 14 B. 

(4) P.-V. du Directoire d'Eure-et-Loir, t. II, f°» 74 et 75. 



LE REFUGE 445 

7° Ceux de Marie Demedde, aussi morte relapse; un 
champ et un pré à Vert-en-Drouais. 

8° Ceux de Jacqueline Touzé, qui rapportent 7 1. 10 s. l'an. 
9 Ceux de Josias Malassis, à Bû, guère plus importants. 
io° Ceux d'Abraham Boivin, au L,uat, insignifiants. 
ii° Ceux de Jean Piron, une maison à Bû. 

Au total, neuf émigrés et deux relaps. C'est peu. 

En revanche, on ne put tirer parti, en 1688 (1), des deux 
maisons « scizes au village de Laons, ci-devant appartenant 
à Pierre Doré » ; et quand on voulut toucher 20 livres pour 
deux années de jouissance de la maison, grange, cour et jar- 
din sis à Marsauceux et des 60 perches de vignes qui avaient 
appartenu à Henry Bouchard, Matthieu Giboureau, qui en 
jouissait, rétorqua qu'il les avait acquis six ans avant le 
départ de Bouchard, ce qu'il fallut bien admettre. On pen- 
sait faire état de 24 1. 15 s. de rente dûs par Pinart au Consis- 
toire de Houdan, mais il répliqua qu'il les devait à M. de 
Thuillé personnellement. 

En 1692, il faut renoncer à toucher le loyer d'une maison 
sise à Fontaine-sous-Prémont et les Trois Fontaines, « cy 
devant appartenant aux sieurs de Skerku (sic) et Cottin, 
ministres de la Religion absens du Royaume, attendu que 
le comptable ayant esté sur les lieux n'a pu découvrir ny 
avoir connoissance des biens cy dessus ». Et il fera la même 
remarque au sujet des biens que Cottin possédait à Houdan ; 
d'une rente due au Consistoire de Montfort par les héritiers 
de Madeleine Tillet, veuve de Daniel Osameau, de Bû; des 
maison, terre et vigne du nommé Formont, à Bû ; des pro- 
priétés de Jacques « Bassemoine» à Bû et à Germain ville ; 
des copieuses propriétés que Samuel « Bassemoine» avait 
à Flainville, au Boullay-Thierry, au Mesnil-Ponceau; des 
revenus de la terre de Belleville et de celle de la petite 



(1) Les recherches et saisies de biens furent faites par Eustache de Rotrou, procureur du 
Roy au bailliage de Dreux, et par Charles Lecomte, huissier; le premier toucha 48 livres 18 s. 
pour ses frais de voyage, le second 24 livres. Ajoutons que les fermiers des biens des fugitifs 
sont presque tous protestants. 



446 DE LA RÉVOCATION A LA REVOLUTION 

Barre, « cy devant appartenant au sieur de la Barre-Belle- 
ville (i) ». 

Ainsi, voilà des propriétés foncières dont le fisc, armé de 
tous les moyens d'investigation, appuyé par une législation 
impitoyable, ne retrouve aucune trace. Pas un témoin, pas 
un délateur n'en révèle l'existence. Voilà qui est à l'honneur 
de tous, de ces fugitifs, si habiles, si prévoyants, si considé- 
rés, et aussi de leurs concitoyens, braves gens dans toute la 
force du terme. 

Il ne faut donc pas compter sur les documents officiels 
pour nous renseigner sur l'importance de l'émigration pour 
cause de religion, dans notre département. Tout au plus 
peut-on dire qu'elle a été considérable à Châteaudun, 
sans que nous puisssions, jusqu'à présent, préciser dans 
quelle mesure, et qu'elle a été plus faible, parfois très faible, 
presque partout ailleurs. Forcément, le paysan était peu 
enclin à quitter ses terres. Sauf autour de Dreux, il a plutôt 
cherché à s'accommoder du régime nouveau. Quand il ne 
s'est pas résigné à abjurer, il s'est arrangé pour pouvoir, 
secrètement, et avec un minimum de danger, conserver ses 
traditions religieuses. De là, à côté de la survivance des grou- 
pements anciens, dans des villes comme Châteaudun ou des 
bourgs comme Authon ou Bû, la création de centres pro- 
testants nouveaux, qui ne prennent une importance pré- 
pondérante qu'après la Révocation de l'Édit de Nantes : tels 
Marsauceux, Gaubert ou Pont-Tranchefêtu. C'est ailleurs 
que dans les histoires locales, c'est hors de France souvent 
que nous devrons trouver la solution du problème, en cher- 
chant à suivre les traces des fugitifs. 

II. Sur les chemins de l'Exil. — On a beaucoup écrit sur 
le Refuge, on a beaucoup fouillé les poudreuses archives 
de tous les pays où les persécutés avaient trouvé un asile, 
des cœurs charitables pour les secourir, des gouvernements 
intelligents pour tirer parti des ressources qu'ils apportaient. 

(i) Mêmes observations dans les autres élections de la généralité de Paris. 



LE REFUGE 447 

Et pourtant, on ne saurait se flatter de retrouver la trace 
de chacun de ces fugitifs. Ce travail colossal, lorsqu'il s'agit 
de découvrir les émigrés d'une région déterminée, n'est 
même pas susceptible de donner des résultats certains et 
complets. Très souvent, en effet, les réfugiés sont simple- 
ment qualifiés de français ; aucune indication ne permet de 
retrouver leur localité, ni même leur province d'origine. 
Que cette province seule soit mentionnée, on n'en sera guère 
plus avancé. Enfin, les noms de personnes et les noms de 
lieux sont souvent estropiés au point de rendre toute iden- 
tification hasardeuse. Nous ne prétendons donc nullement 
avoir dressé un inventaire complet des fugitifs de nos 
Églises d'Eure-et-Iyoir. 

Quelques-uns sont allés en Hollande, voyage relative- 
ment facile, à travers les plaines du Nord de la France, au- 
delà de ce vaste Paris où l'on pouvait sans peine perdre 
leurs traces. Il y a une vingtaine d'années, M. Guyot, vice- 
président du Tribunal de Groningue, avait recueilli les noms 
des réfugiés huguenots de cette ville. Dans cette liste, qu'il 
avait bien voulu compléter à notre intention par des rensei- 
gnements manuscrits, on relève quelques noms de notre 
région. 

C'est d'abord le marquis du Péray et sa belle-sœur, Char- 
lotte de Courcillon, arrivés en 1687 (1). L/an d'après, il est 
ancien de l'Église française; puis il est intéressé dans la 
manufacture de soie que Jean Briot, de Tours, venait de 
fonder (2). De juin 1687 à avril 1690, on le trouve à la tête 
d'un régiment de cadets français réfugiés (3), au service de 
la ville de Groningue et de la province d'Ommeland. En 1690, 
il quitte la ville. 

Quelques années après, on relève dans les registres les 
noms de Gallot et de « Bouclainvalle », dans lequel il est facile 
de reconnaître Bouglainval, comme dans Hernout, les 



( 1 ) Elle semble avoir passé dans la suite en Angleterre, puis être revenue en Hollande, où 
elle vivait encore, ainsi que sa sœur, en 1733. Cf. Bull, du Prot. 1897, 504 

(2) l,e marquis avait donc réalisé sa fortune, au moins en partie. 

(3) Cette place lui rapportait 500 écus. Bull, du Prot., xgii, 173. 



448 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

Ergnioust, des environs de Bazoches. Voici maintenant 
Pierre Belet, boulanger, « des Cluzelles de la province de 
Paris, de l'église de Houdan», c'est-à-dire d'Écluzelles. 
Maryn Léchalat, émigré dès 1683, est un sergier de Châ- 
teaudun. Enfin, un chartrain, Augustin Le Tillier. 

En dehors de Groningue, le Livre Synodal des Eglises 
wallonnes et le Bulletin de la Commission pour l'histoire des 
Églises wallonnes ne nous fournissent à peu près aucun nom, 
ce qui n'appelle d'ailleurs aucune conclusion, car on n'y 
trouve pas de listes complètes des réfugiés. « Jean de Bris- 
bar», le dernier pasteur de Villeray, est signalé, le 13 fé- 
vrier 1687, à Leyde, où il mourra en 1696 (1). De plus, il 
est certain que les Ramsay émigrèrent en Hollande, puis 
que l'un d'eux devait y écrire son Histoire de Turenne, 
ouvrage en quelque sorte classique. Ajoutons encore les 
du Plessis de la Perrine et les Rambouillet. 

Sur l'émigration en Angleterre, nous n'avons également 
que des renseignements fragmentaires à première vue, mais 
qui sont peut-être plus complets qu'ils ne paraissent, les 
émigrés ayant une propension fort naturelle à préférer les 
localités où ils étaient certains de trouver des connaissances. 
C'est ainsi qu'on chercherait en vain un religionnaire d'Eure- 
et-Loir en Irlande, ou à Cantorbéry (sauf le pasteur Trouil- 
lart), ou à Douvres, et qu'on en trouve des groupes com- 
pacts à Londres. La plupart appartiennent à l'Église de 
Threadneedle street, quelques-uns à celle de Glasshouse 
street (2) . Mais ce qui nous intéresse plus que leur domicile 
sur la terre hospitalière, c'est leur origine, indiquée presque 
toujours assez clairement pour qu'en s'aidant du nom, on 
puisse aisément l'identifier. 

Aux habitants d'Authon dont nous avons déjà constaté 
le départ, s'ajoutent Jean et Paul Chappit (2 octobre 1681), 
François Dosimont (1721), Marie Menou, veuve de Josué, 
Pierre Menou (vingt-trois ans) et peut être deux autres 



(1) Bull, des Églises wallonnes, I, 133. 

(2) Cf. Publications of the Huguenot Society of London, XXI, passim, et Proceedings, t. 
III, pp. 398 et 407. 



I<E REFUGE 449 

Menou dont la filiation ne nous a pas semblé claire (1727), 
Daniel Trezevant, de Couternay, et sa femme Susanne 
Molard (1684). 

De Bazoches-en-Dunois viennent Abraham Calu et sa 
femme (1682), Jean du Tartre (9 septembre 1683) et Jean 
du Fait (1699) (1) ; de plus, Charlotte de Courcillon est por- 
tée, en 1716, sur une liste de pensions, pour une somme de 
100 £. Elisabeth Gaucheron (16 mai 1682) est originaire de 
Dangeau, tandis que Louis Gaucheron (17 décembre 1682) 
et Charles Gaucheron (27 décembre 1693) sont venus de 
Châteaudun, ainsi que les cinq membres de la famille d'Isaac 
Pinot, « tessier » (16 mai 1683). Aux fugitifs de Iya Ferté- 
Vidame s'ajoutent Éléonor Obry, qui a dix-sept ans 
(27 mars 1695), et Marie Guillonnet (1700). 

Brezolles nous fournit deux noms : Jacques et Louise 
Chevalier (1720), et L,aons ou les environs tout une colonie : 
Suzanne Auvry, Pierre, Jean, Esther et Élie Belin, Daniel et 
Élisa Despy (1721), Marie Duval (26 février 1723) alors 
âgée de dix-huit ans, dont Pierre Duval « né proche de 
Dreux» et qui a dix-neuf ans en 1729, pourrait bien être 
parent, comme, du reste, une Marie-Magdeleine Duval sim- 
plement portée comme venant du Perche (en l'espèce ce 
serait le Perche-Thimerais) ; voici maintenant Etienne 
Renoult (1721), Jean Renoult et sa femme Judith (décem- 
bre 1721). Philippe Rosel (1695), un jeune homme de dix- 
sept ans, est porté comme natif de « Bar ville au pays du 
Perche», c'est-à-dire de Marville-Moutier- Brûlé (2). Gédéon 
d'Alvimar (20 juin 1682) est de Fontaine-sous-Prémont, 
Jacques Dauteuil (1748), de Villemeux; Jacques Début, 
qualifié de « jeune homme» en 1699, est du même canton, 
d'après son nom; Charles Bonnet vient de Dreux (1699), et 
les deux sœurs Marie et Magdeleine de Boissomoine, « de 
Guser ville, évesché de Chartres», sont manifestement de 
Goussainville, près de Bû. 



(1) Il avait abjuré. 

(2) Jean Vasar, du Perche, doit peut-être s'ajouter à la liste. 

2!) 



450 DE LA REVOCATION A LA RÉVOLUTION 

De l'Église de Saint-Martin-de-Nigelles, voici Claude 
Lhomme, qui a vingt ans en 1725, Christine et Marianne 
Lhomme, qui en ont dix-sept et vingt en 1720, puis Louis Ser- 
ceau et Marie, sa femme (1721), qui viennent de Houx; sans 
parler des du Thuillé, qui ont donné Charenton pour lieu 
d'origine, et qui, ailleurs, se diront des environs de Houdan. 

Enfin, Chartres fournit aussi son contingent : avec des 
« tesmoignages » datés du 16 octobre 1681, arrivent Charles 
Le Fleur et Jeanne Cailleau, Daniel Cailleau (1) et Gabriel 
Bérou, suivis, à quelques jouis de distance (21 octobre) par 
Jacques Renaul. Déjà en septembre 1671, Marie Le Maire 
avait émigré, et Jacques Lhomme, des environs de Chartres, 
devait en faire autant en 1724. A ces noms, il faut ajouter 
celui du docteur Scalberge (2). 

Voilà donc plus de soixante huguenots d'Eure-et-Loir 
dont on retrouve les traces en Angleterre. En Prusse, la 
moisson est plus pauvre, sans doute parce que nous n'avons 
pu consulter que les listes de réfugiés en 1698, 169g et 1700. 
Beaucoup de réfugiés ont pu n'être portés que sur les listes 
précédentes, ou sur les listes subséquentes. Sur le reste de 
l'Allemagne, nous ne savons rien, pour ainsi dire (3). De 
plus, comme la provenance des émigrés n'est pas toujours 
indiquée, nous avons dû parfois ne prendre pour guide que 
le nom — double cause d'erreur, par les attributions fausses 
et les omissions — et renoncer, soit à une évaluation numé- 
rique précise, soit à un classement rigoureux par localités. 

En 1699, nous trouvons à Werder M lle de Meaussé, de 
Chartres ; le nom a déjà paru, l'année d'avant, et on le reverra 
en 1700 (4). C'est aussi à Werder que demeure Jacques Len- 
fant, « ministre de cette Église », avec « un laquais ». A Halle, 



(1) Il aura des enfants, dont nous n'avons pas à tenir compte. 

(2) Il était veuf. De ses quatre enfants, nous ne savons combien survivaient alors. 

(3) Sauf un Cossé, de Houdan, aucun réfugié de notre région n'a été secouru à Francfort- 
sur-le-Mein ; aucun non plus à Erlangen. 

(4) D'après une note manuscrite de Roullier, Louise de Meaussé, fille de Douis de Meaussé, 
chevalier, seigneur de la Rainville, les Châteliers et Villebeton, aurait émigré en 1683, et 
ses biens auraient été confisqués. Les Meaussé avaient appartenu longtemps à l'Église de 
Châteaudun, puis à celle de Bazoches. 



LE REFUGE 45 1 

s'est retiré, avec sa femme et trois enfants, Pierre Augier, 
l'ancien pasteur de Favières; il est de « Nogent, Pays-Char- 
train », c'est-à-dire de Nogent-le-Roi. Enfin, on relève à 
Stargard Jacques Pinault, serger, avec sa femme et un 
ouvrier ; c'est un des rares protestants de la ville de 
Dreux. 

Un « Caillau » apparaît en 1700, ainsi qu'un « Papillon » 
qui peut être Papillon de Vaubérault; avec les de Meaucé, 
ils représentent l'Église de Chartres. Cherigny et Pétineau 
ont tout l'air de venir de Dangeau; Trouillard et de Mahis, 
sont bien des noms du pays, il serait heureux, dans tous les 
cas, que tous les de Mahis n'aient pas apostasie comme le 
pasteur de ce nom. L/Amy : c'est ainsi que signait un pas- 
teur de Châteaudun dont la veuve était restée dans le pays ; 
c'est aussi à Châteaudun que nous ramènent les noms de 
Toutin et de « Villarnou», auxquels Bordas a sans doute 
fait plus particulièrement allusion, lorsqu'il cite le Brande- 
bourg parmi les pays où ont émigré les réformés dunois. 

Ainsi, à ne compter qu'une unité chaque fois qu'un nom 
est cité en 1698 ou 1700 (et ils le sont parfois plus d'une) nous 
aurions au moins deux douzaines de réfugiés en Prusse. Il 
y en a eu certainement beaucoup plus, mais il faut s'en 
tenir aux chiffres connus. 

Dans beaucoup de régions de la Suisse, on ne trouve pas 
un seul réfugié de notre département actuel ; ils connaissaient 
pourtant, au xvi e siècle, la route de Genève, puisqu'un Jon- 
villiers fut secrétaire de Calvin et que d'autres Beaucerons 
ont manifestement habité Genève. Mais au xvn e et au 
xvm e siècle, ils ne se sont pas dirigés de ce côté. Dans le 
Pays de Vaud, on trouve une branche de la maison de Dan- 
geau, les Dangeau de la Belye (1), qu'il est bien difficile de 
rattacher aux Courcillon connus. Ils sont réfugiés à Vevey. 
Je ne pense pas qu'ils aient habité la Beauce ou le Perche 
au xvn e siècle (2). Et c'est tout ce que nous fournit le Pays 



(1) Cf. Bull, du Prot., 1860, 276; 1861. 341. 

(2) Il y avait une famille de Dangeau dans le Poitou. Cf. Panniei . L'Église réformée de 
Paris sous Henri IV, 194 n. 



452 DE E A REVOCATION A EA REVOEUTION 

de Vaud. On peut en dire autant de la Suisse allemande, 
du moins dans la mesure où nous le savons. 

Mais c'est surtout la principauté de Neuchâtel qui devait 
attirer les réfugiés de notre région, puisque, du début du 
xvi e siècle aux premières années du xvm e , elle a eu pour 
souverains les d'Orléans-L,ongue ville, qui étaient, entre 
autres titres, comtes de Dunois. Malheureusement, pour les 
motifs que nous indiquions plus haut, il est à peu près impos- 
sible de se rendre compte de l'importance exacte du Refuge, 
pour une province déterminée, dans la principauté de Neu- 
châtel. Parmi les naturalisés, dont M me de Chambrier a scru- 
puleusement relevé les noms (i), on n'en trouve pas un qui 
soit originaire de notre département. Serons-nous plus heu- 
reux en compulsant les archives communales de Neuchâtel? 

Innombrables sont les réfugiés qui ont traversé la ville, 
et que la ville a secourus ; et nous ne parlons que des Fran- 
çais, car les Vaudois du Piémont (les Pragellas, comme on 
les appelait), ont constitué pour elle une lourde charge. On 
lit ceci dans les Manuels (2) du Conseil, à la date du 28 dé- 
cembre 1687 : « Sur la représentation faicte par Monsieur le 
Maistre bourgeois que le grand nombre de Réfugiez fran- 
çais qui ont dès longtemps passé ont presque toutafait 
espuisé l'argent du Garderobe (3), n'y ayant presque plus 
rien, d'autant mesme qu'il en passe encore tous les jours 
grand nombre et que l'argent manque et qu'on se voit dans 
l'impuissance de les pouvoir rafraîchir et soulager si on ne 
trouve quelque moyen pour ce pouvoir faire, il a esté arresté 
que d'autant que le Garderobe est espuisé d'argent que 
Messieurs tireront hors du Thrésor j usques à la Somme Quinze 
cents livres pour continuer à contribuer au soulagement et 
raffraîchissement des pauvres réfugiez François qui passe- 
ront à l' advenir, et donnera on à chasqu'un quattre batz (4) . » 



(1) Naturalisation des réfugiés fra>içais à Neuchâtel, de 1685 à 1794. Musée N euchâtelois , 
1900. 

(2) Procès-verbaux. 

(3) C'est-à-dire du budget courant. 

(4) Environ 56 y 2 centimes, ou une livre faible du pays. 



LE REFUGE 453 

Un an après, le 8 décembre 1688, on décide que les secours 
seront réservés à « ceux qui sortent de France, et non ceux 
qui repassent, venant du Palatinat ou du Wirtemberg. » 

De fait, du 12 février 1687 au 13 février 1688, on a dépensé 
pour les réfugiés 4.349 livres (faibles) 7 gros 3 deniers (1), 
« ainsi quappert du livre de charité folio 443 (2) ». Malheu- 
reusement, ce livre de charité semble avoir disparu, peut- 
être depuis l'inondation qui a dévasté Neuchâtel en 1690? 
Trouverons-nous notre pâture dans les comptes de la Bour- 
cerie et les Carnets de Caisse ? Constamment, on y rencontre 
la mention de secours faits à des réfugiés (3) , mais il est bien 
rare qu'ils soient nommés, ou désignés d'une manière un 
peu complète. Le 10 juin 1692, on a « livré à demoiselle 
Marguerite Lubin de Chasteaudun, Réfugiée, en charité la 
somme de 1. 3. 9». Mais combien d'autres passants, du pays, 
ont été secourus sans que nous en sachions rien ! 

Les « Giettes», impôt établi sur les étrangers, ne nous 
en apprennent pas plus long ; souvent cet étranger est qua- 
lifié de « réfugié françois », mais on ne nous dit pas d'où il 
vient. Il n'y en a pas eu beaucoup, d'ailleurs, de notre région, 
les « admissions à l'habitation» le prouvent. Je n'en ai 
trouvé qu'une; elle a été accordée le 12 février 1702 à « Jac- 
ques Margua natif de Marsoceux en Beausse, manufactu- 
rier, à telle condition qu'il ne tramquera ni ne négociera en 
aucunes marchandises en cette ville, sinon en celles qui 
seront de sa propre fabrique », ce qui est la formule consacrée. 

Les actes de décès, admirablement calligraphiés, sont 
aussi vagues sur la personne du défunt que les comptes sur la 
personne des assistés. On nous apprend que tel jour « on a 
enseveli un réfugié », et il est assez rare qu'on nous renseigne 
plus explicitement sur son compte. Le 28 février 1719, on 
enterre Jacques Mollard, réfugié, tailleur d'habits ; il y avait 
des Molard à Châteaudun, celui-ci en venait peut-être (4). 

(1) I,es autres dépenses se sont élevées à 32.527 1. 2 g. 6. d. 

(2) Ainsi, il y aurait eu plus de 4.000 passants ! 

(3) Quelquefois à des galériens. 

(4) Il n'y a sûrement pas été baptisé, ce qui d'ailleurs ne prouve rien. 



454 D E ^ A REVOCATION A LA RÉVOLUTION 

Ainsi, il est certain que des réfugiés d'Eure-et-Iyoir ont 
passé par Neuchâtel, ou s'y sont établis ; mais il est impos- 
sible d'en fixer, même approximativement, le nombre. Tout 
ce que l'on peut dire, c'est que parmi les réfugiés dont l'ori- 
gine est indiquée, ceux qui nous intéressent représentent 
une proportion assez forte, et que par conséquent, il a dû 
en passer beaucoup d'autres (i). 

Si fragmentaires, si incomplets que soient les résultats 
de notre enquête sur l'émigration des protestants d'Eure- 
et-Loir, on peut cependant en tirer quelques conclusions 
utiles. Il est des lieux de refuge qui nous ont livré presque 
tous leurs secrets, il en est d'autres qui les gardent encore, 
et qui les garderont peut-être toujours; il est des Églises 
dont nous connaissons peut-être la plupart des fugitifs (je 
n'ose dire : presque tous), il en est d'autres où, manifeste- 
ment, nous n'en avons pu découvrir qu'une proportion 
infime. Ce sont là des faits qui méritent de nous arrêter. 

Nous connaissons sans doute presque tout le Refuge en 
Angleterre ; nous sommes moins documentés sur la Hollande, 
moins encore sur l'Allemagne et la Suisse, tout en pouvant 
induire d'indices sérieux que là, ce sont les noms et les 
chiffres qui nous manquent, et non les éléments mêmes du 
calcul, je veux dire, le fait d'une émigration considérable 
de nos compatriotes (au sens restreint) dans ces pays. 

Si, au lieu d'envisager la destination de tous ces voya- 
geurs, on tient compte de leur point de départ, on remarque 
que nous connaissons surtout les émigrés de la campagne, 
bien que, notoirement, il y ait eu beaucoup plus de départs 
dans les villes. Ainsi, en ne comptant qu'une unité là où 
nous ne savons pas le nombre des émigrés d'une famille, 
les Églises dont le territoire forme aujourd'hui celle de Mar- 
sauceux-Nonancourt, encore considérable, bien qu'elle ne 
cesse de s' endetter, nous fournissent plus de soixante fugi- 
tifs, au bas mot. Il y en a une douzaine de Bazoches-en-Dunois 
et des environs, c'est-à-dire de la circonscription actuelle de 

(i) Aucun réfugié de notre région n'a été secouru au I,ocle, ni à Couvet, ni sur le pro- 
duit de la collecte de Hambourg (affecté aux réfugiés de Suisse). 



LE REFUGE 455 

Gaubert. Dangeau n'en fournit que six, mais il y en a une 
vingtaine d' Authon. De Chartres, nous en trouvons au moins 
dix-sept, dont les trois quarts viennent de la partie rurale 
de l'Église; et c'est la communauté de la ville même qui a 
entièrement disparu ! Châteaudun ne nous donne qu'une 
bonne douzaine de noms, sur quelques centaines d'émigrés ! 

C'est que le citadin, artisan, marchand ou exerçant une 
profession libérale, non seulement a moins de peine à quitter 
son pays que le cultivateur, mais se déplace beaucoup plus 
facilement à l'étranger, au gré des moyens d'existence pos- 
sibles. Les citadins ont fourni la grosse part de ce contin- 
gent de réfugiés anonymes, fleuve qui s'écoule, intarissable, 
sur les routes de Hollande, d'Allemagne ou de Suisse, vivant 
d'aumônes, jusqu'à ce qu'ils meurent de misère ou finissent 
par se fixer dans quelque recoin où nous ne savons les retrou- 
ver. 

Nous avons découvert environ 130 huguenots sortis de 
notre région à la suite de la Révocation de l'Édit de Nantes, 
ou dans les années où on la sentait imminente. Quel a été 
le total réel? Si l'on tient compte de tous les indices, il semble 
difficile de descendre au-dessous de 600, ni de s'élever au- 
dessus de 1.000 ou 1.200. Dans ces conditions, l'émigration 
aurait été presque dans la moyenne de l'ensemble de la 
France, plutôt au-dessous, dût-on s'arrêter au chiffre maxi- 
mum. 



CHAPITRE XXVIII 

CEUX QUI RESTAIENT 

I. L'Habitat. — Que sont devenus, au xvnr 9 siècle, les 
groupes de protestants qui existaient dans notre région 
avant la Révocation de l'Édit de Nantes? 

Les uns ont disparu complètement, plus ou moins vite, 
soit balayés par les conversions ou l'émigration, soit 
déplacés par une concentration nouvelle, dont nous allons 
parler : ainsi Iya Ferté-Vidame, Brezolles, Saint-Martin-de- 
Nigelles (dont il restait cependant, près de Maintenon, 
quelques familles isolées, à l'époque de la Révolution), 
Jonvilliers, Cherville, Chartres, Sancheville, Dangeau. 

D'autres ont subsisté, fort amoindris, plus ou moins long- 
temps, tantôt achevant de se dissoudre, dans une lente 
agonie, qui a duré parfois jusqu'au dernier tiers du siècle 
suivant (Authon, par exemple), tantôt résistant moins long- 
temps, quitte à conserver quelques restes (Bazoches) ou à 
se reconstituer beaucoup plus tard (Châteaudun) , tantôt 
enfin formant jusqu'à nos jours un noyau plus ou moins 
important (Bû). 

Enfin, quelques groupes de protestants, très secondaires, 
absolument et relativement, sous l'Édit de Nantes, ont pris 
après la Révocation une importance sérieuse, sont devenus 
même plus tard des chefs-lieux de paroisses, parce que leur 
situation topographique les désignait tout naturellement 
comme points de concentration des débris d'Églises rurales 



CEUX QUI RESTAIENT 457 

des environs. Ainsi Fontaine-sous-Prémont, véritable trou, 
devait nécessairement céder la place à Marsauceux, gros 
hameau isolé, situé sur une hauteur d'où l'on domine tout 
le pays, dans un site accidenté où il est facile de dissimuler 
une assemblée illicite et de la disperser à temps. En dehors de 
Bû, ce qui restait des Églises de Fontaine-sous-Prémont, 
de Saint-Martin, de Brezolles et de leurs nombreuses 
annexes a donc tendu à refluer sur Marsauceux. 

Des considérations analogues ont concentré à Gaubert, 
sur le territoire de Guillon ville, les éléments des Églises 
de Bourneville, Bazoches-en-Dunois, Sancheville, etc. Du 
moins, une grosse partie de ces éléments s'est groupée dans 
ce hameau, isolé non sur une colline, mais dans une plaine 
dont il est facile de surveiller toutes les avenues. Il semble 
que les maisons de Gaubert soient plus serrées, plus tassées 
que celles des autres villages de Beauce, qui volontiers 
s'étendent et s'espacent. 

Enfin, à un bien moindre degré, nous citerons Pont- 
Tranchefêtu (encore un hameau !) comme un produit de la 
Révocation de l'Édit de Nantes. Sans doute, Pont-Tranche- 
fêtu avait été un lieu d'exercice, mais on a vu que jusqu'a- 
lors, les protestants n'y étaient pas en nombre. C'est la 
nécessité de se réunir en secret, pour leurs assemblées reli- 
gieuses, dans les maisons particulières, qui a amené sur ce 
point une certaine concentration. Ce troisième groupe a 
toujours été beaucoup plus faible que les deux autres, et, 
cessante causa, il tend aujourd'hui à s'éclaircir par un épar- 
pillement dans les communes voisines. 

IL La Législation ; l'État civil. — Pour comprendre ce 
qu'a été la vie des protestants, durant le siècle qui va de la 
Révocation de l'Édit de Nantes à la Révolution, il faut se 
souvenir de la législation qui les concernait, et en particu- 
lier de ce que prescrivait ce monstrueux Édit de 1724, qui, 
aggravant encore celui du 18 octobre 1685, avait pour but 
de rendre la vie absolument impossible aux « nouveaux 
convertis » s'ils « persistaient dans leurs erreurs » ; cet Édit 



45^ DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

de 1724, que d'ailleurs ses exagérations mêmes rendaient 
inapplicable, a été la loi officielle jusqu'en novembre 1787. 

Assister à une assemblée religieuse protestante, c'était un 
crime puni, pour les hommes, des galères; pour les femmes, 
de la prison perpétuelle; pour tous, de la confiscation des 
biens. Quiconque avait convoqué une assemblée ou l'avait 
présidée, ou avait rempli l'une quelconque des charges du 
ministère pastoral, était puni de mort. Quiconque avait 
assisté un prédicant, ou était en relations avec lui, ou ne 
l'avait pas dénoncé, était passible des galères perpétuelles 
ou de la prison non moins perpétuelle, selon le sexe, et de 
la confiscation des biens. Dans les vingt-quatre heures de sa 
naissance, et sur le rapport obligatoire de la sage-femme, 
le nouveau-né sera baptisé par le curé; c'est lui encore qui 
se chargera de l'instruire et de le catéchiser jusqu'à la ving- 
tième année, qui tous les jours le fera conduire à la messe; 
amende formidable à qui s'avise d'envoyer, sans autorisa- 
tion, l'enfant hors du royaume pour son éducation. Le 
malade sera contraint de recevoir les sacrements de l'Église, 
sous peine de bannissement et de confiscation, s'il guérit, 
de procès à sa mémoire, s'il meurt. Galère ou prison per- 
pétuelle à qui encourage un « nouveau converti » à demeu- 
rer fidèle, malgré tout, à sa foi. Et, bien entendu, pas de 
fonctions publiques à qui n'est pas catholique, et pas de 
mariage valable, en dehors de celui qu'a célébré un prêtre. 

Voilà de quelles institutions les protestants ont dû s'ac- 
commoder, dans notre pays, sous Louis XV et Louis XVI, 
jusqu'à ce que l'Édit de tolérance de novembre 1787, dai- 
gnant enfin reconnaître l'existence des non-catholiques, 
leur octroyât un état civil et des cimetières. Pour qu'il soit 
resté des protestants, dans ces conditions, il faut que tout 
le monde y ait mis du sien. Par bonheur, le siècle, de plus 
en plus indifférent aux choses religieuses, n'était point fana- 
tique, et, en général, surtout dans notre région, prêtres, 
juges, laïques n'étaient point des ogres. 

Dans les années qui suivent la Révocation de l'Édit de 
Nantes, on trouve un assez grand nombre de baptêmes sous 



CEUX QUI RESTAIENT 459 

condition dans les registres paroissiaux. Puis il y en a de 
moins en moins. Les prêtres ne faisaient plus d'enquêtes, 
mais évidemment, ils savaient à quoi s'en tenir (i). En plein 
xix e siècle encore, lorsque les pasteurs étaient rares et les 
communications difficiles, les protestants faisaient assez 
souvent baptiser leurs enfants par le curé ; à leur point de 
vue, cela ne tirait pas à conséquence, car le baptême mar- 
quait pour eux l'entrée dans l'Église universelle plutôt que 
l'entrée dans une confession particulière. Il est certain qu'il 
y avait là une survivance de l'usage du siècle précédent, où 
l'on savait, au surplus, que si l'on ne présentait pas spon- 
tanément l'enfant au curé, il irait le prendre. 

Parfois, comme à Mézières-en-Drouais ou à Bu, où les 
protestants étaient nombreux, l'acte de baptême indique 
explicitement que les parents sont « de la religion protes- 
tante»; le terme « de nouveaux convertis», appliqué à ces 
irréductibles, eût été d'une trop savoureuse ironie. Sous le 
régime de l'Édit de tolérance, les actes de naissance de 
l' état-civil de Guillon ville affirmeront que l'enfant a été 
baptisé « par un ministre de sa religion ». Ce n'est peut- 
être pas là une simple formule vide de sens, comme on 
serait tenté de le croire ; car, à la veille de la Révolution, 
un pasteur itinérant desservait Orléans et les environs (2) . 
Pour le reste de notre région et pour tout le siècle anté- 
rieur, il ne devait plus y avoir aucune organisation ecclé- 
siastique, aucun ministère constitué ; il est impossible, 
en effet, de rattacher les protestants d'Eure-et-Loir à 
aucune des Provinces synodales du Désert. La plus rap- 
prochée, celle de Normandie, n'avait qu'une organisation 
absolument rudimentaire. Il est difficile de dire, dans ces 
conditions, si parfois le baptême n'était pas administré par 



(1) Ainsi, à Authon, entre la fin de 1697 et janvier 1704, il y a cinq baptêmes de protes- 
tants : un sous condition, trois du « légitime mariage» de ménages qualifiés de protestants, 
un du « prétendu mariage» de protestants. Il n'y en a pas eu de 1685 à 1697. A Bû, il y a 
encore un baptême sous condition en 1760. 

(2) En 1779, le Synode provincial de Bohain charge M. Racine de desservir les Églises de 
Sancerre, Asnières, Châtillon-sur-I^oire, Mer, Orléans et ses environs (Cf. Edmond Hughes, 
Les Synodes du Désert, III, 280 ss). Il résidait à Mer (Cf. Paul de Félice, Mer ; son Église 
réformée, 219). 



460 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

le père du nouveau-né. Dans le registre du comté de Du- 
nois, l'acte de naissance se borne à constater que l'enfant a 
été baptisé, sans se préoccuper de savoir comment ni par qui. 

On peut se demander si, au point de vue de la déclaration 
des naissances, l'Édit de tolérance a toujours été exacte- 
ment appliqué, si l'usage de faire baptiser tout enfant par 
le curé ne s'est pas quelquefois maintenu dans les cam- 
pagnes. La statistique porte sur un trop petit nombre 
d'années et de localités pour être probante, et pourtant? A 
Bû, une seule naissance est déclarée, le 8 septembre 1791 ; 
et l'enfant a été baptisé deux fois, par le curé, et par le 
sieur Claret, ministre ! En revanche, il y a 3 mariages, dont 
une légitimation posthume, et 13 décès, compris entre le 
7 avril 1788 et le 15 juillet 1792. A Guillonville, je relève, 
pour 1788, 3 mariages, 3 naissances et 2 décès; pour 1789, 
2 mariages, 3 naissances, 2 décès; pour 1790, 3 naissances 
et 2 décès. Ici, le nombre des mariages correspond assez à 
l'importance que devait avoir la population protestante du 
pays; mais que le chiffre des naissances est faible, à Guil- 
lonville comme à Bû, et que celui des décès est faible à 
Guillonville ! On estimait évidemment, dans cette dernière 
localité, n'avoir pas, pour déclarer naissances et morts, les 
raisons péremptoires qui faisaient recourir à l' officier de 
l'état-civil pour les mariages. La routine, fille ici de la 
méfiance, avait tous les motifs possibles de se maintenir. 

Dans le comté et bailliage de Dunois, même observation. 
Il n'y avait plus de protestants dans la ville même de Châ- 
teaudun. 11 actes, échelonnés entre le 13 décembre 1786 et 
le 13 mai 1790, se répartissent entre 4 naissances (à Péron- 
ville, Cormain ville et Pruneville), 4 décès (dont l'un des 
enfants ci-dessus) et 3 mariages; sur les six conjoints, 
quatre sont mineurs, il ne s'agit donc pas de mariages au 
Désert à régulariser. Le premier de ces mariages est d'ail- 
leurs à la date, relativement tardive, du 19 août 1788, et le 
dernier du 18 juillet 1789. Il y a un « chartier de labourg » 
de Langey, un aubergiste de Chingy et un tailleur de la 
Chapelle-Onzerain. 



CEUX QUI RESTAIENT 461 

Bien que nous ne sachions pas à quel chiffre, très minime 
à coup sûr, s'élevait à cette époque la population protes- 
tante du bailliage de Soulaires (environs de Maintenon), elle 
appelle sans doute la même observation que les autres 
groupes envisagés : le registre ne comprend qu'un seul acte, 
et c'est un mariage, celui de Letrosne fils, un farinier de 
Maintenon, âgé de 22 ans, avec Marie-Magdeleine-Adelaïde 
Giboreau, de Soulaires. 

Nous n'avons pu parler des naissances, sous l'Édit de 
tolérance, sans parler des mariages. A part une veuve de 
Bû, qui, mère d'un enfant, fait légitimer en 1788 son ma- 
riage, bien que son mari fût mort en 1785, nous n'avons pas 
constaté de situations à régulariser à ce moment. C'est qu'en 
effet, il y en avait fort peu. Lorsque, le 5 juillet 1703, à Bû, 
Josias Aube et Jeanne de Bû prieront le curé de les unir, ils 
avoueront qu'ils sont déjà mariés par un ministre de pas- 
sage. Le cas est unique dans notre pays. On recourait à 
d'autres moyens. 

Le ménage Astruc, qui, originaire du Languedoc, s'éta- 
blit à Mézières-en-Drouais en 1686, a été marié à l'ambas- 
sade de Hollande. Des protestants de Marsauceux et de Bû 
ont été mariés à l'église; un autre, en 1756, simplement 
devant notaire (1). Mais habituellement, on n'hésite pas à 
se rendre dans les Églises wallonnes, plus spécialement à 
Tournay, pour fonder une légitime famille. Périlleux 
voyage, on risquait les galères. Il n'est pas surprenant que 
le souvenir en soit resté. De là, on rapportait des psautiers 
de l'édition wallonne; nous en avons trouvé un à Chartres. 
Le clergé ne se faisait aucune illusion. On trouve dans les 
registres des mentions comme celle-ci : « L'an 1787 le 12 jan- 
vier j'ay prêtre curé de cette paroisse soussigné (2) batisé 
Joseph Lazare, né d'aujourd'hui du [ici légitime, biffé] 



(1) Ailleurs aussi, on s'en tirait parfois de cette manière; mais les Synodes du Désert 
n'admettaient ce mariage, réduit à un contrat, que du jour où un pasteur l'avait consacré. 
Cf. notamment Ed. Hugues, op. cit., III, 279 ss. 

(2) I/abbé Bainville, curé de Fontenay-sur-Eure. En 1717, le curé de Bazoches-en-Du- 
nois parlait du non-mariage de Claude Fricheteau et de Suzanne Fauconnet. 



462 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

mariage de Pierre Caillaux aubergiste de la religion pré- 
tendue réformée et de Marie- Anne Patriarche)). 

Quant aux décès, les procès faits aux cadavres devaient 
forcément conduire à l'usage des inhumations clandestines. 
Elles étaient si bien devenues la règle, qu'une déclaration 
du 9 avril 1736 vint pour ainsi dire sanctionner cette cou- 
tume, moins par humanité que pour permettre de consta- 
ter légalement le décès d'un non-catholique. On devait 
avertir le bailly, qui assistait à l'inhumation, et en dressait 
procès-verbal. Comment la déclaration fut-elle appliquée 
chez nous? 

Ht d'abord, comment s'y prenait-on pendant le demi- 
siècle qui l'a précédée? Ici encore, la tradition concorde avec 
ce que les documents authentiques nous laissent deviner 
dans la suite, ou même nous apprennent explicitement. On 
opérait au milieu de la nuit, et, du moins dans le bailliage 
de Guillonville, on aura quelque peine à renoncer à cette 
habitude, même quand on daignera prévenir les autorités. 

Où ira-t-on dissimuler la dépouille mortelle? C'est selon. 
A Marsauceux et dans les environs, à Pont-Tranchefêtu, 
on creuse la fosse dans quelque grange. A Gaubert et aux 
alentours, on donne aux jardins une préférence qui, d'ail- 
leurs, n'est pas exclusive (1). A Authon, dans cette pre- 
mière période, il n'est pas impossible que les inhumations 
aient eu lieu en plein champ ou dans les bois ; M. F. Guil- 
lon nous a souvent raconté qu'en plein xix e siècle, un 
protestant d' Authon s'était fait enterrer dans la forêt; il 
pouvait y avoir là un souvenir d'une vieille coutume, 
plutôt qu'une inexplicable originalité. Mais pour l'époque 
où la déclaration de 1736 a été appliquée, nous aurons 
des réserves à faire, comme on le verra. 

Mais dans quelle mesure a-t-elle été appliquée dans notre 
région? Les intéressés, qu'un grand demi-siècle de proscrip- 
tion avait rendu méfiants, semblent n'avoir mis aucun 



(1) Le 3 février 1704, le curé de Bazoches-en-Dunois mentionne que « Jeanne Calu, 
femme de Raphaël Guodefroy » a été enterrée dans son jardin parce qu'elle a voulu mourir 
dans la religion de Calvin. 



CEUX QUI RESTAIENT 463 

empressement à se plier à cette législation nouvelle. Ce qui 
le prouve, c'est d'abord la date tardive de l'application de la 
mesure, ensuite le petit nombre (relativement) des décès 
enregistrés. Date tardive : à moins que les premiers registres 
soient perdus, ce que rien ne fait supposer (au contraire), 
le premier ordre d'inhumer donné dans le bailliage d' Authon 
est du 23 janvier 1742; le « Registre de police (du bailliage 
de Guillonville) pour servir à inscrire les procès-verbaux 
d'inhumation des gens qui decedderont dans la R.P.R. » etc., 
est ouvert le 6 novembre 177 1 ; dans le bailliage de Dunois, 
il n'y a qu'un décès antérieur à l'Édit de tolérance, et il est 
du 13 décembre 1786. Rien dans le reste du département, 
avant novembre 1787. 

Petit nombre des décès enregistrés : ici, il faut distinguer 
entre les localités. A Authon, où la population protestante, 
assez réduite par les conséquences de la Révocation, n'a 
cessé de décroître, il est possible que les déclarations de 
décès constituent une proportion plus forte qu'ailleurs des 
décès eux-mêmes. S'il n'y a eu aucun ordre d'inhumer 
certaines années, il y en a 4 ou 5 d'autres années, en tout 43, 
du 23 janvier 1742 au 13 décembre 1787. On remarquera 
qu'à cette dernière date, l'Édit de tolérance était déjà en 
vigueur. De plus, le bailly ne mentionne jamais le lieu de la 
sépulture. C'est qu'en dépit des édits (1), le cimetière 
huguenot avait continué à servir, et sans doute ceux-là 
seuls qui n'estimaient pas leurs morts en sûreté, dans cette 
enceinte simplement tolérée, esquivaient la déclaration 
légale, et recouraient, comme par le passé, aux inhuma- 
tions clandestines en plein champ. 

Dans le bailliage de Guillonville, où les protestants 
étaient plusieurs centaines, on ne déclare que 23 décès, du 
31 octobre 1771 au 10 octobre 1787 ! Un seul en 1771, 1 cha- 
cune des deux années suivantes, aucun en 1774, puis 2 ou 3 
par an, avec des lacunes : rien en 1778, 1779, 1781. Au début, 



(1) L,e cimetière protestant de Chartres servit, au milieu du xvm e siècle, à l'inhumation 
de soldats alsaciens, suisses ou allemands (13 en tout), appartenant à des régiments de 
passage; il n'aurait pu, légalement, servir à des huguenots. 



464 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

le bailly est passablement ahuri; il se livre à autant d'en- 
quêtes et de contre-enquêtes que s'il s'agissait de découvrir 
un assassin. Dans la suite, il prend les choses moins au tra- 
gique, et se borne à assister à la cérémonie, dont il rédige 
un acte sommaire. Il n'exige plus qu'on lui adresse, en 
bonne forme, une respectueuse requête. Le premier enter- 
rement a eu lieu à 11 heures du soir, les suivants se font en 
plein jour. Le lieu d'inhumation est soigneusement indiqué; 
comme nous l'avons dit, c'est ordinairement le jardin atte- 
nant à la maison, trois fois seulement une grange. 

Malgré ces marques évidentes de tolérance, sinon de bien- 
veillance, il est notoire que les 5/6 au moins des décès pro- 
testants n'ont pas été déclarés au bailly, après 1771, la 
totalité avant. Et c'est la totalité qu'il faut dire, dans les 
autres bailliages, ou peu s'en faut. 

Sous l'Édit de tolérance, ces errements subsistèrent, sauf 
à Bu. Là où le cimetière protestant existait encore (comme, 
par exemple, à Marsauceux), on le réaffecta. Ailleurs, en 
général, on obéit aux prescriptions de la nouvelle loi, qui 
ordonnait de consacrer un terrain spécial à l'inhumation 
des non-catholiques. Ainsi fut fait à Guillon ville (ou 
plus exactement à Gaubert), à Villeneuve-sur-Conie. A 
Cormain ville, où, le 13 décembre 1786, on avait autorisé 
l'enterrement d'un octogénaire, on fut plus négligent. 
Le 13 mai 1788, il fallut enterrer Pierre Pasty dans un jar- 
din situé près de sa maison, aucun emplacement n'ayant été 
réservé aux non-catholiques. Le 3 novembre 1790, c'est le 
petit Moïse Boutet que, pour le même motif, on dut mettre 
(( dans une fauce faite à cette effet dans le cimetière comin 
de la praufondeur de six pieds»; c'est le maire qui nous 
l'apprend, et le bailly (1) explique qu' « il n'a point encore 
été fait choix par la communauté dud. Cormain ville d'un 
lieu convenable et décent pour les inhumations des non- 
catholiques de la même paroisse ». On pouvait en dire 
autant pour Pont-Tranchefêtu. 

(1) Remarquons en passant ce « bailly» à cette date! 



CEUX QUI RESTAIENT 465 

Mais, qu'ils eussent ou non un cimetière officiel, les pro- 
testants n'en usaient guère ; il fallut, pour changer ces habi- 
tudes, la liberté, et l'égalité devant la loi. 

III. Comment ils vivaient. — Nous entendons : Comment 
ils vivaient en tant que protestants, comment, étreints par 
la législation que l'on sait, privés même du semblant d'or- 
ganisation que les réformés étaient parvenus à se donner, là 
où ils étaient plus nombreux, ils arrivaient quand même à 
respirer, à conserver leur foi, et même à en assurer les mani- 
festations collectives. 

Le seul historien qui nous renseigne sur ce sujet est 
l'abbé Bordas; encore ne parle-t-il que d'une région fort 
circonscrite, le Dunois, et ne dit-il que quelques mots, mais 
ces quelques mots nous ouvrent des horizons. D'habitude 
calme, sinon bienveillant, lorsqu'il lui arrive de parler des 
frères séparés, il ne peut réprimer un mouvement de mau- 
vaise humeur en présence de ceux de Gaubert : « Guillon- 
ville, dit-il (i), est une des paroisses où l'on trouve de ces 
quasi-calvinistes connus dans ces quartiers sous le nom de 
fanatiques». De nos jours encore, les protestants de Gau- 
bert se distinguent, en général, par leur ferveur et leur piété. 

Mais ce qui est bien curieux, c'est de rapprocher le juge- 
ment si net et si concis de Bordas d'une ordonnance de police 
du bailliage de Guillonville, à peu près contemporaine (2). 
La voici. Charles Gamas, avoca (sic) en parlement, « nous a 
judicieusement démontré que plusieurs cab arêtiers de la 
paroisse de Guillonville (3) donnent à boire pendant le 
service divin et à des heures indues, que dans les cabarets 
certaines personnes au mépris de la religion catolique apos- 
tolique et romaine professent des blasphèmes et par des 
paroles scandaleuses et tâchent de détourner les vrais chré- 
tiens des devoirs de leur religion et parlent avec insolence 

(1) 11, 89. 

(2) Arch. dép. d'E.-et-I,., B, 474. 1/ ordonnance est du 26 octobre 1767. 

(3) I«es actes de décès nous apprennent qu'il y avait à Guillonville des aubergistes pro- 
testants. 

30 



466 DE LA RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

au mépris contre les ministres du Seigneur et l'honneur du 
Sacerdoce et frapent de nuit avec insolence aux portes et 
par des heurs indus qui ne peuvent être réprimés avec trop 
de rigueur, les dimanches pendant que leau bénite se fait et 
la procession plusieurs habitans se tiennent à la porte de 
léglise pour railler ceux qui vont à ces exercice». D'où, 
interdiction aux cabaretiers de servir à boire pendant les 
services divins, ou à des heures indues (d'ailleurs non pré- 
cisées), et aussi défense « à tous les habitans de l'un et de 
l'autre sexe de blasphémer, proférer aucune parolles scan- 
daleuses contre la religion, de détourner par icelles les cato- 
lique de lexercice de laditte religion et de parler avec mépris 
de ses ministres et de l'honneur du sacerdoce»; défense de 
s'adonner au tapage nocturne, défense « de rester à la porte 
de l'église pendant les cérémonies de l'eau bénite et de la 
procession, et de railler ceux ou celles qui entrent dans 
l'église pour assister à ses saintes cérémonies, déffense de 
s assembler dans aucun endroit pour y lire d'autres livres que 
ceux approuvés par léglise catolique apostolique et romaine, 
d'engager même ceux ou celles qui auront été témoins 
auculaires de tous les désordre susdit de les dénoncer les 
coupables (sic) appeinne dettre poursuivis comme complices 
et de vingt cinq livres damande pour la première fois contre 
chacun des contrevenants, laquelle demeurera encourue 
contre les pères et mères, maîtres et maîtresses faute de 
contenir leurs enfants et domestiques », etc. 

En vertu de cette ordonnance, le 15 décembre 1767, la 
veuve Legouy, cabaretière à Gaubert ; la veuve de Jean Mar- 
chand, laboureur, à Gaubert, comme mère de Jean et 
Jacques « ses fils»; Jean Morize, laboureur, de Gaubert, au 
nom et comme père de Jean Morize son fils; Pierre Gi- 
rault, aussi de Gaubert, comme père de Cyprien Girault; 
Louis Guillon, laboureur, toujours à Gaubert, comme père 
de François Guillon; Jacques Haillaire, journalier et bat- 
teur dans les granges de Jean-Joseph Serin, de Gaubert, 
sont cités à comparaître, pour se voir condamnés chacun 
« à cent sols damande». L,a veuve Legouy objecte qu'elle 



CEUX QUI RESTAIENT 467 

croyait les vêpres finies, aussi se borne-t-on à lui défendre de 
venir donner à boire et à manger dans la paroisse de Guil- 
lonville, à l'heure des offices. L,es autres en furent pour leurs 
100 sols d'amende, « laquelle nous avons modéré à chacun 
trante sols». Après quoi, l'ordonnance tomba dans l'ou- 
bli. 

A l'examiner attentivement, que nous apprend-elle? On a 
remarqué ce savoureux mélange de tapage nocturne (au 
sortir de cabarets où l'on avait tenu de blâmables propos), 
de manifestations protestantes déplacées, et d'assemblées 
où on lisait de peu catholiques ouvrages. Il n'y a pas, dans 
cette juxtaposition de crimes en apparence divers, l'inten- 
tion impertinente qu'on serait tenté d'y chercher. On se 
souvient aujourd'hui encore, à Gaubert, d'assemblées reli- 
gieuses qui avaient lieu la nuit, dans les bois, et que l'on 
convoquait à coups de poing dans les volets des fidèles. 
Sans doute, ces assemblées réunissaient les protestants des 
villages voisins, Cormainville, Pruneville, etc., et avaient 
lieu, tantôt ici, tantôt là, soit pour dépister la police, soit 
pour ne pas favoriser tel hameau, au point de vue des 
distances à parcourir. Il est probable que les hommes 
attendaient, en des tavernes mal pensantes, que l'heure de 
s'ébranler fût venue; d'où les propos incriminés. Le bailly 
était sans doute au courant de ces habitudes, mais en 1767, 
on fermait les yeux un peu partout. 

On sait par les Mémoires d'Antoine Court que les assem- 
blées nocturnes avaient été la forme primitive du culte au 
Désert; plus tard, et principalement sous l'impulsion de 
l'apôtre des Cévennes, on s'enhardit, on s'organisa, on se 
réunit en plein jour. Mais il fallait pour cela être nombreux, 
et en Beàuce on ne l'était pas. Les assemblées nocturnes ont 
donc pu se perpétuer dans notre région alors qu'elles avaient 
disparu ailleurs. 

Du reste, comme elles avaient surtout pour but de ral- 
lier les protestants de tout un canton, elles n'impliquent 
nullement l'absence d'assemblées moins nombreuses, tenues 
en plein jour dans les maisons ou dans les granges, et où l'on 



468 DE I,A RÉVOCATION A LA RÉVOLUTION 

pouvait se rendre, en somme, sans attirer l'attention, et 
sans que le danger d'une surprise fût très grand. 

Que faisait-on dans ces assemblées? Iye passage que nous 
avons souligné, dans l'ordonnance de police de Guillonville, 
parle de livres désapprouvés par l'Église, qu'on lisait ainsi 
en commun. Quels livres? D'abord la Bible, puis les sermon- 
naires et les livres d'édification protestants, que l'on conser- 
vait soigneusement dans les maisons, puis enfin certains 
ouvrages, spécialement destinés aux protestants privés de 
pasteur. Voici, par exemple, La Pratique de la Religion chré- 
tienne, pour les fidèles qui sont privez du Ministère. L,e volume 
est grand comme la main, il a été imprimé à L,a Haye 
en 1727, et sa reliure discrète ne porte aucun titre. On y 
trouve de judicieux conseils sur « la manière de pratiquer 
les Vertus chrétiennes », sur la lecture solitaire de la Bible, 
sur l'art de lire un sermon en public. On y trouve des prières 
pour toutes les circonstances; il y en a une pour les persé- 
cuteurs; dans l'exemplaire que j'ai sous les yeux, elle est 
marquée d'un trait vigoureux. On y trouve des conseils 
et des prières (combien longues) pour assister les malades et 
consoler les affligés. Petit livre édifiant s'il en fut, et qui 
insiste sur la pratique de la patience chrétienne. 

Bt on l'interdisait comme séditieux ! 

Fort correctement, cet opuscule ne donne aucun conseil 
sur la célébration de la Sainte-Cène. L,es fidèles, privés du 
ministre qui seul avait le droit de la leur donner, se pri- 
vaient-ils du sacrement lui-même, et de toutes les bénédic- 
tions qu'ils pouvaient en retirer? Comme on le verra, la 
question ne se posait pas quand on était à proximité de 
Paris (relativement du moins). Mais que faisait-on à Gau- 
bert? I/abbé Bordas nous apprend que les protestants de 
Châteaudun n'hésitaient pas à communier entre eux. Il est 
fort possible que ceux de Gaubert en aient fait autant, mais 
à vrai dire, nous n'en savons rien (1). 

(1) Il y eut, durant le xvm e siècle, un semblant d'instruction religieuse des enfants 
(comment, sans cela, les traditions se seraient-elles maintenues?). En 1779, le Synode pro- 
vincial de Bohain prescrit de se servir de Y Abrégé du catéchisme de Superville. Il interdit 
aussi aux fidèles d'attaquer les catholiques en controverse. E. Hugues, op. cit., III, 279 ss. 



CEUX QUI RESTAIENT 469 

Iva communauté protestante de Bazoches-en-Dunois, 
fort réduite par l'émigration dans le hameau voisin de Gau- 
bert, se fondit assez rapidement, sans avoir, cependant, 
complètement disparu. De 1698 à 1770, on relève dix-huit 
abjurations dans les registres paroissiaux ; la plupart 
précèdent un mariage. Il restait alors dans le bourg « au 
moins une douzaine» de protestants, qui, dit Bordas, ne 
connaissaient plus guère la doctrine de Calvin « que par 
succession» (i) ; ce qui signifie clairement qu'ils conservaient 
la tradition. A la même époque, et d'après le même auteur, 
il y avait encore des calvinistes à Bourneville (2) . 

C'est encore Bordas qui nous renseigne sur le sort de 
l'Église de Châteaudun. Après avoir parlé de l'exode de ses 
membres, il ajoute (3) : « Ce qui resta de ces sectaires dans 
la ville, attendirent des temps qui leur fussent plus favo- 
rables pour faire des assemblées, mais secrètement, dans 
des maisons particulières et sans ministres d'office. Il n'y 
avoit plus, après l'incendie (4), que la moindre partie de 
trois familles alliées qui fissent profession de cette religion 
à Châteaudun, sçavoir : des Iye Maire, des Bigot et des Bas- 
chet, ces derniers originaires de Mer (5). Ils firent pour la 
dernière fois la cérémonie de la Cène le soir du jeudi saint de 
l'année 1725, chez le sieur Michel Bigot, orfèvre, dans la 
maison que l'on nommoit alors le Coupe-gorge », parce que 
quelques années auparavant, Claude Dalvimare et Made- 
leine Bigot, sa femme, calvinistes, « y avoient esté assassi- 
nés pendant la nuit, et, à ce que l'on a présumé, par un habi- 
tant de cette secte, qui s'expatria». Mais laissons là cette 
présomption, et retenons que cette maison, où, dans une 
intimité solennelle, eut lieu le dernier service de Communion 
de l'ancienne Église réformée de Châteaudun, se trouvait 



(1) h, 31. 

(2) 11, 49. 

(3) I, 353- 

(4) I/incendie de 1723, après lequel la ville haute de Châteaudun fut reconstruite sur le 
plan actuel. Bordas sem